Malik Salemkour à Périgueux pour l’assemblée générale du Comité Régional

francebleu.fr

« Il est urgent d’aider les migrants »

Par Manon Derdevet, France Bleu Périgord

« Le gouvernement fait un double discours » c’est le message principal des représentants de la Ligue des Droits de l’Homme ce samedi à Périgueux. Malik Salemkour, le président de la LDH en France a fait le déplacement pour le comité régional de l’organisation de défense des droits de l’homme.

A l’ordre du jour notamment, l’avenir de l’accueil des migrants avec la nouvelle loi que va mettre en place par Emmanuel Macron. Malik Salemkour dénonce un double discours de la part du gouvernement. « D’un côté le président fait l’apologie de valeurs humanistes et de l’autre il y a des violences policières à l’encontre des migrants » s’inquiète le président de la Ligue des Droits de l’Homme.

« Tous les jours quelqu’un vient frapper à notre porte » Franck Merlin Anglade le président de la section de la Ligue des Droits de l’Homme pour le Grand Périgueux.

Dans le département, de plus en plus de migrants bénéficient de l’aide de la LDH. « Tous les jours quelqu’un vient frapper à notre porte. Nous les assistons pour qu’ils aient des conditions d’hébergement correctes. Les enfants sont scolarisés, les parents ont souvent des promesses d’embauche, nous les aidons à pouvoir rester en France en situation régulière » explique Franck Merlin Anglade, président de la section de la Ligue des Droits de l’Homme pour le Grand Périgueux.

« J’ai croisé un homme qui avait été torturé puis emprisonné en Libye et en Syrie et qui avait été esclave » Franck Merlin Anglade

Des hommes et des femmes qui ont fui les violences dans leurs pays et qui viennent chercher refuge en France. « J’ai croisé un homme qui avait été torturé puis emprisonné en Libye et en Syrie et qui avait été esclave. On ne peut pas rester indifférent à ça » poursuit Franck Merlin Anglade.

La LDH lutte aussi contre le racisme ou les préjugés envers les migrants pour que la coexistence avec les Périgourdins soit la plus facile possible.

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SOlidarité MIgrant.e.s-COllectif 06. Neuvième détention pour Cédric Herrou.

SOlidarité MIgrants.es-COllectif 06

COMMUNIQUE

Neuvième détention en un an et demi pour Cédric Herrou

Nos organisations dénoncent vigoureusement l’acharnement judiciaire et policier que subit depuis de longs mois Cédric Herrou. Voici aujourd’hui une rétention judiciaire, 9ème détention (26 h) en seulement un an et demi, pour avoir, contrevenant à un contrôle judiciaire scandaleux, emprunté l’autoroute après un court trajet passant par l’Italie, afin de livrer ses productions agricoles à des clients niçois ! Il est pourtant depuis 2016 un citoyen assumant ses actes et ses positions, au vu et au su de tous, sur la défense concrète des droits fondamentaux des demandeurs d’asile. Il n’a jamais été poursuivi avant 2016 pour quoi que ce soit : Cédric Herrou n’est pas un délinquant !

Par ailleurs, pour qui connaît le contexte géographique et routier des liaisons de Breil-sur-Roya à Nice, et les situations particulières durant cette période liées aux éboulements sur des routes de montagnes sinueuses, il est évident que le circuit qu’a emprunté Cédric s’imposait. Cette insupportable coercition depuis juillet 2017 à vouloir contraindre un petit agriculteur à prendre sur son temps de travail, quel que soit l’état des routes, et ainsi, réduire le revenu de celui-ci, n’a d’autre objet essentiel que de nuire à son activité professionnelle et d’entraver son activité militante. Comme à l’accoutumée, Cédric Herrou a été relâché sans suite car seul importe, pour les pouvoirs publics, la persistance de ce harcèlement.

Au-delà de lui et de ce qu’il représente, il s’agit bien d’intimider l’ensemble des citoyen.ne.s solidaires, militant pour les droits des réfugié.e.s, et d’impressionner les bénévoles qui se dévouent sans compter pour assurer l’accueil de personnes en désespérance absolue, accueil que les pouvoirs publics de notre pays ne veulent pas assurer. Nous demandons instamment la levée de ce contrôle judiciaire totalement disproportionné, et l’arrêt de ce harcèlement indigne.

Le 21 janvier 2018.

Solidarité migrant.e.s-Collectif 06 :

Artisans du monde 06 – ATTAC France – Citoyens solidaires 06 – Défends Ta Citoyenneté ! (DTC) –FCPE – FSU 06 – LDH section de Nice – Ligue des Droits de l’Homme Paca (LDH) – Mouvement de la Paix – MRAP 06 – Planning familial 06 – RESF 06 – Roya Citoyenne – Solidaires 06 – Solidaires étudiant.e.s Nice -Syndicat des Avocats de France (SAF) – Vallées solidaires 06

Co-signataires : ADN (Association pour la Démocratie à Nice) – Alternative & Autogestion – Cimade 06 – DIEM 25 DSC Nice – Emancip’Action – Ensemble ! 06 – Génération.S 06 Comité d’Antibes – France insoumise 06 – Habitat & Citoyenneté – Les Ami.e.s de la Roya – NPA 06 – Parti de Gauche 06 – Tous Citoyens ! – UD CGT 06

 Texte de Cédric Herrou diffusé sur Facebook

Cédric Herrou

Communiqué, que dis-je ! Information suite à ma rétention judiciaire du jeudi 18 Janvier.
Comme dirait notre cher et tendre Préfet « Ici on ne communique pas, on informe» !!
(J’adore ce slogan ! Donc sans son autorisation je me permet de lui voler !)
Et oui pour la 9ieme fois j ai retrouvé mes chers camarades de la PAF de Nice.
J’ai été mis sous les verrous pendant 26 heures…

Bref, comme tous les jeudis je livre, magasins, épicerie AMAP* à Nice.
Comme tous les jeudis, depuis le 24 Juillet suite à ma mise en examen, je passe par cette route sinueuse passant de cols en cols et rejoignant Nice, car sous contrôle judiciaire depuis mon arrestation en gare de Cannes, il m’est interdit de passer par l’Italie de peur que je croise un petit noir et l’aide à rejoindre la France pour profiter de nos acquis sociaux et prendre la place de nos SDF Français.

Mais en début de semaine dernière, suite aux intempéries, la route sinueuse s’effondre et m’oblige à passer par l’Italie afin de rejoindre Nice pour livrer mes œufs extra frais et ma tapenade connue à l’internationale. Je demande donc à mes conseils d’en avertir la juge qui instruit ma mise en examen. Problème de fax, la juge ne reçoit pas cette information…oups !

Une semaine avant les faits, le jeudi 11 janvier, 15h02, je m’apprête à prendre le volant de ma super voiture que mes proches surnomme « La poubelle », je pense par jalousie… surgissent de nul part deux fourgonnettes bleues marines gyrophare en alerte qui m’interpellent et demandent mes papiers ainsi que ceux de mes 3 compagnons.
Les gendarmes mobiles prennent leur aises, nous tutoient, obligent mes compagnons à sortir les mains des poches… J’oubliais de vous préciser ! Mes compagnons sont de couleur noire, en situation régulière : mais ce n‘est pas marqué sur leur front qu’ils sont en situation régulière…qu’ils sont noirs, si. Les gendarmes se permettent d’entrer sur ma propriété privée sans mon consentement et ça, ça me fait pas très plaisir. Donc j’informe la hiérarchie du zèle de ces beaux hommes forts testostéronnés, bref, la routine, mais bien heureusement, fin de la discorde. Je saute dans mon bolide et descends direction Nice passant par Italie.

Jeudi d’après, le 18 janvier donc, route toujours bloquée, je réitère ma mission « Oeufs-Tapenade ». R.A.S, pas de beaux Gendarmes Mobiles en vue. Au volant de « la poubelle » je tente de rejoindre Nice en passant par la route interdite. En chemin, une voiture de police italienne gyrophare allumé me double, passe devant moi, et roule à mon allure. Je me dis : « bizarre… »mais quand on passe souvent en cellule on apprend à être méfiant, voire parano. Je reprends courage et détermination et continue ma route suivant le gyrophare rythmant mon allure, je trouve ça joli la lumière bleue caressant les murs, et comme toutes belles choses ont une fin, la lumière bleue change de route et me quitte. Déçu je continue quelques kilomètres, arrivé sur la bretelle de l’autoroute je m’insère, j’arrive au péage de Vintimille et ma méfiance d’homme persécuté (tendance parano) m’oblige à scanner du regard l’ensemble du péage. Sur ma gauche un policier en civil, aussi discret qu’un jeune soudanais dans le train Vintimille-Menton, croise mon regard, il pense se cacher en tournant la tête, la barrière du péage s’ouvre, le policier retourne le regard vers moi. Je ne vois que lui, impossible qu’il soit seul. Je redémarre puis 200 mètres plus loin, garé sur la gauche, un véhicule banalisé et un des policiers en civil me filme. Je passe à sa hauteur et lui fais mon plus beau sourire et je le reconnais : c’est un policier de la Brigade Mobile de Recherche de la PAF de Nice. Là je me dis : la mission « Œufs-Tapenade » va être compromise…

Je roule quelque kilomètres et j’arrive vers le fameux péage de la Turbie et là se présente a la barrière une dizaine de policiers. On me demande de sortir du véhicule et je me retrouve mains dans le dos, menotté, le front collé sur le fourgon de CRS et là je me dis : mission Œufs-Tapenade annulée… Par la suite j’apprends que c’était une opération policière de collaboration franco italienne anti passeur mais annulée par l’interpellation imminente de Cédric Herrou en mission spéciale Œufs-Tapenade.

Je cache mon inquiétude, comment se fait il qu’un si gros dispositif policier franco-italien d’une telle amplitude soit levé sous un tel prétexte… Sachant les policiers de la PAF en grève pour manque de moyens, et un préfet très exigent des résultats de la PAF… Bref, qu’est-il plus important pour les services préfectoraux ? La lutte contre l’immigration ou la lutte contre la mission Œufs-Tapenade ?
Quelques questions basiques me sont posées par les policiers puis hop ! En cellule ! Le policier m’accompagne, sonne à la porte du centre de rétention, un jeune policier en uniforme ouvre, l’odeur est comparable à un squat de junkies, encens allumé tentant de camoufler l’odeur d’urine ammoniaquée. Dans le hall, le faux plafond tombe. Déchaussé, ceinture enlevée, élastique de mon chignon enlevé, c’est bon je suis dans l’ambiance, je ressemble à un junkie les cheveux lâchés, le pantalon tombant, et l’air dépité. Dans ma cellule de 5 mètres carrés, de la sauce tomate sur les mur, ah non ! c’est pas de la sauce, c’est de la merde… Après quelques heures debout à côté du banc de béton démuni de matelas et de couverture, je contemple les chiottes turques couvertes d’une croûte craquelée marron-jaune. Des moustiques que je n’ai jamais vu ailleurs que dans ces cellules, sûrement une espèce endémique…
Le but de la prison c’est d’humilier pour mieux manipuler. On peut être considéré comme une merde quand on se sent comme une merde, une torture de l’esprit banalisée et tolérée mais orchestrée.

Après une nuit passée parmi les moustiques endémiques, les cris et les pleurs des détenus frappant incessamment sur les portes de fer, l’histoire se déroule clairement dans mon esprit : informée par les gendarmes mobiles de la semaine passée, la PAF savait que j’allais passer par l’Italie, je me suis fait piéger comme à Cannes le 24 juillet dernier, lors de mon interpellation avec des demandeurs d’asile entraînant ma mise en examen. La colère monte, huit heures du matin, nouvelle audition, vexé, je refuse de répondre.

Je demande à voir la Juge ! ça tombe bien, elle aussi voulait me voir. Après quelques heures je suis transféré de Nice à Grasse par 3 policiers de la PAF. La Mégane banalisée équipée d’un gyrophare et d’une sirène hurlante slalome entre les voitures, doublant à droite à gauche ;il y avait extrême urgence, Herrou et sa mission Œufs-Tapenade étaient convoqués par la Juge ! 22 minutes après notre départ de Nice nous voilà au Tribunal de Grasse, avec une grosse envie de gerber. Je suis mis dans une cellule, un jeune de la geôle d’à côté se tape la tête sur la porte, le surveillant lui propose de fermer sa « grande gueule » et lui donne un mouchoir en papier… La même odeur d’urine et de peur, et cette sensation de se sentir comme une merde…

J’attends. D’après la conduite du policier j’estime que je ne devrais pas attendre trop longtemps… Mal estimé, j’attends 5h30 ce qui me donne le temps d’avoir peur d’être incarcéré à la prison de Grasse pour non respect du contrôle judiciaire… ma crainte c’est l’obligation du bracelet comme alternative. Je n’ai jamais mis de collier à mes chiens, ni porté d’alliance, je suis un Homme libre, je ne suis pas un animal à domestiquer, je décide dans l’éventualité de refuser le bracelet et de me retrouver en centre de rétention. Du coup, j’ai encore plus peur et je commence à regretter ma mission Œufs-Tapenade…

Plus tard on m’invite a rejoindre le bureau de la Juge accompagné de Zia Oloumi mon avocat, qui m’informe froidement que si incarcération, dans un mois max je serai dehors et que c’est pas pire, qu’un client avait appris à parler Français rapidement et qu’un autre faisait des études de droit… Bref, j’ai encore plus peur… Nous sommes invités a entrer dans le bureau sobre et silencieux.

La Juge me reproche d’avoir refusé de répondre aux policiers lors de mes auditions. Je lui explique que j’ai subi 9 gardes à vues depuis un an et demi alors qu’auparavant je n’avais jamais eu de problème avec la justice. Que ma volonté n’était pas de contourner la loi mais de faire progresser le droit pour les exilés. Que j’agis pour dénoncer un problème d’ordre public, que l’État a le devoir d’agir pour le bien de toutes et tous sans discrimination et distinction. Que je ne comprenais pas la démesure de ma criminalisation par la justice… Bref… j’ai peur… La Juge consciente et sensible à cette situation et … ma peur … me laisse libre, ouf, ça y est j’ai soif je n’ai plus peur de la prison, je veux fumer des clopes et boire plein de bières. Comme si de rien n’était je rentre à mon domicile rassuré de ne pas finir en prison pour avoir osé entreprendre la mission Œufs-Tapenade…
C.H


Violences faites aux femmes : le festival des éditocrates réactionnaires

acrimed.org

Acrimed

Frédéric Lemaire

Avec les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo, la question des violences faites aux femmes est en partie sortie des rubriques de « faits divers », comme nous l’écrivions dans notre précédent article, pour devenir un fait politique majeur, et même un phénomène de société [1]. Mais cela n’a, semble-t-il, pas plu à tout le monde, et l’œuvre de « diversion » a échu à quelques commentateurs présentés comme éditorialistes, « intellectuels » ou « polémistes » qui, s’ils forment une galaxie restreinte numériquement, ne se sont pas moins bruyamment manifesté dans les médias, à la faveur de maintes invitations.

Notre association n’a pas vocation à contester que des opinions réactionnaires puissent s’exprimer publiquement. Mais force est de constater que l’avalanche des prises de position de cet ordre ne s’est pas cantonnée aux médias de parti-pris, sur lesquels nous revenons dans un premier temps, mais qu’elles ont également occupé une place disproportionnée dans les médias généralistes, sans que leurs auteurs soient jamais présentés comme ce qu’ils sont, à savoir des polémistes de la droite extrême.

Causeur, Valeurs Actuelles, le FigaroVox : la parole réactionnaire en roue libre

Depuis octobre, les tribunes hostiles aux hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo se sont multipliées dans les colonnes de médias de parti-pris tels que Causeur, Valeurs actuelles, ou encore du FigaroVox [2]. En première ligne, Causeur, qui, disons-le, n’a pas boudé son obsession. En témoigne sa « une » de novembre 2017 :

Causeur publie également des articles aux titres pour le moins évocateurs. « Le grand Délathon a commencé » (17 octobre 2017) alerte ainsi Élisabeth Lévy. Ingrid Riocreux prévient quant à elle : « Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien » (18 octobre 2017). Dans son article, elle développe la thèse audacieuse selon laquelle les victimes – les femmes agressées – seraient en réalité souvent consentantes… voire coupables.

Pour Diane de Bourguesdon [3], « la chasse aux sorciers doit s’arrêter » (21 octobre 2017). Si l’on en croit sa démonstration [4], la parfaite égalité entre l’homme et la femme aurait été acquise… dès l’époque romaine, grâce à la religion chrétienne [5].

Le vibrant plaidoyer de Causeur en défense des hommes se poursuit avec Élisabeth Lévy, qui dénonce le « harcèlement féministe » et « les magistrates de #balancetonporc [qui] ont condamné la gent masculine » (10 novembre 2017). Enfin, Paul Thibaud regrette que « le désir masculin [soit] présumé coupable » (11 novembre 2017).

La libération de la parole autour des violences faites aux femmes est d’autant plus insupportable aux yeux des commentateurs réactionnaires qu’elle mettrait en sourdine un autre type d’obsession : celle du péril islamique. Le 20 novembre dans le FigaroVox, l’inénarrable Finkielkraut s’insurge : « L’un des objectifs de la campagne #balancetonporc était de noyer le poisson de l’islam : oubliée Cologne, oubliée la Chapelle Pajol, oubliés les cafés interdits aux femmes à Sevran [6] ».

Bien évidemment, Causeur n’est pas en reste. « Balance ton porc… mais pas que ton mâle blanc » (15 novembre 2017) corrige Anne Zelensky. Deux autres articles font écho aux propos de Finkielkraut : « Balance ton porc… sauf celui de La Chapelle-Pajol ? » (24 novembre 2017) puis « #MeToo à Paris, #Omerta à Cologne ». On l’a compris : le féminisme ne devrait être bon qu’à se focaliser sur les agresseurs musulmans ou les migrants, mais certainement pas à remettre en cause la domination masculine. [7]

Enfin, le déni des violences faites aux femmes en tant que phénomène structurel et systématique s’incarne dans Valeurs actuelles. Charlotte d’Ornellas, invitée régulière de « L’heure des pros » de Pascal Praud sur CNews, parle dans l’hebdomadaire de « l’hypocrisie d’une polémique » (16 octobre). La raison ? Les violences ne sont pas à l’œuvre partout dans la société mais se cantonnent aux agissements d’un « monstre » d’Hollywood, Weinstein. Un raisonnement qui lui permet d’aboutir à l’équation suivante : Weinstein = Hollywood = « l’empire du vice » = condensé de tout ce que l’humanité contient d’ « immoral » = violences.

Une campagne de diversion généralisée dans les grands médias

Les contributeurs de Causeur, Valeurs actuelles ou du FigaroVox ne se contentent pas d’étaler leurs opinions outrancières dans les médias réactionnaires. Ils sont et ont été en permanence invités dans les grands médias, tantôt pour apporter de l’eau au moulin d’une polémique qu’ils avaient eux-mêmes lancée, tantôt pour servir de « gage à buzz » pourvoyeur systématique de « petites phrases choc » qui, sous couvert de pluralisme, huile à son tour la mécanique médiatique.

Parce qu’ils s’assoient sur les plateaux comme dans leurs salons, ces auteurs sont devenus des spécialistes du jeu médiatique, de ses dispositifs contraignants, de ses formats à bras raccourcis, de ses simulacres de débats où gagne celui qui parle le plus fort. Et parce qu’ils dirigent ou animent, pour nombre d’entre eux, leurs propres blogs, journaux, émissions télé ou radio, ils ont le verbe facile des « bons clients » médiatiques. Des clients dont on s’indigne des saillies polémiques pour mieux les réinviter le lendemain.

Corollaire : parce qu’ils n’existent que dans une course au remplissage et au clic, les grands médias en ont besoin pour exister et les invitent précisément pour cela. Partant, ils légitiment et souvent amplifient des prises de position contribuant à appauvrir le niveau du débat public et à institutionnaliser la pensée d’extrême-droite en France.

Arrêtons-nous sur quelques-unes de ces invitations [8].

– Souvenons-nous que pour les « experts » de Causeur, les femmes aiment qu’on leur fasse violence / s’accommodent des agresseurs / agressent aussi. C’est également le point de vue de Gilles-William Goldnadel [9], chroniqueur permanent de l’émission « Les Terriens du dimanche » de C8, animée par Thierry Ardisson (le 22 octobre 2017) :

Ce délire hystérique sur la toile, moi en tant qu’avocat encore plus qu’en tant que mec, ça m’effraie profondément. […] Effectivement c’est une délation grave parce qu’elle est anonyme ou sous forme de pseudo. […] Mais des menteuses ça existe. Des mythomanes ça existe. Des maîtresses-chanteuses ça existe. Moi j’ai connu des femmes qui voulaient se venger. Des harceleuses, j’en ai fait condamner moi des harceleuses. Bien sûr que ça existe aussi.

– Pour celles et ceux qui, non abonnés, auraient manqué les articles de Causeur dénonçant la « chasse à l’homme » et le « harcèlement féministe », une chaîne d’information en continu en a offert un équivalent en accès libre :

– Ivan Rioufol : Ce que je n’aime pas, c’est cette chasse à l’homme qui se laisse voir à travers ce qui a été au départ, quand même, une opération également politique menée par les néoféministes, qui ont essayé d’inculqu.., de faire comprendre qu’il y avait une sorte de présomption de culpabilité sur chaque mâle. Le harcèlement il peut être aussi chez les femmes.
– Pascal Praud : Faut arrêter ça fait un mois et demi, il n’y a pas un cas d’un homme qui s’est fait harceler.
– I. Rioufol : Mais parce qu’ils ne s’en plaignent pas !
– Laurent Joffrin : C’est comme les femmes à barbe, ça existe mais ce n’est pas la majorité.
– I. Rioufol : La promotion-canapé ça existe aussi. Arrêtons avec cet angélisme-là. Les allumeuses, ça existe aussi tout de même, faut ouvrir les yeux. »

Discussion de comptoir ? Point du tout. Simplement un plateau de CNews, animé par Pascal Praud à une heure de grand écoute pour débattre du sujet « Harcèlement, tous concernés ». [10]

– Souvenons-nous encore que, balayant d’un revers de main toutes les données sur les violences sexuelles, les « polémistes » niaient le caractère structurel du phénomène et lui ôtaient toute dimension politique. Voilà qui méritait une tribune sur le service public :

On a l’impression avec l’accumulation de temps que les témoignages réels poignants de ces femmes sont la vie de toutes les femmes. […] Nous vivons aujourd’hui sous le règne de la victime et je ne céderai pas au chantage émotionnel, parce qu’il y a des témoignages poignants… […] Mais enfin on vit où ? En Afghanistan ? On est en France et on nous dit « Quand sortirons-nous de notre nuit » ? Mais enfin… un peu d’humour ! [11]

Bavardage de salon ? Point du tout. Émission de service public « C l’hebdo » (le 11 novembre 2017) qui invite Élisabeth Lévy à venir polémiquer sur sa « une » polémique de Causeur… Misère du journalisme et desdits « débats télévisés ».

– Souvenons-nous enfin que pour Valeurs actuelles, les violences n’avaient rien à voir avec une quelconque domination masculine mais seraient la faute de courants qui prôneraient « l’immoralité ». Voilà qui justifiait, pour BFM-TV, l’invitation du rédacteur en chef le 12 octobre :

Je pense qu’on ne peut pas se contenter d’ouvrir le procès de ce producteur ou de celui du cinéma américain, d’Hollywood, ou de la société en se contentant de dire, finalement, c’est l’homme qui serait le grand coupable de tout ça. Derrière tous ces agissements, je pense qu’il y a une question sociétale et une question qui vient finalement de relativement loin, c’est quand même très largement mai 68.

Pour d’autres encore, à l’instar de Finkielkraut, le phénomène médiatique autour des violences faites aux femmes n’est qu’un énième symptôme de « l’américanisation de la société » et d’un retour au « puritanisme ». Une pensée qu’il a eu tout le loisir de développer sur le service public, dans « L’émission politique » du 19 octobre, dont une partie était consacrée à la question « Harcèlement des femmes : pour ou contre #BalanceTonPorc ? » :

La France était jusqu’à présent le pays de la mixité heureuse, c’est en train de se transformer…[Coupé] Tous les voyageurs, Hume, James au 19ème siècle ont remarqué le caractère d’aménité de la vie française du fait de la présence des femmes. Les phénomènes que vous dénoncez existent et vous avez raison de le faire mais on est en train de transformer la France en province de l’Amérique néo-puritaine. C’est cela qui se passe, l’américanisation de la France.

De celle qui explique les agressions sexuelles par « Hollywood » à celle qui explique leur dénonciation par « l’américanisation de la France », la droite extrême est plurielle. Même si elle se rejoint sur un point essentiel : la France, la vraie, est innocente.

Une parole ostracisée ? Vraiment ?

Nous avons réalisé un décompte qui, s’il n’est pas exhaustif [12] a au moins le mérite de donner une idée de l’espace qu’a occupé dans le débat médiatique le courant de pensée qui s’est appliqué au cours des derniers mois à minimiser, l’ampleur des phénomènes de harcèlement et de violences sexistes, quand il ne s’agissait pas de les nier purement et simplement.

Nous avons ainsi, du 12 octobre au 30 novembre 2017, recensé les émissions qui ont, en toute largesse et au nom du débat démocratique, tendu le micro à six de ces idéologues (et ce, uniquement évidemment, sur le sujet qui nous intéresse !) : Alain Finkielkraut, Gilles-William Goldnadel, Élisabeth Lévy, Eugénie Bastié, Éric Zemmour et Yvan Rioufol.

– 16 octobre, Gilles-William Goldnadel, « Hondelatte raconte », Europe 1 ;
– 16 octobre, Eugénie Bastié, « L’heure des pros », CNews ;
– 17 octobre, Éric Zemmour, « Village médias », Europe 1 ;
– 17 octobre, Charlotte d’Ornellas, « L’heure des pros », CNews ;
– 19 octobre, Alain Finkielkraut « L’Émission politique », France 2 ;
– 21 octobre, Élisabeth Lévy, « Salut Les Terriens », C8 ;
– 22 octobre, Gilles-William Goldnadel, « Les Terriens du dimanche », C8 ;
– 27 octobre, Élisabeth Lévy,« Le grand oral des Grandes Gueules », RMC ;
– 29 octobre, Gilles-William Goldnadel, « Les Terriens du dimanche », C8 ;
– 30 octobre, Gilles-William Goldnadel, « Les Grandes gueules », RMC ;
– 3 novembre, Eugénie Bastié, « L’heure des pros », CNews ;
– 5 novembre, Gilles-William Goldnadel, « Les Terriens du dimanche », C8 ;
– 11 novembre, Élisabeth Lévy, « C l’hebdo », France 5 ;
– 15 novembre, Alain Finkielkraut et Éric Zemmour, « Zemmour et Naulleau », Paris Première ;
– 16 novembre, Éric Zemmour, « On n’est pas forcément d’accord », RTL ;
– 16 novembre, Eugénie Bastié, « 28 Minutes », Arte ;
– 17 novembre, Ivan Rioufol, « L’heure des pros », CNews ;
– 19 novembre : Finkielkraut, « En même temps », BFM/TV ;
– 25 novembre, Alain Finkielkraut, « On n’est pas couché », France 2 ;
– 30 novembre, Élisabeth Lévy, Nice Matin.

Mais… « On ne peut plus rien dire ».

***
Une exposition médiatique considérable, écrivions-nous en introduction de cet article, qui démontre que les idées réactionnaires n’ont pas seulement le vent en poupe dans la presse qui leur est dédiée – ce qui est, somme toute, logique -, mais qu’elles bénéficient en outre d’une chambre d’écho considérable dans les médias généralistes. Difficile, dès lors, de ne pas rire (jaune) lorsque ceux qui les portent se plaignent – parfois en direct sur les plateaux – que leur parole soit ostracisée, sans visiblement se rendre compte que le fait de répéter, à longueur d’antenne, sur des médias de masse, qu’« on ne peut plus rien dire », tout en martelant ce rien que l’on ne peut plus dire, a une portée tragicomique certaine – et une vie décidemment bien longue…

Pauline Perrenot et Frédéric Lemaire

***
Annexe 1 : Les éditocrates réactionnaires en boucle

Un autre constat s’impose : connivence et copinage obligent, ces journalistes s’invitent en permanence entre eux avec, comme nous le disions, un centre névralgique : Le FigaroVox.

Ainsi, Élisabeth Lévy est interviewée par le rédacteur en chef Alexandre Deveccio le 10 janvier. Ivan Rioufol s’épanche sur le site à longueur de tribunes, notamment le 19 octobre, le 26 octobre, en plus des publications sur son blog gracieusement hébergé par Le Figaro, comme celle du 27 novembre pour le sujet qui nous concerne. De même que Gilles-William Goldnadel, dont on a pu recenser également trois tribunes à charge, le 16 octobre, le 23 octobre et le 27 novembre. Finkielkraut est à son tour interviewé le 20 novembre, une semaine avant Eugénie Bastié, le 26 novembre. Zemmour publie quant à lui pas moins de 14 articles sur la période (dont un sur le sujet qui nous intéresse…) !

L’entre-soi est à son comble dès lors qu’on observe que les mêmes éditocrates forment de manière hebdomadaire des tandems : ainsi de l’émission « L’esprit de l’escalier », où bavardent en toute camaraderie Élisabeth Lévy (présentatrice de l’émission) et Alain Finkielkraut (invité permanent) chaque semaine sur RCJ. L’occasion était trop belle pour ne pas aborder le sujet, ce qui fut fait le 22 octobre. Une émission immédiatement retranscrite en publication pour… Causeur :

Le même Finkielkraut est invité le 15 novembre dans l’émission « Zemmour et Naulleau » sur Paris Première en qualité de « grand témoin », et avec en prime, en sous-titre : « Alain Finkielkraut face aux controverses ».

C’est bien le caractère « polémique » qui justifie systématiquement l’invitation de ces porte-parole médiatiques de la droite la plus décomplexée. Un qualificatif qui se vend à défaut de dévoiler ce qu’il recouvre : l’étalage d’une rhétorique réactionnaire. Ce même mécanisme explique pourquoi Zemmour bénéficie, dans Le Figaro et sur RTL, de deux chroniques quotidiennes, respectivement intitulées « Les insolences d’Éric Zemmour » et « On n’est pas forcément d’accord ». Deux chroniques dont les violences faites aux femmes ont fait évidemment les frais, en janvier 2018 et en novembre 2017.

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Annexe 2 : Petits extraits de paroles réactionnaires

Au-delà de titres évocateurs, les articles publiés sur Causeur valent le détour. Nous livrons ici quelques extraits parmi les plus édifiants :

Le 21 décembre 2017, Diane de Bourguesdon brosse pour le mensuel, sous le titre « Balance ton porc : la chasse aux sorciers doit s’arrêter » un petit historique des relations hommes-femmes de l’antiquité à nos jours !

L’affirmation de la parfaite égalité entre l’homme et la femme par la religion chrétienne dès l’époque romaine, puis la valorisation de la courtoisie érigée en vertu chevaleresque durant le Moyen-Âge, en particulier en France, ont peu à peu lissé les aspérités de la brute nature masculine et tempéré leurs fougueuses ardeurs envers la gent féminine. [ …] L’instruction de la littérature, combinée à une éducation des garçons dans un profond respect des jeunes filles et des femmes, a permis que la tradition courtoise se perpétue au fil des générations, au bonheur des dames françaises.

La religion chrétienne si efficace, notamment dans l’organisation de son clergé, pour la promotion de l’égalité entre hommes et femmes, ne permet toutefois pas à la « journaliste » d’ignorer les violences sexistes, évidemment requalifiées sous sa plume :

Jouir de sa position de force, abuser de la situation de faiblesse ou de la candeur de quelqu’un sont assurément des comportements moralement blâmables. Mais ils font partie de la nature humaine, et ne sont en outre nullement l’apanage des hommes. Vouloir abolir ce type d’agissements à l’échelle sociétale est non seulement parfaitement illusoire, mais s’apparente à une entreprise totalitaire de moralisation de la société.

En somme, tout cela n’est pas si grave, et les quelques « abus », eu égard à la « morale » – chrétienne ? –, n’ont rien à voir avec une quelconque forme de domination sociale, puisqu’il s’agit d’un phénomène « naturel ». Moralisation et dépolitisation : un redoutable couple qui invalide a priori toute possibilité d’action… Car qui critiquerait la « nature humaine » hormis des totalitaristes aveuglés ?

Autre article de Causeur, celui de l’universitaire Ingrid Riocreux paru le 18 octobre. Tout, ou presque, est dans le titre : « Les Weinstein, certaines femmes s’en accommodent très bien » (sic). Extrait :

Pour beaucoup de femmes, un homme dominé par ses pulsions est un être faible. […] On les croirait victimes, on les croirait soumises. À la vérité, elles n’iront jamais se plaindre d’un individu qu’elles estiment facile à manœuvrer et qu’elles méprisent profondément.

Des victimes coupables, et des coupables victimes : formidable retournement ! Car si l’argument selon lequel « tous les hommes ne sont pas agresseurs » a été maintes fois employé (voir notre précédent article), il fallait faire preuve d’une imagination et d’une audace à toute épreuve, ainsi que d’un talent certain dans la pratique de la dialectique de l’extrême, pour expliquer que même les agresseurs sont, en fait, des dominés. Et les agressées, des dominantes ? Et ce n’est pas fini :

Cela s’apprend très tôt : c’est la jolie lycéenne qui vient au début du cours, en minaudant, le chemisier ouvert, expliquer au professeur que « monsieur, je suis vraiment désolée mais je n’ai pas eu le temps de faire ma dissertation, est-ce que je peux vous la rendre la semaine prochaine ? ». C’est sa camarade, qui se demande pourquoi elle irait débourser 1000 euros pour avoir le nouvel iPhone alors que tel mec de terminale, qui l’a chouré on ne sait où, le lui cède en échange d’une fellation. S’il y a des Harvey Weinstein, si « personne n’a rien dit », c’est aussi parce qu’il y a des femmes qui s’en accommodent très bien.

Nous apprécierons la rigueur académique consistant à tirer des vérités universelles à partir d’anecdotes… vues ? entendues ? imaginées ? Nul ne le sait, car les « polémistes » n’ont que faire des enquêtes.


L’État fait encore un petit pas dans l’affaire Audin


A l’occasion, le 12 janvier, d’une réunion d’hommage au mathématicien Gérard Tronel, fondateur de l’Association Maurice Audin récemment décédé, Cédric Villani est intervenu sur l’affaire Audin. Il a dit qu’après en avoir parlé avec le président de la République, Emmanuel Macron, il pouvait déclarer que : « Maurice Audin a été exécuté par l’Armée française ». C’est un petit pas de plus de la part de l’Etat français vers l’aveu de la vérité… accompagné de beaucoup d’hypocrisie et de lâcheté.

Un bel hommage a été organisé, vendredi 12 janvier 2017, dans un auditorium du campus universitaire Jussieu à Paris, au mathématicien Gérard Tronel, qui a relancé en 2005 le Prix Audin de mathématiques et animé jusqu’à son décès l’Association Maurice Audin. A cette occasion, le président de Sorbonne Université, Jean Chambaz, a réaffirmé la volonté de l’université française de voir reconnaître par l’Etat la vérité sur la mise à mort du jeune universitaire, âgé de 25 ans, enlevé le 11 juin 1957 par des militaires français, qui était sur le point de soutenir sa thèse de mathématiques. L’engagement de l’avocat de la famille Audin, Roland Rappaport, lui aussi mort récemment, à demander à l’Etat la reconnaissance de la vérité, a été rappelé par l’une de ses collaboratrices.

Une table ronde a porté sur « Le prix Maurice Audin et l’affaire Audin ». Présidée par Cédric Villani, Université Claude Bernard-Lyon et député de l’Essonne, elle a rassemblé Mohamed Amara, président de l’Université de Pau et des pays de l’Amour, Jean-Pierre Raoult, de l’Association Maurice Audin et du Mrap, et Emmanuel Treillat, Sorbonne Université et lauréat du Prix Maurice Audin 2010. Josette Audin était présente ainsi que Pierre et Michèle Audin, enfants du disparu. Pierre Audin, qui a longtemps travaillé au Palais de la Découverte, est lui-même intervenu sur « Gérard Tronel et la vulgarisation des mathématiques pour le grand public ». On notait la présence dans la salle de l’historienne Marianne Debouzy, l’une des secrétaire du Comité Maurice Audin présidé, de 1957 à 1965, par Pierre Vidal-Naquet.

Cela a été l’occasion pour Cédric Villani de dire qu’après s’en être entretenu avec le président de la République, Emmanuel Macron, il pouvait s’en faire le porte-parole pour déclarer que « Maurice Audin a été exécuté par l’Armée française ». Il n’a mentionné aucun témoignage ni document à l’appui de cette déclaration « autorisée », il a même affirmé qu’il n’existait pas de trace de cette « exécution par l’Armée française » dans les archives, soit qu’il n’en ait jamais existé, soit que des pièces d’archives aient disparues. Tout en ajoutant que c’était aux historiens de travailler pour en savoir davantage.

Un tout petit pas de plus

C’est un tout petit pas, car aucune déclaration présidentielle n’a été lue, aucun message, aucun communiqué n’a été rendu public par l’Elysée. Mais c’est quand même un petit pas de plus de la part de l’Etat français vers l’aveu de la vérité. Car les mots « Maurice Audin a été exécuté par l’Armée française » n’ont jamais été prononcés auparavant par un représentant, officiel ou officieux, de l’Etat. Et le mot « exécuté » a un sens précis, qui renvoie non seulement à une intention meurtrière délibérée, mais à une décision, qu’elle soit judiciaire ou extrajudiciaire ; dans ce cas, en l’absence de toute procédure judiciaire et de tout procès, il désigne clairement une décision d’assassinat extrajudiciaire. Et l’auteur de cet assassinat est désigné comme n’étant pas « un militaire français » ou « des militaires français », qui auraient pu désobéir, outrepasser des ordres ou agir, volontairement ou par maladresse, en l’absence d’un ordre reçu, mais comme étant bien « l’Armée française ». Il s’agit donc d’un meurtre, et ce meurtre relève d’un ordre de la hiérarchie de l’Armée. Une armée dont le chef d’état-major en Algérie était alors le général Raoul Salan et le commandant dans la région d’Alger, le général Jacques Massu, chef de la 10e division parachutiste. Il est clair que, si un tel ordre d’exécution a été alors donné par l’Armée, c’est-à-dire les généraux Salan et Massu, il a été forcément partagé par le ministre résidant d’alors, Robert Lacoste, qui partageait totalement avec eux la conduite de la « bataille d’Alger ».

Rappelons que, le 17 juin 2014, en recevant à l’Elysée Josette et Pierre Audin et en rendant public le lendemain un message à l’occasion de la remise du Prix Maurice Audin de mathématiques [1], le Président de la République François Hollande avait contredit ses déclarations de l’année précédente selon laquelle les archives ne permettaient pas de savoir le sort de Maurice Audin. Il a déclaré dans son message que « les documents et les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sont suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque. M. Audin ne s’est pas évadé, il est mort durant sa détention ». Il avait donc mis fin en juin 2014, en parlant d’une « mort durant sa détention », à la version qui a été la thèse mensongère officielle de l’Etat pendant 57 ans, celle de l’évasion. Cela contredisait ses déclarations faites un an plus tôt, tout en ne disant rien des causes de la mort de Maurice Audin alors qu’il était détenu par les parachutistes. François Hollande disait dans son message de juin 2014 qu’il avait ordonné « que soient engagées des recherches sans précédent dans les archives du ministère de la Défense, afin de découvrir si des documents officiels permettaient d’éclairer de façon définitive les conditions de la disparition de M. Audin en juin 1957. Ces recherches n’ont pas permis de lever les incertitudes qui continuent d’entourer les circonstances précises de la mort de M. Audin, que la justice n’a plus les moyens d’éclairer. C’est aux historiens qu’il appartient désormais de les préciser ». C’est ce que répète la présente déclaration de Cédric Villani, porte-parole officieux d’Emmanuel Macron, puisque, tout en indiquant qu’Audin a été assassiné sur un ordre de l’Armée, il reprend cette affirmation de François Hollande concernant l’absence d’archives.

Ni document, ni témoignage à l’appui

Pourtant, ces dernières années, des archives ont été découvertes, des témoignages importants ont été publiés. En mars 2012, une journaliste du Nouvel Observateur, Nathalie Funès, a révélé que le colonel Yves Godard a écrit dans des carnets déposés à l’Université de Stanford (Californie) qu’Audin a été tué, sur ordre, par le sous-lieutenant du 6e RPC Gérard Garcet — qui était au début de 1957 l’officier d’ordonnance du général Massu http://ldh-toulon.net/Maurice-Audin-serait-bien-mort-aux.html. Peu avant sa mort le 3 décembre 2013, le général Paul Aussaresses, commandant, à l’époque, au 1er RCP et chargé notamment par le général Massu des exécutions extrajudiciaires, a confié au journaliste Jean-Charles Deniau — qui l’a rapporté dans son livre La vérité sur la mort de Maurice Audin, paru en janvier 2014 aux éditions Equateurs — que l’ordre de tuer Audin était venu du général Massu et que le sous-lieutenant Gérard Garcet est bien celui qui l’avait mis en œuvre. Autre indice, le général Maurice Schmitt présent à Alger à partir du 4 septembre 1957 comme commandant du 3e RCP et proche de Massu, dans son livre Alger-été 1957. Une victoire sur le terrorisme, paru en 2002, nomme Maurice Audin, dans la phrase suivante : « Il est clair que Boumendjel, Maurice Audin et Larbi Ben M’Hidi auraient dû être traduits devant un tribunal ». Or, comme on sait avec certitude qu’Ali Boumendjel et Larbi Ben M’Hidi ont été assassinés sommairement sur ordre, sa phrase reconnaît qu’Audin a été, lui aussi, l’objet d’une décision de mise à mort extrajudiciaire.

Comme François Hollande, Emmanuel Macron laisse apparaître un petit bout de la vérité. Mais ni l’un ni l’autre ne veulent dire sur quels témoignages et documents ils fondent leurs affirmations, en disant qu’il y en a de « nombreux et concordants » mais en n’en montrant aucun (François Hollande), ou en disant qu’il n’y n’a aucune archives (Emmanuel Macron, via Cédric Villani). Que penserait-on d’une autorité judiciaire qui affirmerait l’existence d’un crime avec préméditation tout en ne rendant public aucun témoignage ni document à l’appui de cette conclusion. Cette affirmation peu crédible concernant l’absence d’archives, il faut probablement la comprendre comme : « Il n’est pas encore temps de faire état des documents et témoignages qui fondent nos affirmations sur le fait que Maurice Audin « a été exécuté par l’Armée ». Attendons que tous les exécutants et responsables de cet assassinat soient morts. Gérard Garcet vient de mourir, mais tous les responsables ou complices — militaires ou politiques — de ce crime décidé par le commandement de l’armée française en Algérie et le ministre résidant, et endossé par l’Etat, donc de ce crime d’Etat, n’ont pas encore disparu. En attendant, Mesdames, Messieurs, comprenez que nous continuions à mentir… ».

Notons aussi que Cédric Villani a mentionné à deux reprises, le 12 janvier, le nom de François Nadiras en rendant aussi hommage à son engagement dans le combat pour la vérité dans l’affaire Audin. Ceux qui poursuivent le site qu’il avait fondé n’hésiteront pas à continuer à dénoncer, comme il l’a fait, les hypocrisies, les contradictions et les lâchetés de nos gouvernants.

Et ils n’oublieront jamais que Maurice Audin n’a été qu’un parmi des milliers d’Algériens colonisés restés inconnus. La reconnaissance officielle par l’État français de toute la vérité sur l’affaire Audin peut être une étape essentielle dans un combat plus important encore : celui pour la reconnaissance officielle des responsabilités de l’armée française dans des milliers d’autres disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires survenues pendant la guerre d’indépendance algérienne, victimes restées inconnues parce qu’il s’agissait d’« indigènes » et dont les familles, comme celle d’Audin, sont toujours aujourd’hui en attente d’informations sur le sort de leurs proches disparus et sur les responsables de ces disparitions.

Gilles Manceron.


NDDL : la gendarmerie se prépare à une opération d’ampleur

lemonde.fr

Par Julia Pascual

Trente à quarante escadrons de gendarmerie mobile pourraient être mobilisés pour ce qui s’annonce comme l’une des opérations les plus délicates de son histoire en métropole.

A la veille d’une décision du gouvernement sur l’avenir du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes – et de la possible évacuation de la zone –, la gendarmerie nationale se prépare à l’une des opérations de maintien de l’ordre les plus délicates de son histoire sur le sol métropolitain.

Les difficultés qu’anticipent les militaires relèvent de plusieurs facteurs. D’ordre tactique, elles tiennent notamment à la configuration de la ZAD (« zone à défendre »). Ses occupants sont disséminés sur un espace rural étendu et accidenté, fait de champs, de bosquets, de bois et de sentiers boueux, et en partie aménagé. Les forces de l’ordre ne peuvent donc pas jouer sur un effet de surprise et sont contraintes à une progression lente – accentuée par la lourdeur de leurs équipements – et, par conséquent, plus exposée.

« Les opérations de maintien de l’ordre en milieu rural sont complexes parce que, à la différence d’un environnement urbain très encagé, l’adversaire est mobile, dispersé, et il peut avoir préparé le terrain », ajoute le général à la retraite Bertrand Cavallier, ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne). L’évacuation de la zone devrait se faire par une progression à pied, mais la gendarmerie n’exclut pas de mobiliser ses véhicules blindés – d’ordinaire employés pour des opérations de maintien de l’ordre outre-mer –, et de solliciter des moyens du génie de l’armée de terre pour détruire des obstacles tels que des barricades, déloger des opposants de leurs cabanes perchées ou rétablir la viabilité de certains axes.

Des opposants hétérogènes et déterminés

L’hétérogénéité des opposants à l’évacuation de la ZAD, mêlant écologistes, black blocs, familles, riverains ou encore agriculteurs, est une complexité supplémentaire. Actuellement, plus de 300 personnes seraient présentes sur place mais, selon la décision prise par le gouvernement, des centaines voire des milliers d’opposants peuvent vouloir les rejoindre. A l’automne 2012, après l’échec de l’opération « César » – une tentative d’expulsion massive de plusieurs semaines –, des milliers de personnes s’étaient réunies sur place (40 000, selon les organisateurs) pour une manifestation de « reconquête ».

La détermination de certains à résister, y compris de façon violente, à leur délogement, est aussi un élément pris en compte par les gendarmes. « L’affrontement sera, à mon sens, inévitable », avance Frédéric Le Louette, président de l’association professionnelle GendXXI. Il se déroulera dans un contexte de « pression médiatique accrue », poursuit-il : « La gendarmerie devra être irréprochable, tout en subissant des gens qui n’ont rien à perdre. » La confrontation sur le terrain sera doublée d’une guerre des images. « La communication est un aspect très important », concède le haut gradé de la gendarmerie.

La mort de Rémi Fraisse, tué par l’explosion d’une grenade offensive sur la ZAD de Sivens (Tarn) en 2014, est présente dans les esprits. Si l’usage des grenades offensives a depuis été interdit, les militaires disposent d’un panel d’armes de force dite « intermédiaire », à l’image des grenades de désencerclement ou lacrymogènes ainsi que des lanceurs de balle de défense. « Il y aura des blessés des deux côtés, voire des morts », prévient un dirigeant de la gendarmerie. « C’est une opération compliquée, mais on n’est pas à la veille de la bataille de Verdun », tient toutefois à tempérer un autre haut gradé.

Trente à quarante escadrons mobilisés

D’après plusieurs sources, entre trente et quarante escadrons de gendarmerie mobile pourraient être mobilisés en cas d’évacuation de la ZAD, soit environ 2 500 militaires, pendant deux à trois semaines au moins. L’hypothèse d’une évacuation de la ZAD pour construire l’aéroport requerrait, en outre, des effectifs dans le temps, puisqu’une partie d’entre eux devrait continuer d’occuper le terrain pour s’assurer qu’il n’est pas réinvesti et que les travaux puissent être conduits.

Pendant l’évacuation, il faudra enfin mobiliser des unités de forces mobiles, gendarmes ou compagnies républicaines de sécurité (CRS), sur les axes routiers conduisant à la ZAD, mais aussi à Nantes et à Rennes, où des manifestations pourraient avoir lieu, ainsi qu’à d’autres endroits où sont envisagées des manifestations et des actions pouvant viser, par exemple, des équipements de Vinci, l’entreprise concessionnaire de l’aéroport.

Si le projet d’aéroport est abandonné, deux scénarios sont envisagés : le gouvernement peut décider d’évacuer la ZAD, ou envisager de permettre à certains occupants de rester sur place. Cette dernière possibilité aurait l’avantage de désamorcer toute une partie de l’opposition, notamment celle des agriculteurs, qui ont déjà manifesté avec 150 tracteurs, en 2016, pour protéger notamment les exploitations agricoles.


Le Défenseur des droits recommande le retrait de la circulaire sur l’hébergement d’urgence


Pour Jacques Toubon, la circulaire Collomb se heurte « aux principes fondateurs de l’hébergement d’urgence » avec le « traitement différencié ».

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Maryline Baumard

A l’issue d’une analyse approfondie, le Défenseur des droits Jacques Toubon recommande au premier ministre Edouard Philippe de retirer la circulaire sur l’hébergement d’urgence, dans une décision rendue vendredi 19 janvier. Cette « circulaire relative à l’examen des situations administratives dans l’hébergement d’urgence », rebaptisée « circulaire Collomb », suscite un profond malaise dans le monde associatif, et au-delà, depuis sa publication le 12 décembre 2017.

La circulaire en question veut réorienter les personnes hébergées selon leur situation administrative, et faire sortir de ce dispositif les personnes étrangères en situation irrégulière à l’issue d’une évaluation effectuée par une équipe mobile de représentants de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et de la préfecture. L’objectif est à la fois de désengorger le parc d’hébergements en extrayant les sans-papiers et de voir le statut de chacun clarifié.

Lire :   En France, une politique migratoire d’une dureté sans précédent

« Un élément d’une politique d’ensemble »

Face à des associations très hostiles à la mise en œuvre de ce texte, Emmanuel Macron est monté au créneau pour le défendre, mardi 16 janvier à Calais.

Si Jacques Toubon avait lui-même saisi le ministre de l’intérieur Gérard Collomb d’une demande d’explication dès le 13 décembre 2017, il a ensuite été sollicité par une série d’associations sur ce texte qu’elles estimaient contraire au principe de l’hébergement inconditionnel : la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), accompagnés de 26 associations, SOS Racisme et le maire de la commune de Grande-Synthe (Nord).

Lire aussi :   Contrôle des migrants : les associations entrent en « résistance passive »

Sans réponse à sa lettre du 13 décembre, M. Toubon a relancé la Place Beauvau le 22 décembre avant de finalement recevoir une réponse du premier ministre Edouard Philippe lui signifiant que ce texte constituait « un élément d’une politique d’ensemble conduite par le gouvernement ».

M. Toubon, qui a analysé la circulaire en profondeur, observe, lui, qu’elle « se heurte aux principes fondateurs de l’hébergement d’urgence » en organisant « un traitement différencié » de ses résidents en fonction de leur situation administrative.

« Contraire aux règles de confidentialité »

Le Défenseur des droits relève plusieurs points à ses yeux problématiques. Ainsi, si le texte du ministère de l’intérieur pose que l’accueil en centre d’hébergement reste « inconditionnel », il ajoute qu’il peut être « différencié » et doit se concilier avec les obligations légales qui incombent aux personnes étrangères en situation irrégulière sur le territoire français. Deux points qui cassent de fait cette inconditionnalité de principe.

En second lieu, le Défenseur doute de la pertinence de la mise en place d’un suivi de l’OFII dans un parc d’hébergement de droit commun qui accueille des personnes en situation de détresse, quelles que soient leur nationalité et leur situation au regard du séjour, et relève du code de la famille. Ce qui signifie en creux que le Défenseur ne s’oppose en rien à une évaluation des situations des migrants, mais pas dans ces lieux de répit.

Par ailleurs, et c’est le dernier point relevé par le Défenseur, l’intervention des agents de l’OFII au sein de ces structures est envisagée sans cadre légal, estime M. Toubon, et « paraît contraire aux règles de confidentialité qui s’imposent ».

Une autre procédure a été intentée en parallèle par les associations auprès du Conseil d’Etat. L’avocat qui la porte, Me Patrice Spinosi, fait une analyse voisine de celle de Jacques Toubon. Il a d’ailleurs déposé un recours sur le fait que les agents de l’OFII ne sont pas habilités à intervenir dans les centres d’hébergement. L’audience aura lieu le 16 février.


Les droits fondamentaux des migrant.e.s doivent être respectés :

fsu.fr

Fédération Syndicale Unitaire


Le gouvernement prépare un projet de loi « asile-immigration ». La FSU est vigilante sur les dispositions que contiendra ce texte de loi et interviendra notamment pour qu’il ne contienne aucune mesure discriminatoire. Comme nombre d’associations et d’organisations, la FSU est porteuse de propositions pour assurer avec respect et dignité l’accueil des migrants et pour, avec eux, leur permettre de se construire un avenir dans notre pays. Si a priori le texte contient quelques mesures en faveur de la protection des personnes, l’esprit général est celui d’une conception suspicieuse de l’accueil.

La FSU interpelle le gouvernement sur les dispositions contenues dans la circulaire du ministère de l’Intérieur « relative au relogement des personnes bénéficiaires d’une protection internationale » publiée le 12 décembre dernier. En effet, ce texte prévoit un recensement des migrant.e.s dans les centres d’hébergement d’urgence, ce qui remet en question la protection et l’accueil inconditionnels de toute personne en besoin d’aide et d’accompagnement.

Pour la FSU, les centres d’hébergement d’urgence et de soins doivent rester des lieux de protection où toute personne ne peut être ni menacée, ni contrôlée.

De plus, par la mise en œuvre de contrôles préfectoraux au sein des centres d’hébergement avec l’objectif de procéder à des tris administratifs en vue d’expulsions, cette circulaire contrevient à l’article L345.2.2 du Code de l’action sociale et des familles qui stipule notamment que « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence » permettant « ..dans des conditions d’accueil conformes à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations…. » et « …de lui apporter l’aide justifiée par son état ».

C’est pourquoi la FSU juge cette circulaire inacceptable. Elle soutient les associations humanitaires et les organisations, qui, comme elle, en demandent le retrait.