Un rapport objectif sur la mort de Rémy Fraisse…

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Lettre ouverte à l’attention du Président de la République…

… « Appel à la non-prorogation de l’état d’urgence »

A l’initiative de plusieurs avocats et organisations, dont la LDH

Paris, le 23 mai 2017

 

Monsieur le Président de la République,

Le Conseil de Défense et de Sécurité nationale que vous avez convoqué demain se réunira moins de deux jours après que le Royaume-Uni a été durement frappé par une action terroriste. Nous souhaitons d’abord exprimer notre solidarité à l’égard des victimes et de leurs proches. Ce drame ne vous dégage toutefois pas de la responsabilité que vous confie la Constitution de rétablir le fonctionnement régulier des institutions. L’état d’urgence ne favorise en rien la protection de nos concitoyens et empêche au contraire de concevoir une réponse de long terme à la menace du terrorisme international.

Nous, membres actifs de la société civile, assistons avec inquiétude à ce basculement normatif se diffusant durablement dans le droit en portant une atteinte insupportable aux libertés fondamentales, libertés pour la garantie desquelles nous nous battons et que nous ne voulons pas voir réduites sous la pression de la menace terroriste.

La menace qui pèse sur la France – comme sur d’autres pays d’Europe et du monde – reste et restera longtemps élevée. Plus de 18 mois après son déclenchement, face à une menace terroriste persistante et latente, les conditions juridiques de prorogation de l’état d’urgence – le péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public – ne sont pas réunies.

Nous pensons que la seule audition des services de renseignement ne vous suffira pas pour avoir une vision complète de la situation. L’appréciation objective de la situation actuelle commande d’entendre l’ensemble des acteurs (juristes spécialisés, universitaires, avocats spécialisés, associations qui accompagnent les personnes visées par les mesures, éducateurs, médiateurs…) qui vous éclaireront sur les effets toxiques de l’état d’urgence, pour certaines communautés comme pour l’ensemble de la société française, ainsi que sur l’efficacité de la lutte contre le terrorisme elle-même.

De par nos expériences respectives, nos travaux, et le dialogue avec les institutions, nous avons acquis la conviction de l’inefficience de l’état d’urgence et de son caractère contre-productif. Nous faisons ici écho aux bilans dressés par la commission des lois de l’Assemblée nationale chargée du contrôle parlementaire de l’état d’urgence et par des autorités indépendantes, comme le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme ou encore le Commissaire européen des droits de l’Homme.

La commission d’enquête parlementaire sur les moyens mis en œuvre dans la lutte contre le terrorisme a affirmé clairement que « s’il a été réel, cet effet déstabilisateur, lié à la surprise des opérations menées, semble s’être rapidement amenuisé ». En contournant la justice antiterroriste, en épuisant les forces de sécurité, l’état d’urgence s’avère même à long terme non seulement inefficace, mais aussi contre-productif.

Nous tenons par ailleurs à vous rappeler le coût, social, politique et institutionnel très élevé de l’état d’urgence qui autorise des mesures impliquant des atteintes graves aux libertés individuelles sans contrôle en amont du juge judiciaire et sans que le contrôle a posteriori du juge administratif permette de compenser cet absence de contrôle a priori. Un régime d’exception ne saurait durer si longtemps impunément pour la République et ses citoyens. Il tend à fragiliser la séparation et l’indépendance des pouvoirs, en particulier au prix d’une dé-judiciarisation s’installant durablement dans notre paysage juridique. Notre droit commun, déjà de plus en plus imprégné de dispositions dérogatoires aux principes fondamentaux de la Constitution, se retrouve de facto disqualifié par la longueur de l’état d’urgence, et cela nous inquiète pour l’avenir.

Monsieur le Président, vous avez plusieurs fois affirmé que vous souhaitiez réconcilier la France. Des vies ont été et sont encore bouleversées par des mesures disproportionnées et discriminatoires : assignations à résidence se prolongeant de manière indéfinie, fermeture prolongée et non motivée de certains lieux de culte, multiplication des contrôles au faciès stigmatisant les personnes de confession musulmane ou supposée telle, autant d’éléments dont l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme n’a jamais été démontrée… Au fil des mois, nous avons documenté de nombreux abus commis contre des personnes en vertu des pouvoirs d’exception conférés par l’état d’urgence.

A cet égard, l’avis rendu le 18 mai 2017 par la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) sur la prévention de la radicalisation, confirme que les « signes de radicalisation », souvent faibles, donnent lieu à des mesures disproportionnées, aussi bien administratives que judiciaires, témoignant des effets contre-productifs des mesures prises. L’état d’urgence est un facteur de division interne de la société française, ne pas le renouveler serait une marque de courage et un pas en avant vers une réflexion sur la résolution à moyen et long terme de la menace terroriste dans une société multiple et apaisée.

Vous aurez noté que ni l’Allemagne ni la Belgique, également touchés par des attentats, n’ont eu recours à un régime juridique d’exception tel que l’état d’urgence. En revanche, la France s’illustre négativement, en étant l’un des seuls pays du Conseil de l’Europe qui dérogent, avec l’Ukraine et la Turquie, à l’application de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Nous rejoignons enfin la déclaration de Monsieur le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb faite le 19 mai 2017, selon laquelle « à un moment donné, il faudra sortir de l’état d’urgence ». Nous pensons que ce moment est venu.

Nous invitons donc le gouvernement à ne pas soumettre au Parlement de projet de loi pour proroger une sixième fois l’état d’urgence.

Nous nous tenons à votre disposition pour nous entretenir de ce sujet avec vous, ou avec vos proches collaborateurs.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, notre très haute considération

Organisations signataires :

Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France), Action Droits des Musulmans, Amnesty International France, Club Droits Justice et Sécurités, European Prison Litigation Network, Human Rights Watch, La Quadrature du Net, Ligue des droits de l’Homme, Observatoire International des Prisons – section française, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature.

Avocats signataires

Me Arié Alimi, Me Asif Arif, Me William Bourdon.

Copies :

– M. le Premier ministre, Mme la ministre de la Défense, M. le ministre de l’Intérieur, M. le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. le Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

– M. le Défenseur des Droits, Mme la Présidente de la CNCDH.

 

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Données personnelles des élèves…

sudouest.fr

Enseignement : les données personnelles des élèves sont-elles suffisamment protégées ?


La Cnil a appelé le ministère de l’Education nationale à garantir « de façon effective et contraignante » la protection des données scolaires, dont beaucoup sont liées aux élèves, en raison de « l’utilisation croissante des services numériques » à l’école.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) juge dans un communiqué reçu mercredi « plus que jamais nécessaire » de fixer un cadre de régulation « qui protège de manière effective les données personnelles des élèves et des enseignants ».

Elle souligne « le développement des offres de services numériques dans l’éducation, proposés en particulier par les grands fournisseurs du web », sans citer un nom de groupe en particulier.

La Cnil qualifie d’ »intéressante » l’élaboration d’une charte de confiance à l’initiative du ministère de l’Education, qui doit voir les fournisseurs du web et ceux de services-éditeurs de logiciels éducatifs s’engager dans une offre « respectueuse des droits des personnes ».

Des données sensibles

Mais elle « considère que compte tenu de la sensibilité des données en jeu, cette charte devrait se traduire par un encadrement juridique contraignant » qui garantirait « la non utilisation des données scolaires à des fins commerciales, l’hébergement de ces données en France ou en Europe » et « l’obligation de prendre des mesures de sécurité conformes aux normes en vigueur ».

Cette charte, annoncée au printemps 2016, n’est pas encore finalisée.

Dans un entretien en avril à EducPros (groupe l’Etudiant), la présidente de la Cnil Isabelle Falque-Pierrotin soulignait que « le secteur de l’éducation est extrêmement sollicité par les acteurs économiques, très intéressés par ces données scolaires ».

« Il est temps de mettre un cadre à toutes ces offres économiques faites auprès de l’institution scolaire »

La direction nationale du numérique du ministère dit « confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du web », dans un courrier aux enseignants révélé la semaine dernière par le site spécialisé Café pédagogique.

Mais ce courrier a semé le trouble chez certains acteurs. La FCPE, première fédération des parents d’élèves, se dit « alertée ».

La sécurisation des données doit rester « un principe intangible », de même que « la souveraineté des données scolaires, à savoir le stockage de ces données sur des serveurs en territoire national ».


La lettre d’information de Laurent Mucchielli N° 223

Lettre d’informations du site Délinquance, justice et autres questions de société

Numéro 223 (24 mai 2017)

Articles (à consulter en cliquant ici)

 

* Les travailleurs sociaux « ne doivent pas devenir des auxiliaires de police » (CNCDH)

* Un bilan des attentats liés au contexte syro-irakien dans les pays occidentaux

* Blocage des sites de propagande terroriste : un manque de moyens évident

* Manifestations du 1er Mai à Paris : le maintien de l’ordre en question

* Malte : un paradis fiscal au coeur de l’Europe

* Comment améliorer l’insertion des Roms à l’échelle locale

* De gros chantiers attendent le nouveau ministre de l’Intérieur !

* Francis Heaulme nous impose une épreuve de réalité

* 38 000 décès dans le monde seraient dus au dépassement des normes du Diesel

* La consommation de cannabis en prison

* Une étude statistique sur la multi condamnation

* Affaire Agnès Marin : l’État condamné pour « faute lourde »

* L’intérêt d’être un humain est qu’on ne sait pas ce qui se passera dans 5 minutes

Livres et revues

* BECCARIA. Revue d’histoire du droit de punir, nouvelle revue, 2017.

* La vérité côté cour. Une ethnologue aux assises, Christiane Besnier, La Découverte, 2017.

* L’agression sexuelle commise sur des mineurs : les victimes, les auteurs, revue Criminologie, 2017, n°1.

* Native to the Republic. Empire, Social Citizenship, and Everyday Life in Marseille since 1945, Minayo Nasiali, Cornell University Press, 2016.

* Une initiation. Rwanda (1994-2016), Stéphane Audoin-Rouzeau, Seuil, 2017.

* Adolescents de cité. L’épreuve de la mobilité, Nicolas Oppenchaim, Presses universitaires François-Rabelais, 2016.

* Les femmes et la question criminelle. Délits commis, expériences de victimisation et professions judiciaires, Véronique Jaquier, Joëlle Vuille, Seismo, 2017.

* Le voisin inconnu : le travail social en perspective franco-allemande, revue Le Sociographe, 2017, Hors série n°9.

* Collaborer pour insérer ? Les partenariats sociaux dans l’insertion par l’activité économique, Philippe Semenowicz, Presses Universitaires de Rennes, 2017.

* Enquête sur la connaissance du monde social. Anthropologie, histoire, sociologie, France-États-Unis, 1950-2000, Jean-Michel Chapoulie, Presses Universitaires de Rennes, 2017.

 


Philippot théorise la post-vérité…

an-2000.blogs.liberation.fr

…«ce n’est pas vrai mais ça aurait pu l’être»

Vincent Glad

La fake news est l’arme des pauvres, de ceux qui ne trouvent pas l’article qui leur convient sur le marché de l’information.

Accusé d’avoir relayé sur son compte Twitter un faux SMS des équipes de Macron, Florian Philippot s’est défendu au micro de France Inter d’une manière assez inédite. Il n’a pas contesté que le SMS soit faux mais a jugé que ce n’était pas grave puisqu’il aurait pu être vrai.

«Manifestement ce n’était pas le bon SMS. Mais il y a eu des SMS qui ont mené au même […] Je n’ai pas créé un faux. J’ai repris de bonne foi un texto qui n’était pas aberrant, qui aurait pu être parfaitement réel sur le fond.»

La plausabilité plus que la vérité

Le SMS est donc faux dans le récit médiatique (et a été dénoncé comme tel) mais est jugé vrai dans le récit de Florian Philippot. Ce qui établit sa véracité est sa plausibilité, sa capacité à rentrer dans une histoire déjà écrite.

C’est un argument qu’on entend souvent chez les militants sur Internet pris en flagrant délit de fake news. Samuel Laurent, journaliste aux Décodeurs du Monde, avait montré comment la fausse citation de Hollande «ça ne coûte rien, c’est l’état qui paye» avait beau être mille fois démentie, elle n’en restait pas moins vraie pour de nombreux militants. Non parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle aurait pu être vraie.

Avant de jeter le discrédit sur ceux qui propagent ces fake news, il faut bien réfléchir à sa propre pratique de l’information.

Si vous ne propagez jamais de fausses informations, c’est sans doute que vous êtes un privilégié sur le marché libéral de l’information. Votre candidat préféré est plutôt bien traité par le «système» et vous n’avez donc pas besoin de partager des faux pour que votre récit fonctionne.

Tout le monde est de mauvaise foi sur Internet

Sur Internet, en période de campagne électorale, chacun déroule sur ses réseaux (Facebook, Twitter ou chaîne de mail) son propre récit. Une pure construction, pleine de mauvaise foi, défendant toujours le même et s’attaquant toujours aux mêmes. Les articles de presse ne sont que des munitions destinées à servir dans la guerre de tranchées électorale.

Bien sûr, c’est plus classe de partager un article du Monde qu’un sombre blog complotiste pour défendre son candidat. Mais à défaut, il faut bien trouver des ressources quelque part. Et c’est là où opèrent les fake news, comblant simplement une demande non satisfaite sur le marché de l’information.

Les amateurs concurrencent les médias sur la mise en récit de l’information

On pensait que l’Internet allait démocratiser le marché de l’information en permettant à chacun d’être son propre média, de produire des propres informations. Il n’en fut rien. Rare sont les amateurs qui produisent des scoops ou des vraies informations. Les journalistes gardent un quasi monopole sur ce marché.

Ils sont par contre concurrencés de manière très sérieuse sur la mise en récit de l’information. Il n’y a plus un récit médiatique unifié, il y a une infinitude de mini-récits que chacun se construit en glanant sur Internet des informations qui vont dans le sens de cette construction narrative. Les journalistes ne sont plus que des subalternes, le vrai pouvoir est donné aux internautes.

La force de l’internaute, ce n’est pas la production d’information mais le partage de cette information. Et le partage fait tout. Une information n’est rien si elle ne circule pas.

La fake news, l’arme des faibles

Le malaise autour des fake news pendant la campagne électorale américaine ne s’explique pas tant pas leur existence que par leur circulation: comme l’avait révélé Buzzfeed, certaines fake news avaient atteint un nombre de partages bien supérieur aux articles de la presse traditionnelle.

Ce chaos médiatique est sans doute le résultat d’un déséquilibre trop important entre l’offre et la demande sur le marché de l’information. Les médias traditionnels ne proposaient que des articles anti-Trump alors que la moitié de l’Amérique voulait se persuader que Donald Trump ferait un meilleur président qu’Hillary Clinton.

La fake news est simplement l’arme des faibles, de ceux qui ne trouvent pas les moyens de défendre leur candidat sur le marché licite de l’actualité.


Richard Ferrand. Ministre en sursis ?

Le gouvernement exclut

une démission de Richard Ferrand

24 mai 2017 Par Agence Reuters

– Mediapart.fr

Le gouvernement a exclu mercredi une démission du ministre de la Cohésion du territoire, Richard Ferrand, au lendemain de révélations du Canard enchaîné sur ses anciennes activités professionnelles et l’emploi dont a bénéficié son fils.

PARIS (Reuters) – Le gouvernement a exclu mercredi une démission du ministre de la Cohésion du territoire, Richard Ferrand, au lendemain de révélations du Canard enchaîné sur ses anciennes activités professionnelles et l’emploi dont a bénéficié son fils.

« Il y a un parquet financier qui dit qu’il n’y a pas d’affaire », a déclaré sur franceinfo ce proche du président Emmanuel Macron, ajoutant qu’il ne se sentait pas un « maillon faible » du gouvernement d’Edouard Philippe.

A la sortie du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a exclu une démission de Richard Ferrand.

« La question [de sa démission] ne s’est pas posée, donc évidemment ce sujet n’a pas été abordé en conseil des ministres », a déclaré Christophe Castaner.

Richard Ferrand a dirigé les Mutuelles de Bretagne entre 1990 et 2012. Depuis 2011, l’entreprise loue des locaux à Brest à une société appartenant à sa compagne, rapporte le Canard enchaîné dans son édition datée de ce mercredi.

« La probité du ministre n’est en rien remise en cause, et il ne saurait donc être question de sa démission », a ajouté le porte-parole, rejetant la demande faite par Marine Le Pen.

La présidente du Front national, évoquant un « enrichissement personnel parfaitement immoral », avait réclamé la démission du ministre de la Cohésion du territoire, nommé mercredi dernier.

« Cette affaire est très proche de (celle touchant) François Fillon », a-t-elle indiqué dans l’émission « Questions d’info » (franceinfo-LCP-Le Monde-AFP) en allusion à la mise en examen du candidat de la droite à l’élection présidentielle empêtré dans une affaire d’emplois présumés fictifs.

AUCUNE LOI ENFREINTE

Le Canard enchaîné révèle aussi que le nouveau ministre a employé, en 2014, son fils de 23 ans à l’époque comme collaborateur parlementaire.

« Si c’était à refaire, je ne le referais pas », a réagi Richard Ferrand sur franceinfo, évoquant un « coup de main ». « Aujourd’hui, il y a un rejet total de l’idée qu’un parlementaire puisse embaucher un de ses proches. »

Les Républicains ont annoncé pour leur part leur intention de saisir le procureur de la République et le procureur national financier « au regard d’informations concernant les agissements de M. Richard Ferrand et de ses proches ».

« Il se doit d’être relevé que ceux-ci sont d’une gravité certaine et pourraient revêtir plusieurs qualifications pénales », écrit le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer, dans un communiqué.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a demandé de son côté que le Premier ministre et le ministre de la Justice s’expriment sur le sujet.

« Nous soutenons également la loi sur la transparence, encore faudrait-il qu’elle soit appliquée à Richard Ferrand », a-t-il dit sur Radio Classique, « je demande à ce propos que le Premier ministre et le Garde des sceaux s’expriment à ce sujet. »

Ces révélations interviennent alors que le ministre de la Justice, François Bayrou, a entamé des consultations en vue de présenter une loi de moralisation de la vie publique en conseil des ministres avant les législatives des 11 et 18 juin.

« ÇA TOMBE MAL »

« Ça tombe mal », a reconnu mercredi matin Christophe Castaner, sur Europe 1.

Benjamin Griveaux, porte-parole de LREM, dont Richard Ferrand a été le secrétaire général, estime que le ministre n’a enfreint « aucune » loi, faisant écho à la réaction, mardi, des services du Premier ministre..

« On est dans le cadre d’une entreprise privée, il n’y a pas d’argent public qui est en jeu », a-t-il dit sur franceinfo, interrogé sur la concordance entre cette affaire et la loi prévue par le ministre de la Justice, François Bayrou.

Richard Ferrand a dénoncé dans un communiqué publié dans la nuit de mardi à mercredi « des dénonciations calomnieuses ».

« Cette décision a été prise dans la pleine connaissance des liens qui unissaient Richard Ferrand et la propriétaire des locaux, dans le respect de toutes les règles en vigueur par le Conseil d’administration, seul décisionnaire, et dont Richard Ferrand n’a jamais été membre », déclare le ministre, mettant en avant que le loyer proposé par l’entreprise de sa compagne était inférieur au prix du marché.

L’actuel président des Mutuelles de Bretagne, Rémi Salaün, a apporté son soutien au ministre, insistant, dans une lettre adressée au directeur de l’hebdomadaire satirique, sur le fait que Richard Ferrand a « pris une large part au redressement de [l’] Union mutualiste ».

Prolonger

Boite Noire

URL source: https://www.mediapart.fr/journal/france/240517/le-gouvernement-exclut-une-demission-de-richard-ferrand

Saisonnier toute l’année…

impressons.over-blog.com

…vous avez dit contradiction ?

Sarlat – Périgord Noir


Article paru dans L’Essor Sarladais en décembre 2011

“ Etre saisonnier toute l’année semble difficile ”

Une étude sur les salariés saisonniers du sud de la Dordogne a été effectuée pour la Maison de l’emploi du Périgord Noir

Les élus présents lors de la publication de l’étude, aux Eyzies, début novembre. Marie-Pierre Valette (MdEPN), Renaud Lagrave (conseil régional), Jean-Luc Bousquet (Umih) et Yves Eveno (CFDT)

Les élus présents lors de la publication de l’étude, aux Eyzies, début novembre. Marie-Pierre Valette (MdEPN), Renaud Lagrave (conseil régional), Jean-Luc Bousquet (Umih) et Yves Eveno (CFDT)

Le Périgord : sa tradition gastronomique, ses paysages splendides… Et ses travailleurs saisonniers qui, souvent dans l’ombre, s’emploient à maintenir l’image de marque. Dans la viticulture, le tabac, dans les industries agroalimentaires, dans les grottes et les parcs d’attraction, dans les campings, les hôtels et les restaurants… Recruter des saisonniers est un geste essentiel pour les employeurs du sud de la Dordogne. Et pourtant, il y avait peu de statistiques et d’informations fiables concernant cette partie de la population. Les Maisons de l’emploi (MDE) du Périgord Noir (Sarlat, Terrasson) et du sud Dordogne (Bergerac) ont voulu y remédier. Dernièrement, au Pôle international de la préhistoire, aux Eyzies-de-Tayac-Sireuil, ils ont rendu publique l’étude réalisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Le titre de l’étude n’est guère optimiste : “ Saisonniers dans le sud de la Dordogne, une professionnalisation difficile ”. Les responsables des MDE souhaiteraient que les saisonniers bénéficient d’emplois tout au long de l’année, avec des revenus réguliers. Cette enquête montre qu’il reste encore bien du chemin pour y parvenir. Les données utilisées ne sont pas récentes : elles datent de 2007. Néanmoins, elles illustrent la précarité* des travailleurs saisonniers dans les domaines agricole et touristique.

Mal rémunérés.

Dans le Bergeracois et le Sarladais, en 2007, le travail saisonnier c’était 8 700 salariés, employés par 1 300 entreprises. “ En majorité des résidents locaux peu qualifiés ”, précise l’étude. Mais il s’agit aussi souvent de personnes diplômées, parfois de l’enseignement supérieur, qui ne trouvent pas de travail dans leur champ de compétence et de qualification. Elles peuvent alors décider de se tourner vers le travail saisonnier. Il leur faut alors ôter de leurs CV les expériences et les diplômes que les employeurs pourraient juger négativement, parce que trop élevés par rapport à la qualification exigée pour l’emploi saisonnier.

Dans le sud de la Dordogne, territoire comptant 180 000 habitants, un contrat sur dix est saisonnier. L’étude précise que 53 % des saisonniers sont des femmes, et que 50 % ont moins de vingt-cinq ans. Ces emplois durent souvent moins de deux mois, surtout dans la période entre Pâques et la Toussaint. Seuls un millier de personnes sont salariés sur une durée de plus de quatre mois. Ils sont souvent un peu plus âgés et travaillent notamment dans le tourisme ou dans des groupements d’employeurs agricoles. “ En moyenne, un saisonnier travaille 45 jours par an sous cette forme, qui n’exclut pas d’autres modes d’activités complémentaires, en particulier l’intérim ”, poursuit l’étude.

L’activité saisonnière est aussi moins rémunératrice. Le salaire horaire net moyen des emplois saisonniers est de 8 euros. “ Bien que supérieur au Smic**, il reste en deçà de la rémunération des emplois sur les mêmes activités, qui est de 9 euros, précise l’étude. Les emplois dans le secteur des industries alimentaires sont les moins bien rémunérés. ” Mais l’étude n’évoque pas la question du paiement dissimulé (le travail au au noir), qui est pourtant une pratique courante dans l’économie.

La chargée d’étude de l’Insee de conclure en expliquant que “ l’avantage de ces emplois est qu’ils sont non délocalisables ”. Il sera certes difficile d’envoyer le château de Beynac en Chine…

Cette étude intéresse tout particulièrement l’espace saisonnier des maisons de l’emploi. Ce dernier est présidé par le responsable régional du syndicat CFDT, Yves Eveno, et par un représentant des employeurs, membre de l’Umih, l’hôtellier des Eyzies Jean-Luc Bousquet. A la MDE du Périgord Noir, ont été dernièrement mis en place un guide de compétences professionnelles, une fiche horaire et un guide intitulé Bien vivre mes saisons. Tout ceci dans le but d’améliorer le dialogue social.

G. Boyer

* Le contrat saisonnier ne permet pourtant pas le versement d’une prime de précarité, comme c’est le cas dans le contrat à durée déterminée.

** Le salaire minimum de croissance (Smic) est le salaire horaire en dessous duquel il est interdit de rémunérer un salarié.

Le directeur de l’Insee Aquitaine Jean-Michel Quellec (à droite), aux côtés des chargées de l’étude, Bernadette de La Rochère et Florence Mathio. A gauche, Rébécca Dain, de la Maison de l'emploi du Périgord Noir

Le directeur de l’Insee Aquitaine Jean-Michel Quellec (à droite), aux côtés des chargées de l’étude, Bernadette de La Rochère et Florence Mathio. A gauche, Rébécca Dain, de la Maison de l’emploi du Périgord Noir

Un outil pour les politiques et les employeurs

Le sud de la Dordogne, regroupant essentiellement les arrondissements de Bergerac et de Sarlat, était relativement pauvre en informations statistiques concernant les travailleurs saisonniers. Ces emplois précaires occupent pourtant une place prédominante dans deux secteurs phares de l’économie locale : le tourisme et l’agriculture. “ L’étude doit aider les pouvoirs publics à mieux connaître le terrain ”, considère Renaud Lagrave, vice-président de la région Aquitaine chargé du tourisme.

Les deux Maisons de l’emploi (MDE) du secteur se sont donc tournées vers l’Insee et lui ont commandé une étude sur le travail saisonnier. L’Insee explique que “ l’un des objectifs est de favoriser l’adéquation entre les attentes des chefs d’entreprise et les parcours professionnels des saisonniers, sécurisant un plus grand nombre de salariés grâce à la pluriactivité, dans un contexte de mutations économiques fortes.

” Selon l’étude, “ les saisonniers et les employeurs recherchent une stabilité de l’emploi avec la reconduction des contrats d’une année à l’autre ”. 45 % des saisonniers interrogés ont travaillé en 2008 et 2009 chez le même employeur, selon une autre étude des MDE.

Le recrutement s’effectue le plus souvent suite à une candidature spontanée. Un quart des saisonniers déclarent des difficultés à se rendre sur leur lieu de travail, souvent à cause de l’absence de permis de conduire, ou de véhicule. Toujours selon cette étude des MDE, en 2009, six saisonniers sur dix ont travaillé moins de quatre mois à temps plein, et nombreux sont ceux inscrits à Pôle emploi une bonne partie du reste de l’année. Cette étude ajoute que les droits à la formation seraient le plus souvent ignorés par les employeurs.

G. Boyer

18 000 contrats d’intérim

L’étude de l’Insee pour la Maison de l’emploi ne concerne pas le travail intérimaire. Le recours à cette forme d’emploi a fortement augmenté depuis les années 80. Il signifie souplesse pour l’employeur, qui peut ajuster son besoin en main-d’œuvre quasiment au jour le jour. Mais il augmente la précarité de l’emploi et s’avère à ce titre dénoncé par les syndicats.

En 2010, environ 18 000 missions d’intérim ont été enregistrées dans le sud de la Dordogne (Bergerac, Sarlat, Terrasson). C’est presque deux fois plus que le nombre de contrats saisonniers.

De nombreux travailleurs occupent alternativement un emploi saisonnier l’été avant d’être embauchés dans des usines agroalimentaires à l’automne. Mais cette année le nombre d’intérimaires recrutés pourrait avoir diminué.

GB

Faire respecter le droit du travail

“ Les employeurs ont du mal à trouver des salariés saisonniers : pas étonnant vu les conditions de travail, les salaires proposés et les prix des loyers. ” A l’Union locale CGT de Sarlat, on connait bien les problèmes des travailleurs saisonniers. Chaque jeudi après-midi, lors des permanences,la plupart de ceux qui viennent voir sont issus de ce secteur professionnel. La solution préconisée par le syndicat s’avère simple : “ Il faut faire respecter le droit du travail ”.

Selon les syndicalistes CGT rencontrés, l’initiative de la Maison de l’emploi du Périgord Noir, notamment la Charte de l’emploi saisonnier, est une opération de communication : “ de la poudre aux yeux ”. “ Certains salariés ont des contrats de six mois et, au bout de trois mois, on leur dit : au revoir ! ”, explique l’un. De même, les litiges liés aux heures supplémentaires sont monnaie courante. Jean-Luc Laval, syndicaliste CGT chez Porgès et conseiller aux prud’hommes, donne quelques conseils : “ le plus important, pour le saisonnier, c’est de relever ses heures chaque jour. ”

Les problèmes des bulletins de salaire inexistants, ou mal présentés, reviennent régulièrement. Le paiement au noir est aussi un fléau bien connu. Dans ce cadre, la CGT demande aux salariés de prendre leurs responsabilités, en refusant ce mode de rémunération. La plupart du temps, c’est la peur de se retrouver au chômage et sans revenus qui force les salariés à accepter des conditions illégales. Voilà pourquoi la CGT revendique aussi une sécurité sociale professionnelle, qui permette à chacun de maintenir des revenus dignes même lors des périodes sans emploi.

Tout comme FO et la CFDT, la CGT propose une brochure rappelant aux saisonniers leurs droits.

GB

Et aussi…

De plus en plus de chômage. Dans le sud de la Dordogne, le taux de chômage est plus élevé que dans l’ensemble de l’Aquitaine, particulièrement autour de Terrasson et de Bergerac. En octobre, le taux de chômage départemental a augmenté de 6,6 %. Une hausse qui devrait se poursuivre dans les prochains mois.

Jean-Fred Droin est conseiller général PS et président du comité départemental du tourisme. “ La situation s’est améliorée pour les salariés saisonniers, mais il reste toujours des problèmes. Certains travaillent sans contrats ; des employeurs ne respectent par les horaires de travail. ”


La sulfureuse association SOS Education fait son petit ménage…

lesinrocks.com

Les Inrocks

En cachette, la sulfureuse association SOS Education efface

tous ses liens avec le nouveau ministre de l’Education nationale

Julien Rebucci

Mais où est donc passée “l’interview exclusive” de Jean-Michel Blanquer, le nouveau ministre de l’Education nationale, donnée juste après sa nomination, à l’association proche de l’extrême droite et anti-avortement, SOS Education ? Deux jours après la nomination de cet homme de 52 ans, rue de Grenelle, l’entretien publié sur le site de l’association, a disparu. Réalisé par son délégué général, Jean-Paul Mongin, Jean-Michel Blanquer y exposait sa vision de l’éducation et ce qu’il compte entreprendre au ministère.

Une interview et un livre qui disparaissent

Parallèlement, une revue intitulée Et si j’étais ministre, prévue pour le 12 mai et éditée dans la collection Réfléchir de Editions SOS Education, avec une reproduction de l’entretien, a elle aussi disparu des radars. On peut toutefois en retrouver une trace du sommaire sur internet à cette adresse. Y est présenté le premier entretien d’une série avec Eric Mestrallet, fondateur d’Espérance banlieue qui manifeste pour plus d’école “hors-contrat” avec l’Education nationale et surveillé de très près par cette dernière.

Or, en faisant une recherche dans le cache internet, on découvre que le sommaire de “Et si j’étais ministre”, a légèrement changé. Le premier entretien de la série aurait dû avoir lieu avec… Jean-Michel Blanquer, devenu ministre. Parmi les autres intervenants de cette revue, un autre nom a subitement disparu, celui de l’inspecteur général Christophe Kerrero… Nommé directeur de cabinet du ministre Jean-Michel Blanquer.

Anti-avortement et proche de l’extrême-droite

SOS Education a été créée en 2001. Revendiquant plus de 60 000 membres, elle réunit parents et professeurs ayant pour objectif d’améliorer l’école. Bien qu’“apolitique”, l’association est proche de Sens Commun – en 2014, ils avaient conjointement participé à l’élaboration d’un programme éducatif à défendre au sein de l’UMP. Lors de la primaire, l’association sous la présidence de Claire Polin avait pris publiquement parti pour François Fillon.

C’est pourtant une association sulfureuse. Pour Libération, “l’association dissimule ses liens avec les officines ultralibérales” Le quotidien explique qu’“indépendante au plan légal, [elle n’est pas neutre] au plan politique : elle se rattache à une nébuleuse parfaitement identifiée. On la retrouve sur le site Internet conscience-politique.org pour lequel elle a réalisé l’analyse d’un manuel d’histoire jugé trop complaisant sur les morts du communisme. Que trouve-t-on sur ce site ? Des références aux ultralibéraux tendance Reagan, aux mouvements anti-avortement et à la mouvance des évangélistes américains, le tout nimbé d’une proximité assumée avec l’extrême droite. Et des références appuyées à Claude Reichman, seule ‘personnalité politique’ dont le site Internet est recommandé.”

Claude Reichman a tenté de se présenter à la présidentielle de 2002. Faute de signatures, il a monté un cabinet fantôme, instauré un “ministre de l’Instruction publique et de la Civilisation”. Selon Libé, son programme est alors très proche de ceux du FN et du MNR de Bruno Mégret en matière d’éducation.

“Une vision systémique”

L’”interview exclusive” de Jean-Michel Blanquer apparaît comme un signal fort des liens qui unissent le nouveau ministre de l’Education nationale à SOS Education. Son titre: “Il faut avoir une vision systémique”. A l’intérieur, M. Blanquer explique qu’on assiste “depuis l’après-guerre [à] une dérive de l’éducation due au fait qu’elle a été trop saisie par la temporalité politique, par les effets d’alternance et de stop-and-go.” Pour y remédier, il explique qu’“il faudra donc passer par une dépolitisation – il faut dépasser le clivage droite-gauche – puis par une repolitisation, pour faire comprendre que l’éducation est le sujet le plus important.”

Après le constat, le méthode d’action. “Pour développer l’humain en l’homme et en l’enfant, il faut de la liberté et de la responsabilité. Il faut donc garantir l’autonomie des acteurs, qui sont à même de définir des solutions.” A la question de “Comment rendre ces propositions acceptables“, le ministre répond : “Il faut simplement une méthodologie de la réforme.” Qu’il développe ensuite :

“Pour commencer en douceur, il faut donner de la liberté à certains territoires, à certaines structures, sur la base du volontariat. Il faut faire réussir des initiatives à moindre échelle, avant de les généraliser.

Si on prend l’exemple de l’établissement autonome, on n’est pas obligé de le faire tout de suite à 100 %. Même en le voulant, de toutes façons, on n’y arriverait pas. Il faut commencer sur une petite base de 5 à 10 % d’établissements volontaires, montrer que c’est un jeu gagnant pour tout le monde, y compris pour les professeurs qui pourront choisir leur lieu de mutation. Par ailleurs, il faut aussi faire saisir qu’il y a des effets de système et que si un élément administratif est modifié, des éléments pédagogiques le seront aussi : si le recrutement des professeurs est modifié, leur formation le sera également, ainsi que le contenu des programmes. Tout se tient : il faut avoir une vision systémique, qui ne soit pas pyramidale et qui fasse confiance aux acteurs.”

“Aller vers des logiques de délégation”

Enfin, sur l’éventualité de voir apparaître “une offre scolaire autonome”, M Blanquier explique : “Sans aller vers des logiques de privatisation, on peut aller vers des logiques de délégation, qui permettent d’accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage les acteurs.”

Dans le milieu éducatif, l’interview commence à circuler. Paul Devin, inspecteur de l’Education national et secrétaire général SNPI-FSU (syndicat national des personnels d’inspection) s’en émeut :

Toute la journée du 18 et la matinée du 19, l’interview est encore consultable sur le blog de SOS Education, à cette adresse. Or aujourd’hui, elle ne renvoie plus vers “l’interview exclusive” mais vers une lettre ouverte de M. Mongin à Jean-Michel Blanquier. Celle-ci commence par :

Monsieur le ministre,
cher Jean-Michel Blanquer,

L’annonce de votre nomination a eu le premier mérite de faire grimacer la précédente locataire de la rue de Grenelle. Quelques minutes après avoir assisté à cette séquence télévisuelle réjouissante, j’ai reçu un message d’un ami professeur d’histoire, installé de longue date en Guyane : « Comme recteur de 2004 à 2007, il n’a laissé ici que d’excellents souvenirs. »

Cette lettre ouverte est datée du 17 mai 2017, jour de la nomination de M. Blanquier. Mais où se trouve donc l’interview donnée par le ministre ? Vendredi 19 mai, à 11 h 16, le site de SOS Education l’annonçait pourtant encore :

De plus, l’adresse internet du visuel annonçant la lettre ouverte de M. Mongin porte le nom de “interview Jean-Michel Blanquier”, comme vous pouvez le voir ici.

Grâce au cache internet, il est encore possible de lire “l’interview exclusive” donnée par M Blanquer à SOS Education, en cliquant ici.

D’après les informations du journaliste Luc Cédelle, spécialisé des questions d’éducations, cette interview ne date pas du 17 mai 2017 mais du mois de mars.

Pourtant, l’interview demeure introuvable sur le site de SOS Education, que ce soit à la date du 17 mai ou au mois de mars. Contacté, le service de presse du ministère de l’Education nationale n’a pas été mis au courant. Il nous est toutefois expliqué que les demandes d’interview du ministre ont commencé à être géré par les services de la rue de Grenelle à partir du 18 mai 2017 et que pour le moment, aucune demande venant de SOS Education n’avait été reçue.

Aucune réponse de la part de l’association

Contacté, le standard de l’association SOS Education botte en touche. Il nous a été confirmé qu’il s’agissait bien d’une interview ancienne “de plusieurs mois“. Il nous a été précisé que l’interview ne réapparaîtra pas sur le site internet. Toutefois, une demande pour une nouvelle interview sera faite “dans les prochains jours”. Aucune information ne nous a été donnée concernant la disparition de la revue Et si j’étais ministre de l’éducation sur le site internet de l’association. Le délégué général, M. Mongin était “en réunion” depuis le début de la journée et incapable de répondre à notre appel.

Il était pourtant plus communicatif il y a deux jours. L’image avait fait le tour du web ; en apprenant le nom de son successeur, Najat Valaud-Belkacem avait lâché une vilaine grimace. M. Mongin lui, dès l’annonce du secrétaire général de l’Elysée de la nomination de M. Blanquer, le 17 mai 2017, avait publié ces trois tweets :


Une ministre de la culture anthroposophe ?

veritesteiner.wordpress.com

Françoise Nyssen : les anthroposophes entrent au Gouvernement


En nommant aujourd’hui Françoise Nyssen au Ministère de la Culture, le nouveau Premier Ministre Édouard Philippe vient d’ouvrir toute grande la porte de notre République Française à la dérive sectaire Anthroposophie. En effet, la directrice des Éditions Actes Sud est connue pour être une très proche de cette mouvance. L’Anthroposophie est une pseudo-science, une religion occultiste et une doctrine précurseuse du New-Age dont émanent de nombreux prolongements (écoles Steiner-Waldorf, agriculture biodynamique, NEF, Communauté des Chrétiens, produits Weleda, etc.) qui cachent sciemment leur origine commune afin de mieux pouvoir se répandre en séduisant progressivement  des gens non-avertis et en trompant la vigilance des institutions, tout en surfant sur la vague écologiste et altermondialiste (Lire à ce sujet : La stratégie du figuier étrangleur, ainsi que L’endoctrinement des élèves à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf, paru sur le site de l’UNADFI, la principale association de lutte contre les dérives sectaires en France, mais aussi Écoles Steiner-Waldorf : l’avis détaillé de la MIVILUDES). Son fondateur était également un théoricien raciste, xénophobe et proche de ce qui deviendra l’aile verte du Parti Nazi, comme l’ont révélé les travaux universitaires de Peter Staudenmeier.

En témoigne notamment, un article de la revue interne des anthroposophes nommée Das Goetheanum, dans laquelle Françoise Nyssen affiche une collaboration étroite officielle et une amitié de longue date avec Bodo von Plato, l’un des membres du Comité Directeur de la Société Anthroposophique Universelle. L’article constituant une preuve de cette collusion entre Françoise Nyssen et les hautes sphères de l’Anthroposophie est disponible ici. (Lire également​ à ce sujet : Le travestissement langagier des anthroposophesLa nouvelle stratégie Steiner-Waldorf et le prototype du Domaine du Possible). Comme elle le dit elle-même dans cet article, la spiritualité (anthroposophique) est devenu le sens de sa vie, tandis qu’elle s’avoue littéralement sous le charme des sourires des anthroposophes.

En témoigne également un article du Nouvel Obs du 17 décembre 2015, dans laquelle sont attestés des liens psychologiques et institutionnels très troublants entre Françoise Nysssen et Henri Dahan, le directeur de l’Ecole du Possible, à Arles, également Secrétaire Général de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France, une émanation directe de l’Anthroposophie (Lire à ce sujet : Le Domaine du Possible fait sa propagande). L’article en question montre d’autre part une forte adhésion de Françoise Nyssen à la doctrine de la vie post-mortem des anthroposophes depuis la mort tragique de son fils, un suicide dont elle semble rejetter l’entière responsabilité sur l’Education Nationale.

En outre, Françoise Nysssen publie une partie des écrits de Pierre Rabhi, qui est selon mes informations un anthroposophe-masqué, chargé de répandre certains aspects de la doctrine (Lire à ce sujet : Pierre Rabhi, la Biodynamie et l’AnthroposophieLa Puissance des AnthroposophesPierre Rabhi et ses liens avec les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie). Rappelons que la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) a pointé dans deux de ses précédents rapports les liens entre Pierre Rabhi, son mouvement des Colibris et la mouvance Anthroposophique (Lire à ce sujet : Rapport 2013-2014 de la MIVILUDES : le New-Age, les Colibris et le Printemps de l’Education, Les Colibris et les Anthroposophes). Elle publie également des écrits de Edgar Morin, conseiller de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France.

Toujours selon mes informations, Françoise Nysssen aurait activement oeuvré en tant que membre du Conseil d’Admnistration de l’Université d’Avignon pour faciliter la création d’un D.U. de formation à la pédagogie Steiner-Waldorf (Lire à ce sujet : Les anthroposophes à l’Université d’Avignon). C’est également elle qui aurait utilisé son influence pour convaincre le Recteur de l’Université d’Aix-Marseille de faire preuve de bienveillance, pour ne pas dire de complaisance, envers l’école Steiner-Waldorf du Domaine du Possible (Lire à ce sujet : L’incroyable naïveté du Recteur de l’Université d’Aix-Marseille).

Enfin, c’est encore Françoise Nysssen qui œuvre activement, sur le plan intellectuel, à travers le concept de « spiritualité laïque », pour tenter de faire passer la doctrine anthroposophique comme un courant spirituel respectable et masquer sa dangerosité sectaire (Lire à ce sujet : La spiritualité laïque, alibi des écoles Steiner-Waldorf et de l’Anthroposophie).

Il nous est donc possible de nous interroger sur l’impact qu’une telle entrée au Gouvernement de Madame Nyssen augure au sujet de la lutte contre les dérives sectaires en France et sur la manière dont cette personne – dont on peut légitimement se demander si la mort de son fils ne l’a pas placée sous influence de certaines sommités du mouvement anthroposophique – va continuer d’oeuvrer, comme elle l’a toujours fait, à l’égard de l’Anthroposophie, c’est-à-dire en tentant de la faire entrer et de la faire reconnaître dans toutes les institutions officielles de notre pays. Or s’il y a bien une chose anti-culturelle par excellence, c’est l’Anthroposophie de Rudolf Steiner : une doctrine constituée de références culturelles déracinées et dénaturées pour façonner​ une puissante machine à asservir les esprits. Rappelons  à cet égard que la MIVILUDES, organisme officiel chargé de la lutte contre les mouvances sectaires en France, est une mission interministérielle, placée sous l’autorité du Premier Ministre, lequel vient donc de nommer Françoise Nysssen au Ministère de la Culture.

Enfin, la question se pose de savoir comment une personne proche d’une doctrine raciste et des gens qui la soutiennent peut prétendre à exercer la fonction de Ministre de la Culture.

Grégoire Perra

PS : Pour ceux qui découvriraient la dérive sectaire de l’Anthroposophie, je recommande de commencer par lire l’Avant-Propos de ce blog. Ce conseil est également valable pour ceux qui se demanderaient qui je suis et d’où je parle. J’ai vécu 30 ans dans l’Anthroposophie et je connais bien mon sujet : Ma vie chez les anthroposophes. Je précise que la Justice a reconnu la légitimité de mon propos, car la Fédération des écoles Steiner-Waldorf a perdu le procès en diffamation qu’elle m’avait intenté. Vous trouverez également sur cet avant-propos des liens vers d’autres sites dénonçant cette dérive sectaire, comme le CLPS, le site de Roger Rawllings, etc.

Actes-sud_Waldorf


L’édito de Politis : Les charmes du consensus

politis.fr

par Denis Sieffert

Jamais la conflictualité sociale n’a autant été dissimulée derrière des discours d’apparence consensuelle. La période est à l’enfumage.

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Avouons-le : il y a des moments comme ça où il est difficile de s’opposer sans passer pour un grincheux. Comment critiquer ce jeune Président si parfait ? On l’a vu, dimanche, lors de la cérémonie d’investiture, tantôt grave et solennel, tantôt souriant et décontracté, mais toujours merveilleusement à l’aise dans l’accomplissement du rituel républicain. Il est jeune, il est beau, il est nouveau, et la vox populi implore : « Donnez-lui sa chance ! » Si bien que la moindre réserve à son encontre apparaît comme un intolérable procès d’intention. L’heure est au consensus. Tout semble réussir à Emmanuel Macron. Les cadres du quinquennat précédent se bousculent au portillon. Et la nomination d’Édouard Philippe, ce juppéiste de 47 ans, ouvre plus qu’une brèche à droite. D’autres signent déjà des professions de foi pleines de bienveillance.

Devant une réussite aussi insolente, on en oublierait presque l’essentiel : Emmanuel Macron a un programme. Il ne fait pas que bousculer le paysage politique, il veut aussi transformer en profondeur les rapports sociaux. Et cette promesse de « mouvement » plaît aux commentateurs. Il y a derrière l’ivresse des mots le projet d’une offensive de grande envergure contre le code du travail. Là encore, la magie de la communication dresse devant toute critique un barrage quasi infranchissable. Vous avez dit « code du travail » ? Mais que fait donc cet encombrant grimoire dans une époque aussi moderne que la nôtre ? Vous avez dit « débat politique », « pluralisme », « alternative » ? Parlez-nous plutôt de « gouvernance » et de bonne gestion.

Les candidats de la République en marche ont d’ailleurs été recrutés pour ça, comme des employés de start-up, soumis à un entretien d’embauche, puis profilés et sélectionnés par des « DRH ». Le gouvernement dont rêve Emmanuel Macron devrait avoir des airs de conseil d’administration. Mitterrand avait prédit : « Je suis le dernier grand président de la République. Après moi, il n’y aura que des financiers et des comptables. » Nous y sommes, ou presque. Et, suprême ironie, c’est un homme pétri de philosophie qui réalise la prédiction [1]. Mais, comme disait un grand dialecticien, tout inconvénient a un côté positif.

Avec son opération dite « transgressive », embarquant « la gauche de la droite » et la « droite de la gauche » dans le même bateau, Emmanuel Macron fait finalement œuvre de vérité. Il se propose tout simplement de mettre en adéquation le paysage politique avec la réalité. Par-delà les vicissitudes des ambitions et des rivalités, Manuel Valls et Alain Juppé avaient depuis longtemps vocation à se rencontrer. Au moins sur les grandes questions économiques et sociales. Macron invente le grand parti des néolibéraux. Ceux-là rassemblent leurs forces pour passer à l’assaut. On a peut-être tort de parler de trahisons. Ceux qui n’ont pas voulu franchir le pas se retrouvent certes avec quelques couteaux dans le dos, mais leurs petits drames personnels ne sont qu’anecdotiques. Au fond, Macron ne fait que mettre à jour le logiciel, pour parler comme lui…

Et la gauche dans tout ça ? Elle peut au moins profiter de l’opération vérité de Macron pour y voir plus clair. Ceux qui s’embarquent dans le torpilleur présidentiel viennent peut-être du PS, mais ils n’ont plus rien à voir avec la gauche depuis longtemps. On ne va pas pendant des années encore leur imputer une lointaine « origine ». Il n’y a pas de socialistes « de souche ». Il convient donc de revenir à des définitions simples. Comme la question du veto royal a défini gauche et droite un certain jour d’août 1789, comme l’affaire Dreyfus un siècle plus tard, ce sont les choix de chacun qui comptent et non leur étiquette. Le déterminant politique aujourd’hui, ce sont les ordonnances que nous promet Emmanuel Macron. C’est la réforme du code du travail, et cette super loi El Khomri qui renvoie à l’entreprise toutes les négociations sur le temps de travail et les salaires. Là encore, résistons à la perversion des mots. Ces discussions « au plus près du terrain », comme on dit, sont aussi des pièges qui condamnent le salarié à subir des décisions essentielles pour lui, dans un rapport de force défavorable. Entendons cependant l’argumentaire « macronien ». Il apprivoise beaucoup de nos concitoyens qui en seront pourtant les premières victimes. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que jamais la conflictualité sociale n’a autant été dissimulée derrière des discours d’apparence consensuelle. La période est à l’enfumage.

Voir clair derrière tous ces discours, c’est ni plus ni moins l’enjeu des législatives. Nous aurons à soutenir tout candidat – antiraciste, cela va sans dire – qui s’engage à s’opposer aux ordonnances et aux projets antisociaux du nouveau gouvernement. Il serait très dommage que d’autres agendas viennent percuter cet objectif. Pauline Graulle analyse la stratégie de Jean-Luc Mélenchon (ici). On en comprend les motivations politiques sur le moyen et le long termes. Mais ce qui aura été perdu en juin en raison de la multiplication de luttes fratricides entre candidats antilibéraux ne sera pas facile à reconquérir.

[1] Lire l’excellent « portrait intellectuel » de Macron par Nicolas Truong, dans Le Monde du 16 mai.