L’Humanité extrait : Dominique Noguères vice-présidente de la LDH

 

  • Ne pas céder à l’urgence par Dominique Noguères, vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH)

-Après plus de vingt actes de manifestations des gilets jaunes, la question de la doctrine du maintien de l’ordre est plus que jamais à l’ordre du jour. En effet et même avant que ne commence le mouvement des gilets jaunes, beaucoup s’interrogeaient sur la manière dont les autorités policières envisageaient le maintien de l’ordre. L’attitude des forces de police pendant les manifestations de 2018, celle du 1 er Mai à Paris par exemple ou celles de la contestation de la loi El Khomri, indigne et interroge. Les forces de l’ordre semblent acculées à de plus en plus de répression. Les multiples blessés par les LBD ou les grenades de désincarcération en sont l’illustration. La justice qui vient ensuite agit lourdement et les peines prononcées (près de 2 000 condamnations) sont importantes. Cette question du maintien de l’ordre n’est évidemment pas isolée puisqu’elle repose sur un arsenal juridique et législatif fort. L’état d’urgence proclamé après les attentats de 2015 qui a duré deux ans est maintenant transcrit dans la loi ordinaire, et le Parlement vient de voter la loi sur les interdictions de manifester. Or, même si les épisodes violents que connaissent certains mouvements sociaux ne justifient pas tout, il est important de ne pas céder face à l’urgence du moment. Aujourd’hui, cette loi sur les interdictions de manifester contrevient aux principes mêmes de notre République en faisant référence à la notion de trouble à l’ordre ordre public et en permettant de sanctionner a priori des manifestants sur de simples soupçons, l’État piétine nos droits. Des solutions alternatives à l’actuel maintien de l’ordre existent cependant mais elles sont éminemment politiques. Entre 2010 et 2013, neuf pays européens ont participé au programme de recherches Godiac (« Good practice for dialogue and communication as strategic principles for policing political manifestations in Europe »), soutenu par l’Union européenne (UE), pour trouver de nouveaux moyens d’apaiser les relations souvent tendues entre citoyens et forces de l’ordre lors des manifestations politiques. L’absence d’une force de police fut remarquée : celle de la France, qui revendique, pourtant, une longue tradition du maintien de l’ordre public, avec une doctrine mise en place dès la fin du XIX e siècle. On constate donc, en comparant les diverses politiques européennes de maintien de l’ordre, qu’il n’y a pas qu’une seule manière de faire la police, mais autant que de manières d’envisager les libertés. C’est donc bien le rôle du politique qui est en jeu dans le maintien de l’ordre. Prendre des lois de circonstance n’est jamais bon signe pour une démocratie. S’y habituer et ne pas se poser la question du pourquoi de la colère, n’y répondre que par des lois liberticides et par la violence tend à liquider notre démocratie.

  • Texte collectif. Pour une coordination nationale antirépression

Depuis l’instauration de l’état d’urgence sous la présidence de François Hollande et d’une législation liberticide par Emmanuel Macron, des milliers de citoyen.ne.s, de jeunes même mineur.e.s, de militant.e.s et d’élu.e.s notamment, ont connu le « talon de fer » dans le cadre d’interventions policières et de suites judiciaires : agressions physiques, blessures et morts, arrestations, perquisitions, condamnations, assignations à résidence, contrôles… Cette répression, d’abord appliquée aux quartiers populaires et aux concitoyen.ne.s descendant d’immigrations et souvent originaires, comme les migrant.e.s, de pays encore soumis à la prédation néocoloniale, s’est vue étendue à l’ensemble du mouvement social et écologique. Les gilets jaunes, qui, à partir des périphéries abandonnées, remobilisent le pays de manière très majoritairement pacifique, paient un lourd tribut, et l’emploi d’armes meurtrières par les forces de l’ordre françaises fait l’objet de condamnations internationales, de la part du Défenseur des droits, de l’ONU, du Parlement européen, du Conseil de l’Europe… Une telle politique de « maintien de l’ordre » ne peut que favoriser la montée de l’extrême droite. C’est pourquoi nous militons pour qu’une campagne associant mouvement social, gilets jaunes, quartiers populaires et comités de soutien des victimes, articule étroitement la reconquête démocratique et celle de notre modèle social issu du Conseil national de la Résistance. Il est urgent de lancer une alerte citoyenne et de constituer une coordination qui organise des meetings nationaux et régionaux antirépression, et qui ouvre une caisse nationale de soutien aux victimes ou aux familles de victimes, alimentée en particulier par les organisations qui ont les moyens, dont les syndicats, ainsi que par les citoyen.ne.s. Enfin des états généraux doivent débattre et lister des éléments programmatiques et stratégiques pour le refus du néolibéralisme autoritaire et pour la promotion d’un véritable État de droit, démocratique et émancipateur, dont l’interdiction des armes mutilantes.

Premiers signataires : Assemblée des blessés, Étienne Adam, Louis Adam, Jean Agnès, Bernard Allain, Guy Ayats, Karine Ballon, Franc Bardou, Christophe Baticle, Adda Bekkouche, Nicolas Béniès, Jacques Bidet, Philippe Blanchet, Marie-France Bonnemayre, Martine Boudet, Henri Braun, Jean-Paul Bruckert, Νοëlle Burgi, Claude Calame, Gérard Chaouat, Jean Claret, Pierre Cours-Salies, Armand Creus, Alexis Cukier,  Hendrik Davi, Laurence De Cock, Christian Delarue, Bruno Della Sudda, Gilles Deloustal, Monique Demare, Christian de Montlibert, Daniel Desmé, Étienne Doussain, Tosse Ekue, Didier Epsztajn, Patrick Farbiaz, Jean-Michel Faure, Yann Fiévet, Bernard Fischer, Jacques Fontaine, Jean-Marc Fontaine, Isabelle Garo, Jean-Luc Gautero, Karl Ghazi, Jérôme Gleizes, Marie-Claude Herboux, Gilles Houdouin, Rada Iveković, Samy Johsua, Anne Jollet, Robert Joumard, Pierre Khalfa, Mathilde Larrère, Christian Laval, Claude Layalle, Christian Lazzeri, Olivier Le Cour Grandmaison, Francis Lecomte, Corinne Le Fustec, Christophe Lemasson, Patrick Le Moal, Serge Le Quéau, Jean-Paul Leroux, Patricia Leuenberger, Fred Licciardi, Olivier Long, Raymond Maguet, Jean Malifaud, Philippe Marlière, Jean-Pierre Martin, Michel Mas, Gustave Massiah, Christophe Mileschi, Alain Miossec, Martine Monier, Bénédicte Monville, Robi Morder, Alain Mouetaux, Arnaud Muyssen, Richard Neuville, Ambroise Noémie, François Nowakowski, Ugo Palheta, Jeanne Parreau, Jean-François Pellissier, Bastien Pereira Besteiro, Évelyne Perrin, Martine Petit, Yves Quintal, Emmanuel Renault, Michèle Riot-Sarcey, André Rosevègue, Louis Salce, Henri Saint Jean, Catherine Samary, François Schalchli, Serge Seninsky, Patrick Silberstein, Gérard Tautil, Jacques Testart, Jean Michel Toulouse, José Tovar, Jérôme Valluy, Jean-Paul Vanhoove, Pedro Vianna, Christiane Vollaire, Louis Weber, Pierre Zarka.

Publicités