La France n’est pas une PlayStation

13 avril 2018

La politique gouvernementale se déploie à l’image de ces questionnaires informatiques parfaitement calibrés et dont la logique interne suppose qu’on y réponde en « renvoyant les paroles », selon les termes du Robert. Chaque question appelle une réponse, d’ailleurs contenue dans la question. Toute tentative de sauter une case, ou de lui en substituer une autre, plus ou moins alternative, suscite une sorte de mépris blasé, quand elle n’est pas vouée aux gémonies. Si l’incitation massive à l’écholalie est, au mieux, un style, elle ne peut s’élever à la hauteur d’une stratégie de gouvernement. En tout cas, pas d’une stratégie d’avenir. La méthode est d’ailleurs en train de toucher ses limites. Plus le chef de l’Etat peaufine son image de Président calme et serein, plus le pays s’électrise. « Libérer, protéger et unir », dit-il. On s’interroge : inconscience, maladresse ou provocation ? Qu’il s’agisse des territoires, du travail, de la politique fiscale, de la crise de l’accueil, de l’avenir de la fonction publique ou de celui de la jeunesse estudiantine, force est de constater que les réformes gouvernementales avancées au rythme d’une avalanche ne soulèvent pas l’enthousiasme.

 

Les expressions de ces désaccords pourraient simplement attester d’une bonne santé démocratique du pays, de ses institutions, de ses corps intermédiaires. Elles le pourraient si elles étaient accueillies pour ce qu’elles sont : des manifestations d’intérêt collectives qui replacent l’intérêt général au cœur d’un dialogue social, civil et politique efficace car respectueux. Un dialogue pétri de contradictions, difficile donc, mais incontournable si l’on souhaite mettre l’avenir en commun.

 

Au lieu de quoi le gouvernement Philippe donne le sentiment de chausser les funestes bottes d’Alain Juppé. Il brutalise systématiquement les termes du débat et ses acteurs et ce, dans tous les domaines. Les réfugiés ? Il fait la leçon aux intellectuels et aux associations, fustige leur tendresse humanitaire et les prie de circuler. L’accord passé sur Notre-Dame-des-Landes pour sortir de conflit ? Il le piétine par un déploiement de forces aussi disproportionné qu’inopportun. La protestation qui secoue le monde de la justice, dont une réforme menace d’éloigner encore plus les Français de l’accès à leurs droits ? Il la déboute. Les turbulences qui secouent un nombre chaque jour plus important de facultés contre son projet de sélection ? Il évacue. L’imposante grève unitaire des cheminots ? Ce n’est pas un sujet, nous assure le président de la République. Serait-ce un objet ? Sans doute, puisque le gouvernement assure qu’elle ne changera rien à rien, tandis que les députés de la majorité, malgré quelques inquiétudes timidement exprimées, votent comme un seul homme une réforme qui cabre le pays.

 

On pourrait se croire dans l’un de ces jeux vidéo, dont l’intérêt réside à déchaîner une capacité de feu maximale contre des aliens agressifs et étranges. A ce simple détail près que la France n’est pas une PlayStation. Que les colères qui s’expriment – qu’on les juge ou non légitimes – révèlent un formidable sentiment d’injustice sociale, d’inégalités, de rage et d’attente d’un horizon meilleur. La pédagogie, dont on croit comprendre que le gouvernement s’en tient au caractère répétitif, n’y suffira pas, surtout lorsqu’elle s’exerce sur un fond continu de rétraction des libertés civiles, de déploiements répressifs et de mesures d’interdictions restreignant la liberté de l’information.

 

Les conflits ne sont pas des problèmes : ils portent en eux des solutions. La plupart du temps il s’agit, certes, de solutions auxquelles le gouvernement refuse même de penser. C’est d’ailleurs leur fonction : contraindre à penser. Notre société doit donc les aborder sans craintes ni stigmatisations, par un dialogue et une négociation respectueuse et responsable. Cette nécessaire œuvre de patience ne relève ni de la faiblesse, ni du calcul machiavélique. En République, cela porte le beau nom de démocratie.

 

Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme 

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La police accusée de falsification de document de mineur ??

nouvelobs.com

La police française accusée d’avoir falsifié les dates de naissance de deux migrants mineurs

Par L’Obs Publié le 12 avril 2018 à 19h02

L’histoire est à peine croyable. Selon des ONG italiennes, citées par le « Guardian » qui publie ce jeudi 12 avril un article à charge, des policiers aux frontières français auraient falsifié l’acte de naissance d’au moins deux migrants mineurs non accompagnés afin de leur refuser l’entrée sur le territoire. La Commission européenne et le ministère de l’Intérieur italien ont été saisis par sept associations transalpines.

« Nous avons vu les policiers »

Le droit européen garantit aux migrants mineurs isolés, voyageant seuls, une protection et la possibilité de rejoindre un membre de leur famille installé dans un des Etats membres. Les migrants doivent alors prouver leur identité et leur âge aux autorités du pays dans lequel ils se trouvent. S’ils ont moins de 18 ans, ils doivent pouvoir bénéficier des droits relatifs aux mineurs. Pour pouvoir refuser l’entrée du territoire français à au moins deux mineurs, des policiers français auraient ainsi falsifié leur date de naissance.

C’est à la frontière franco-italienne, dans la ville de Vintimille, que les deux mineurs qui tentaient de rejoindre la France ont été stoppés par la police. Daniela Ziterosa, juriste pour l’ONG Intersos, raconte au « Guardian » :  « Nous étions là par hasard et nous avons vu deux mineurs, que nous connaissions bien, se faire arrêter par la police française. »

La juriste poursuit :

« Nous avons alors vu les policiers écrire une date de naissance erronée sur le document ‘refus d’entrée sur le territoire’. Un des enfants a pris une photo du document, on peut y voir que la date de naissance d’origine a été modifiée. »Le mineur qui a pris la photo est né en Erythrée, en Afrique de l’Est, le 1er octobre 2001. La date inscrite sur le formulaire est celle du 1er janvier 2000.

Le jeune voulait passer par la France pour tenter de rejoindre la Suède, où son frère est installé.

L’ONG finit par faire le poids face à la police :

« Nous avons réussi à empêcher leur renvoi et les Français les ont finalement acceptées. »Selon le « Guardian », la police française n’a pas encore souhaité commenter l’affaire.


Péché d’orgueil…

…par Denis Sieffert

par Denis Sieffert

La question est de savoir si, dans un second temps, le blocage ne sera pas imputé à un gouvernement qui a ouvert les hostilités, et qui traite ses interlocuteurs avec un insondable mépris.

 

Le bras tremblerait-il enfin ? Après un long silence, voilà que le président de la République programme deux entretiens télévisés en l’espace d’une semaine. Une fois chez le très rustique Jean-Pierre Pernaut, une fois face à l’improbable tandem Bourdin-Plenel, heureusement plus dérangeant que l’inamovible présentateur du 13 heures de TF1. Jusqu’ici, Emmanuel Macron semblait vouloir illustrer la fameuse définition que donne Woody Allen de la démocratie : « Cause toujours ». Son gouvernement en était à additionner les « réunions » avec les syndicats pour exciper de son esprit d’ouverture : soixante-dix en deux mois ! Soixante-dix réunions pour ne rien dire. Et pour ne pas changer une virgule au projet initial qui a fini par arriver intact lundi devant les députés. Cette méthode a eu pour effet de cimenter un front syndical que l’on sait pourtant fragile.

Emmanuel Macron semble ignorer la recette de base de toute réforme libérale : mettre dans sa poche la CFDT. Même François Hollande l’avait compris. L’autre précepte à observer, c’est de donner aux syndicats ce que le regretté André Bergeron appelait du « grain à moudre ». Or, le gouvernement semble n’avoir pas prévu la moindre marge de manœuvre. Son offensive est globale. Sa méthode est autoritaire. Et son projet, non négociable. Aurait-il voulu imposer à moindres frais sa réforme de la SNCF qu’il aurait laissé de côté l’explosive question du statut des cheminots. Tout au contraire, il en a fait sa cible principale. On en vient à se demander pour quelle raison Emmanuel Macron se complique ainsi la tâche.

La réponse commence à devenir évidente pour beaucoup de nos concitoyens. Il ne veut pas seulement imposer à la SNCF des méthodes managériales, ni seulement soumettre un service public aux contraintes de la rentabilité, il veut aussi briser toute résistance, pour le présent et le futur. Il veut affaiblir ce qu’on appelle en démocratie les corps intermédiaires. Et qui sont précisément constitutifs d’une démocratie. Il y a décidément du Thatcher dans ce personnage. C’est une victoire quasi militaire qu’Emmanuel Macron veut remporter sur le mouvement social. En a-t-il les moyens, ou est-ce péché d’orgueil ? Nul ne peut prédire aujourd’hui l’issue de ce combat douteux. Mais on peut déjà en mesurer les risques pour notre société.

La guerre ouverte contre une catégorie professionnelle héritière d’une partie de notre histoire sociale a un grave inconvénient. Elle déchire notre pays. Pour parvenir à ses fins, le gouvernement doit beaucoup dénigrer les cheminots. Il doit dresser contre eux une partie de la population. Il reçoit pour cela le soutien zélé de certains médias. On voit chaque soir à 20 heures, et pour de longues minutes, les micros de la télévision se tendre en direction d’usagers exténués qui crient leur colère contre les grévistes. Car le premier réflexe est évidemment de s’en prendre à ceux qui ne montent plus dans leurs locomotives.

Se mêlent alors la grande misère d’une information qui se veut au plus près de la vie quotidienne des gens, et une idéologie ivre de discours sur le « changement » et le « mouvement », quels qu’en soient la direction et le coût social. Ce sont là les formes plus ou moins conscientes de l’adhésion d’une partie de notre métier au libéralisme. Ce renfort quotidien apporté au pouvoir lui suffira-t-il ? Pas sûr. La question est de savoir si, dans un second temps, le blocage ne sera pas imputé à un gouvernement qui a ouvert les hostilités, et qui traite ses interlocuteurs avec un insondable mépris. Mais un autre facteur risque de faire basculer l’opinion. C’est la multiplication des feux. Après les retraités et les universités, aux deux extrémités de l’âge, voilà que de nouvelles scènes de colère ont envahi nos écrans avec la tentative d’évacuation de Notre-Dame-Des-Landes. Le gouvernement mise sans doute sur la trompeuse simplicité des images. L’ordre noir des gendarmes mobiles contre le « folklore » d’une population bigarrée. Nous avons assez montré ici, à force de reportages, que la ZAD, c’était surtout des projets qui méritent infiniment plus de considération. Mais au total, l’accumulation des conflits pourrait bien produire à son tour une impression de désordre dont Emmanuel Macron finirait par endosser la responsabilité.

L’orgueilleux a peut-être présumé de ses forces. Son obstination révèle cependant un personnage animé par une flamme assez inquiétante pour notre démocratie. Ses projets vont au-delà de la politique. Sa représentation de la société semble captive de convictions intimes qui font décidément peu de cas de l’espace public. Un monde entièrement gouverné par la loi de l’entreprise, et une morale personnelle qui s’invite de façon intempestive dans les affaires de l’État. Son discours, lundi soir, devant les évêques de France est à cet égard éclairant. Cette évocation des « liens abîmés » entre l’Église et l’État, et qu’il faudrait « réparer », ouvre une brèche dans le principe de séparation entre public et privé. On comprend que le statut des cheminots et, plus largement, les valeurs collectives n’aient pas beaucoup de place dans cet univers-là.


Rassemblement contre la tuerie à Gaza à Périgueux…

COMITE DORDOGNE-PALESTINE
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Dix-sept morts et près de 1500 blessés : c’était le chiffre de l’effroyable tuerie commise par l’armée israélienne et ses « snipers » dans la bande Gaza contre une foule palestinienne pacifique, avec vieillards, enfants, femmes, jeunes, massée le long de la frontière dans la zone tampon imposée par Israël pour commémorer l’expulsion des Palestiniens de leur terre en 1948.

Une « marche du retour » non violente qui a rassemblé plus de 30 000 gazaouis venus simplement crier leur droit et planter leur drapeau.

Une audace et une détermination inacceptables pour Israël qui ne supporte pas la multiplication des manifestations pacifiques de résistance de la population palestinienne contre le blocus et l’étranglement de Gaza, et la progression de l’occupation, du pillage et de la colonisation de la Cisjordanie en violation du droit international.

Pour dire non à ces massacres et demander à la France, au Président Macron, à l’Union Européenne et à la communauté internationale une condamnation et une intervention urgente, le Comité Dordogne Palestine appelle les Périgourdins à un rassemblement ce mardi 3 avril à 18 heures devant le Palais de justice de Périgueux.

Richard Lavigne

« Délit de solidarité » : une association accusée d’avoir distribué des tentes à Calais


Suite à la destruction d’un campement à Calais le 23 mars, des bénévoles de l’Auberge des Migrants ont distribué des tentes pour que les exilé.e.s puissent se protéger du froid. Quelques heures plus tard , ces deux bénévoles, le Président et un coordinateur de l’Auberge des migrants se voyaient remettre des convocations en vue d’une audition libre le lundi matin suivant au commissariat de Calais. Le motif : délit d’installation en réunion sur le terrain d’autrui. #délitdesolidarité

Vendredi 23 mars, vers 9h, le campement situé Rue des Verrotières dans la Zone industrielle des Dunes a été détruit, une fois de plus. Il n’y avait pourtant, sur ce lieu-là, pas eu d’opération d’expulsion depuis plus d’un mois. Les exilé.e.s étaient installé.e.s dans des dizaines de tentes et essayaient d’améliorer leurs conditions de survie.

Depuis l’été 2017, les autorités préfectorales du Pas-de-Calais, en lien étroit avec la municipalité de Calais, mènent une lutte contre ce qu’elles appellent des « points de fixation ». Cette politique conduit à une destruction systématique des lieux de vie des exilé.e.s bloqué.e.s à la frontière franco-britannique, et à la confiscation par la police ou les services de nettoyage privés ou municipaux de leurs effets personnels (tentes, sacs de couchage, etc.).

Tant bien que mal, les exilé.e.s essayent de poser leur tente dans des bois, des champs ou des terrain vagues. Ces campements sont alors régulièrement détruits, parfois 2 ou 3 fois par semaine. Les conséquences de cette politique sur les personnes exilées sont catastrophiques, augmentant leur état d’épuisement physique et psychologique. Les autorités, au lieu de rechercher des solutions dignes pour les personnes présentes à Calais, continuent sans relâche leur lutte contre « les points de fixations », quitte à utiliser des procédés inhumains et dégradants.

Le démantèlement du 23 mars a eu lieu pendant la distribution de repas organisée par l’Etat : les personnes qui étaient parties prendre leur petit déjeuner n’ont donc pas pu récupérer leurs affaires.

Le même jour, dans l’après-midi, une équipe de l’entrepôt de l’Auberge des Migrants a organisé une distribution de tentes et de sacs de couchage, pour éviter que les gens ne se retrouvent sans aucun abri et matériel pour se protéger du froid. Les bénévoles ont seulement donné les tentes (environ 150), depuis un véhicule garé sur le bord de la route. Ils n’ont pas aidé les exilés à les monter. Au cours de cette distribution, deux bénévoles ont subi un contrôle d’identité.

Quelques heures après, ces deux bénévoles, le Président et un coordinateur de l’Auberge des migrants se voyaient remettre par 3 membres de la police judiciaire des convocations en vue d’une audition libre le lundi matin suivant au commissariat de Calais. Le motif : délit d’installation en réunion sur le terrain d’autrui.

Interrogatoires très agressifs, culpabilisation, fausses informations, prises d’empreintes, photos anthropométriques… Tout cela pour avoir distribué des tentes et des sacs de couchage à des exilé.e.s. Ces auditions n’avaient en fait qu’un seul but : intimider les volontaires, ceux de l’Auberge des migrants, et plus largement tous ceux intervenant à Calais, en les criminalisant.

Pour les 2 bénévoles, c’était une première. Pour l’association, c’est la suite d’une longue série de pressions : intimidations variées sur les bénévoles et salarié.e.s, contrôles d’identité et fouilles des bénévoles, amendes répétées et sans fondement pour les véhicules aux abords des campements, convocations au commissariat etc.

Ce nouvel épisode de pression et d’intimidation n’est donc que le dernier d’une trop longue série. Pourtant, face à la politique d’expulsion systématique conduisant à un épuisement généralisé des personnes exilées, la réponse des associations, collectifs et de citoyens reste la solidarité. Une solidarité qui ne faiblit pas.

Il n’est pas tolérable, quelles que soient les politiques mises en place, qu’en France, en 2018, la solidarité soit une nouvelle fois entravée. Il n’est pas tolérable que des bénévoles et militant.e.s soient intimidé.e.s, convoqué.e.s au commissariat, et peut-être poursuivi.e.s.

Nous, associations signataires, soutenons l’Auberge des migrants et l’ensemble des personnes intervenant à Calais en soutien aux personnes exilé.e.s bloqué.e.s à la frontière franco-britannique. Le délit de solidarité est inacceptable. Le délit de solidarité doit être enfin abrogé.


La loi « asile et immigration » : les étrangers-ères malades dans le viseur


Nos associations s’inquiètent du respect des droits réservés aux étrangers-ères malades par l’actuel gouvernement. Ces droits, notamment encadrés par la loi du 11 mai 1998 introduisant la régularisation pour raisons médicales, sont en effet violemment mis à mal par le projet de loi « asile et immigration » en cours de préparation.

Régulièrement attaqués, les droits des étrangers-ères malades ont pourtant déjà fait l’objet de nombreuses restrictions. Pour la plus récente, la loi du 7 mars 2016 a transféré l’évaluation médicale des Agences Régionales de Santé (ARS), sous tutelle du ministère de la Santé, à l’Ofii (Office français de l’Immigration et de l’Intégration) sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, plus animé par les objectifs de contrôle des flux migratoires que par la préservation de la santé publique. Les premiers chiffres disponibles sont éloquents : le nombre de titres de séjour pour soins délivrés a chuté de 37% entre 2016 et 2017.

Les étrangers-ères gravement malades dans le collimateur

Aujourd’hui, il s’agit, presque explicitement, de restreindre au maximum le recours au droit au séjour pour soins. Précisément, le projet de loi « asile et immigration » stipule ainsi, en son article 20, qu’« afin de prévenir le dépôt de demandes de titre de séjour aux seules fins de faire échec à l’exécution des mesures éloignement, il est ainsi prévu qu’un ressortissant étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement fondée sur le rejet de sa demande d’asile ne pourrait plus solliciter un titre de séjour hors du délai fixé, sauf circonstances nouvelles.» Cette disposition, si elle venait à être votée, vise sans état d’âme de nombreux malades étrangers-ères.

Pourquoi ? Parce qu’une part importante des déboutés du droit d’asile relève de la procédure du droit au séjour pour soins. Le rapport de la mission sur « l’admission au séjour des étrangers malades », menée conjointement par l’Inspection générale de l’administration (IGA) et l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), établissait que 39% des personnes détentrices d’un titre de séjour pour soins avaient été précédemment déboutées de leur demande d’asile.

Les dangers de l’allongement de la durée de rétention

Un autre article du projet de loi « asile et immigration », le numéro 13, suscite une grande inquiétude parmi les acteurs de la lutte contre le sida. Ce dernier prévoit que la durée maximale de rétention puisse encore être allongée par le juge « lorsque, dans les quinze derniers jours, l’étranger a fait obstruction à l’exécution d’office de la mesure d’éloignement ou présenté une demande de protection contre l’éloignement au titre du 10° de l’article L. 511-4 (…) », une disposition relative à l’état de santé des étrangers.

Très clairement, cette disposition vise à prolonger la rétention de 90 à 135 jours de l’étranger qui solliciterait un médecin, considérant que son état de santé est incompatible avec l’expulsion.  L’accès au médecin et à la santé en rétention est un droit fondamental, il ne peut être considéré avec suspicion, encore moins puni par un allongement de la durée de rétention.

L’accès aux droits : un enjeu de santé publique

Ces deux exemples, quelques-uns tirés parmi de nombreux dans ce projet, viennent souligner l’importance de l’enjeu soulevé par la loi « asile et immigration » : celui du respect des droits fondamentaux des étrangers en France. Sous couvert d’une « simplification des démarches administratives » ou d’un raccourcissement du délai des demandes, cette loi aura surtout pour conséquence une plus grande précarisation des étrangers et donc, c’est malheureusement documenté, de les éloigner des structures de prévention, du soin et des traitements. Un éloignement qui fait aujourd’hui craindre de nouvelles contaminations au VIH.

Comme l’a récemment montré l’enquête PARCOURS menée par l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), 49 % des migrants-es séropositifs-ves ont été contaminés-es sur le territoire français, après leur arrivée. Les migrantes sont particulièrement concernées : en l’absence de logement stable ou de titre de séjour, certaines femmes se retrouvent, comme le précise encore l’étude PARCOURS, à la merci d’hommes n’hésitant pas à « monnayer leur aide » contre des rapports sexuels contraints. Aussi, entraver l’accès à un titre de séjour, c’est précariser socialement et exposer au VIH de nombreux migrants-es et, in fine, favoriser la dynamique de l’épidémie en France.

Face au recul que constituerait le vote de cette loi en l’état pour les étrangers-ères malades dans notre pays, nous appelons à supprimer les dispositions précitéesNous appelons également à revoir l’ensemble du projet de loi « asile et immigration » qui, constitue une menace pour la santé des étrangers et, par extension, pour la santé publique.

Signataires

Acceptess-T (Paris)

Act Up Paris (Paris)

Act Up Sud Ouest (Toulouse)

Action Sida Martinique (Fort-De-France)

Actions Traitements

Actis (St-Etienne)

ADIS (Dunkerque, Calais)

Afrique Arc En Ciel Paris IdF

Afrique Avenir (Paris)

AGS (Paris)

AIDES (national)

Aiutu Corsu (Ajaccio)

ARAP-Rubis (Nîmes)

Arcat (Paris)

ARPS (St-Denis île de la Réunion)

ASAbc (Cannes)

ASSAMEDE (Paris)

Association Marie-Madeleine (Versailles)

ATENA (Lyon)

Basiliade (Paris, Lyon)

Cabiria (Lyon)

Centre LGBT Côte d’Azur (Nice)

Centre Primo Levi (national)

Comede (national)

Comegas (national)

Croyances et Santé Sexuelle (Kourou)

D.A.A.C Guyane (Remire-Montjoly)

Da Ti Séni (Lyon)

Entr’AIDSida (Limoges)

ENVIE (Montpellier)

Fédération Parapluie Rouge (national)

FONDATION Léonie Chaptal (Sarcelles)

GAGL (Orléans)

GAPS (Bordeaux)

Grisélidis (Toulouse)

Gwada Uni-vers (Basse Terre)

Ikambere (Saint-Denis)

Keep Smiling (Lyon)

La Cimade (national)

Le Kiosque Infos Sida et Toxicomanie (Paris)

Le Planning Familial (national)

Le Tipi (Marseille)

Les Amis du Bus des Femmes (Paris)

Les Petits bonheurs (Paris)

Maison de vie du Roussillon (Perpignan)

Médecins du Monde (national)

Migrations Santé (national)

Migrations Santé Alsace

MRAP (national)

Nouvelle Aube (Marseille)

Pari-T (Paris)

Pride de nuit (national)

Planning Familial

RAAC/SIDA (national)

Relais VIH (Rodez)

Réseau Santé Marseille Sud (Marseille)

ReVIH-Mulhouse (Mulhouse)

Rive (St-Denis île de la Réunion)

Sidaction (national)

Sol En Si (Paris, Marseille)

Solidarité Sida (national)

SOS hépatites (national)

STRASS (national)

 

La place des femmes dans l’univers syndical.


19-02-2018

 | ON A VU

La place des femmes dans l'univers syndical.Le dernier essai de la sociologue Cécile Guillaume fourmille de portraits de militantes qui portent, toujours plus nombreuses, la parole syndicale dans les entreprises. Comme le constate Michel Noblecourt dans son article du Monde du 16 janvier :  » Il se confirme que la précarité de l’emploi constitue l’un des principaux freins à la syndicalisation des femmes, comme pour les hommes, mais pour elles la marche est plus haute à monter. »

Le livre. Maître de conférences en sociologie à l’Université de Roehampton à Londres, Cécile Guillaume a choisi d’explorer un sujet largement méconnu, celui de la parole syndicale des femmes. Si elles sont entrées massivement sur le marché du travail dans les années 1970, elles ont dû attendre trente ans pour, grâce à des politiques d’égalité volontaristes, commencer à investir l’univers syndical.

« Le champ syndical est souvent structuré par des clans internes ou des cliques »

L’enquête menée en France et au Royaume-Uni montre que la féminisation des syndicats a progressé : sur la période 2013-2015, la part des femmes syndiquées était de 37,5 % à la CGT, 45 % à FO et 47 % à la CFDT. En Grande-Bretagne, une femme, Frances O’Grady, a été portée en 2013 à la tête du Trade-Union Congress (TUC) et Nicole Notat a dirigé, de 1992 à 2002, la CFDT mais l’ouverture aux fonctions dirigeantes reste encore faible.

Dans les syndicats, si la cause des femmes a été bien soutenue, elle a parfois buté sur la reproduction des inégalités. Selon la charte du TUC, adoptée en 1979, « la structure du syndicat doit être examinée pour voir si elle empêche les femmes d’accéder aux instances de décision ». « Le champ syndical, note Cécile Guillaume, est souvent structuré par des clans internes ou des cliques qui ont des effets excluants pour ceux qui n’en sont pas et contraignants pour ceux qui en font partie. » Ils favorisent « la conformité des comportements » et « l’entre-soi masculin ».

Féminisation

Le chapitre le plus riche de cette étude de terrain concerne la fabrication des carrières syndicales. Il confirme que «  la précarité de l’emploi constitue l’un des principaux freins à la syndicalisation des femmes », comme pour les hommes, mais pour elles la marche est plus haute à monter. Il fourmille surtout de portraits. Technicienne dans une entreprise d’entretien de chaudières, Isabelle sollicite la CGT et la CFDT avant de se résoudre à être la seule adhérente d’un syndicat Solidaires : « Je dérange énormément, je ne me laisse pas marcher sur les pieds et quand les salariés ont besoin de moi, je suis là. »

Cheryl a beaucoup galéré avant de diriger une équipe de deux cents personnes au syndicat britannique des employés municipaux. Pour elle, la féminisation est « un gros problème » : «  Tous les dirigeants sont des hommes, ils ont leur petit royaume. » A la CFDT, Geneviève devient secrétaire confédérale chargée de l’insertion puis déléguée pour les femmes : « Il y avait de sacrés beaufs à la confédération et il allait falloir que je m’assoie un peu sur mon féminisme. » Mais elle est soutenue par le secrétaire général qui « n’est pas féministe mais voit bien ce que ça peut apporter à son image ».
Pour Cécile Guillaume, « le cadrage et la forme des politiques d’égalité sont façonnés par la “culture institutionnelle” de chaque syndicat. Certaines cultures syndicales semblent ainsi particulièrement résistantes à l’importation d’autres cadres de référence que celui qui a prédominé pendant si longtemps dans de nombreux syndicats ». Les syndiquées ne sont pas au bout de leur longue marche.
Syndiquées, défendre les intérêts des femmes au travail, de Cécile Guillaume (SciencesPo les presses, 248 p., 24 €).

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/16/la-place-des-femmes-dans-l-univers-syndical_5242409_3232.html#MYAR3lVG7CZZ5oX9.99