un camp de migrants n’est pas un zoo…

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« Marine Le Pen,

un camp de migrants

n’est pas un zoo »,

par le maire de Grande-Synthe

par Paul Delval

Grande-Synthe (59) – En milieu d’après-midi, Marine Le Pen, accompagnée du représentant local du FN, Philippe Eymery et de quelques journalistes, se pointe devant le camp humanitaire de Grande-Synthe avec la ferme intention de le visiter. Mais fissa, le directeur de cabinet du maire écologiste prévient Damien Careme, en déplacement à Bordeaux. L’élu écologiste refuse catégoriquement qu’elle rentre dans le camp. La petite délégation remballe ses cliques et ses claques et repart en criant au déni de démocratie.

Qu’est-ce qui vous a énervé dans la démarche de Marine Le Pen ?

Marine Le Pen est quelqu’un qui attise les haines et qui diffuse des thèses honteuses. Sa manière d’arriver comme ça montre bien que c’est un pur coup de communication politique. Le camp qu’on a mis en place, c’est pas un zoo ! On ne vient pas comme ça, pour surfer sur la misère des gens.

Elle vous a prévenue de son arrivée ?

Non, certainement pas ! On n’a rien reçu de sa part, ni lettre, ni mail, ni coup de téléphone. Rien non-plus de la part de la fédération FN du coin. Et puis de toute manière, même si elle m’avait prévenu, j’aurais refusé sa venue. Pour qui elle me prend ? Ca m’a fait penser à une phrase d’Audiard, « les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait ! »

Beaucoup de politiques sont venus ces derniers mois ?

Bien sûr, plein, et de tous bords politiques ! Des élus d’extrême-gauche, du PS, et même des Républicains. La différence c’est qu’ils ne sont pas venus en étant mal intentionnés. Certains n’étaient pas d’accord avec notre politique, on a discuté, on a débattu et ça s’arrête là. Mais la vision du FN sur l’immigration est totalement incompatible avec mes convictions et je ne veux pas avoir de contacts avec ces gens-là.

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Revenu de base, une contribution.

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http://bit.ly/2ikNMnQ


Pétition : NON aux renvois Dublin des réfugiés du CAO de Montpellier

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https://www.change.org/p/m-le-pr%C3%A9fet-de-l-h%C3%A9rault-non-aux-renvois-dublin-des-r%C3%A9fugi%C3%A9s-du-cao-de-montpellier?recruiter=26904728&utm_source=share_petition&utm_medium=facebook&utm_campaign=autopublish&utm_term=des-lg-share_petition-no_msg

change.org

M. le Préfet de l’Hérault: NON aux renvois Dublin des réfugiés du CAO de Montpellier

Lors du démantèlement du camp de Calais et des campements de Paris, plusieurs milliers de réfugiés ont accepté de partir en bus vers les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) en faisant confiance aux promesses de M Cazeneuve selon lesquelles toute personne « dublinée » (c’est-à-dire ayant donné ses empreintes, généralement de force, dans un autre pays européen)  ne serait pas renvoyée dans ce pays et pourrait demander l’asile en France.

La réglementation Dublin stipule que c’est tout à fait possible et légal de permettre à un réfugié de demander l’asile dans le pays de son choix, il y a une clause humanitaire et une clause discrétionnaire à ce sujet.

L’OFPRA (Office Français pour la Protection des Réfugiés et Apatrides) a confirmé cette promesse aux diverses communautés de la Jungle de Calais. Cette promesse a aussi été clairement  et encore plus fortement réitérée au moment du démantèlement de la Jungle fin octobre 2016.

A Montpellier, de nombreux demandeurs d’asile du CAO ont été ou vont être convoqués en préfecture pour se voir signifier une série de notifications traumatisantes pour les demandeurs d’asile :

  • Avis de renvois dans les pays dit Dublin, souvent des pays connus pour leurs violences et autres maltraitances – tels la Bulgarie, la Hongrie ou la Grèce -, ou alors pour leur impossibilité de se refaire une nouvelle vie – telle l’Italie, où les réfugiés statutaires ne trouvent ni travail ni logement ni aide pour commencer leur nouvelle vie -, ou encore des pays d’où ils sont certains d’être renvoyés dans le pays d’origine, telle la Norvège qui renvoie en Afghanistan ;
  •  Assignation à résidence jusqu’à 45 jours avec obligation de pointer à la gendarmerie plusieurs fois par semaine ;
  • Conduite à l’aéroport, souvent menotté/e entre deux policiers avec  intimidation et menace d’envoi en centre de rétention si le demandeur d’asile n’obtempère pas.

M. Le Roux, ministre de l’Intérieur, a pourtant réaffirmé lors de sa visite au CAO de Cancale ce 14 janvier qu’il n’y aurait « pas de transfert sous la contrainte et que les engagements pris seraient tenus ».

Nous, bénévoles ou simples citoyens,  sommes scandalisés de la manière dont notre pays traite des êtres humains qui ont déjà tant souffert et ne demandent qu’une chose : pouvoir demander l’asile en France, sans promesse trahie, afin de pouvoir commencer une nouvelle vie.

Nous demandons au préfet de l’Hérault :

  • l’annulation des renvois, assignations à résidence, et départs prévus ou en cours pour tous les « dublinés » de Calais ou d’ailleurs. L’ensemble des dossiers des « dublinés » doit être traité de la même manière.
  •  le respect des promesses de Monsieur Cazeneuve et Monsieur Le Roux afin de permettre a tous les demandeurs d’asile désireux de rester en France de déposer cette demande  rapidement, selon leur souhait clairement exprimé et selon leur droit.

«Mégafichier» : la Cnil enfonce le clou

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«Mégafichier» :

la Cnil enfonce le clou

Par Amaelle Guiton

Remettre l’ouvrage sur le métier : c’est, en substance, ce que demande la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) à Bruno Le Roux, à propos du «mégafichier» voulu par son prédécesseur au ministère de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Pour le gendarme des données personnelles, les conclusions du rapport d’audit rendu la semaine dernière «confirment largement [sa] position et [ses] interrogations», explique-t-elle ce lundi dans un communiqué.

Le 28 octobre, un décret a étendu le fichier TES, qui concerne aujourd’hui les quelque 15 millions de titulaires d’un passeport, aux cartes nationales d’identité. Doivent être regroupées à terme dans un système centralisé les données personnelles de 60 millions de Français : état civil, noms et prénoms des parents, adresse, couleur des yeux, taille, ainsi que des données biométriques – photo du visage et empreintes digitales. Depuis sa parution, ce texte a fait l’objet de très vives critiques. Notamment de la part de la présidente de la Cnil, Isabelle Falque-Pierrotin, et du Conseil national du numérique (CNNum), qui a organisé une consultation sur le sujet et demandé la suspension du décret.

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Face à la bronca, Cazeneuve avait, en novembre, chargé l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) et la Direction interministérielle du numérique et de la sécurité du système d’information de l’Etat (Dinsic) de plancher sur le «fichier monstre». Mardi 17 janvier, leur rapport d’audit a été rendu public par la place Beauvau. Or les conclusions de ce document ne sont pas flatteuses : les deux services estiment notamment que «le système TES peut techniquement être détourné à des fins d’identification», et que sa «sécurité globale […] est perfectible».

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Pour la commission, la création du «mégafichier» «n’a pas été précédée des évaluations et des expertises suffisantes au vu de l’ampleur et de la sensibilité» des données concernées. Et les recommandations du rapport d’audit, que le ministre s’est engagé à prendre en compte, «imposent de modifier substantiellement les conditions de mise en œuvre du système TES». La Cnil a déjà été saisie d’une première modification du décret – Cazeneuve avait annoncé, le 10 novembre, que le versement des empreintes digitales à la base centralisée deviendrait facultatif. Mais elle rappelle que les «nouvelles évolutions» du fichier TES «devront également être portées à sa connaissance».

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Le gendarme des données personnelles entend bien suivre de près le devenir du «fichier monstre», mais au-delà, il redemande une «expertise complémentaire» de la solution alternative qu’il préconisait déjà dans son avis sur le décret : la conservation des données biométriques non pas dans un fichier centralisé, mais sur une puce à l’intérieur de la carte d’identité elle-même. Une option plus protectrice des libertés, que l’Intérieur avait écartée en faisant valoir l’argument budgétaire.

Amaelle Guiton


mineurs à la rue en plein hiver…

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Adjie – Accompagnement et Défense des Jeunes Isolés Étrangers

À Paris, la Croix Rouge et la Mairie laissent des mineurs à la rue en plein hiver

La Croix Rouge Française, qui agit pour le compte du département de Paris, refuse de mettre à l’abri et de protéger des dizaines de mineurs non accompagnés qui sollicitent une protection au titre de l’enfance en danger. Depuis septembre, de nombreux mineurs se voient refuser l’accès au dispositif de protection de l’enfance, en toute illégalité et alors même que leur minorité et leur situation d’isolement ne sont pas contestées.

La loi impose [1] à chaque département de mettre en place l’accueil provisoire d’urgence de toute personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille, sans délai et dès qu’elle se présente. Durant cette période, le département doit évaluer sa minorité et sa situation d’isolement et lui notifier une décision d’admission ou de non-admission au bénéfice de l’aide sociale à l’enfance. Depuis le 1er janvier 2016, la Croix Rouge s’est vue confier la mission de premier accueil et d’évaluation des mineurs isolés se présentant sur le territoire parisien (par la création du Dispositif d’Évaluation des Mineurs Isolés Étrangers – le DEMIE).

Depuis septembre 2016, l’ADJIE [2] a reçu un nombre croissant de mineurs isolés ayant été éconduits le jour de leur présentation au DEMIE (le collectif a recensé 52 cas). Ils étaient – pour la plupart – en possession de documents d’état civil prouvant leur minorité et dont l’authenticité n’a pas été contestée (c’était le cas de 31 d’entre eux). Parmi eux, certains provenaient du centre humanitaire de la Chapelle où ils ne peuvent être hébergés en raison de leur minorité. À de nombreuses reprises, les membres de l’ADJIE se sont rendus au DEMIE et ont pu constater cette pratique manifestement illégale.

Lorsqu’ils se présentent à la Croix Rouge, la grande majorité de ces jeunes fait l’objet d’un « pré-entretien d’accueil » de 15 à 20 minutes avant de se voir refuser la prise en charge sans qu’aucune décision administrative ne leur soit notifiée. Quelques privilégiés ont la chance d’obtenir un rendez-vous (programmé un mois plus tard environ) pour que leur situation soit évaluée. En attendant, ils ne sont pas mis à l’abri. Dans les deux cas, ils ne peuvent bénéficier des dispositifs d’hébergement pour majeurs (non-habilités à accueillir des mineurs) et doivent survivre dans la rue. Nos constats ne reflètent qu’une partie de la réalité, nombreux sont les mineurs qui ne sollicitent pas nos associations et ne sont donc pas assistés dans la reconnaissance de leurs droits.

Contactés au sujet de ces pratiques illégales particulièrement préoccupantes, les responsables de la Ville de Paris concèdent le fait qu’ils font face à de grandes difficultés depuis octobre suite à l’augmentation des « flux », et assurent que les capacités du dispositif de mise à l’abri ont été étendues.

Le sempiternel argument « du manque de places disponibles » est difficilement acceptable lorsqu’on rappelle que, dès 2014, les associations [3] et le Défenseur des droits [4] avaient alerté l’opinion et les pouvoirs publics sur des faits identiques. À croire que rien n’a changé depuis, en dépit des « 15 mesures pour améliorer la prise en charge des mineurs isolés étrangers » adoptées à l’unanimité par le Conseil de Paris le 13 avril 2015.

Dans une décision du 21 juillet 2016 [5], le Défenseur des droits constatait de nouveau ces pratiques et faisait état du fait que ces refus ne semblaient s’expliquer « que par le physique du jeune qui se présente, et seraient plus nombreux en période de particulière affluence ». Ce dernier rappelait à la Croix Rouge et au département « que tous les jeunes qui se présentent comme mineurs non accompagnés doivent impérativement faire l’objet d’une évaluation socio-éducative conforme aux missions qui leur sont dévolues ». Cette recommandation ne semble pas avoir été écoutée par la Croix Rouge et la Ville de Paris, qui se sont depuis distinguées par leur inertie et leur incapacité à anticiper les demandes de protection.

Alors qu’à la création du camp humanitaire de la Chapelle, la municipalité de Paris se targuait d’agir pour pallier la carence de l’État [6] s’agissant de la mise à l’abri des personnes migrantes à la rue, c’est bien sa responsabilité – en tant que chef de file de la protection de l’enfance – qui, cette fois, est engagée. Au-delà des déclarations d’intention et derrière la vitrine d’un Paris ville-refuge, on entrevoit donc une réalité bien différente. Une réalité dans laquelle des mineurs migrants, privés de la protection de leur famille et donc en situation d’extrême vulnérabilité, voient leur droit à une protection bafoué, en totale contradiction avec la Convention internationale des droits de l’enfant.

Nous demandons que l’ensemble des jeunes se présentant comme mineurs non accompagnés soient, comme la loi le prévoit, mis à l’abri sans délai et voient leur demande de protection examinée pour permettre leur admission à l’aide sociale à l’enfance.

le 23 janvier 2017

Organisations membres du collectif ADJIE :

  • ADDE
  • Admie
  • CGT PJJ
  • Collectif de soutien des exilés
  • Collectif de vigilance du 12ème
  • DEI-France
  • Famille assistance
  • Fasti
  • Gisti
  • Journal du droit des jeunes
  • Kolone
  • La Cimade Île-de-France
  • La Voix de l’enfant
  • LdH
  • Mrap
  • RESF
  • Secours Catholique / Caritas
  • Sud Coll territoriales du Conseil général 93

Cédric Herrou de nouveau placé en garde à vue

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Cédric Herrou de nouveau placé

en garde à vue à Menton

pour aide aux migrants

Par Adèle Sifaut

Il s’expliquait à la barre du tribunal correctionnel de Nice il y a exactement quinze jours. Déjà poursuivi pour aide à l’entrée, à la circulation et au séjour de personnes en situation irrégulière et dans l’attente d’un délibéré le mois prochain, Cédric Herrou a de nouveau été arrêté dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes) à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Nice.

«Il a été interpellé près de chez lui, au poste-frontière de Sospel, précise son avocat Me Zia Oloumi. Mon client est en garde à vue à Menton depuis 1 heure du matin pour aide à l’entrée et au séjour d’étrangers.» Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’agriculteur de 37 ans était au volant de son véhicule quand une compagnie de gendarmerie l’a intercepté. «Il tentait de faire passer, par des chemins détournés, le contrôle à trois personnes d’origine érythréenne», détaille le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre.

«Des gamins tapent à nos portes tous les soirs»

C’est la troisième fois que Cédric Herrou fait l’objet d’une arrestation dans la vallée de la Roya, enclave montagneuse coincée entre l’Italie et la France qui voit débarquer des migrants dans ses villages. Depuis plusieurs mois, ce producteur d’œufs, d’huile et de pâte d’olives revendique son aide. Il recueille, soigne et héberge des Erythréens et Soudanais, pour la plupart, dans des caravanes et des tentes accolées à sa maison.

Sa première arrestation remonte au mois d’août. Après plusieurs heures de garde à vue, Herrou avait finalement bénéficié d’une immunité humanitaire. Deux mois plus tard, dépassé par le nombre d’arrivées de migrants dans sa vallée, il ouvre illégalement un camp de transit à Saint-Dalmas-de-Tende. «Des gamins tapent à nos portes tous les soirs, attendent sur le bord des routes, risquent leur vie pour arriver en France. Cinq d’entre eux sont morts sur l’A8 ou la voie ferrée en passant la frontière. J’estime qu’il est de notre responsabilité de les protéger», explique-t-il en interpellant la presse et les pouvoirs publics. Lors de son audience, le 4 janvier, le procureur avait requis huit mois de prison avec sursis contre le militant azuréen pointant «un procès qui est une tribune politique». Le délibéré est attendu pour le 10 février. «L’interpellation de cette nuit est constitutive de nouveaux faits. Ça ne change pas grand-chose pour le dossier précédent», explique ce jeudi à Libération Jean-Michel Prêtre.

Plusieurs cas de désobéissance dans la vallée de la Roya

Si Cédric Herrou est devenu une figure emblématique de l’aide aux migrants, il n’est pas le seul à désobéir dans la vallée de la Roya. En novembre, c’est le chercheur au CNRS Pierre-Alain Mannoni qui était jugé pour les mêmes faits. Après sa relaxe, le parquet a fait appel. Le 7 janvier, quatre militants étaient arrêtés en tentant de faire passer des migrants entre Breil et Sospel. «Il y a quelques transferts car nous sommes coincés, explique Georges Faye, membre de l’association Roya citoyenne. A Saorge par exemple, plus de 10% de la population sont des personnes en situation irrégulière hébergées chez des habitants.» Cédric Herrou risque cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Adèle Sifaut


mineurs étrangers…

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La mort du jeune Malien

Denko Sissoko libère la parole

des mineurs étrangers

sur leurs conditions de vie

Par Leïla Khouiel

Vendredi 6 janvier, Denko Sissoko, jeune Malien arrivé en France en octobre, a sauté par la fenêtre du 8e étage de son foyer à Châlons-en-Champagne (Marne). Raisons personnelles ou peur que la police vienne pour l’expulser ? Le drame met en lumière les conditions d’accueil des mineurs isolés étrangers. Reportage.

Il était arrivé en France en octobre 2016. Il a perdu la vie au pied d’un foyer d’accueil de Châlons-en-Champagne le 6 janvier 2017. Denko Sissoko, jeune Malien, s’est défenestré du 8e étage de l’établissement qui l’accueillait. Il occupait, depuis le 22 novembre, l’une des 73 chambres pour mineurs isolés mises à disposition par le Service d’Accueil des Mineurs Isolés Étrangers (SAMIE) du département de la Marne et gérées par l’Association Châlonnaise des Foyers d’Accueil (ACFA).

Selon le procureur de la République, le jeune homme se serait suicidé. De leurs côtés, les associations laissent entendre que le réfugié aurait sauté sous la pression d’un équipage de police venu le chercher pour l’expulser parce que son statut de mineur n’aurait pas été reconnu. Après avoir fui le Mali, Denko Sissoko est passé par la Libye et l’Italie, où il était resté un an et demi, avant d’avoir assez d’argent pour venir en France. “Il ne venait pas de la jungle de Calais. Il s’était présenté spontanément au commissariat de Reims le 3 novembre dernier”, précise le procureur. Il disait avoir 16 ans. Selon la préfecture de la Marne, le jeune Malien n’était pas encore connu des services préfectoraux car il n’était qu’au début de ses démarches administratives.

“S’il a sauté, c’est forcément parce qu’il a pris peur”

marche

Marche blanche à la mémoire de Denko Sissoko, à Châlons-en-Champagne, le 11 janvier 2017.

Cinq jours après le drame, plus de 200 personnes, camarades de Denko Sissoko, militants et anonymes, ont défilé sous la pluie et le ciel gris de Châlons-en-Champagne en hommage au jeune migrant. Ce sont les amis du foyer de Denko qui sont à l’origine de cette marche. Parmi les pancartes, on pouvait lire sur certaines “Justice pour Sissoko” ou encore “Pour un meilleur accueil des mineurs isolés”.

En tête du cortège, ses amis réclament justice. “Sissoko était joyeux, il aimait rire, il écoutait tout le temps de la musique africaine ! On le taquinait sur ça. Il n’avait pas l’air triste. Je n’arrive pas à croire que c’est un suicide”, avance Abdoul*, mineur ivoirien, rose blanche à la main. Mohammed, réfugié guinéen arrivé en France il y a 2 mois, remet lui aussi en cause la thèse officielle du suicide. “Il y a des bruits qui courent. On nous dit que la police vient au foyer pour nous menotter et nous expulser. Alors tout le monde craint la police”, relate-t-il. Le jeune migrant, dont le portrait de Denko est accroché au dos de son t-shirt, pense comme beaucoup de ses camarades que son ami a sauté pour échapper à la police dont il pensait qu’elle venait le chercher. “S’il a sauté, c’est forcément parce qu’il a pris peur”, appuie un autre participant de la marche. “Il ne voulait pas retourner au Mali”, affirme un de ses amis.

portrait

Portrait de Denko Sissoko.

Les versions se contredisent. Le parquet de Châlons-en-Champagne a catégoriquement réfuté l’hypothèse de la présence d’une patrouille de police au moment des faits : “Aucun élément n’a montré que des policiers seraient intervenus auprès de ce jeune” le jour du drame. “Le conseil départemental avait des doutes sur sa minorité, une procédure de vérification de ses papiers était en cours mais l’adolescent n’était concerné par aucune procédure administrative ou pénale”, affirme Isabelle Debailleul, directrice de la solidarité départementale au conseil départemental de la Marne.

Marie-Pierre Barrière, membre de l’antenne de Châlons-en-Champagne du Réseau Éducation sans Frontières (RESF), qui encadrait la marche blanche, associe la mort du jeune homme à sa peur d’être expulsé de France. Selon elle, ce geste est la conséquence des “ravages mortels d’une politique migratoire inhumaine. (…) “Ces jeunes sont mal accueillis. Ils sont maintenus dans une situation de torture psychologique qui dure parfois des mois, en attendant de connaître leur sort”. 

15 jours avant la mort de Denko Sissoko, “j’ai aussi sauté de la fenêtre de ma chambre”

Ça n’est pourtant pas la première fois qu’un jeune du foyer se défenestre. N’fah Siaka, jeune Guinéen arrivé en France en novembre, raconte. “C’était quinze jours avant la mort de Sissoko, confie le migrant. La police est venue taper à la porte de ma chambre à 6 heures du matin. La porte était verrouillée à clé. Je dormais. Personne ne m’avait prévenu. J’ai pris peur et j’ai sauté de la fenêtre de ma chambre, située au 2e étage. J’étais en pyjama et sans chaussures. Ma jambe a heurté la rambarde, je n’ai pas réussi à me relever. Un éducateur m’a conduit à l’hôpital“.

Marie-Pierre Barrière confirme que N’fah a passé la nuit à l’hôpital. “Il n’avait rien de cassé mais était choqué. Pourtant, le lendemain, la direction du foyer l’a viré et lui a demandé de contacter le 115”. Le jeune poursuit son récit : “On m’a demandé de libérer ma chambre car on ne reconnaissait pas ma minorité”. Isabelle Debailleul confirme : “La police est intervenue car le jeune n’a pas été reconnu mineur. Il avait falsifié ses papiers”. N’fah Siaka maintient être mineur et dément avoir falsifié ses papiers. Depuis, il dort dans la rue.

Cohabitation forcée entre mineurs étrangers et adultes en grande précarité

Le cortège prend la direction du foyer Bellevue, situé dans le quartier très populaire et sensible de la Bidée. “Un coin de Châlons qui craint, selon une retraitée de l’Éducation nationale, venue apporter son soutien à la marche. C’est un ghetto très défavorisé et loin de tout”. Planté au milieu de plusieurs barres d’immeuble, le bâtiment de 9 étages n’est pas visible immédiatement, caché par une médiathèque flambant neuf (mais déserte) et quelques grues dont le bruit sans discontinu donne le tournis. Il accueille 73 mineurs isolés étrangers (MIE) mais aussi “des cas sociaux, des personnes âgées qui ont des problèmes avec l’alcool et des toxicos”, décrit Bari, jeune Guinéen résidant au foyer depuis novembre dernier. Yamoudou*, lui, raconte que chaque nuit ou presque, son voisin, un homme d’une cinquantaine d’années, réveille tout le couloir à cause de ses hurlements et de ses coups de sang. “Il a des problèmes psychologiques, il me fait peur et je n’arrive pas à dormir”, rapporte le mineur ivoirien.

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Marche blanche à la mémoire de Denko Sissoko.

Comment expliquer qu’une cohabitation entre mineurs isolés et adultes en grande précarité soit possible ? “Il a fallu prendre en charge ces jeunes très rapidement dont le nombre ne fait que grossir contrairement à  nos moyens, se défend Isabelle Debailleul, au conseil départemental de la Marne. C’est mieux que de les accueillir à l’hôtel où il n’y aurait pas eu d’accompagnement éducatif et où ils auraient partagé une chambre à deux”. Au foyer Bellevue, l’accompagnement éducatif est assuré par 5 éducateurs pour 73 mineurs. Le conseil départemental accorde chaque année 3 millions d’euros aux mineurs isolés étrangers. “C’est 3 millions d’euros de dépenses en moins sur d’autres services”, souligne Isabelle Debailleul.

Aucun élu du conseil départemental ni Benoist Apparu, maire Les Républicains de Châlons-en-Champagne, ni même la direction du foyer, n’ont participé à la marche qui s’est terminée par une minute de silence marquée par les sanglots des amis de la victime.

Aucune sécurité et pas d’accès aux soins ni à l’éducation

A Bellevue, le mode de fonctionnement s’apparente à celui d’un foyer jeunes travailleurs. Il n’y a que des garçons. Chaque jeune bénéficie de sa propre chambre de 11m² avec le minimum vital : lit, réfrigérateur, plaques de cuisson. Les douches sont collectives. Les jeunes peuvent se retrouver dans la salle commune qui dispose d’une télévision. A part cela, aucune activité n’est organisée. Aucune, jusqu’au mercredi 11 janvier, jour de la marche blanche. “Madame Picard [la directrice du foyer Bellevue, ndlr] nous a proposé une sortie à Paris. “Kebab et cinéma !” Une activité prévue comme par hasard le jour de la marche à la mémoire de Sissoko”, rit, jaune, un réfugié.

Le wifi est valable jusqu’à 18h. “Les éducateurs nous coupent Internet à 18h parce que c’est l’heure à laquelle se termine leur journée”, souligne un jeune. Ils sont présents de 9 à 18 heures en semaine, et le samedi, de 10 à 18 heures. Le dimanche, il n’y a personne, et le soir non plus. Les caméras dans le hall ? “On n’est même pas sûrs qu’elles soient fonctionnelles”, souffle un locataire. Tout le monde peut entrer comme il veut, le gardien n’est jamais là et personne ne surveille”. Les jeunes se sont alors organisés entre eux. “On ne dort pas la nuit, on veille, on fait des rondes chaque nuit et on dort la journée pour passer le temps, comme il n’y a rien à faire”, relate un mineur, les traits tirés et le dos voûté.

Quand un jeune tombe malade, il n’a pas un accès direct aux soins. Certains ont des maladies mais ne sont pris en charge, expliquent les jeunes. C’est ce que confirme Yamoudou qui est arrivé à Châlons-en-Champagne très affaibli après son périple pour rejoindre l’Europe. “Au foyer, ils ne nous donnent pas de médicaments ou rarement, affirme le jeune. On prend des rendez-vous chez le médecin mais parfois ils sont annulés, on ne comprend pas pourquoi. Beaucoup d’entre nous se retrouvent alors aux urgences en dernier recours.” Certains mineurs racontent n’avoir jamais rencontré de psychologue, alors qu’ils portent tous une histoire très dure. “La première fois que j’ai vu un psychologue au foyer, c’était mercredi 11 janvier au matin, soit cinq jours après le décès de notre ami. On a décidé entre nous de ne pas le rencontrer”. Son camarade, à ses côtés, révèle qu’aucun d’entre eux ne disposait d’un numéro d’urgence ou d’une personne à contacter en cas de problème la nuit. “Ça a changé : la chef Madame Picard nous a donné son numéro de portable le lendemain de la mort de Sissoko en nous demandant de l’appeler… avant de sauter par la fenêtre !” Les jeunes éclatent de rire.

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Marche blanche à la mémoire de Denko Sissoko.

Sans scolarisation, sans formation professionnelle, sans accès aux soins, les mineurs isolés sont livrés à eux-mêmes. “Un scandale” pour Btissam Boucharaa, éducatrice spécialisée au sein de l’association de Sauvegarde de la Marne, à Reims. “La structure de l’Aide sociale à l’Enfance dans laquelle je travaille est composée de 6 éducateurs -pour une dizaine de jeunes-, de deux veilleurs, d’un psychologue et d’une maîtresse de maison, témoigne-t-elle. Elle a visité le foyer Bellevue le soir du 2 décembre après avoir eu quelques retours sur les conditions d’hébergement des jeunes. “J’ai été choquée de constater qu’ils étaient tout seuls. Le lendemain, on ne leur a même pas offert de dîner ou de cadeaux à l’occasion de Noël. (…) Il est interdit de laisser les mineurs seuls, ils ont interdiction de sortir après 19 heures”, rappelle-t-elle. Elle a interpellé l’Aide sociale à l’enfance, en vain. Selon elle, le département sous-traite un maximum à l’association afin de “dépenser un minimum d’argent pour les mineurs isolés étrangers”.

Face aux nombreuses critiques, le conseil départemental riposte : “Si on ne pouvait accueillir que des mineurs, les conditions de prise en charge seraient différentes”. Isabelle Debailleul avance que “seulement 20% des jeunes sont mineurs. Certains ont 30 ans. (…) Il y a un détournement des services de protection de l’enfance : plutôt que de produire un parcours intéressant avec un jeune, la structure est obligée d’accueillir tout le monde, les mineurs sont donc pénalisés”. Car chaque jeune est pris en charge comme s’il était mineur, tant qu’il n’a pas été prouvé qu’il n’est pas majeur. Pourtant, dans le même temps, la directrice de la solidarité départementale affirme que les jeunes sont scolarisés dans des classes spéciales uniquement après avoir été officiellement reconnus mineurs. “Maintenant, avec le décès du Malien, ils peuvent nous faire le coup du traumatisme ou faire semblant de sauter”, craint, en off, une source du conseil.

“Nous sommes comme des animaux”

L’institution départementale affirme respecter scrupuleusement le protocole et la loi en appliquant la circulaire Taubira. Les jeunes passent par plusieurs étapes. D’abord, une évaluation où une équipe de 4 ou 5 travailleurs sociaux leur demande de raconter leurs parcours (son pays, sa scolarité, ses projets). Il s’agit d’une série de questionnements qui dure une ou deux heures en fonction du jeune. Parfois, il y a une deuxième évaluation qui vient compléter la première. S’il y a des incohérences dans le témoignage du jeune, on envoie ses papiers à la Police aux frontières pour vérifications. Cela prend deux ou trois mois. Ensuite, si un doute sur leur minorité persiste, le dossier est transféré au parquet qui peut éventuellement demander un examen d’âge osseux. Isabelle Debailleul assure qu’aucune prise de sang est demandée aux jeunes, alors que certains jeunes rencontrés au foyer racontent qu’on leur a demandé de fournir “plusieurs bouteilles de sang, sans pour autant obtenir ensuite les résultats de ces analyses”. “Si le jeune n’est pas reconnu mineur, on lui demande de sortir de notre service et on le met en relation avec le 115, poursuit-elle. On fait appel à la police pour les déloger”.

Après le décès de leur ami, les jeunes du foyer Bellevue ont adressé une lettre (à lire ci-dessous) à Manon Doublet, chargée de mission en charge des MIE au conseil départemental, dans laquelle ils dénoncent tous les dysfonctionnements du foyer et le traitement qu’il leur est accordé. “A notre arrivée ici, nous ne connaissions personne, nulle part. Nous avons quitté notre pays pour une vie meilleure en Europe. Nous étions prêts à réussir notre vie ici mais nous avons l’impression que tout se retourne contre nous. (…) Nous voulons dénoncer le système que vous employez avec les mineurs étrangers : vous nous gardez pendant 3, 4, 5, 6, 7, 8 mois sans rien nous dire. Nous sommes comme des animaux. (…) Madame Doublet, aujourd’hui nous nous adressons à vous avec nos demandes et nous voulons des réponses. (…) Pour nous, c’est une façon de ne pas laisser mourir Denko Sissoko pour rien”. Ils n’ont, à ce jour, reçu aucune réponse.

Leïla KHOUIEL

*Prénom modifié

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