Le premier restaurant scolaire certifié « bio » est à Marsaneix en Dordogne..

http://maplanete.blogs.sudouest.fr/archive/2013/10/23/le-premier-restaurant-scolaire-certifie-bio-est-en-aquitaine.html

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CHRISTIANE TAUBIRA VICTIME D’UN RACISME PUR ET DUR.

Libération 30/10/2013

L’historien Pascal Blanchard revient sur les attaques dont la ministre est victime.

Des cris de singe, des bananes brandies, des dessins de guenon. «Je n’ai rien à dire à des personnes qui profèrent de telles paroles, qui sont je le rappelle, un délit.» Hier encore, interpellée sur les insultes racistes qu’elle essuie régulièrement, Christiane Taubira a rappelé sa ligne : ne pas surréagir sur les attaques à sa personne, mais s’inquiéter des paroles racistes proférées avec une impunité de plus en plus grande. Pascal Blanchard est historien, il a notamment codirigé la France noire en 2011 et la France arabo-orientale, qui vient de sortir aux Editions La Découverte.

C. Taubira est la cible d’insultes racistes de plus en plus brutales. Pourquoi ?

L’erreur serait de penser que cette brutalité n’existait pas avant. En réalité ce qui était invisible est rendu visible, un interdit a sauté. Des mots qui étaient il y a peu de l’ordre du scandale ou de l’interdit surgissent sur la scène publique : lors de manifestations ou dans les reportages télévisés. Ce qu’on entendait jusqu’alors dans les stades de foot – des cris de singe à l’entrée des joueurs sur le terrain, des phrases comme «il y a trop de Noirs dans l’équipe de France» – est dit désormais tout à fait ouvertement contre une ministre.

Pourquoi ces personnes qui profèrent des injures racistes osent-elles ?

Elles ont l’impression que leur opinion est devenue la norme. Que la majorité des Français les soutiennent. Des intellectuels tiennent des propos islamophobes, des magazines font des unes du même acabit, pourquoi le citoyen lambda n’aurait pas le droit lui aussi de tenir de tels propos ? Les barrages ont sauté les uns après les autres depuis dix/quinze ans. Ceux qui profèrent des propos racistes à l’encontre de Christiane Taubira lui reprochent d’être illégitime à son poste, non pas pour des questions de compétence, mais au nom de sa «race», qui serait inférieure et ne pourrait participer à la société politique. C’est un racisme pur et dur, un racisme de peau, qui fait penser à l’Amérique des années 30 ou à la France coloniale. Pour les racistes, Christiane Taubira est devenue l’ennemie. Ça n’est malheureusement pas fini, elle va focaliser désormais cette violence.

Pourquoi ça va continuer ?

Elle cumule quatre points de fixation forts et indélébiles. C’est une femme : elle ne serait pas légitime à son poste. Elle vient de l’outre-mer : depuis quand ceux-là viennent dire à la métropole ce qu’elle doit faire ? Elle est noire : et elle ose représenter la Justice ? Enfin, elle a porté deux textes emblématiques : le premier, lorsqu’elle était députée, sur la mémoire de l’esclavage, symbole de la repentance pour les racistes et les néocolonialistes, le second sur le mariage pour tous. Elle est la démonstration parfaite – en tout cas c’est celle que faisaient Charles Maurras ou Maurice Barrès au début du XXe siècle – que si une personne noire entre dans le système, elle le détruit de l’intérieur. C’est bien pourquoi au temps des colonies, le système refuse le droit de vote aux colonisés. Ajoutons qu’elle a de l’argumentaire et de la conviction politique, qu’elle n’a besoin de personne pour se défendre : l’abattre politiquement, c’est abattre tous ceux qui voudraient suivre son exemple. C’est tuer un symbole.

Pensez-vous que la réaction politique, associative ou médiatique a été à la hauteur de la violence des attaques ?

Non. Il y a tant d’attaques en ce moment, qu’il faudrait passer son temps à y répondre… Les intellectuels, les hommes politiques ou les médias, n’arrivent plus à mobiliser. A une époque d’angoisse identitaire, de crise et de doutes face à notre politique migratoire, le premier réflexe est désormais souvent : «Ah non on ne va pas encore parler de ça…» Encore une fois, ce n’est pas parce que la loi Gayssot a interdit l’expression d’opinions racistes qu’elles n’existaient plus. L’interdit sur ces mots-là est levé moralement aujourd’hui, ces cris de singe et ces bananes sont devenus un langage, des codes qui sont parfaitement compris dans l’espace public, et les élites ne savent plus comment y répondre. Il va falloir éduquer et agir autrement et décoloniser ces imaginaires qui irriguent encore la société française.

Recueilli par SONYA FAURE


Le sursaut ou la catastrophe

 

Mediapart.fr

29 octobre 2013
|Par Laurent Mauduit

 

Depuis quelques mois, la grogne et même l’exaspération prennent de l’ampleur dans les rangs des élus socialistes. Il n’y a pas encore de ténor, à la manière d’un Marceau Pivert en 1937, qui menace de claquer la porte mais une interpellation se fait de plus en plus forte : pour conjurer la catastrophe qui vient, il faut un sursaut.

Dans les périodes les plus tumultueuses de son histoire, quand elle n’a pas assumé ses responsabilités ou, pis que cela, quand elle a trahi ses engagements, la gauche a, envers et contre tout, toujours vu dans ses rangs des hommes se dresser et sauver son honneur. Des militants courageux qui ont su, à temps, sonner l’alarme contre les démissions ou les dérives du moment et proposer au pays une autre voie. Des hommes courageux comme Marceau Pivert qui s’insurge dès 1937 contre les démissions du Front populaire et dénonce les concessions faites au « Mur de l’argent » ou l’abandon des républicains espagnols à leur sort tragique. Ou alors comme l’ancien ministre socialiste de l’intérieur, Édouard Depreux qui, dénonçant avec d’autres l’aventure coloniale à laquelle le gouvernement de Guy Mollet prête la main, et la torture en Algérie, rompt avec la SFIO et crée en 1958 le Parti socialiste autonome (PSA), lequel fusionne peu après, en 1960, avec deux autres petites formations, Tribune du communisme et de l’Union de la gauche socialiste (UGS), pour donner naissance au Parti socialiste unifié (PSU).

Comme par contraste, c’est sans doute ce qu’il y a eu de plus déprimant dans les premiers mois du quinquennat de François Hollande : si le nouveau président de la République a tout de suite renié l’essentiel de ses promesses un tantinet ancrées à gauche et conduit une politique économique et sociale orientée à droite, presque sans aucun changement par rapport aux années sarkozystes ; s’il a conforté le ministre de l’intérieur Manuel Valls dans ses campagnes de stigmatisation xénophobe, comme s’il n’y avait pas eu d’alternance, il ne s’est trouvé, pendant de longs mois, personne – ou presque personne – dans les rangs mêmes du Parti socialiste pour dénoncer cette course folle vers l’abîme. Personne pour sonner l’alarme et prévenir qu’à ce rythme-là, avec une gauche qui copie les pires travers d’une droite qui elle-même est devenue poreuse aux idées du Front national, une « brunisation » du pays menace, lourde de terribles dangers.

La lucidité commande d’en faire le constat : longtemps, il n’y a pas eu de grandes voix s’élevant, dans les rangs mêmes du Parti socialiste, pour sonner le tocsin. Et le débat, à gauche, est resté comme pétrifié tout au long de cette année 2012-2013, avec d’un côté des hiérarques socialistes confortant les dérives les plus droitières du pays au point de les alimenter eux-mêmes, et des dirigeants de la gauche de la gauche, trop souvent claquemurés dans des postures de dénonciation ou d’invective, sinon même d’injure, la mollesse ou les compromissions des uns confortant trop souvent le sectarisme des autres. Il ne s’est trouvé aucune grande voix pour annoncer la catastrophe qui vient, et inviter la gauche au débat et au sursaut : la gauche, toute la gauche, dans toutes ses composantes. Il ne s’est trouvé presque personne pour jeter des ponts, pour enrayer cette folle aventure dont l’extrême droite risque d’être la seule gagnante, pour inviter au rassemblement.

Dans ce sombre tableau, il y a pourtant une touche nouvelle. Depuis quelques mois, seulement. Une petite lueur d’espoir ! Enfin, dans les rangs socialistes, les choses commencent à bouger. Dans ce parti qui a largement été déserté par les foules militantes et qui ne regroupe pour l’essentiel que des élus nationaux, régionaux ou locaux, quelques voix commencent à s’élever pour dénoncer la course folle à la catastrophe engagée par François Hollande.

On observera, certes, que les élus socialistes qui ont commencé à faire part de leur mauvaise humeur, de leur inquiétude ou de leur désaccord, ne l’ont fait, pour l’heure, qu’avec d’infinies précautions. Sachant que le Parti socialiste est une formation en réalité assez peu démocratique où tout élu qui fait entendre une voix dissonante prend le risque de ne pas être investi lors du prochain scrutin, et où les ravages du présidentialisme interdisent tout débat collectif honnête, les désaccords ne se sont pour l’instant exprimés que de manière ponctuelle. Un jour sur le projet de flexibilité du travail, le lendemain sur la CSG progressive, le surlendemain sur la réforme des retraites. Et il n’y a guère eu que le député des Français de l’étranger (pour l’Afrique du Nord), le socialiste Pouria Amirshahi, pour oser faire la synthèse de tous ces désaccords, et dire avec beaucoup de clarté – et tout autant de courage – dans un entretien à Mediapart ce qui traverse l’esprit de beaucoup d’élus socialistes : « Hollande doit changer de chemin. »

Par contraste avec ce qui se passe par exemple sous le Front populaire, on ne peut certes s’empêcher de penser que le Parti socialiste est encore en bien plus piteux état aujourd’hui qu’hier. Car, à l’époque, c’est effectivement l’une des très grandes voix du parti, celle de Marceau Pivert, qui se fait entendre. Et le vieux militant dit les choses de manière tranchée.

Marceau PivertMarceau Pivert© Bibliothèque nationale de France

Que l’on se souvienne des premiers mois de cette sombre année 1937. Pour la gauche, c’est la triste chronique d’une défaite annoncée. La chronique douloureuse d’abord du gouvernement de Front populaire qui propose aux puissances européennes un pacte de non-intervention en Espagne, qui fait, volontairement ou non, le jeu des franquistes contre les républicains – pacte au demeurant qui est tout aussitôt violé par l’Allemagne de Hitler et l’Italie de Mussolini. Et puis la chronique pathétique, au plan intérieur, d’un gouvernement de Front populaire qui, de reculades en concessions, finit par proposer une « pause sociale » – c’est Léon Blum qui le suggère dans une allocution radiodiffusée le 13 février 1937.  Ce qui déchaîne les critiques de la droite, qui exploite au mieux l’extrême fragilité de la coalition de Front populaire. Et ce qui indigne Marceau Pivert qui, quelques jours plus tard, le 1er mars, démissionne de ses responsabilités gouvernementales et rompt avec Léon Blum, en lui envoyant une lettre dont les termes prennent, eux aussi, avec le recul une forte résonance : « Non, je ne serai pas un complice silencieux et prudent. Non, je n’accepte pas de capituler devant le capitalisme et les banques. Non, je ne consens ni à la paix sociale, ni à l’union sacrée. Et je continuerai à le dire, quoi qu’il puisse m’en coûter. »

 

Au moins les choses commencent-elles à bouger

Dès lors, l’histoire est écrite : lentement, inexorablement, le Front populaire fait naufrage. Dès le 21 juin 1937, le gouvernement de Léon Blum démissionne, cède la place à celui du radical Camille Chautemps (1885-1963), puis se reforme le 13 mars 1938 avant d’être balayé moins de deux mois plus tard.

Sinistre histoire dont on connaître l’épilogue : ce sera une chambre de Front populaire – malgré le votre contre de quatre-vingts courageux parlementaires, pour l’essentiel issus de la gauche – qui finira par voter les pleins pouvoirs à Pétain et accepter cette « étrange défaite » si vigoureusement dénoncée par l’historien et résistant Marc Bloch. Sinistre histoire, oui, mais au moins y aura-t-il eu à cette époque quelques grandes voix pour se dresser contre ce terrible suicide de la gauche qui finit par aboutir au renversement de la République et à l’instauration du régime de Vichy.

Alors, comme par contraste, dans un contexte où les frontières entre la droite et l’extrême droite deviennent de plus en plus poreuses, et où l’Élysée encourage le ministre Manuel Valls à mener des campagnes xénophobes assez peu différentes de celles conduites peu avant par Brice Hortefeux ou Claude Guéant ; dans un contexte où la droite extrême devient le cœur du débat public et où une bonne partie des grands médias font de Marine Le Pen le personnage central de la vie publique hexagonale, on aurait pu souhaiter un sursaut plus spectaculaire. On aurait pu attendre de l’intérieur même du Parti socialiste une défense plus vigoureuse des principes républicains.

Mais sans doute ne faut-il pas faire la fine bouche. Au moins les choses commencent-elles à bouger. Pour en prendre la mesure, il suffit de se replonger dans les très nombreux reportages ou enquêtes que les journalistes de Mediapart ont consacrés à la grogne croissante des élus socialistes. Pour mémoire, citons les plus récents : À l’Assemblée, la fronde déborde de l’aile gauche du PS ; Les dirigeants du PS écopent pour éviter que le navire coule ; Réforme des retraites : le fiasco d’une majorité alternative à gauche

Au cours des derniers mois, les désaccords sont donc devenus de plus en plus fréquents et les députés socialistes, et pas seulement ceux de l’aile gauche, ont été de plus en plus nombreux à exprimer leur exaspération. On l’a constaté d’abord de manière moléculaire lors de l’adoption du projet de loi dit de sécurisation de l’emploi – mais qui, en fait, a torpillé des pans entiers du code du travail et notamment du droit du licenciement – puisque six députés socialistes ont voté contre et 35 se sont abstenus.

On l’a constaté encore lors de l’adoption d’une réforme des retraites qui accable le travail et protège le capital (lire ici notre « parti pris » sur cette réforme) : 17 députés de l’aile gauche du PS, dont Pouria Amirshahi, Fanélie Carrey-Conte, Pascal Cherki ou Jérôme Guedj se sont abstenus, à l’instar de 16 députés d’Europe Écologie-Les Verts.

On l’a également constaté lors du débat préparatoire à l’adoption du projet de loi de finances pour 2014. Car dans le cas présent, par crainte de possibles sanctions, aucune voix socialiste n’a certes manqué lors du vote pour ratifier ce budget très conservateur. Mais dans les semaines précédentes, la mauvaise humeur des parlementaires socialistes s’est tout de même clairement manifestée – et on a pu vérifier qu’elle débordait très largement la seule aile gauche du parti – puisque 75 députés ont profité de la controverse fiscale pour réclamer la mise en œuvre d’une Contribution sociale généralisée (CSG) progressive.

Cette proposition en forme de manifeste, que l’on peut consulter ici, est évidemment tout sauf anecdotique. Car François Hollande s’était clairement engagé avant l’élection présidentielle en faveur d’une « révolution fiscale », en vue de refonder un impôt citoyen et progressif. Et, au terme de la proposition 14 de sa plate-forme (on peut la consulter ici), il était prévu que cette révolution devait prendre la forme d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG.

Or, on sait que, pour finir, le gouvernement a renié totalement ses engagements. Remisant aux oubliettes la « révolution fiscale » promise, il a fait l’exact contraire en relevant la TVA, l’impôt le plus injuste, que la gauche n’a cessé de longue date de dénoncer. Dans la proclamation de 75 députés en faveur d’une CSG progressive, il y avait donc une forme salubre de protestation. Plus que cela ! Une forme à peine cachée d’indignation face à un François Hollande qui n’a eu de cesse que de piétiner ses promesses.

On peut lire à ce sujet les billets intéressants publiés sur son blog (ils peuvent être consultés ici) par le député socialiste Jérôme Guedj qui est l’un de ceux à s’être prononcés en faveur de cette CSG progressive, mais qui a aussi cherché à ce que le crédit d’impôt de 20 milliards d’euros en faveur des entreprises soit placé sous conditions et mieux encadré, pour ne pas générer de scandaleux effets d’aubaine.

Alors, certes, cette mauvaise humeur des élus socialistes s’est manifestée de manière confuse et désordonnée. Car, après tout, il aurait sûrement été plus clair et cohérent de dénoncer le budget de 2014, dans sa totalité, qui entérine les priorités de Nicolas Sarkozy, prolonge et même accentue sa politique d’austérité et fixe le cap d’une politique fiscale néolibérale qui aggrave les inégalités.

Pouria Amirshahi, premier des rebelles

Ainsi va le Parti socialiste, embourbé dans des luttes vaticanes. Totalement corrompu par les mœurs anti-démocratiques de la Ve République, celles de la monarchie républicaine, il concède au chef de l’État, François le Petit, le droit de décider de tout. Et les élus de la Nation, tels les « Muets » du Premier Empire, n’ont qu’un seul droit, celui d’approuver en silence les choix du premier d’entre eux, quand bien même ils les emmèneraient vers la catastrophe. Ou alors, celui d’avancer en crabe : de voter comme un seul homme ce budget 2014, tout en se prononçant pour une CSG progressive – une mesure dont la philosophie est à l’exact opposé de ce budget.

Dans ce capharnaüm qu’est devenu le Parti socialiste, on pourrait donc finir par s’y perdre. Car si, de proche en proche, la grogne est manifeste, toutes les réformes réactionnaires concoctées par le gouvernement, de la réforme des retraites jusqu’au « choc de compétitivité » en passant par le dynamitage du code du travail ou le relèvement de la TVA, sont finalement entérinées. La course vers l’abîme se poursuit, et les élus socialistes, trop inquiets pour beaucoup d’entre eux de ne pas retrouver à terme l’investiture dont dépendra leur réélection, ne font rien de sérieux pour l’enrayer. Ils regimbent, certes, mais ils ne se révoltent pas encore. Dans son Palais de l’Élysée, à chaque intervention télévisée, François le Petit ânonne « moi, je », « moi, je… », comme s’il détenait un pouvoir absolu, celui du « coup d’État permanent », et, en face de lui, il n’y a personne pour lui opposer un « nous » plus collectif, celui des élus de la Nation.

Et pourtant, dans ces luttes vaticanes, largement incompréhensibles pour le commun des mortels, il y a, sans conteste, un fait nouveau. Pour la première fois, un élu socialiste, Pouria Amirshahi précisément, a franchi un pas de plus. Si l’on peut dire, il a franchi le Rubicon… socialiste ! Il a dit, clair et net, sur Mediapart, ce qui pourrait rassembler une bonne partie des électeurs du Parti socialiste mais aussi ceux du Front de gauche : il faut changer de cap ! Et il l’a dit, ce qui est remarquable, sans violence, sereinement, presque calmement : pour conjurer la catastrophe qui se profile, celle vers laquelle François Hollande conduit la gauche, et le pays avec elle, il faut emprunter une autre voie. On retrouvera ci-dessous l’entretien avec Mediapart que nous évoquions tout à l’heure :

 

D’autres que lui, plus connus du grand public, auraient sans doute eu une voix qui porte plus. Mais, même dans l’aile gauche du Parti socialiste, il y a eu tellement de démissions que beaucoup de hiérarques sont finalement rentrés dans le rang, et n’ont rien dit de leur colère, face aux embardées et aux dérives de François Hollande. Qu’a dit le vieux grognard Henri Emmanuelli ? Malheureusement, on ne l’a plus guère entendu depuis de longs mois. On l’imagine boudeur, mais ne voulant par fidélité rien dire contre son camp, quand bien même il s’enlise dans de dangereux marais. Qu’a dit Benoît Hamon, qui est censé être le chef de file de l’aile gauche de ce parti ? Pour un minuscule maroquin, celui des mutuelles nécrosées, lui-même a donné le sentiment de rentrer dans le rang.

Alors, il reste cette image chaleureuse d’une jeune génération de députés socialistes, celle des quadras, qui enfin a le courage de dire les choses telles qu’elles sont : la gauche est en grave danger, et le pays avec elle. Image d’autant plus chaleureuse que le premier des rebelles, celui qui a eu enfin le front de dire les choses clairement, Pouria Amirshahi, fut président de l’Unef, le syndicat étudiant, au début des années 1990. On ne peut donc s’empêcher d’y voir comme un pied de nez à une histoire sordide. Depuis trois décennies, le syndicalisme étudiant a fourni tellement de cadres au Parti socialiste qui ont ensuite – à quelques rares exceptions près- par carrièrisme abjuré l’idéal de leur jeunesse et se sont fourvoyés dans les courants les plus réactionnaires de ce parti, celui en particulier dont Dominique Strauss-Kahn a longtemps été le chef de file, quand ils n’ont pas versé purement et simplement dans l’affairisme, qu’il y a quelque chose de salubre et même de réconfortant que la mise en garde la plus lucide soit venue ces derniers temps de cette même génération. Ou plutôt de celle qui lui a immédiatement succédé.

Qui voudra entendre l’invitation de Pouria Amirshahi ? Il concerne au premier chef le Parti socialiste : c’est une invitation calme, sereine, à un débat pour conjurer le chaos vers lequel François Hollande entraîne toute la gauche. Mais il concerne aussi les autres courants de la gauche, en tout particulièrement le Front de gauche : c’est une invitation à sortir des anathèmes et des invectives, c’est une invitation au rassemblement de la gauche, pour conjurer son actuel morcellement.

Dans le pays, il existe, certes, des impatiences encore plus fortes. Témoin cet appel que le philosophe Michel Feher a publié sur son blog sur Mediapart, avec un titre qui a valeur de programme : « Rompre avec la majorité présidentielle ou s’abîmer avec elle: le choix, c’est maintenant ».

Mais pour être moins radical dans la forme, l’appel du député socialiste n’en constitue pas moins l’une des rares bonnes nouvelles depuis bien longtemps pour la gauche. Les socialistes n’ont peut-être pas encore trouvé leur porte-voix, à la manière de ce que fut Marceau Pivert en 1937. Mais il est au moins un élu courageux qui  a clairement indiqué le chemin à suivre. Et qui a sonné le tocsin : à défaut d’un sursaut, ce sera le chaos ou la catastrophe ! Voilà le grand danger auquel conduit immanquablement la politique de François Hollande : le spectre d’une victoire de la droite extrême…

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/271013/le-sursaut-ou-la-catastrophe

Journal d’un avocat : l’affaire Léonarda

Merci au Blog Maître Eolas

http://wp.me/p3hFIv-jn


Sur Facebook, le racisme ordinaire du Front national

«Priez dans les rues, imposez-nous du halal, interdisez-nous le porc, prenez nos filles, dirigez notre pays… Tant que le Front national ne sera pas au pouvoir, vous avez tous les droits. Ouais, sauf que le Front national sera bientôt au pouvoir !», écrit Jean-Bernard Formé, tête de liste à Lorgues (Var) pour les prochaines municipales, sur sa page Facebook. Ce post, daté du 2 juillet dernier, se trouvait toujours en ligne jeudi 24 octobre.

Des propos qui viennent entacher la stratégie de Steeve Briois, secrétaire général du FN, et très proche de Marine Le Pen : son parti essaie à toute force de lisser son image, malgré les dérapages de ses candidats aux municipales sur les réseaux sociaux. Le 18 octobre, le FN a ainsi décidé de suspendre Anne-Sophie Leclere, candidate à Rethel (Ardennes), suite à la publication sur son profil Facebook d’un montage comparant la ministre de la Justice, Christiane Taubira, à un singe, révélé par France 2. Florian Philippot, vice-président du parti, a résumé l’affaire à une «erreur de casting».

Steeve Briois s’est alors fendu d’une note adressée aux secrétaires départementaux du parti. Il leur demande de redoubler de vigilance vis-à-vis des publications sur les réseaux sociaux des candidats de leur fédération. Le fait n’est pas nouveau : le FN avait fait face à la même situation en septembre. Il avait alors exclu le candidat François Chatelain, pour propos xénophobes tenus sur sa page Facebook (notamment un drapeau israélien en train de brûler avec inscrit à côté : «Ici, c’est la France.»). Ce qui avait déjà valu aux secrétaires départementaux un rappel à l’ordre de la part de Steeve Briois. Contacté à plusieurs reprises, ce dernier n’a pas répondu à nos appels.

«Stratégie de dédiabolisation»

«Les responsables du parti sont beaucoup plus attentifs à ce genre de dérapages depuis que Marine Le Pen est à leur tête», décrypte Sylvain Crépon, spécialiste de l’extrême droite, auteur de Enquête au cœur du nouveau Front national, (Nouveau monde éditions, 2012). «Cette utilisation des réseaux sociaux fait partie de leur stratégie de dédiabolisation», analyse-t-il. En dépit de cette tentative de toilettage en amont, certains profils Facebook de candidats aux municipales montrent qu’il y a encore bien du travail.

Propos islamophobes, ciblant le voile intégral ou le halal, sont toujours visibles, sous forme de posts ou de partage de photos, sur d’autres comptes Facebook de candidats têtes de liste pour le FN.

Capture d'écran Facebook réalisée le jeudi 24 octobre 2013 sur le profil de Julien Dufour, tête de liste FN.

«En fait, le Niqab, c’est le même principe que le pékinois, on ne sait pas ce qui est le devant et ce qui est le derrière… Elle est où la tétête ? Il est où le cucul ?» écrit ainsi Julien Dufour, tête de liste à Boulogne-Billancourt, le 13 avril 2012, en commentant une photo d’une femme intégralement voilée. Des photomontages de femmes intégralement voilées continuent également d’apparaître sur le profil Facebook d’Edouard Cavin, jeune tête de liste à Dijon (Côte-d’Or).

Capture d'écran, le mercredi 21 octobre, du profil Facebook de la tête de liste FN Sandrine Ligout.

Outre le voile, le halal est aussi la cible de certaines têtes de liste frontistes. Sandrine Ligout, tête de liste à Saint-Priest (Rhône), partage le 26 octobre 2012 la photo d’un agneau précédée de ces quelques mots : «Une petite pensée pour tous les pauvres petits moutons, qui seront sacrifiés aujourd’hui pour une « fête » organisée par des sauvages». Une «pensée» qui n’a pas été effacée, contrairement aux consignes du parti.

Fabien Engelmann, tête de liste à Hayange (Moselle), qualifie quant à lui de «barbarie islamiste» un projet d’abattoir halal à Guéret, en publiant une photo de vache dont seule la tête dépasse d’une machine. Certains commentaires, toujours accessibles, ont clairement une connotation raciste.

La non-modération des commentaires pourrait pourtant coûter cher aux candidats frontistes : le 18 octobre, le conseiller régional du parti en Languedoc-Roussillon, Julien Sanchez, a été condamné par la cour d’appel de Nîmes à 3 000 euros d’amende. Poursuivi comme «directeur de publication» de sa page Facebook, il avait laissé deux internautes y publier des commentaires racistes.

Jusqu’à un an d’emprisonnement

Les poursuites qu’ils encourent pour leurs propres publications sont loin d’être anodines. Pour «injure à caractère raciste», comme la comparaison d’une femme voilée à un Pékinois, «ils encourent une amende de 22 500 euros d’amende et six mois d’emprisonnement», détaille un avocat consulté sur le sujet. Pour «provocation à la violence, la haine et la discrimination raciste», comme le qualificatif «sauvages» pour évoquer les personnes qui pratiquent la fête de l’Aïd, «ils encourent 45 000 euros d’amende, et un an d’emprisonnement».

Interrogé sur les publications islamophobes des candidats, le chercheur Sylvain Crépon considère que ceux-ci «se prennent à tenir des propos que beaucoup de militants tiennent dans l’entre-soi frontiste. Sauf que l’entre-soi frontiste, sur Facebook, ça n’en est plus. Tout apparaît au grand jour».

«Le FN voulait utiliser Internet comme contre-média, pour se montrer tels qu’ils étaient, contre les médias « aux ordres » et les « vérités officielles », souligne-t-il. Mais quelque part, Internet se retourne contre le parti, qui ne peut pas contrôler toutes ses troupes sur la toile. Le FN est pris à son propre jeu», avance-t-il, rappelant le cas d’Alexandre Gabriac. Cet élu frontiste avait finalement été exclu du parti après qu’ont circulé sur Internet des photos de lui faisant le salut nazi, alors que Jean-Marie Le Pen était favorable à ce qu’il reçoive un simple «blâme».

Laura FERNANDEZ RODRIGUEZ


La LDH aime le jazz….

Marsaneix


Affaire Leonarda : «une lepénisation des esprits», estime Arnaud Desplechin

Dans un texte publié lundi dans le quotidien Libération, le réalisateur Arnaud Desplechin réagit très vivement à l’intervention télévisée du président de la République à propos de l’affaire Leonarda, estimant que François Hollande a commis samedi «une faute grave». Le réalisateur avait été à l’initiative, avec Pascale Ferran et Claire Denis, de l’Appel des 66 cinéastes contre la loi Debré publié en février 1997 dans Les Inrockuptibles, Le Monde et Libération, un texte qui avait initié un important mouvement citoyen, d’autres professions se mettant à le signer massivement.

Dans son texte, titré «une folie !», Arnaud Desplechin juge «obscène» le fait qu’«un pays tout entier (soit) accroché à l’expulsion d’une famille Kosovare», qu’on «ose mettre en balance une souffrance singulière et l’avenir d’un pays». «Cette confusion entre le registre public et le registre privé, cet affolement, cette démesure – c’est bien d’une lepénisation des esprits qu’il faut parler», affirme le cinéaste.

Très sévère avec un François Hollande dont il «ne saurait excuser» la faute grave, Arnaud Desplechin estime que «la panique du plus haut représentant des institutions françaises devant la détresse humble de la jeune Leonarda est une indignité et une violence inédite».

Le réalisateur conclut en annonçant qu’il marchera «derrière les lycéens, pour chacun d’entre nous. Donc pour Leonarda Dibrani».

A lire, la tribune d’Arnaud Desplechin : François Hollande vient de commettre une faute grave

Sylvain BOURMEAU