Législatives : triomphe et champ de ruines

regards.fr

Roger Martelli

À l’américaine

Plus de la moitié des électeurs inscrits ne sont pas allés voter. Incluons les non-inscrits (3 millions) et les mal-inscrits (6,5 millions) et nous avons le constat accablant : près des deux tiers des Français en âge de voter ne l’ont pas fait ce dimanche.

On en connaît les racines sociales de cette abstention record. Elles sont anciennes : l’abstention toucherait les deux-tiers des moins de 35 ans et les deux tiers des ouvriers et des employés et un nombre à peine moins dense des revenus les plus modestes. Mais il n’y a pas que cela désormais.

La réforme du quinquennat, décidée par le gouvernement Jospin en 2000, voulait rationaliser le calendrier électoral et limiter les possibilités de cohabitation. En fait, elle a accentué la pente présidentialiste et quasi monarchique des institutions de la Ve République. Deux consultations concomitantes, dont l’une (la présidentielle) est réputée décisive : comment s’intéresser à ce point à la seconde ? Et comment le faire, au surplus, quand on explique depuis des décennies que les gestions de droite et de gauche obéissent aux mêmes contraintes et doivent s’astreindre aux mêmes règles ?

Droite et gauche ne mobilisent plus comme avant. Pour la première fois, l’élection présidentielle s’est gagnée au centre. Pourquoi ne pas laisser faire, dès l’instant où les deux grandes forces dites « de gouvernement » sont au tapis ?

De là découle l’étonnante situation que nous vivons aujourd’hui. Selon l’institut de sondages Ipsos, un petit quart des personnes interrogées veulent soutenir le nouveau Président et un quart entendent s’opposer à lui. Le même pourcentage d’un quart affirme qu’il faut donner à Emmanuel Macron une majorité parlementaire ; mais une moitié ne le souhaite pas. Les soutiens affirmés de l’Élysée sont très minoritaires, mais les urnes inscrivent la perspective d’un raz-de-marée exceptionnel en sa faveur !

Quand ceux d’en haut ne peuvent pas et que ceux d’en bas ne veulent pas, qu’est-ce donc, sinon une crise politique. Pour l’instant, les responsables politiques choisissent la politique de l’autruche, à l’image des décideurs européens. La « gouvernance » ne marche pas ? On va aller un peu plus loin dans sa mise en œuvre… Jusqu’au jour où la corde se tend à ce point qu’elle se rompt. Peut-être dimanche prochain, sinon plus tard. Mais convenons que nous atteignons une cote d’alerte préoccupante, qui ne se règlera pas à coup de petites phrase et « d’affaires » rondement menées.
Il n’est jamais bon de bâtir des palais sur du sable…

Un paysage éclaté

En dehors du camp présidentiel, le champ politique évoque unanimement les souvenirs glacés de la Bérézina.

Le Front national confirme ce que l’on perçoit depuis un an : le spectacle d’une belle machine qui se dérègle au moment de faire la course en tête. Les 13,2% de ce dimanche sont bien loin des 27% de 2015, au-dessous même des 13,6% des législatives de 2012. Le FN voulait être la grande force d’opposition de droite à l’Assemblée : pour l’instant, il semble qu’il aura du mal à seulement constituer un groupe parlementaire. Il n’est en tête que dans 18 circonscriptions et ses têtes d’affiche sont à la peine, dans le Nord, l’Est et le Midi méditerranéen.

La droite classique est dans ses basses eaux. En 2007, dans la foulée du succès de Nicolas Sarkozy, elle progressait de 10 points et s’installait dans une majorité confortable de 53,2%. En 2012, l’échec de son héraut de 2007 la ramenait à un plus modeste 36,4%. Elle est aujourd’hui ramenée à un plus que modeste 21,6% (total UDI, LR, divers droite). Il est vraisemblable qu’elle disposera du groupe parlementaire le plus étoffé, après celui du Président. Mais cette satisfaction relative n’atténuera pas l’amertume d’un processus chaotique. La droite militante a voulu se radicaliser, portée par la vague conservatrice des manifestations contre le Mariage pour tous. Elle a en fait préparé une défaite que n’expliqueront pas les seuls déboires familiaux de son candidat présidentiel. Elle peut certes attendre le retour du bâton et les possibles difficultés de l’équipe au pouvoir. Elle n’évitera pas pour autant les redoutables examens de conscience.

Et que dire alors de la gauche ? Les forces qui s’en réclament se trouvent à leur niveau législatif le plus bas depuis 1936, au-dessous même des désastreuses élections de 1993. La responsabilité en incombe bien sûr à l’effondrement du PS, amorcé à la présidentielle et annoncé par les sondages. Comme nous l’avions suggéré dans ces colonnes, le socialisme français est à son niveau historique le plus bas depuis plus d’un siècle. Il dépasse à peine le seuil des 7% de suffrages exprimés et se prépare à une déconfiture parlementaire inédite. La chute de la maison Mitterrand était prévue ; elle est maintenant entérinée.

Entre satisfaction et déception

Les forces de l’ancien Front de gauche sont de leur côté dans une situation étrange. Les 13,7% de la France insoumise et du PCF représentent un doublement par rapport au pourcentage acquis en 2012. Comme en 2012 toutefois – mais cette fois dans une proportion moindre – le résultat de la législative n’est pas à la hauteur de celui de la présidentielle. Le 23 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon manifestait son amertume pour n’avoir pas atteint le seuil ouvrant la voie au second tour. Mais les 19,6% laissaient espérer une revanche législative et une présence spectaculairement renforcée à l’Assemblée.

Sur la papier, l’objectif reste atteignable : des candidats de la France insoumise et du PCF seront présents dans une soixantaine de circonscriptions. Mais les réserves de voix ne sont pas toujours conséquentes, les triangulaires seront cette fois absentes et ces candidats les plus à gauche seront souvent opposés à des candidats potentiellement « attrape-tout » appartenant au mouvement d’Emmanuel Macron. Il faudra donc une spectaculaire sursaut populaire et de gauche pour inverser des situations a priori difficiles. Les premières projections – les plus favorables ne dépassent pas le seuil des 23 élus – sont peu encourageantes. Mais nul ne peut anticiper vraiment les effets d’un déséquilibre atypique, peut-être trop atypique… pour être vrai…

Ce qui est sûr est que la division des partisans de Jean-Luc Mélenchon a d’ores et déjà coûté la perte de trois sièges (4e des Hauts-de-Seine, 17e du Nord et 6e de l’Oise) et elle empêche la gauche de gauche d’accéder au second tour dans 12 cas, dont un face-à-face avec le FN (7e des Bouches-du-Rhône). Et, selon toute vraisemblance, elle a pénalisé l’ensemble en introduisant une confusion qui a retenu de nombreux électeurs potentiels. Disons, à tout le moins, que dans une période de déstabilisation et de doute, où les motivations sont écornées, le spectacle de la division n’est pas des plus porteurs.

Le désaccord est particulièrement dommageable quand on observe le résultat cumulé des deux protagonistes. Les 13,7% d’exprimés ramènent vers les jours plus fastes où le PC était encore une force qui pesait électoralement sur la gauche tout entière. Dimanche dernier, le total PC-FI dépassait les 30% dans 9 circonscriptions et les 20% dans 62 d »’entre elles. Il ne se situait au-dessous de 10% que dans 83 circonscriptions et au-dessous de 5% dans à peine quatre.

Il faudra donc, une fois clos le grand cycle électoral, réfléchir sur l’ensemble du processus. S’il s’achève sur une semi-déception, il aura toutefois tranché entre les protagonistes. La France insoumise et le PCF étaient en rivalité dans la très grande majorité des circonscriptions métropolitaines. Incontestablement, le duel a tourné à l’avantage de FI.

Les déboires du PCF

Sur 434 circonscriptions où les deux formations étaient en concurrence, le PCF ne devance FI que dans 9 cas dont un en région parisienne (Elsa Faucillon dans la 1ere des Hauts-de-Seine). Il est, tout au moins en pourcentage, la principale victime de l’évolution des cinq dernières années. En juin 2007, il avait obtenu 4,3% ; il en recueille 2.7% cette fois. Le Front de gauche avait masqué en partie le déclin ; sa fin relance la donne négative.

Le parti communiste ne dépasse les 20% que dans 10 circonscriptions. En revanche, il est marginalisé dans un grand nombre d’entre elles : moins de 5% dans 374 circonscriptions et même moins de 1% dans 35 d’entre elles. « L’archipel » électoral du PCF se fait de plus en plus ténu, même s’il reste en lice dans une dizaine de circonscriptions théoriquement gagnables au second tour. Il est au-dessous de son score de 2007 dans 325 cas et perd plus de la moitié de son chiffre d’alors dans 84 d’entre eux.

En revanche, le profil des résultats de FI rapproche le mouvement de Jean-Luc Mélenchon de celui qui caractérisait le PCF jusqu’au milieu des années 1980. Ses scores s’étalent de 37,2% (Clémentine Autain dans la 11e de Seine-Saint-Denis) à 2,3% (la 14e de Paris). Mais ce dernier chiffre est plutôt atypique. Comme le PCF d’avant 1981, FI n’est au-dessous de 5% que dans 8 circonscriptions et au-dessus de 10% dans 350.

La France insoumise s’est installée dans les terres du socialisme et du communisme historique, dans le Nord, le Midi méditerranéen ou dans les zones « bleues » puis « rouges » de l’Ouest. Elle surclasse le communisme dans le Sud-Ouest et le dépasse dans le massif pyrénéen. Elle pousse le PCF vers une certaine marginalité dans l’Est ou à Paris (où le PC avait connu un relatif regain au début des années 2000).

Son profil social va dans le même sens. FI attire un électorat plutôt jeune (18 à 21% des moins de 35 ans), populaire (17% de professions intermédiaires et 14% d’employés, de revenus modestes, mais relativement éduqués (13% de niveau baccalauréat et plus).

Il n’en reste pas moins que ni la France insoumise ni le PC n’ont réussi à remobiliser pleinement l’électorat du 23 avril. Une moitié seulement (55% pour FI, 11% pour le PC) des électeurs de Jean-Luc Mélenchon semblent s’être déplacés ce dimanche, le même pourcentage s’observant parmi ceux qui se disent encore proches du Front de gauche.

Il faudra encore attendre quelques jours pour mesurer le rapport des forces dans le pays. Les chiffres du premier tour confirment toutefois ce que la présidentielle avait installé. Dans les deux décennies précédentes la part de la gauche de gauche restait très minoritaire dans l’ensemble des voix qui se portaient sur la gauche française. Entre 1993 et 2012, son pourcentage ne dépassait jamais les 30%, tournant plutôt entre 15 et 20%. Cette fois, la gauche de gauche a redépassé le seuil fatidique de la majorité à gauche. Les conditions sont-elles atteintes pour une traduction parlementaire de ce nouvel équilibre ? On le saura dimanche prochain. Mais quelque chose s’est produit, qu’il faut maintenant rendre irréversible.

On se réjouira au moins de cette bonne nouvelle. Elle ne peut toutefois masquer, ni l’inquiétude devant une crise politique pesante, ni l’angoisse devant une situation sociale dégradée, ni la nécessité d’un renouvellement à gauche qui, enfin, porte à la fois sur les structures tout autant que sur les actes, les symboles et les mots.


Le cabinet noir de Fillon vu par Transparency…

tempsreel.nouvelobs.com

Fillon évoque un « cabinet noir »,

Transparency nous aide à y voir clair

Baptiste Legrand

Daniel Lebègue est président de la section française de Transparency International.

François Fillon a choisi de contre-attaquer en s’en prenant à la justice et en criant au complot. Que vous inspire cette stratégie de défense ?

Je veux d’abord préciser que Transparency est une ONG indépendante. Nos statuts nous interdisent toute prise de position qui pourrait paraître partisane. Nous nous contentons de donner à nos concitoyens des moyens d’analyse afin qu’ils puissent exercer leur jugement. C’est ce qui assure notre crédibilité et notre légitimité.

Merci, votre inscription a bien été prise en compte.

Ceci étant dit, je note que François Fillon a cessé de mettre directement en cause l’indépendance de la justice – sans doute parce qu’il a constaté que cette accusation était impopulaire auprès des Français. Le candidat parle désormais d’une orchestration des fuites par le pouvoir.

Un « cabinet noir » à l’Elysée ? Fillon pris en flagrant délit de complotisme

Evoquer l’existence d’un « cabinet noir », comme l’a fait François Fillon sur France 2, cela vous paraît-il crédible ?

Franchement… Quand on connaît les institutions et la manière dont fonctionne la justice, imaginer l’existence d’un cabinet noir, à l’Elysée ou ailleurs, qui tirerait toutes les ficelles…

Je rappelle que la vague des affaires a débuté à l’hiver 2013, quand un ministre, Jérôme Cahuzac, a été pressé de démissionner à la suite d’une enquête de la justice sur ses comptes en Suisse. Je n’ai pas eu l’impression à l’époque que c’était une bonne nouvelle pour François Hollande !

Outre l’affaire Cahuzac, le parquet financier a enquêté au cours des derniers mois sur les dossiers Dassault, Guéant, Thévenoud, l’affaire Bygmalion impliquant Nicolas Sarkozy. La justice a aussi condamné Yamina Benguigui, ancienne ministre de François Hollande.

On constate que la justice agit de manière plus rapide et plus déterminée. C’était l’objectif lors de la création du parquet national financier, début 2014. Il a été doté de 15 procureurs spécialisés sur ces questions, assistés d’autant d’experts et d’une police judiciaire aux moyens renforcés.

Précisément, François Fillon reproche à la justice d’aller trop vite. Il parle de « justice TGV »…

Il faut se souvenir que la première réaction de François Fillon, quand il a été mis en cause dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse, a été de souhaiter que la justice clarifie les choses le plus vite possible, pour lui-même et, surtout, pour les électeurs.

La justice française est-elle aux ordres du pouvoir politique ?

Il n’y a pas de démocratie possible sans indépendance de la justice, nous ont appris les pères de la démocratie moderne, Montesquieu, Tocqueville, Jefferson.

Et bien, dans les textes, la justice française est-elle indépendante ? Pour les juges du siège, ceux qui jugent, la réponse est « oui », puisqu’ils sont placés sous l’autorité d’un organisme indépendant, le Conseil supérieur de la magistrature.

Là où il y a débat, c’est au sujet des magistrats du parquet, les procureurs, ceux qui mènent les enquêtes. Depuis des années, le Conseil de l’Europe recommande à la France d’assurer leur indépendance en les plaçant eux aussi sous l’autorité du Conseil supérieur de la magistrature. Car c’est le ministre de la Justice qui nomme les procureurs et les sanctionne le cas échéant. Cette situation n’est pas satisfaisante. Transparency la déplore avec constance depuis 20 ans.

Voilà pour les textes, et dans la pratique ?

Quand elle a été nommée Garde des Sceaux, Christiane Taubira a immédiatement déclaré qu’elle s’interdisait de donner aux magistrats du parquet toute instruction sur des dossiers individuels. Elle a fait voter une loi en ce sens. Est-ce que celle loi a été respectée ? Il faut bien constater que pas un seul magistrat, pas un seul procureur, n’a dit qu’il avait reçu une instruction. C’est sans doute que la loi Taubira a été appliquée.

Autre élément, plus subjectif. Je connais bien celle qui dirige le parquet financier, Eliane Houlette. C’est une femme d’une indépendance absolue, d’une très grande rigueur, qui jamais n’acceptera de recevoir la moindre instruction.

Pourquoi le statut du parquet n’est-il pas réformé ? Qu’est-ce qui coince ?

François Hollande avait inscrit la réforme de l’indépendance du parquet dans son programme en 2012. Il a présenté à deux reprises un projet de réforme en ce sens. Cela passe par une loi organique, qui doit être votée à la majorité qualifiée dans les deux chambres, Assemblée nationale et Sénat. Malheureusement, une partie de la classe politique, principalement à droite, n’a pas souhaité voter ce texte.

Le candidat Fillon accuse l’exécutif de manipulations. Le sénateur Fillon a-t-il voté l’indépendance du parquet ?

Non. Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas a présenté ce texte une nouvelle fois en 2016. François Fillon a voté contre, comme la quasi-totalité des sénateurs de la droite et du Parti radical de gauche. Le Front national, lui non plus, ne veut pas assurer l’indépendance du parquet. Cette grande réforme reste à faire, et c’est l’une de nos propositions adressées aux candidats à la présidentielle.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule réforme rejetée par la droite !

Rappelons simplement les faits. Les parlementaires du parti Les Républicains – mais pas tous – ont voté contre les principaux textes du quinquennat portant sur la transparence et la moralisation de la vie politique :

  • loi contre le cumul des mandats;
  • lutte contre la délinquance financière, le blanchiment et la fraude fiscale;
  • création de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ;
  • création du parquet national financier ;
  • création de la nouvelle Agence française anticorruption ;
  • loi Sapin 2 sur l’encadrement du lobbying et les lanceurs d’alerte…

L’affaire Cahuzac s’est révélée un électrochoc salutaire. Nous avons publié en décembre dernier une analyse très complète des réalisations du quinquennat. Le bilan de François Hollande est globalement positif. La France a accompli des progrès considérables.

Le climat actuel ne semble pas ébranler votre optimisme…

La corruption n’est pas un phénomène endémique en France. C’est devenu le sujet le plus important de la présidentielle, mais ne pensez pas que la vie politique est dominée par la corruption, au contraire ! Transparency a recensé 687 décisions de justice ces trois dernières années pour atteinte à la probité, sur 524.000 élus. C’est très peu.

Si nous faisons un bon usage de ce qu’il se passe actuellement, nous sommes convaincus qu’il est possible de trouver une issue par le haut. Mais rien n’est joué.

A cet effet, vous avez adressé un questionnaire aux onze candidats à la présidentielle, leur demandant de s’engager sur onze recommandations (financement de la vie politique, non-cumul, casier judiciaire vierge…). François Fillon est le seul à ne pas vous avoir répondu…

François Fillon a fini par nous adresser une réponse, après que nous avons publié les engagements des dix autres candidats. Sa lettre est rédigée en des termes assez généraux. Il affirme une volonté d’aller de l’avant et rappelle qu’il a défendu la loi sur le cumul des mandats contre la volonté d’une partie de son propre camp – ce qui est tout à fait vrai.

Il dit vouloir aller vers plus de transparence, notamment sur l’IRFM des parlementaires (Indemnité représentative de frais de mandat). Sa lettre se termine par la confirmation que s’il est élu, il compte réunir une commission chargée de faire des propositions au nouveau gouvernement en matière de prévention des conflits d’intérêt.

Cependant je dois rappeler que cette « commission des grands sages » a eu lieu… C’était en 2010, avec la commission Sauvé, qui a rendu un rapport excellent. Nicolas Sarkozy était président de la République et le Premier ministre s’appelait François Fillon. Que s’est-il passé dans les deux ans qui ont suivi ? Rien.

Propos recueillis par Baptiste Legrand

tempsreel.nouvelobs.com

Fillon évoque un « cabinet noir », Transparency nous aide à y voir clair

Baptiste Legrand

Daniel Lebègue est président de la section française de Transparency International.

François Fillon a choisi de contre-attaquer en s’en prenant à la justice et en criant au complot. Que vous inspire cette stratégie de défense ?

Je veux d’abord préciser que Transparency est une ONG indépendante. Nos statuts nous interdisent toute prise de position qui pourrait paraître partisane. Nous nous contentons de donner à nos concitoyens des moyens d’analyse afin qu’ils puissent exercer leur jugement. C’est ce qui assure notre crédibilité et notre légitimité.

Merci, votre inscription a bien été prise en compte.

Ceci étant dit, je note que François Fillon a cessé de mettre directement en cause l’indépendance de la justice – sans doute parce qu’il a constaté que cette accusation était impopulaire auprès des Français. Le candidat parle désormais d’une orchestration des fuites par le pouvoir.

Un « cabinet noir » à l’Elysée ? Fillon pris en flagrant délit de complotisme

Evoquer l’existence d’un « cabinet noir », comme l’a fait François Fillon sur France 2, cela vous paraît-il crédible ?

Franchement… Quand on connaît les institutions et la manière dont fonctionne la justice, imaginer l’existence d’un cabinet noir, à l’Elysée ou ailleurs, qui tirerait toutes les ficelles…

Je rappelle que la vague des affaires a débuté à l’hiver 2013, quand un ministre, Jérôme Cahuzac, a été pressé de démissionner à la suite d’une enquête de la justice sur ses comptes en Suisse. Je n’ai pas eu l’impression à l’époque que c’était une bonne nouvelle pour François Hollande !

Outre l’affaire Cahuzac, le parquet financier a enquêté au cours des derniers mois sur les dossiers Dassault, Guéant, Thévenoud, l’affaire Bygmalion impliquant Nicolas Sarkozy. La justice a aussi condamné Yamina Benguigui, ancienne ministre de François Hollande.

On constate que la justice agit de manière plus rapide et plus déterminée. C’était l’objectif lors de la création du parquet national financier, début 2014. Il a été doté de 15 procureurs spécialisés sur ces questions, assistés d’autant d’experts et d’une police judiciaire aux moyens renforcés.

Précisément, François Fillon reproche à la justice d’aller trop vite. Il parle de « justice TGV »…

Il faut se souvenir que la première réaction de François Fillon, quand il a été mis en cause dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse, a été de souhaiter que la justice clarifie les choses le plus vite possible, pour lui-même et, surtout, pour les électeurs.

La justice française est-elle aux ordres du pouvoir politique ?

Il n’y a pas de démocratie possible sans indépendance de la justice, nous ont appris les pères de la démocratie moderne, Montesquieu, Tocqueville, Jefferson.

Et bien, dans les textes, la justice française est-elle indépendante ? Pour les juges du siège, ceux qui jugent, la réponse est « oui », puisqu’ils sont placés sous l’autorité d’un organisme indépendant, le Conseil supérieur de la magistrature.

Là où il y a débat, c’est au sujet des magistrats du parquet, les procureurs, ceux qui mènent les enquêtes. Depuis des années, le Conseil de l’Europe recommande à la France d’assurer leur indépendance en les plaçant eux aussi sous l’autorité du Conseil supérieur de la magistrature. Car c’est le ministre de la Justice qui nomme les procureurs et les sanctionne le cas échéant. Cette situation n’est pas satisfaisante. Transparency la déplore avec constance depuis 20 ans.

Voilà pour les textes, et dans la pratique ?

Quand elle a été nommée Garde des Sceaux, Christiane Taubira a immédiatement déclaré qu’elle s’interdisait de donner aux magistrats du parquet toute instruction sur des dossiers individuels. Elle a fait voter une loi en ce sens. Est-ce que celle loi a été respectée ? Il faut bien constater que pas un seul magistrat, pas un seul procureur, n’a dit qu’il avait reçu une instruction. C’est sans doute que la loi Taubira a été appliquée.

Autre élément, plus subjectif. Je connais bien celle qui dirige le parquet financier, Eliane Houlette. C’est une femme d’une indépendance absolue, d’une très grande rigueur, qui jamais n’acceptera de recevoir la moindre instruction.

Pourquoi le statut du parquet n’est-il pas réformé ? Qu’est-ce qui coince ?

François Hollande avait inscrit la réforme de l’indépendance du parquet dans son programme en 2012. Il a présenté à deux reprises un projet de réforme en ce sens. Cela passe par une loi organique, qui doit être votée à la majorité qualifiée dans les deux chambres, Assemblée nationale et Sénat. Malheureusement, une partie de la classe politique, principalement à droite, n’a pas souhaité voter ce texte.

Le candidat Fillon accuse l’exécutif de manipulations. Le sénateur Fillon a-t-il voté l’indépendance du parquet ?

Non. Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas a présenté ce texte une nouvelle fois en 2016. François Fillon a voté contre, comme la quasi-totalité des sénateurs de la droite et du Parti radical de gauche. Le Front national, lui non plus, ne veut pas assurer l’indépendance du parquet. Cette grande réforme reste à faire, et c’est l’une de nos propositions adressées aux candidats à la présidentielle.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule réforme rejetée par la droite !

Rappelons simplement les faits. Les parlementaires du parti Les Républicains – mais pas tous – ont voté contre les principaux textes du quinquennat portant sur la transparence et la moralisation de la vie politique :

  • loi contre le cumul des mandats;
  • lutte contre la délinquance financière, le blanchiment et la fraude fiscale;
  • création de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ;
  • création du parquet national financier ;
  • création de la nouvelle Agence française anticorruption ;
  • loi Sapin 2 sur l’encadrement du lobbying et les lanceurs d’alerte…

L’affaire Cahuzac s’est révélée un électrochoc salutaire. Nous avons publié en décembre dernier une analyse très complète des réalisations du quinquennat. Le bilan de François Hollande est globalement positif. La France a accompli des progrès considérables.

Le climat actuel ne semble pas ébranler votre optimisme…

La corruption n’est pas un phénomène endémique en France. C’est devenu le sujet le plus important de la présidentielle, mais ne pensez pas que la vie politique est dominée par la corruption, au contraire ! Transparency a recensé 687 décisions de justice ces trois dernières années pour atteinte à la probité, sur 524.000 élus. C’est très peu.

Si nous faisons un bon usage de ce qu’il se passe actuellement, nous sommes convaincus qu’il est possible de trouver une issue par le haut. Mais rien n’est joué.

A cet effet, vous avez adressé un questionnaire aux onze candidats à la présidentielle, leur demandant de s’engager sur onze recommandations (financement de la vie politique, non-cumul, casier judiciaire vierge…). François Fillon est le seul à ne pas vous avoir répondu…

François Fillon a fini par nous adresser une réponse, après que nous avons publié les engagements des dix autres candidats. Sa lettre est rédigée en des termes assez généraux. Il affirme une volonté d’aller de l’avant et rappelle qu’il a défendu la loi sur le cumul des mandats contre la volonté d’une partie de son propre camp – ce qui est tout à fait vrai.

Il dit vouloir aller vers plus de transparence, notamment sur l’IRFM des parlementaires (Indemnité représentative de frais de mandat). Sa lettre se termine par la confirmation que s’il est élu, il compte réunir une commission chargée de faire des propositions au nouveau gouvernement en matière de prévention des conflits d’intérêt.

Cependant je dois rappeler que cette « commission des grands sages » a eu lieu… C’était en 2010, avec la commission Sauvé, qui a rendu un rapport excellent. Nicolas Sarkozy était président de la République et le Premier ministre s’appelait François Fillon. Que s’est-il passé dans les deux ans qui ont suivi ? Rien.

Propos recueillis par Baptiste Legrand


Insistons! Tentative de réécriture d’un manifeste pour la «culture»…

blogs.mediapart.fr

Insistons! Tentative de réécriture d’un manifeste pour la «culture»…

12 mars 2017 Par Nicolas Roméas

Sincèrement ou non, pendant chaque campagne électorale, il était inconcevable de ne pas en parler, de ne pas avoir de projet, ne serait-ce qu’en termes de budget d’un Ministère créé en 1959 et dont on a pu à juste titre contester les orientations et certains effets, mais qui faisait au moins exister dans notre pays la réalité politique de ce qu’on considère trop souvent comme un domaine non prioritaire, voire un luxe.

Ce ministère a progressivement perdu sa force et sa substance, se voyant accoler le terme creux et ambigu de «communication», subissant la dégradation générale de tous les services publics et perdant son poids budgétaire. Il est aujourd’hui dangereusement affaibli et il disparaîtra peut-être bientôt. Ce phénomène est directement relié à la place que nous sommes capables d’accorder à ce qu’on appelle «culture» dans l’ordre de nos priorités. Il est devenu presque impossible de faire entendre que le sujet est central et qu’aux côtés du combat écologique et des luttes sociales, ces questions, parce qu’elles touchent à l’être humain en tant que tel, sont réellement vitales pour notre avenir.

Ce dont il est vraiment question aujourd’hui c’est de savoir si nous serons ou non en mesure de résister à l’offensive mondiale néolibérale qui vise à détruire les outils qui permettent de faire exister un être humain digne de ce nom. Si nous ne réagissons pas à temps, ce désastre annoncé qui mène à ce qu’on appelle transhumanisme, inaugure la fin de la possibilité de se construire et de se développer dans l’échange, hors d’une mécanique financière et marchande où le travail perd son sens et où la consommation est le seul horizon du citoyen.

Aucun pays du monde ne peut occulter cette question. Si elle est cruciale pour le nôtre, c’est que depuis la Libération, du mouvement de l’éducation populaire à la mise en place du financement public de structures culturelles et artistiques en passant par le régime de l’intermittence, la France a su construire des outils précieux que, plutôt que les laisser se déliter sous l’effet des attaques néolibérales, nous avons le devoir de défendre et de proposer aux autres.

Ces outils sont perfectibles, ils doivent être développés et adaptés au temps. Mais ils constituent une base de travail et un socle de combat : en rendant sa place au symbolique, ils permettent de résister à l’injonction universelle de rentabilité.

Ces outils peuvent être regroupés sous une appellation simple : le service public de l’art et de la culture. Chacun sait que  l’ensemble de nos services publics, inventés pour faire vivre des métiers et des activités indispensables à tous dont l’objet n’a rien à voir avec la rentabilité, est menacé de destruction. Mais on ne mesure pas toujours l’importance de ce système de solidarité lorsqu’il touche des éléments dits «culturels». On perçoit mal le caractère essentiel de ces nappes phréatiques parfois invisibles qui irriguent notre imaginaire commun et nous permettent de développer une sensibilité et une pensée en disposant de langages, de la langue commune aux langages artistiques, qui sont la matière première de notre construction en tant qu’humains.
Il est temps de relancer ce débat. Et avant d’entrer dans le détail de la mise en pratique d’une nouvelle politique culturelle, il faut affirmer qu’il s’agit d’un sujet majeur. Comme le dit et l’écrit très bien la philosophe Marie-José Mondzain, la culture n’est pas un élément parmi d’autres de la vie d’une collectivité humaine, c’est «la condition même d’une vie politique». Une vie politique digne de ce nom, c’est-à-dire une vie des idées. Une mise en débats publics de différents points de vue, réflexions, aspirations, sur les modalités possibles du vivre ensemble, non une compétition entre rivaux concourant pour une place convoitée en raison du pouvoir qu’elle confère.
Dans tous les domaines, y compris ceux dont il semble évident qu’ils doivent absolument être protégés de ce fléau, de l’art à la psychiatrie en passant par l’enseignement public, l’évaluation quantitative, comme y insiste Roland Gori, prend aujourd’hui le pas sur l’écoute et le dialogue. En un mot sur l’échange humain.
Il faut aujourd’hui réaffirmer l’importance fondamentale des outils qui servent la sensibilité, l’intelligence, le développement de l’esprit critique. C’est par eux que nous n’en seront pas réduits à devenir des machines décérébrées incapables d’appréhender le monde autrement qu’avec des chiffres, tout juste aptes à produire et consommer au profit d’un capitalisme sans foi ni loi.

Ces outils constituent ce qu’on appelle généralement l’art et la «culture», même si l’usage de ce dernier vocable devient de plus en plus difficile, en raison, en particulier, des clivages qu’il impose entre ceux qui  «en sont» et les autres. Nous parlerons volontiers d’«outils du symbolique», car cette appellation ouverte englobe des activités très diverses, de la philosophie à l’art brut en passant par la psychanalyse, dont le point commun est que leur mesure ne peut jamais être uniquement quantitative car ils travaillent des valeurs symboliques et ont pour but l’élévation.
Il faudra ensuite s’attaquer aux différents sujets spécifiques dans le détail de leur mise en application démocratique, de l’indispensable régime de l’intermittence à la place de l’art dans les cursus scolaires. Il faudra aussi essayer de comprendre comment et pourquoi ce qui, en matière d’action culturelle et artistique, est négligé car invisible aux yeux des «grands» médias, est indispensable à nos existences communes d’êtres dotés d’une âme.
Mais disons-le d’abord : ces outils et ces enjeux sont largement aussi décisifs que ceux qui concernent notre relation à la nature. Ceux qui les défendent sont aujourd’hui dans la même situation que René Dumont et ses amis en leur temps : leur sujet est fondamental, mais on ne les entend pas encore. On ne leur tendra l’oreille, comme il est d’usage, que lorsque de telles catastrophes auront eu lieu qu’il sera presque trop tard… Et sans doute, car il s’agit d’un combat sémantique, lorsqu’ils auront trouvé le mot juste, comme le fut en son temps celui d’«écologie», qui peut apparaître aux yeux de chacun, du savant au quidam, comme un catalyseur.
Alors il faut s’y coller dès maintenant avec sérieux car il n’y a plus de temps à perdre, en ne se contentant pas de manier des chiffres. Une liaison doit s’opérer avec les militants écologistes sincères, car s’il faut évidemment «sauver la planète», il est préférable qu’elle soit habitée par des êtres dotés d’une langue, d’une pensée, d’une sensibilité et d’un imaginaire, plutôt que par des robots d’apparence humaine.
C’est bien de cela qu’il s’agit, il faut l’affirmer haut et fort. Non seulement d’être plus ou moins cultivés et «éduqués», plus ou moins dotés de capital symbolique, comme l’écrivait Pierre Bourdieu, mais de se battre pour être des humains, dans une période de guerre intense menée contre tout ce qui n’est pas rentable.

Nicolas Roméas

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Protégé : L’affaire Fillon…

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Fillon: l’admettre et s’en aller

LDH sarlatmediapart.fr

Croquis. Fillon: l’admettre et s’en aller

Par Mathilde Mathieu

« François Fillon devrait faire comme François Hollande. Avoir assez de bon sens, et de sens de l’État, pour comprendre que c’est fini. » Cette phrase est reprise de proche en proche dans les rangs de la droite tétanisée, à voix de moins en moins basse. Elle émane d’un ancien secrétaire d’État, sarkozyste après avoir été chiraquien, qui parle en privé de « sens de l’État ». Un dépassement qui consisterait à ne pas s’emparer des oripeaux du pouvoir pour se mettre à l’abri, mais à se sacrifier pour préserver l’essentiel. Or l’essentiel serait le cœur de la Cinquième République, c’est-à-dire cette élection présidentielle totalement parasitée par des faiblesses privées.

Ce qui frappe chez François Fillon, et qui rend sa posture intenable, c’est le contraste entre les faits qui lui sont imputés, des arrangements et enrichissements personnels, et le niveau où il place sa défense : un immense complot fomenté par des officines « professionnelles » pour museler la démocratie en empêchant l’alternance. Une conspiration des pouvoirs politiques, judiciaires et médiatiques en vue de le « casser », comme il l’a dit hier à Charleville-Mézières, en évoquant « une meute ».

Or plus il monte en sainte indignation, et plus les faits le rattrapent vers l’infiniment petit. Les faits et non pas les commentaires. Avec l’argent public, a-t-il salarié sa femme et ses enfants que personne n’a vu travailler ? Oui ou non ? Cette commodité contredit-elle le discours d’un candidat décidé à lutter contre ceux « qui profitent du système et qui veulent conserver leur pré carré ». Oui ou non ?

L’a-t-il fait en le cachant au point que ses collaborateurs les plus proches, comme son suppléant, n’arrivent même pas à confirmer que Penelope travaillait pour de bon ? A-t-il soutenu qu’il avait recruté ses enfants comme avocats, sur une mission, alors qu’ils étaient étudiants et en contrat ? A-t-il raconté qu’il avait embauché sa femme en 1998, alors qu’il l’avait recrutée plusieurs années plus tôt ? Était-elle deux ou trois fois mieux payée que les assistants parlementaires habituels ? Oui ou non ?

Ces questions ravivées par le reportage d’« Envoyé spécial », hier soir sur France 2, ne concernent pas les grands intérêts de l’État mais les arrangements personnels d’un élu qui y occupe une place centrale, et aspire à la plus haute charge. C’est dans cette distance entre la dimension d’une combine familiale à huis clos, soigneusement tenue à l’écart de la vie publique, et l’ampleur d’une affaire d’État, que se situe l’abîme dans lequel plonge François Fillon. Et dans lequel il entraîne son camp.

Sa tragédie n’a rien d’épique, elle est simplement triviale. Elle ne met en œuvre aucune grande force occulte aspirant à un putsch médiatique et judiciaire, elle raconte prosaïquement l’histoire d’un homme qui ne parle que de rigueur et ne la pratique pas, qui combat les parasites publics, et se goinfre au marché noir. Fillon qui milite à la ligue de vertu budgétaire, c’est Cahuzac qui s’oppose aux exilés fiscaux.

Pourtant François Fillon a raison sur un point. La misère qui le rattrape, et qui ne concerne au fond que lui et sa famille, a toutes les chances de devenir une gangrène publique parce qu’il est là où il se trouve. Il est le candidat du grand parti de droite à l’élection présidentielle, désigné par une primaire ayant rassemblé plus de quatre millions de citoyens. Il occupe une fonction qui dépasse sa personne, en des temps catastrophiques où les élus en bloc sont accusés de se servir sur la bête.

Symboliquement, son affaire est un désastre national, mais sur le plan des institutions, ces fameuses institutions dont il s’empare pour sa défense, c’est lui qui a les clés. Rien ne l’oblige à ouvrir les yeux et à admettre son impasse. Rien ne contraint ce capitaine du Titanic, comme disait le député LR Georges Fenech, à lâcher la barre et à ne pas foncer sur l’iceberg. Il faudrait une mutinerie, c’est-à-dire un coup d’État interne, pour le ramener à la raison.

Tout est là pour la droite, et pour le reste du pays. Fillon a tous les droits et il en a de moins en moins. Légalement, rien ne l’oblige, mais moralement tout le contraint. Chaque paragraphe de son programme le renvoie à ce qu’il a fait. Plus il s’indigne et plus il scandalise. Sauf à tenir sa campagne devant une France Potemkine, il ne peut plus aller nulle part sans être renvoyé à Sablé-sur-Sarthe, qui n’est pas Colombey. Il a tous les pouvoirs, et les a tous perdus.

Porté par un sursaut de lucidité, il pourrait encore exercer le dernier qui lui reste, au nom du sens de l’État : l’admettre et s’en aller.


Le FN avance masqué parmi les fonctionnaires…

LDH sarlat

francetvinfo.fr

Quand le FN avance masqué parmi les fonctionnaires

franceinfoCélia QuilleretRadio France

C’est l’un des grands enjeux de l’élection présidentielle : pour qui vont voter les quelque 5,3 millions de fonctionnaires ? En 2012, près de 14% d’entre eux avaient voté pour le Front national au premier tour. Cinq ans plus tard, selon les enquêtes du Cevipof, le Centre d’études de la vie politique française de Sciences Po, plus d’un agent de l’État sur cinq a l’intention de voter Front National en 2017. À l’hôpital, c’est près d’un agent sur quatre qui pourrait choisir Marine Le Pen, soit quasiment le double par rapport à l’élection de 2012.

La progression du vote Front national concerne en majorité les agents de catégorie C, comme les aides-soignants. Mais pas seulement : « Toutes les lois de santé qui ont été faites depuis des années vont à l’envers du bon sens, n’hésite pas à répondre le docteur Christelle Dehaye, urgentiste à l’hôpital de Toulon. Le personnel s’épuise. Nous n’avons plus les moyens de travailler correctement. Bientôt, il y aura plus de personnels administratifs que de soignants dans les hôpitaux. » 

Le FN est le seul qui prend en compte cette volonté d’arrêter de détruire notre système social. C’est le programme qui se rapproche le plus de la vérité.

Quand on interroge les ténors du FN, ils mettent leur priorité dans la préférence nationale. Autrement dit : pour sauver l’hôpital et préserver les emplois, sans augmenter les impôts, il faudrait d’abord soigner les personnes qui cotisent et sont françaises. Une manière de lutter contre ce que le parti appelle l' »immigration sanitaire ».

À l’hôpital d’Avignon, les fonctionnaires syndiqués sont témoins de la tentation de leurs collègues à voter FN. Une tentation qui ne s’explique par seulement par la dégradation des conditions de travail et le manque de moyen. « Le côté religieux entre aussi à l’hôpital », souligne Rémi Aon, un infirmier. Le phénomène crée des tensions dans les services, au point de devenir invivable pour certains.

« Ces derniers jours, au sein du personnel des urgences, s’est installé un grand débat sur la décision de la maire d’Avignon de ne pas installer de crèche dans l’hôtel de ville, raconte l’infirmier. Certains disent ne pas comprendre pourquoi la crèche pose problème, alors que certaines femmes continuent à porter le voile en arrivant aux urgences, qu’on donne des allocations familiales à des musulmans, qui sont au chômage, qui ont dix enfants et qui sont des profiteurs de la société. C’est presque un mécanisme de défense. Cela entre en conflit avec les valeurs que doit prôner un soignant. »

Pour les syndicats, difficile de faire barrage à la montée du Front national au sein du personnel. Si les personnes inscrites sur des listes électorales FN sont automatiquement exclues de la CGT, les sympathisants eux ne le sont pas.

Les syndicats risquent de perdre des troupes dans la bataille, selon Graziella Lovera. Cette ancienne de la CGT est infirmière depuis plus de trente ans. « J’ai assisté à deux postures dans ce syndicat, dit-elle. Ceux qui entendent les choses et évitent les réponses, avec l’espoir de conserver des adhérents. Et ceux qui n’évitent pas le débat. Je pense que la force du FN aujourd’hui, c’est de s’appuyer sur des slogans qui peuvent se rapprocher de ceux de la CGT. Mais dès qu’on gratte un peu, on se rend compte que cela n’a rien à voir ! »

On sait bien comment ça va finir… On va faire le choix de ceux qu’on va soigner. C’est terrible ! Moi, je soignerai tout le monde.

Du côté du syndicat SUD, Denis Turbet-Delof n’est pas dupe. Pour lui, si Marine Le Pen drague les fonctionnaires, c’est pour mieux les attaquer après. « Ça se saurait si le Front National était intéressé par les services publics et la fonction publique. Rappelons que c’est un parti qui voudrai qu’il n’y ait plus d’impôt sur le revenu. Comment fait-on dans ce cas pour payer les services publics ? Il est dangereux de penser que ce parti peut répondre à nos problématiques. »

Même si le programme de Marine Le Pen s’avère flou sur le plan économique, même si la patronne du Front national n’a jamais expliqué de quelle manière elle compte maintenir les postes de fonctionnaires, le vote FN de cette catégorie de la population pourrait s’amplifier, selon Luc Rouban, du Cevipof.

« Du côté des fonctionnaires les plus modestes, analyse Luc Rouban, notamment ceux de catégorie C, il y aura certainement une attractivité encore plus forte du FN face aux propositions de François Fillon de réduire les effectifs et les moyens, de bloquer les salaires ou d’augmenter le temps de travail. Chez les fonctionnaires de catégorie A, il y aura sans doute plutôt une tentation d’aller vers le candidat du centre, Emmanuel Macron ou François Bayrou, par exemple, pour son côté un peu plus favorable à la fonction publique. »

Sachant qu’un salarié sur cinq est fonctionnaire, ce basculement peut s’avérer crucial pour le FN. Depuis 2012, les intentions de vote des fonctionnaires pour le Parti socialiste ont été divisées par trois. Sur quels partis se reporteront-elles ? C’est l’une des grands inconnues de l’élection présidentielle de 2017. Dans tous les cas, le vote FN n’a plus rien de tabou dans la fonction publique.


Népotisme en France ? oui. Même dans le sarladais…

LDH sarlat
mediapart.fr

L’Assemblée a rémunéré 52 épouses, 28 fils et 32 filles de députés en 2014

Par La rédaction de Mediapart

Le recours aux enfants sur des contrats saisonniers est visiblement tendance. Le député Étienne Blanc (UMP) vient de prendre sa fille, étudiante en droit public, en « stage d’été sur 4 ou 5 semaines ». Idem pour le fils d’Yves Censi (UMP) ou celui de Béatrice Santais (PS). Le socialiste Hugues Fourage a salarié son fils en juin et juillet (après un CDD d’un mois, déjà, l’été dernier). Son collègue Philippe Vigier (UDI), le président du groupe centriste, vient aussi de recruter sa fille pour deux mois, « après deux ans dans une ambassade et juste avant qu’elle rejoigne son nouveau poste (dans le privé – Ndlr) à la rentrée ».

Francis Vercamer, lui, a bien signalé sa fille dans sa déclaration d’intérêts de janvier, mais pas encore sa conjointe. « Je prends (mon épouse) de temps en temps sur des CDD ponctuels, environ deux mois par an, justifie l’élu centriste. En général, c’est pendant les congés : en novembre, c’est pour préparer les vœux, en juin pour faire le bilan de l’année. » Pratique.

Si le socialiste Olivier Véran a bien pensé à mettre sa déclaration à jour à la mi-juillet, c’est pour signaler l’interruption du contrat de sa sœur. Dans ce sens là, c’est évidemment plus spontané.

Côté qualifications, il n’y a parfois rien à redire, comme lorsque la socialiste Estelle Grelier fait valoir le « DESS et le diplôme de Sciences Po Grenoble » de sa cousine « bilingue » (en CDI jusqu’en mars dernier). Mais le centriste Meyer Habib va jusqu’à ressortir « la mention au Bac » de son fils, pour expliquer l’octroi d’un CDD à temps partiel. De son côté, l’UMP Claudine Schmid (élue par les Français expatriés en Suisse et au Liechstenstein) a vite fait de dégainer la “carte maîtresse” de son fils qui tient sa permanence outre-Léman : « Il parle le dialecte suisse-allemand et ça ne se trouve pas en France ! » Certes, mais en Suisse ? De toutes façons, les élus ont beau jeu de rappeler en chœur que certaines tâches de secrétariat n’exigent pas d’expertise particulière.

Certains « emplois familiaux » semblent tout de même très actifs en dehors de l’Assemblée. Ainsi, était-il opportun que Florent Boudié (PS) recrute à temps plein sa conjointe, Émilie Coutanceau, alors qu’elle occupe déjà un siège de conseillère régionale (plus deux autres mandats d’élue locale jusqu’en mars dernier) ?

Le fils de Michèle Fournier-Armand (PS), lui, exerce parallèlement, à temps plein, à la Mutuelle sociale agricole comme « gestionnaire de cotisations » – la députée précise du coup qu’elle ne l’emploie que « 7 heures par semaine ». Les filles de Jean-François Mancel (UMP) et Michel Françaix (PS), respectivement actrice et « intermittente du spectacle », semblent avoir trouvé à l’Assemblée un job alimentaire. Quant au conjoint de Laure de La Raudière (UMP), « exploitant forestier », il se transforme visiblement en assistant la moitié de la semaine.

Cette transparence sur les activités annexes des collaborateurs a un objectif : elle doit permettre, le jour où leur député se penchera sur leur secteur d’activité, de mieux identifier d’éventuels conflits d’intérêts.

Il est dommage, à cet égard, que la radicale de gauche Dominique Orliac, active sur les politiques de santé et du médicament, ait omis de mentionner le métier de son fils (en CDI jusqu’à cet hiver), un pharmacien qui effectuait « des remplacements » en parallèle. De même que celui de sa fille, médecin. Le nom de celle-ci, d’ailleurs, ne figure pas encore dans la liste des collaborateurs de la députée.

À l’arrivée, au-delà de quelques situations individuelles condamnables (à défaut d’être illégales), c’est surtout le nombre et la masse des emplois familiaux qui interpelle. Alors que le marché de l’emploi en France se contracte chaque trimestre davantage, comment les Français peuvent-ils regarder ces chiffres avec décontraction ? Dans les couloirs du Palais-Bourbon, des observateurs avisés rappellent aussi que la « sous-qualification » et le « sous-investissement » de certains emplois familiaux ont des répercussions directes sur leurs collègues, qui doivent redoubler de travail et parfois se contenter d’un salaire amputé.

Dans un communiqué, le syndicat FO des collaborateurs parlementaires rappelle l’urgente nécessité de créer un statut pour ces milliers de salariés de l’ombre, privés de grille indiciaire et de convention collective.