La ministre de la famille confirme le mariage homosexuel en 2013

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 29.06.2012 à 17h13 • Mis à jour le 29.06.2012 à 17h13

Un projet de loi sera présenté à la rentrée pour que les couples homosexuels puissent s'unir devant le maire dès juin 2013, indique Dominique Bertinotti, la ministre de la famille, à la veille de la Gay Pride.

A la veille de la Marche des fiertés gays, lesbiennes, bi et trans ((LGBT)) à Paris, Dominique Bertinotti, la ministre de la famille, annonce dans Aujourd’hui en France/Le Parisien que « les couples homosexuels pourront se marier d’ici à la fin 2013″ car « un projet de loi sera présenté au Parlement à la rentrée ».

La ministre a déclaré que le texte touchant « notamment au code civil, il faudra consulter pour avis le Conseil supérieur de l’adoption, puis le Conseil d’Etat, avant de présenter le texte au Parlement. Il faut prendre le temps de l’écoute et de la discussion, sans s’enliser dans le débat. »

Ce texte de loi pourrait également inclure un volet sur le statut juridique des tiers qui participent à l’éducation des enfants, précise Dominique Bertinotti. « Nous avons la volonté de réaliser cet engagement relatif au mariage et à l’adoption pour tous, l’engagement 31 de François Hollande, qui figure dans son calendrier du changement, au premier semestre 2013″, dit-elle dans cet entretien.« Même si c’est un peu long, la loi est notre engagement et, je le crois, elle sera votée en 2013 », ajoute-t-elle, indiquant qu’avant de présenter un texte au Parlement, le gouvernement devra consulter pour avis le Conseil supérieur de l’adoption et le Conseil d’Etat.

La communauté LGBT revendique l’ouverture des droits au mariage pour les couples de même sexe, un sujet qui constituait le 31e des 60 engagements de François Hollande lors de sa campagne. Le nouveau président a promis qu’une loi en ce sens interviendrait « au plus tard au printemps 2013 », ce qu’a confirmé la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, qui participait le 16 juin à la Marche des fiertés homosexuelles et transsexuelles à Lyon.

Autre revendication, le droit à l’adoption pour les couples de même sexe et l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes. François Hollande s’est également déclaré favorable à ces propositions.

Nicolas Sarkozy s’était dit hostile au mariage homosexuel pendant la campagne présidentielle, lui préférant un « pacs » qui puisse faire l’objet d’une cérémonie en mairie. La député européenne UMP Rachida Dati a toutefois estimé vendredi que le parti de droite n’avait « jamais dit non » au mariage homosexuel. « Que les personnes du même sexe qui vivent ensemble souhaitent avoir les mêmes droits que les couples hétérosexuels, c’est une évidence, c’est normal », a-t-elle dit sur BFM-TV et RMC, ajoutant qu’il ne fallait pas séparer les débats sur le mariage et l’adoption.

Le mariage homosexuel est approuvé par 63 % des Français, d’après un sondage BVA publié en janvier.

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Manuel Valls : « Etre de gauche, ce n’est pas régulariser tous les sans-papiers »

Le Monde.fr | 2

8.06.2012 à 07h57 • Mis à jour le 28.06.2012 à 07h57

Par Propos recueillis par Cécile Prieur, David Revault d’Allonnes et Elise Vincent

 

 

Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, Place Beauvau, le 26 juin 2012.

 

Manuel Valls, ministre de l’intérieur, définit dans un entretien au Monde la politique migratoire qu’il entend mener. Il annonce plusieurs circulaires : une pour mettre fin à la rétention des familles ; une autre pour uniformiser et préciser les critères de régularisation ; une troisième, enfin, pour faciliter les naturalisations. Il annonce également l’adoption d’une loi pour créer notamment un nouveau titre de séjour de trois ans. Mais il entend rester « ferme » et ne pas procéder à des régularisations massives.

Il existe un très grand nombre de sans-papiers qui ne sont ni expulsables ni régularisables en l’état du droit. Donnerez-vous des consignes aux préfets pour sortir de cette impasse ?

Manuel Valls : Les régularisations doivent se faire en s’appuyant sur des critères précis, objectifs, compréhensibles, à la fois par ceux qui sont dans cette situation, ceux qui pourraient venir sur notre sol national, et nos compatriotes. Ces critères sont les années de présence en France, la situation par rapport au travail, les attaches familiales, la scolarisation des enfants. Ils ont été interprétés de manière beaucoup trop restrictive et n’ont pas été appliqués de manière uniforme sur l’ensemble du territoire par le précédent gouvernement.

Une circulaire pour les préciser est donc en préparation. Je veux mettre fin à l’arbitraire. Mais les personnes susceptibles d’être éloignées – et il y en aura – doivent être traitées dignement et être en mesure de faire valoir leurs droits.

La précision des critères pourrait-elle vous amener à un volet de régularisations plus ample que celui du gouvernement Fillon, qui était d’environ 30 000 par an ?

Non, je ne le crois pas. Aujourd’hui, la situation économique et sociale ne permet pas d’accueillir et de régulariser autant que certains le voudraient. C’est ma responsabilité de ministre de l’intérieur de le dire. Je l’assume.

Allez-vous revoir la politique des titres de séjour pour les étrangers en situation régulière ?

Le droit au séjour doit être rendu plus simple, plus lisible. Ce qui ne veut pas dire moins exigeant. Les difficultés à obtenir un titre de séjour sont des facteurs de fragilisation économique, psychologique, sociale, et donc des obstacles à l’intégration. Il nous faudrait essayer de légiférer cette année, et à ce titre, créer un titre de séjour intermédiaire d’une durée de trois ans qui permette de stabiliser ceux qui vivent et travaillent de manière régulière sur le sol national. J’ai, à ce propos, été révolté par le sort réservé à ces étrangers qui se retrouvent dans les files d’attente devant les préfectures pour renouveler leurs papiers pendant des heures, la nuit, ou dans le froid. Ça n’est pas ça, la France.

Concernant les naturalisations, desserrerez-vous l’étau mis en place par vos prédécesseurs ?

La naturalisation, c’est une réussite pour la France. Elle ne doit plus être pensée comme l’issue d’un parcours du combattant mais comme l’issue d’un processus d’intégration. Il faut redonner la totale possibilité de devenir français. Depuis deux ans, les naturalisations ont chuté de 40 %. C’est la conséquence de choix politiques délibérés, mais non écrits, non dits. Je veux inverser cette tendance. Dès cet été, une circulaire sera signée, en ce sens, avec des critères transparents.

Est-ce que vous ne risquez pas, avec ces annonces, d’apparaître comme le « monsieur Sarkozy » du gouvernement ?

Non. La politique de Nicolas Sarkozy a été marquée par des coups de menton et par l’idée que l’immigré était responsable des problèmes des Français. Revenir sur les symboles, ce n’est pas rien! Il est vrai qu’il n’y aura pas de régularisation massive des sans-papiers. Etre de gauche, ce n’est pas régulariser tout le monde et se retrouver dans une impasse. Il faut mener une politique républicaine, conforme aux valeurs de la France, tenir compte de la situation économique et sociale de notre pays et poser, effectivement, des critères. La politique que j’applique n’est pas celle de Manuel Valls, c’est celle du président de la République et du premier ministre.


Procès des Déboulonneurs de pub : et la liberté de (non) réception ?

Le Monde.fr | 26.06.2012 à 12h40 • Mis à jour le 26.06.2012 à 12h40

Par Guillaume Dumas, Mehdi Khamassi, Karim Ndiaye, Yves Jouffe, Luc Foubert et Camille Roth, chercheurs en sciences cognitives et sociales

A travers le collectif "les Déboulonneurs" de pub, dont le jugement devrait être rendu mardi 26 juin, "c'est la liberté de (non) réception des citoyens que nous devons défendre", estiment des chercheurs en sciences cognitives et sociales.

« Il serait inique que des barbouilleurs animés par un esprit civique de dépollution des images soient poursuivis et condamnés, alors que tant  d’ignominies dues à la recherche du profit maximum sont tolérées. » Edgar Morin.

Le 3 avril, huit personnes du collectif « les Déboulonneurs » comparaissaient à la chambre d’appel correctionnelle de Paris pour avoir barbouillé des panneaux publicitaires. Lors du procès, le réquisitoire du procureur a largement reposé sur l’argument d’une atteinte à la liberté d’expression des annonceurs. Le jugement devant être rendu mardi 26 juin, il nous est apparu urgent de rappeler les éléments montrant que la publicité, par ses mécanismes mêmes, porte atteinte à certaines libertés de l’individu et qu’elle peut avoir des effets nocifs sur la société en termes de santé publique (surcharge cognitive, stress, obésité…).

Les sciences cognitives et sociales (neurosciences, psychologie et sociologie notamment), disciplines dont nous relevons, tendent à montrer que la publicité biaise nos comportements les plus automatiques, y compris de façon inconsciente. Et si l’émergence des techniques d’exploration du cerveau nous permettent de mieux comprendre ces mécanismes, nous voulons montrer ici que ces nouvelles connaissances et leur appropriation par le domaine publicitaire (en particulier via le neuromarketing) requièrent un débat le plus large possible sur la présence de la publicité dans l’espace public.

INFLUENCE DE LA PUBLICITÉ SUR NOTRE COMPORTEMENT ET NOTRE CERVEAU

Rappelons tout d’abord l’origine historique de la publicité. Le premier grand saut technique s’opère au début du XXe siècle, en passant d’une simple répétition mécanique du message à une méthodologie élaborée de persuasion des masses. L’un des principaux pionniers de cette « manufacture du consentement » s’appelle Edward Bernays et n’est autre  que le neveu de Freud. Il décide d’utiliser les découvertes de la psychanalyse pour parvenir à une « manipulation consciente, intelligente des opinions et des habitudes » par des « chefs invisibles » (The Century of the Self, 2002). L’exemple le plus frappant de cette nouvelle démarche publicitaire est la  diffusion dans la presse de photos de jeunes femmes belles, modernes et indépendantes, fumant des cigarettes appelées « torches de la liberté ». En incitant les femmes à fumer à une époque où ce comportement était réprouvé, Bernays se vanta d’avoir doublé la taille du marché potentiel de l’industrie du tabac !

Grâce à l’imagerie cérébrale, les neuroscientifiques ont récemment commencé à s’intéresser à l’effet de l’image de marque d’un produit sur nos cerveaux. Dans ce contexte, on se focalise sur le système de récompense, un ensemble de régions du cerveau évolutionnairement très ancien. Ce système fait interagir émotions et prises de décision de telle sorte que ces dernières échappent à la rationalité pure.Il se révèle aussi très sensible à certains signaux de notre environnement qui peuvent influencer nos comportements même quand ils ne sont pas perçus consciemment (ce dont on peut s’assurer en laboratoire).

A partir de ces connaissances, une équipe de chercheurs américains a comparé l’activité cérébrale du système de récompense chez des individus invités à goûter deux marques de sodas. Lorsque le test se fait en aveugle, les deux marques de boissons sont autant appréciées l’une que l’autre et activent le système de récompense de façon équivalente. Par contre, lorsque les étiquettes sont rendues visibles, l’un des deux sodas active soudainement beaucoup plus le système de récompense et est préféré par la majorité. Cette étude fut la première à montrer par la mesure de l’activité cérébrale comment l’image de marque construite par la publicité peut biaiser les préférences des consommateurs.

Depuis lors, les études visant à mesurer ces préférences au moyen de l’imagerie cérébrale se sont multipliées sous la bannière de ce que l’on appelle le neuromarketing. Jusqu’à présent, cette approche a essentiellement cherché à calibrer le message publicitaire de façon à activer le plus possible le système de récompense. Bien que le neuromarketing  soit aujourd’hui vivement critiqué pour son absence de rigueur scientifique, il pourrait devenir, avec les progrès des neurosciences, un véritable outil d’ingénierie publicitaire.

ENJEUX SANITAIRES DE LA PUBLICITÉ À GRANDE ÉCHELLE

Le ciblage de notre système de récompense par la publicité doit aussi être considéré en termes de santé publique. On sait que le système de récompense est plus vulnérable chez certains individus. Les personnes souffrant d’obésité par exemple voient leur système de récompense activé de façon anormale par des images de nourriture ultra-calorique. La publicité exploite leur vulnérabilité et renforce leurs comportements de surconsommation. Les enfants ayant un système nerveux encore en développement sont aussi très sensibles à la publicité. Sur la base de multiples études issues des plus grands journaux médicaux, l’Agence de l’alimentation britannique demande, pour ces mêmes raisons, que « les enfants aient le droit de grandir à l’abri des pressions commerciales, lesquelles encouragent la consommation d’une nourriture trop riche, trop sucrée et trop salée qui fait courir un risque pour la santé actuelle et future des enfants ».

Les estimations menées aux Etats-Unis montrent ainsi que l’obésité infantile pourrait être réduite de près d’un tiers en régulant mieux la publicité des produits alimentaires. Plus généralement, on sait maintenant que la dérégulation du système de récompense accompagne de nombreux troubles psychologiques et psychiatriques. Dans l’attente de travaux scientifiques évaluant l’effet de la publicité sur les populations à risque, il nous semble indispensable d’en appeler au principe de précaution pour réguler les messages commerciaux à destination de nos concitoyens les plus fragiles.

ENJEUX ÉTHIQUES DE LA PUBLICITÉ AU XXIE SIÈCLE

Tous ces éléments révèlent que ce qui est en jeu s’avère beaucoup plus complexe que la simple liberté d’expression invoquée pour le publicitaire. Or cette liberté-là ne va sans une autre liberté complémentaire de la première : la liberté de non-réception. Il s’agit de garantir à chaque citoyen le droit de choisir où et quand il souhaite accéder à de l’information publicitaire. Ceci pour lui permettre de se protéger de son influence ou simplement de se reposer de la surcharge d’information. Selon les estimations, les enfants sont exposés quotidiennement à plusieurs dizaines de spots publicitaires, voire plusieurs milliers aux Etats-Unis. Face à ce bombardement quotidien, la liberté de non-réception des citoyens doit être assurée, en particulier dans l’espace public. L’Etat se doit en effet d’y être le garant de la neutralité commerciale autant que de la sureté psychologique de tout un chacun.

Or, selon nous, les évolutions récentes sont inquiétantes. Par exemple, les usagers du métro parisien auront pu constater le remplacement progressif des affichages sur papier par de très larges écrans plats. Cette technologie exploite le fait que toute image en mouvement dans la périphérie du champ visuel capture automatiquement l’attention de l’individu. Cette réaction automatique, héritage de notre évolution au cours de laquelle le danger pouvait surgir sans prévenir, s’accompagne d’une augmentation du niveau d’alerte et de stress qui favorise la mémorisation du message. En outre, l’intégration dans ces écrans de capteurs mesurant l’intensité du regard peut transformer, à leur insu, les passants en cobayes d’expérimentation publicitaire à grande échelle.

Nous déplorons que les usagers des transports n’aient pas été consultés, ni même informés, de cette évolution qui touche directement leur environnement visuel et entraîne la collecte d’informations sur leur comportement. A cela s’ajoutent les dizaines de milliers d’enquêtes d’opinion que les régies publicitaires ont déjà accumulées (depuis leur apparition, dans les années 1960). Ce traçage prend aujourd’hui un essor sans précédent avec le développement des technologies numériques (puces RFID des badges en tout genre, GPS des smartphones, réseaux sociaux omniprésents, etc.). Aujourd’hui ce « temps de cerveau disponible », profilé et géolocalisé est vendu au prix fort par les afficheurs : la diffusion d’un message publicitaire est quantifiée en Occasion de voir (ODV), facturée à l’unité entre 0,1 et 0,7 euro.  Ainsi une personne vivant en Ile-de-France rapporte une cinquantaine d’euros par jour à l’industrie publicitaire, sans même le savoir.

En l’absence de débat citoyen, le politique cède trop facilement aux pressions des annonceurs et afficheurs, réclamant toujours moins d’entraves pour faire davantage de profits. Ainsi, loin d’en limiter la présence dans l’espace public, la loi du 12 juillet 2010 issue du Grenelle de l’environnement laisse place, selon le ministère lui-même, à « un développement important de secteurs comme ceux du micro-affichage, des bâches, des dispositifs innovants, des publicités sur aéroports ou gares […], permettant d’envisager une progression de 10 à 30 % des chiffres d’affaires des entreprises investissant dans ces domaines d’activité ».

SOLUTIONS ET ALTERNATIVES

Pourtant, réduire la place de la publicité dans l’espace public n’est pas une simple revendication idéaliste. En 2006, le conseil municipal de la ville de Sao Paulo a voté à une quasi-unanimité une loi « Ville propre » bannissant tout affichage publicitaire dans l’espace public. Cinq ans après son entrée en vigueur, un sondage montre que 70 % des résidents de Sao Paulo ont trouvé les effets de cette loi bénéfiques.

Devant les enjeux révélés par les dernières avancées scientifiques, nous souhaitons encourager toute démarche de régulation du système publicitaire actuel et en premier lieu dans l’espace public. En barbouillant des publicités, le collectif des Déboulonneurs a osé un acte de désobéissance civile afin d’être entendu par la collectivité et de pousser le politique à accepter une ré-ouverture du débat. A travers eux, c’est la liberté de non-réception des citoyens que nous devons défendre.


Guillaume Dumas est chercheur à la Florida Atlantic University ;

Mehdi Khamassi est chercheur au CNRS ;

Karim Ndiaye est chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière ;

Yves Jouffe est chercheur à l’université Paris-Est ;

Luc Foubert est docteur de l’Université Pierre et Marie Curie-Paris-VI ;

Camille Roth est chercheur au CNRS.

Les auteurs remercient Célya Gruson-Daniel pour son aide.

Guillaume Dumas, Mehdi Khamassi, Karim Ndiaye, Yves Jouffe, Luc Foubert et Camille Roth, chercheurs en sciences cognitives et sociales


Najat Vallaud-Belkacem veut faire «disparaître» la prostitution

LIBE

24 juin 2012 à 14:07
A Paris, dans le bois de Boulogne.

A Paris, dans le bois de Boulogne. (THOMAS SAMSON. AFP

La ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem relance dans le Journal du dimanche le débat sur le statut pénal de la prostitution qui selon elle doit «disparaître», appelant le gouvernement à «se donner les moyens» de l’abolir. «La question n’est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution – la réponse est oui – mais de nous donner les moyens de le faire», déclare la ministre. «Mon objectif, comme celui du PS, c’est de voir la prostitution disparaître.»

Actuellement, recourir à une personne prostituée n’est pas un délit en France. Depuis 2003, la loi française punit le racolage passif, c’est-à-dire celui exercé par la personne prostituée sur la voie publique, de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. Ce texte est dans les faits peu appliqué et ne prévoit rien contre les clients. D’après une récente enquête du Mouvement du Nid, un homme sur huit a déjà eu recours à une prestation sexuelle tarifée.

Durant la campagne, François Hollande avait dit son intention de supprimer ce délit de racolage passif qui «conduit à repousser la prostitution dans des zones peu accessibles pour les associations». Quant à la pénalisation des clients, «la réflexion doit être ouverte», avait-il ajouté, expliquant que «disposer librement du corps d’une autre personne» contre paiement était «dans les textes internationaux, (…) une atteinte aux droits humains».

Selon diverses estimations, environ 20.000 personnes se prostituent en France, dont 70 à 80% de femmes et 80% d’étrangers (Balkans, Afrique, Amérique du Sud, Chine). Plusieurs associations pensent toutefois que ce chiffre est sous-évalué.

«Un chantier de long terme»

«Je ne suis pas naïve, je sais que ce sera un chantier de long terme», précise Najat Vallaud-Belkacem en expliquant que la «position abolitionniste» du PS est «le fruit d’une réflexion tirant les leçons des insuffisances des dispositifs actuels». L’abolitionnisme divise les associations et se heurte à l’opposition des prostitué(e)s indépendants, qui manifestent régulièrement à Paris, jugeant que cela mettrait en danger leur subsistance et leur sécurité en les poussant vers plus de clandestinité.

Mais selon Guy Geoffroy, le député UMP à l’origine d’une résolution parlementaire de 2011 préconisant de pénaliser les clients, «neuf personnes prostituées sur dix sont victimes de la traite des êtres humains». Rappelant le vote de la résolution, Mme Vallaud-Belkacem assure dans le JDD que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls et elle «ne resteront pas inactifs sur cette question». «Pour tirer toutes les conséquences de la résolution de l’Assemblée nationale, nous organiserons une conférence de consensus», ajoute-t-elle sans plus de précision.

La pénalisation des clients sur le modèle de ce qui se pratique en Suède depuis 1999, avait également été défendue l’an passé par Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, pour qui «il n’existe pas de prostitution libre, choisie ou consentie».

Cette semaine, le préfet de police de Paris Bernard Boucault a déclaré que le nombre de personnes faisant commerce de leur corps avait doublé en 2011 dans le Bois de Boulogne, haut-lieu de la prostitution parisienne. Cette augmentation s’explique notamment par l’afflux de jeunes femmes roumaines ou bulgares, exploitées par des réseaux de proxénétisme, selon les associations.

(AFP)


Abolition de la prostitution : «Une position purement morale»

Société

LIBE

Lilian Mathieu, sociologue au CNRS spécialisé dans les questions liées à la prostitution, réagit aux propos de Najat Vallaud-Belkacem, publiés dimanche dans le JDD.

Par LEILA PIAZZA
Lilian Mathieu, sociologue au CNRS.
Que pensez-vous de la position abolitionniste affichée par la ministre des Droits des femmes ?

Elle n’a pas dit grand chose de nouveau. Elle a juste affirmé sa volonté d’abolir la prostitution. Le problème c’est qu’il y a confusion dans les termes. La France est effectivement un pays abolitionniste depuis 1960, au sens où elle a aboli toute réglementation encadrant la prostitution. Alors qu’auparavant, il y avait par exemple des contrôles sanitaires obligatoires, pour vérifier que les prostituées n’étaient pas porteuses de maladies sexuellement transmissibles. Aujourd’hui, chacun est libre d’exercer, sous réserve qu’il n’y ait pas de proxénétisme, et pas de racolage depuis 2003. Ça c’est le sens original du mot abolitionniste. Sauf que dans les propos de Vallaud-Belkacem, il s’agit d’une abolition de la prostitution elle-même. C’est un glissement de sens. Il s’agit d’abolir la prostitution par la pénalisation des clients. C’est l’idée simple, voire simpliste, selon laquelle il n’y aura plus de besoin de prostitution car les prostituées n’auront plus de débouché à leur activité.

Une illusion, selon vous ?

En réalité, ça a un effet dissuasif mais ça ne règle pas la question de la prostitution, qui est une activité que les personnes exercent faute de mieux. La question des alternatives à la prostitution pour les personnes qui l’exercent est rarement évoquée. Qu’est-cequ’elles vont faire ? On connait l’état du marché du travail, spécialement pour les femmes et les personnes peu qualifiées et aussi pour les migrants en situation irrégulière, qui composent une part significative de la prostitution dans notre pays. Donc on est dans une position purement morale, qui affirme des principes. Une politique qui est destinée officiellement à aider les prostituées, va dans la réalité rendre leur situation encore plus compliquée, précaire et fragile. On l’a vu avec l’exemple de la Suède, elle ne disparait pas tant que ça ; elle se déplace. Si on pénalise les clients, elles vont être amenées à aller vers des endroits moins visibles de la police. Elles vont quitter les centres-ville. C’est un moyen de répondre à la demande des riverains qui se plaignent, qui trouvent que ça fait tache dans le paysage. C’était déjà le cas avec la loi sur le racolage.

Punir le client et non la prostituée, vous pensez que c’est la bonne solution pour mettre un terme à la prostitution ?

Ah non ! Ça revient au même. Il y a un paradoxe dans la loi punissant le racolage passif : les prostituées sont des victimes donc on va les punir. Ça a été efficace dans le sens où ça a vidé les rues des grandes villes. Aujourd’hui, on veut garder le même objectif, mais en se donnant bonne conscience, car on considère les prostituées comme victimes. Donc on va chercher le coupable : le client. On aura le même effet de déplacement vers des zones plus discrètes mais qui sont également plus dangereuses, plus isolées, où elles sont à la merci des agresseurs et beaucoup plus difficiles à trouver pour les organismes de travail social et de santé publique qui leurs sont destinées. Avec la loi sur le racolage passif, par exemple à Lyon où je travaille, ça a été radical. D’autant que le maire de la Ville, Gérard Collomb, avait devancé la loi en prenant un arrêté municipal contre le racolage. Il n’y a plus de prostituées dans le centre-ville. Les commerçants et les riverains sont ravis. Simplement, elles se sont dispersées dans des quartiers périphériques où elles sont plus isolées et où c’est beaucoup plus dangereux la nuit. Le budget essence des associations qui leur viennent en aide a explosé. Et quand elles travaillaient en groupe, il y avait une forme de surveillance mutuelle. Un droit fondamental qui est le droit à la sécurité, va se retrouver, et est déjà, remis en cause, sous prétexte qu’on veut les protéger. C’est extraordinaire !

Mais est-ce qu’il ne faudrait pas s’attaquer plus fortement au proxénétisme ?

Certainement. Mais la loi française est bien équipée. On a différentes formes plus ou moins contraignantes, violentes et organisées de proxénétisme, qui peuvent être réprimées aujourd’hui. Ça ne veut pas dire, comme on le pense souvent, que toute prostituée a un proxénète. Mais plus on leur rend la situation difficile, plus on leur impose la précarité, plus elles sont dépendantes d’une aide qu’on peut leur apporter, qui va être monnayée et qui, du coup, se trouve en position de proxénète. Et aujourd’hui, enfin avec l’ancien gouvernement, la politique policière répondait à une logique du chiffre. Mener des affaires de longue haleine pour démanteler des réseaux criminels internationaux, cela prend du temps et les résultats ne sont pas toujours à la hauteur. Donc on va plutôt se concentrer sur le petit proxénète que sur le réseau mafieux. La manière de concevoir l’action publique est en cause. On n’a pas de chiffre sur le proxénétisme. Et c’est une qualification juridique qui recouvre un ensemble de situations très diverses. On a souvent l’idée du méchant proxénète qui fait de fausses promesses d’emploi à de jeunes filles naïves venues de l’est ou d’Afrique. Mais la plupart des proxénètes que j’ai rencontrés étaient des prostituées elles mêmes, qui rackettaient leurs consœurs en échange d’un emplacement. Ça peut aussi être le compagnon, la famille qui vit au crochet de la personne prostituée ou encore le propriétaire qui lui loue un appartement… Et souvent il y a un mélange de sentiments et d’exploitation. La diversité des situations et des relations est extrêmement complexe.

Pensez-vous que les prostituées vont se mobiliser après cette annonce ?

Il y aura surement des réactions et mobilisations d’associations comme le STRASS (Syndicat du Travail Sexuel), qui lutte contre la représentation misérabiliste de cette activité. Il y aura peut être des mobilisations au delà. Le problème c’est que les prostituées sont une population extrêmement précaire, qui a l’habitude de la clandestinité. Protester au grand jour est très difficile pour ces personnes. D’autant que leur image publique, que ce soit celle d’une victime ou celle d’une fille de mauvaise vie, ne facilite pas la défense de leur cause. Et il y a toujours la peur de la répression, la peur d’être reconnue. Et puis elles ont peu de moyen de pression.

Pour vous quelle serait une bonne politique en la matière ?

La conclusion de mes recherches de sociologue est que la prostitution est avant tout un problème social. Ce n’est jamais de gaieté de cœur que des personnes s’engagent dans cette activité, qui est stigmatisée et dangereuse. La question est celle des alternatives crédibles à la prostitution. Il s’agit de penser une protection sociale qui soit suffisamment efficace pour que les gens n’aient pas à se poser la question d’adopter cette pratique comme moyen de subsistance. Ça passe par le relèvement des minimas sociaux, une politique du logement, de santé… un ensemble de choses qui permette aux gens de ne pas rentrer dans la prostitution ou d’avoir d’avantage le contrôle de leur existence. Ça n’est pas une politique spécifique à la prostitution.


De der en der

LIBE

27 juin 2012 à 22:36
Par Vincent Giret

Et s’il était déjà trop tard ? Et si la crise de l’euro n’était déjà plus soluble, faute de temps, d’argent frais, de croissance, de volonté politique, de consensus sur le projet européen ? A la veille d’un énième sommet sous tension, il est permis de se demander s’il existe encore une dernière chance, après la dernière chance. Tant de fois depuis plusieurs années, les dirigeants ont échoué à trouver une autre parade qu’éphémère. Ils ont cru acheter du temps en érigeant la procrastination en méthode de résolution de crise. Il ne s’agit pas de jouer les Cassandre, de professer un catastrophisme complaisant ou, moins encore, d’affirmer que le salut pourrait venir d’une fuite en avant nationale. Mais il est un fait : tous les éléments d’une explosion sont réunis. Cette zone monétaire baroque se heurte aussi violemment à ses contradictions structurelles qu’à une conjoncture exécrable. Les engagements pris par l’Espagne, l’Italie, et même la France, sans parler de la Grèce, pour l’année 2013, paraissent hors de portée, sauf à croire encore, contre vents et marées, que la machine infernale de l’austérité fabrique des miracles. Trop tard donc ? Le pire n’est jamais sûr. Un accord à l’arraché peut encore surgir, mais on peine à penser que le fossé des désaccords entre les 17 pays de la zone euro puisse être comblé. Il faudrait un sursaut dont les prémisses sont invisibles. L’histoire roule comme si certains dirigeants – dont au premier rang Angela Merkel – misaient désormais sur l’éclatement de la zone et sur la constitution d’un noyau dur de pays partageant, et leur monnaie, et leur souveraineté.


Fichier ARES :

le nouveau « dieu de la guerre » du ministere de l’Interieur contre les incivilités routières

Le 16 mai 2012, la LDH et l’association Automobile Club des Avocats ont demandé au Conseil d’Etat l’annulation du fichier ARES, acronyme de « automatisation du registre des entrées et sorties des recours en matière de contravention ». Ce fichier a été créé par un arrêté du ministre de l’intérieur du 20 février 2012, publié au Journal Officiel du 16 mars dernier.

Le fichier concerne dans un premier temps Paris, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine et le Val-de Marne. Il a vocation à s’étendre à la France entière. Cependant, le ministère de l’intérieur n’a communiqué aucun calendrier.

Dans un contexte de généralisation des fichiers, retour sur un nouveau traitement informatisé qui suscite déjà des remous.

En quoi consiste le fichier ARES ? Le fichier est destiné à recenser les données personnelles des usagers de la route qui contestent leurs contraventions au code de la route. Il s’agit des contraventions des quatre premières classes, donc de la majorité des infractions au code de la route (non-affichage du ticket horodateur, stationnement non autorisé, conduite en état d’ivresse, etc.).

Dans ce cadre, des données à caractère personnel vont être enregistrées dans le fichier ARES : l’identité (civilité, nom, prénom, date et lieu de naissance, sexe, adresse) du propriétaire du véhicule et du contrevenant, s’il s’agit de deux personnes distinctes ; la vie professionnelle (nom du responsable légal dans le cas de réclamations de sociétés) ; l’identification du véhicule utilisé ; l’infraction (nature, date, heure et lieu) et le montant de l’amende forfaitaire. On se trouve donc en présence d’un fichage très large, comportant des données sensibles.

Le fichier ARES : un simple outil administratif ou la naissance d’un fichier d’antécédents pré-judiciaires ?

La seconde finalité du fichier ARES est, selon les termes de l’arrêté ministériel, de produire des statistiques. Derrière l’objectif affiché, qui est d’être un fichier administratif permettant d’optimiser le traitement des contestations, il existe une réalité : depuis plusieurs années, les contestations répétées des contraventions par les automobilistes sont perçues comme une forme d’incivilité par les pouvoirs publics qui font tout pour les décourager.

Dans un tel climat, il est difficile de concevoir qu’un traitement automatisé dont l’objet premier est de recenser « les mauvais élèves » du code de la route restera un simple outil statistique. A court ou moyen terme, il risque d’être croisé avec d’autres fichiers.

Ainsi, le dispositif mis en place aura pour conséquence de dissuader de nombreuses personnes d’exercer leur droit à contester la contravention qui leur a été notifiée, de crainte de se retrouver fichées.

Une conservation des données d’une durée de cinq années Le fichier ARES conserve les données ainsi collectées pendant cinq ans, ce qui constitue une durée manifestement excessive. Excessive parce que la durée fixée ne correspond à aucune disposition particulière sur le plan de la procédure pénale, puisqu’en matière contraventionnelle l’action publique – à savoir l’action mise en œuvre par le procureur de la République en vue de réprimer une infraction – se prescrit à l’issue d’une durée d’un an. Excessive également car les données vont être conservées, nonobstant, par exemple, une décision de relaxe prononcée par le tribunal. Excessive enfin parce que le point de départ du délai de cinq ans est la date du dernier fait enregistré. Ainsi, le maintien de la personne dans le fichier ARES peut être sans fin.