En 2015, 89 000 enfants non accompagnés sont entrés en Europe, et, parmi eux, 10 000 ont disparu des radars depuis deux ans, selon les chiffres avancés par l’organisation Missing Children Europe, qui regroupe vingt-quatre ONG de l’Union européenne. Europol avait alerté l’opinion publique il y a moins d’un mois sur le sujet : «Nous ne savons pas où ils sont, ce qu’ils font et avec qui», a expliqué Brian Donald, un responsable de l’organisation policière européenne. En Italie, ce serait 5 000 enfants migrants non accompagnés qui auraient disparu ; 1 000 en Suède. De manière générale, les enfants forment un gros contingent de migrants : Missing Children Europe rappelle ainsi que 40% des migrants vivant dans les camps de réfugiés en Grèce sont des enfants.

Un grand nombre d’entre eux «vivent comme des prisonniers, dans des conditions atroces», selon Delphine Moralis, secrétaire générale de Missing Children Europe. S’ils décident de se débrouiller seuls, c’est généralement en désespoir de cause : «Bien qu’ils aient le droit de rejoindre leurs familles, les procédures sont extrêmement lentes et complexes. C’est pourquoi beaucoup d’enfants ne voient pas d’autre solution que de “disparaître” et de continuer leur route par eux-mêmes.» Beaucoup d’entre eux vivent alors l’expérience traumatisante d’être à la rue et de connaître la faim – des expériences qui laissent souvent des traces profondes sur leur santé physique et mentale. Pour Delphine Moralis, ils deviennent également «les proies les plus faciles» des passeurs et autres organisations criminelles, avec souvent travail forcé et exploitation sexuelle.

Réunion des ministres fin janvier

Le rapport d’Europol fin décembre alertait sur l’existence d’une «infrastructure criminelle» visant les migrants à des fins diverses. La filière d’immigration légale est désormais grignotée par des groupes criminels, actifs dans la traite d’êtres humains. «Il y a des prisons en Allemagne et en Hongrie où la grande majorité des prisonniers a un rapport avec l’activité criminelle autour de la crise migratoire», pour Brian Donald.

Missing Children Europe a décidé de lancer sur Facebook la campagne «Mention the Unmentioned». L’organisation propose de partager sur les réseaux sociaux une image en mentionnant le nom du ministre compétent sur cette question dans son pays. Pour la France, la liste fournie par l’organisation indique le nom du ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas (@JJUrvoas). «Avec cette campagne, nous voulons attirer l’attention d’un maximum de personnes sur le sort des enfants migrants en Europe», précise Delphine Moralis. «Cette campagne est plus qu’une pétition. Citer le ministre compétent aura un impact direct sur son cabinet ministériel.» L’association a en vue la réunion informelle des ministres de la Justice et de l’Intérieur des pays de l’Union européenne, qui se tiendra à Malte les 26 et 27 janvier.

Pierre de Boissieu