Dossier VISA n°5 : Ces gilets bruns qui polluent les gilets jaunes


L’objectif de ce dossier est d’informer les militants syndicaux et du mouvement social sur les projets de manipulation visant à récupérer et dénaturer le mouvement des « gilets jaunes ». Nous voulons éclairer les méthodes employées par les différentes « factions » de l’extrême droite, qu’elles soient institutionnelles comme, entre autres, le Rassemblement National (RN) et Debout la France (DLF), ou groupusculaires avec des références assumées à l’idéologie fasciste et antidémocratique (Identitaires, GUD, royalistes…). Lorsque l’extrême réussit à infiltrer localement le mouvement des « Gilets Jaunes », le danger et les dérives qui en découlent constituent un danger mortel pour les mobilisations d’aujourd’hui et à venir.
Il n’est, pour VISA, nullement question de réduire la portée et la légitimité de ce mouvement et il nous parait important ici de citer le travail d’ un collectif comptant près de 70 personnes (enseignants-chercheurs, des chercheurs au CNRS et à l’INRA, des docteurs sans poste, des étudiantes et étudiants…) présentant dans une tribune au « Monde » le 11 décembre, les premiers résultats d’une étude détaillée qui s’appuie sur 166 questionnaires distribués sur des ronds-points et lors de manifestations. Cette étude révèle qu’un tiers des GJ interrogés refusent de se situer politiquement. Mais parmi les autres, quelque 5% se situent à l’extrême droite, 13% à droite, 6% au centre, 16% à l’extrême gauche et… 46% à gauche.
VISA tient donc seulement ici à apporter sa contribution par le prisme qui a toujours été le sien : armer la vigilance des militant-e-s inscrits dans les mobilisations sociales et (ou) syndicales pour qu’ils et elles puissent repérer et combattre, avec la plus extrême fermeté, les tentatives de récupération et de dévoiement de ces luttes par l’extrême droite.
Les faits recensés dans ce dossier s’arrêtent au 14 décembre, veille de l’acte V.
Le ras-le-bol accumulé ces 30 dernières années est arrivé à son comble. Trente ans que les mêmes politiques libérales attaquent les salariés, les retraités, les personnes en grande précarité dans leurs droits et leurs conditions de ressources. Cette politique ultralibérale et antisociale a été développée par tous les gouvernements, quelles que soient leurs couleurs politiques.
Ce ras-le-bol des classes populaires devait finir par arriver. Et cette colère a pris la couleur du jaune et se porte en gilet. Dans certaines villes, des syndicats convergent avec ce mouvement, les militant.es ont avec ce dossier des éléments objectifs et avérés pour contrecarrer l’audience et les agissements de l’extrême droite, pire ennemie des salarié.es.

Depuis des années, et en particulier depuis la « crise » de 2008, les syndicats font entendre leur voix et n’ont pas cessé de se mobiliser et d’agir. Ils organisent des grèves et défilent en réunissant régulièrement des centaines de milliers de personnes. Et pourtant, le rouleau compresseur libéral a poursuivi son office sans discontinuer. Dès lors, il n’y a rien d’étonnant qu’une partie des classes populaires se tourne vers des formes nouvelles de mobilisation telle que celle des gilets jaunes. Il y a de quoi se réjouir de voir enfin trembler le pouvoir devant cette colère légitime.
Mais il est moins réjouissant de voir que l’extrême droite a tenté dès le départ de s’immiscer dans le mouvement. Si les gilets jaunes ont de bonnes raisons d’exiger la justice sociale, pour l’extrême droite, ce n’est qu’un moyen de gagner en influence afin d’arriver au pouvoir.
Faisons tomber les masques : les revendications de l’extrême droite se situent à mille lieues de la justice sociale. Des manifestations ont eu lieu et d’autres viendront ; syndicalistes, jeunes et gilets jaunes marcheront de plus en plus souvent côte à côte. Mais l’extrême droite sera là aussi. Il est donc nécessaire de faire le point sur ceux qui souhaitent profiter du mouvement des gilets jaunes pour des raisons peu avouables…
La tentative d’infiltration et de récupération de ce mouvement par l’extrême droite est apparue très tôt par la création de plusieurs groupes Facebook sur des revendications où se joignent pêle-mêle le retour du 90 km/h sur les routes départementales, la peine de mort pour les pédophiles, la fin des radars et autres sujets assez porteurs sur un électorat d’extrême droite. Facebook pullule de groupes en ce sens : « jour de colère », « colère en France » et de vidéos, pétitions pour accrocher la colère. C’est l’effet de cette mouvance complotosphère, fachosphère sur des personnes déjà sensibles à de nombreuses fake news et sorties de l’ombre : voilà d’où sortent certains « leaders autoproclamés » du mouvement, mais pas tous. La fameuse vidéo de Frank Buhler, pourtant identifié comme ex-militant du RN (qui en avait été suspendu pour des propos racistes) puis responsable régional du parti Debout la France, islamophobe convaincu, ne changea pas sa médiatisation, ainsi que pour les autres qui suivirent épinglés tour à tour dans la presse.
La vidéo de Frank Buhler, appelant à se rendre « par tous les moyens, à pied, à cheval ou en voiture », à Paris le samedi 24 novembre 2018, était l’une des deux vidéos massivement consultées qui appelaient – en parallèle – à cette première journée de protestation devenue massive à Paris. Il était déjà l’auteur d’une vidéo de mobilisation en octobre dernier, qui aurait été visionnée 3,4 millions de fois sur Internet au cours des premières semaines. Là encore, précisons que Frank Buhler ne représente évidemment pas la totalité du mouvement, et encore moins la totalité des personnes qui ont répondu – pour des motivations sociales et économiques différentes – aux différents appel à manifester.

Marine Le Pen et ses potes du RN
Le bureau exécutif du RN a décidé, le 19 novembre 18, de soutenir le mouvement des gilets jaunes, tout en gardant une certaine distance. Cette stratégie est la même que celle mise en œuvre à l’occasion des « manifs pour tous » entre 2012 et 14 : Marine Le Pen ne s’affiche pas dans la rue mais ses lieutenants labourent quand même le terrain. La présidente du FN avait cependant affiché son soutien en public, dès le 26 octobre 2018 sur « Europe 1 », aux appels – qui commençaient alors à circuler sur les réseaux sociaux – à des blocages pour le 17 novembre suivant.
Cela dit, au nom d’un « apolitisme » revendiqué du mouvement, les militant-e-s du RN, comme celles et ceux d’autres partis, sont rarement les bienvenu-e-s en tant que tels sur les rond-points occupés par le mouvement ; mais ce propos ne vaut pas partout. En Savoie, en Vaucluse et dans le Lot-et-Garonne notamment, l’extrême-droite a été visible dans les actions. A Etaples (Pas-de-Calais), où un conseiller municipal a été blessé (le 17 novembre 18) par une voiture en se trouvant sur un barrage des Gilets jaunes, il s’agissait d’un élu du FN, Francis Leroy.
Lors des manifestations parisiennes des samedis (17 novembre, 24 novembre, 1er décembre et suivants), les choses étaient différentes, l’effet de masse leur permettant d’être présents sans être contestés. « On fait confiance aux gilets jaunes pour faire le bon choix dans le secret de l’isoloir. Nous n’avons pas besoin d’en rajouter, c’est une évidence », a déclaré par ailleurs le porte-parole du RN, Sébastien Chenu.
Dans cette logique, le RN demande la dissolution de l’Assemblée Nationale, tentant de s’ériger par cette offensive en « première force de l’opposition ».
Du côté des « porte-parole » des gilets jaunes, dont la légitimité a été contestée dans plusieurs régions dès l’apparition de huit « porte-parole nationaux » (le 26 novembre) l’omniprésence médiatique de Christophe Lechevallier à Limoges démontre que des militants du RN arrivent à s’imposer comme leader dans la mobilisation.
Pour VISA, il est nécessaire de marteler que le FN devenu RN s’est toujours opposé à une augmentation du SMIC au motif qu’elle pénaliserait les patrons français, sauf à augmenter – comme Marine Le Pen l’a proposé lors de sa campagne présidentielle en 2012 – le « salaire direct » en asséchant les caisses sociales par la diminution de cotisation (une idée pas si étrangère à Emmanuel Macron actuellement ?). Il est aussi fondamental de rappeler que les situations de chaos et de violences font le lit des théories sécuritaires et racistes du RN sur l’Etat fort.
En parallèle, le RN poursuit sans relâche sa campagne anti-migrants en arrosant les réseaux sociaux de slogans mensongers tels que « Pacte de Marrakech, leur projet mondial pro-migrants » ou « Alerte, Macron prépare la submersion de la France avec la complicité de l’ONU ». Ce faisant, le RN – tout comme d’autres forces d’extrême droite – a tenté d’intéresser le mouvement protestataire au dit « Pacte de Marrakech », texte juridiquement non contraignant et d’ordre plutôt symbolique, signé lors d’une conférence des Nations Unies au Maroc, le 10 décembre 2018. Ce thème a été de plus en plus présent dans le discours du RN, à propos des motifs de protester, au fil des semaines. Simple hasard : le 20 novembre 2018, des « migrants » (comme ils disent) ont été «arrêtés» sur un barrage tenu par certaines Gilets jaunes, à Flixecourt dans la Somme, puis remis à la gendarmerie. Le tout étant accompagné de propos racistes et des fantasmes de violences exprimés par certains (« Nous ferons un grand barbecue »), qui auront amené la CGT des douanes à porter plainte contre les personnes impliquées.
Enfin, Marine Le Pen s’est fendue d’une lettre ouverte, le 7 décembre dernier, où elle déclare : « Dans les moments qui engagent la paix civile, il m’apparaît utile de réaffirmer notre attachement à la République, à ses valeurs et tout particulièrement au régime politique, dont le général de Gaulle nous a fait les héritiers » et que « La France ne souffre pas de l’institution présidentielle ». A travers cette initiative, elle tentait, après être apparue – aux yeux de ses partisant-e-s – comme la première opposante soufflant sur les braises de la protestation, de se hisser cette fois-ci à la stature d’une « femme d’Etat ».
Elle poursuivit ensuite sur les fondamentaux du FN devenu RN: la crise de représentativité syndicale ; l’impôt qui sert à accueillir les migrants ; l’attitude des banques envers les plus modestes et les petites entreprises ; les critères d’attribution des HLM… Un magnifique exercice de tentative de récupération sans le dire, mais en le faisant comme d’habitude… par la manipulation de la souffrance et de la colère d’une partie de plus en plus importante de la population !

Nicolas Debout la France
Les passerelles entre le RN et DLF sont nombreuses. Un soutien affiché des gilets jaunes en est l’emblème, Frank Buhler, délégué de la 1ère circonscription du Tarn-et-Garonne de Debout La France (DLF), le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Cet agitateur avait fait un passage remarqué au FN entre mai 2016 et avril 2018. Son chef de parti lui-même, Dupont-Aignan, était d’ailleurs l’un des premiers politiques à afficher publiquement – et très bruyamment, dans son cas – son soutien aux premiers appels à des blocages des routiers, lors d’un passage sur RMC du 26 octobre 18.
Le 4 décembre dernier, Dupont-Aignan a d’ailleurs présenté une proposition de loi reprenant une partie des revendications des « gilets jaunes », proposant notamment l’annulation des taxes sur les carburants et l’énergie, l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités, une réforme du statut des travailleurs détachés, et le rétablissement de l’ISF… sauf pour ceux qui réinvestissent leur fortune en France. A noter la belle hypocrisie consistant à continuer d’exonérer certains contribuables fortunés de l’ISF et l’opportunité malsaine concernant les travailleurs détachés.
Notons aussi la présence très médiatique de Benjamin Cauchy, un temps porte-parole auto-proclamé des Gilets jaunes à Toulouse. Ce proche de Debout la France mais aussi du groupuscule fasciste de l’Union Corporative pour le Défense et l’Entraide Languedocienne (UCODEL) s’est finalement fait évincer par les Gilets Jaunes de Toulouse, ce qui est à souligner comme une des grandes et positives réactions de ce mouvement contre l’intrusion de l’extrême-droite.

L’Action française
Samedi 8 décembre 18, vers 11 heures, une trentaine de gilets jaunes organisés en peloton remontèrent l’avenue Hoche (à Paris 16) au pas cadencé, proche de celui de l’oie. Ce petit groupe de militants de l’Action française, mouvement d’extrême droite royaliste, nationaliste et maurrassien, n’a que faire du prix du diesel. Il arbore un drapeau bleu à fleurs de lys et hurle : « A bas la République ! » et « Français !, Européens ! ». Sur les pages FB de l’AF, ses militants posent en gilets jaunes et cagoulés, ils ne s’en cachent même pas…

Benedetti, Gabriac, Ryssen
Vielles figures de l’extrême droite radicale, ils reprennent du service. Yvan Benedetti – après avoir été exclu du FN en juin 2011 pour des propos ouvertement antisémite, et après avoir été le dirigeant principal du groupuscule antisémite L’Œuvre française depuis 2012, jusqu’à son interdiction en juillet 2013 – dirige désormais le plus minuscule PNF (Parti nationaliste français). Alexandre Gabriac, également exclu du FN (en 2010, pour s’être affiché avec un salut fasciste sur Facebook au moment même des élections régionales auxquelles il était candidat), avait dirigé les Jeunesses nationalistes (JN), devenues organisation de jeunesse de L’Œuvre française et interdites avec elle. Il milite désormais pour Civitas, un groupement d’extrême droite catholique ultra- traditionaliste.
On retrouve ces cadres fascistes sur les ronds-points ou sur les lieux d’affrontement à Paris, médiatisant leur présence via les réseaux sociaux et Twitter. Yvan Benedetti a cependant été repoussé par d’autres manifestants, le 1er décembre 2018 à Paris.
La palme revient à Hervé Ryssen, ancien membre du Front National au début des années 1990, négationniste affiché. Hervé Lalin de son vrai nom, âgé de 51 ans et diplômé d’une maîtrise d’histoire, a rejoint ensuite le Groupe union défense (GUD) et Unité radicale (UR), prédécesseurs respectifs du « Bastion social » et de la mouvance identitaire dans les années 1990. L’homme qui se présente lui-même comme «raciste», « antisémite » et « antijuifs », figurera en gilet jaune à la couverture de  Paris Match, le 6 décembre 2018… (La direction du magazine s’est depuis excusée pour ce regrettable choix d’une représentation du mouvement par l’image, qui semble être dû à une négligence.)

Le Bastion « social »
Les fascistes du Bastion « social » se sont eux aussi illustrés par un soutien aux gilets jaunes, que ce soit par le biais de leurs publications sur facebook, mais aussi en y apparaissant, comme à Marseille lors d’un rassemblement le 24 novembre dernier.

La présence de groupes fascistes violents
A Paris notamment, plusieurs dizaines de militants fascistes très organisés et très violents se sont illustrés dans les affrontements autour des Champs-Élysées lors des différentes manifestations des samedis. Si certains ont pu être éjectés par des groupes d’antifascistes, cela n’a malheureusement pas été souvent le cas au sein des GJ. Ainsi, de nombreux GJ, militants de gauche organisés ou « simples citoyens » ont ainsi pu se retrouver « côte à côte » avec des fascistes face à la police.
VISA tient ici à affirmer haut et fort que « non, l’ennemi de mon ennemi n’est pas mon ami ! ». Rien de bon ne surgira d’une alliance, objective ou non, consciente ou non, avec l’extrême droite !
L’idée de « régler son compte à Macron » – quitte à «s’allier» aux fascistes et ensuite s’occuper de ces derniers – est d’une dangerosité extrême, ce que l’histoire a montré à de trop nombreuses reprises.

Les conspirationnistes
Pour avoir sous-entendu, dans une vidéo publiée en direct sur Facebook, que l’attentat meurtrier du 11 décembre 18 à Strasbourg n’était pas un « vrai attentat », Maxime Nicolle, l’un des Gilets jaunes les plus médiatiques de ces dernières semaines, a suscité une réprobation presque unanime. Il y a quelques jours, le même Maxime Nicolle annonçait l’éclatement imminent d’un scandale d’État soi-disant capable de provoquer rien de moins qu’une « troisième guerre mondiale ». Peu après, il faisait tribune commune avec Étienne Chouard, l’une des figures de la complotosphère francophone, qui, par le passé, a, par exemple, expliqué que les véritables terroristes étaient les gouvernements et qu’« on se fout de la gueule du monde avec les « terroristes » entre guillemets ».
Tout aussi inquiétant est le peu de prise de distance avec des personnages comme l’antisémite Dieudonné M’bala M’bala, à qui des Gilets jaunes ont réservé un accueil des plus chaleureux sur un rond-point alors même qu’il est poursuivi par la justice pour organisation frauduleuse de son insolvabilité.
Si l’on ne peut affirmer catégoriquement que le complotisme est réellement plus présent dans ce mouvement que dans d’autres, on ne connaît pas, en revanche, de figure marquante du complotisme francophone qui n’ait revêtu le gilet jaune. Les sites complotistes les plus consultés et les comptes Facebook les plus influents de la complosphère se sont mis au diapason du mouvement.
La palme en la matière revient sans nul doute au « Conseil national de transition » qui, sous son ancienne appellation « mouvement du 14 juillet », avait réuni 300 personnes lors d’une manifestation, le 14 juillet 2015, dans le but avoué de prendre le pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat militaire. Un exemple de leur communication : « Les politiciens ont signé (en toute discrétion) au nom de la France, l’accord pour légaliser la pédophilie, pourquoi les Français n’en ont-ils pas été informés ? ».
Le 28 novembre 2018, ce même « Conseil national de transition »  a créé le « Conseil national des gilets jaunes » et a atteint des sommets de crétineries. A la lecture de leur communiqué de presse rédigé à l’issue de cette réunion, qui demande rien de moins que « l’arrestation de Macron et des membres du gouvernement » ainsi que « l’abolition de la République », on ne peut être qu’effaré-e du nombre d’internautes qui tombent sous leur charme. Certaines vidéos du « Conseil national de transition »  ont été vues des millions de fois sur Internet ! Pour des gens qui entrent en politique, qui sont un peu perdus, il y a un risque énorme qu’ils se tournent vers ce genre de mouvements qui sont potentiellement des portes d’entrée vers l’extrême droite.

Les consorts Ménard et les GJ
Robert Ménard, maire de Béziers élu avec le soutien du FN en 2014, a très rapidement « soutenu » les GJ dans une entreprise évidente de récupération. Dès le lundi 12 novembre 18, la Directrice générale des services (DGS) de la mairie a envoyé un mail à tous les responsables des différents pôles municipaux : « M. le Maire voudrait que dès aujourd’hui, nous mettions les gilets jaunes sur les sièges de tous nos véhicules municipaux en soutien au mouvement national contre la hausse du gasoil. Merci de mettre en œuvre au plus tôt. »
Puis après avoir fabriqué des affiches municipales de soutien avec ce titre : « Macron m’a tuer », Robert Ménard a fait venir des véhicules de la mairie en haut des Allées, le 17 novembre, pour protester contre la hausse de carburant. Le 24 novembre, il est encore apparu lors de la manifestation locale qui a rassemblé près de 300 personnes. De son côté, la députée Emmanuelle Ménard – son épouse – s’est rendue sur des rond-points autour de Béziers où les GJ lui ont remis un cahier de doléances et lui ont tendu le micro. Elle s’en vantera devant un grand public, lors d’une émission / débat sur le sujet, le 6 décembre 18 sur BFMTV.
Enfin, le 26 novembre, au conseil municipal, Robert Ménard et tous les membres de sa majorité se sont présentés habillés de gilets jaunes à la mairie.

La question de l’immigration et des réfugiés
Dans le cahier de revendications publié au nom des Gilets jaunes (dont la représentativité a fait débat dès sa publication, le 26 novembre 18), le traitement de la question des immigré-e-s et des réfugié-e-s pose un véritable problème à nos yeux.
Tout d’abord, on peut se demander pourquoi il fallait aborder cette question dans une plate-forme revendicative de 42 propositions, tournant essentiellement sur des questions économiques et de gouvernance.
Si le cahier de revendications insiste heureusement sur le digne accueil qu’il devait être réservé aux demandeurs d’asile (point 19), il indique également que les demandeurs d’asile n’ayant pas obtenu le statut de réfugié devront être « reconduits », autrement dit, expulsés vers leurs pays d’origine (point 20). On parle ici de la majorité des cas car la procédure pour obtenir le statut de réfugié est complexe et repose en grande partie sur le fait d’arriver, ou non, à prouver qu’on est en situation de danger dans son pays.
Ce point de vue n’est pas propre à l’extrême droite, car les partis de gouvernement tentent également d’organiser le départ des personnes déboutées du droit d’asile, la dernière loi en matière d’asile et immigration (10/9/2018) insistant particulièrement sur ce point.
Mais les partis de gouvernement tentent précisément de répondre ainsi électoralement à la pression de l’extrême droite ; et le fait de présenter ce point – la reconduite des déboutés du droit d’asile – comme une revendication semble suggérer que les gouvernants ne feraient pas assez en la matière. Ces points de vue ne sont pas uniquement réservés à l’extrême droite, mais sont utilisés par celle-ci, dans le débat public, pour indiquer que ses thèses seraient de plus en plus « validées ».
Pire, un texte intitulé « Charte officielle des 25 revendications des Gilets Jaunes », apparu début décembre – dont l’origine n’est pas très claire, dont la représentativité semble très contestable, mais qui a reçu plusieurs centaines de milliers de clics sur Internet – comporte un point 24 ainsi rédigé : « Immigration : empêcher les flux migratoires impossibles à accueillir ni à intégrer, étant donné la profonde crise civilisationnelle que nous vivons. »
Ce point vient à la fin d’une liste de propositions dont la majorité semblent, elles, de nature socialement progressiste ou écologique, même si certains points n’émanent visiblement pas des courants progressistes (« Frexit », ou encore : « Education nationale : exclure toute idéologie de ce ministère..»).
Le dernier texte pourrait, lui, plus clairement émaner d’un courant de l’extrême droite ou proche d’elle, alors que la première liste – celle des 42 revendications – semble plutôt inspirée de courants clairement extérieurs à l’extrême droite. Mais la confusion qui règne dans une partie des têtes, le fait même que l’immigration soit devenue un sujet de revendication (et de critique publique) dans ces textes, rendent d’autant plus nécessaire et urgente une clarification très nette sur les questions de solidarité, et de non-division de la classe du salariat.
Ce thème du «problème» de l’immigration (accouplé par lui-même à celui de « l’identité ») a été aussi repris par Emmanuel Macron, dans sa prestation télévisée du 10 décembre dans laquelle il a prétendu répondre aux demandes portées par les Gilets jaunes. En effet, il a osé y glisser cette phrase : «Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde. Que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter. »
C’est ici une tentative de déplacer le problème et de faire des immigrés les boucs émissaires d’une situation économique et sociale, par laquelle Emmanuel Macron tente d’attraper les courants les plus droitiers au sein d’un mouvement marqué par son hétérogénéité ; mais qui, finalement, ne profitera qu’au RN qui prétendra encore une fois que ses thèses auront été « validées » !

Le spectre du poujadisme
Ces deux dernières semaines, des dizaines de Centres des Finances Publiques ont été bloqués, attaqués et certains victimes d’incendies criminels. Ces actes de dégradations de bâtiments publics et de menaces physiques à l’encontre de fonctionnaires d’Etat rappellent en tous points ceux exécutés par les militants poujadistes dans les années 70 notamment, et repris par la coordination rurale, syndicat proche du RN.
VISA rappelle que l’antifiscalisme prôné par les poujadistes ne vise pas à une meilleure justice fiscale mais à une suppression de l’impôt, en particulier pour les commerçants, dans une logique ultra-capitaliste.
A noter que Jean-Marie Le Pen fut le plus jeune député, en 1956, du parti « Union de Défense des Commerçants et Artisans » (nom officiel du mouvement de Pierre Poujade) et que certains militants de l’UDCA intégrèrent le FN à sa création en 1972.

L’« internationalisation » des gilets jaunes
Sans trop de surprise et d’une façon beaucoup plus claire qu’en France, la Belgique rejoint les « gilets jaunes » avec le soutien affiché de l’extrême droite flamande (le Vlaams Belang, même si le mouvement n’a pas pris dans la partie flamande) et wallonne (le groupe « Nation »). Cependant, dimanche 16 décembre 18, une grande manifestation d’extrême droite – plus de 5.000 personnes contre le « Pacte de Marrakech » – a eu lieu en même temps qu’une contre-manifestation importante, certains porteurs de gilets jaunes ont participé à la manifestation antiraciste.
En Allemagne, dès le 25 novembre 18, des néonazis et des groupes hooligans ont manifesté à Cologne en endossant des gilets jaunes. A la même période, la récupération ouvertement politique du symbole a commencé. Trois mouvements d’extrême droite ont ainsi lancé un «rassemblement en gilets jaunes» ce jour-là devant la porte de Brandebourg, en plein centre de Berlin. Les trois organisations à l’origine de la manifestation sont Pegida, le mouvement des «Européens patriotiques contre l’islamisation de l’Occident », le collectif anti-immigration Zukunft Heimat (« Avenir patrie ») et le groupe d’opposition à Angela Merkel et surtout à sa politique migratoire Merkel-muss- weg-Mittwoch.
Des Bulgares ont manifesté contre la hausse du prix des carburants, le 18 novembre 2018, à Sofia (Bulgarie), et des « gilets jaunes » ont bloqué des grands axes routiers ainsi que des postes-frontières entre la Bulgarie, la Turquie et la Grèce.
Dans la capitale, Sofia, des dizaines de manifestants – certains également vêtus en gilets jaunes – ont bloqué des boulevards, en criant des slogans tels que « mafia ! » et « démission ! », précise le journal. Des centaines de manifestant-e-s se sont également réunis le 29 novembre dans la même ville, note Le Figaro.

En Serbie, un député de l’opposition, Bosko Obradovic, a revêtu ce jour-là un gilet jaune en plein parlement, afin de dénoncer le coût de l’essence dans le pays. « Nous voulons des prix normaux de l’essence, ou vous aurez des ‘gilets jaunes’ dans les rues de Belgrade et de Serbie », a alerté Bosko Obradovic, le leader de la formation de droite nationaliste Dveri.
L’extrême droite parie sur un échec du mouvement social des gilets jaunes pour transformer cette colère légitime à son profit !

L’extrême droite « institutionnelle », les groupuscules fascistes et royalistes se moquent éperdument des revendications légitimes des classes populaires leurs but est de contaminer le mouvement en propageant leur idéologie de haine et totalitaire en pariant sur la défaite sociale.
Selon une enquête réalisée par l’institut de sondage IFOP, du 7 au 10 décembre pour l’Opinion, donc avant et après le quatrième samedi de mobilisation des Gilets jaunes, c’est le Rassemblement national qui arrive très largement en tête, avec 24 % d’intentions de vote aux élections européennes !
Notons que dès la publication de ce sondage, la Présidente du RN a appelé à arrêter le mouvement avec pour seule perspective les élections européennes les élections européennes. S’il s’agit ici certes d’un sondage et que c’est donc à prendre avec « des pincettes », il n’en résulte pas moins que c’est un risque bien réel ! L’extrême droite s’est toujours nourrie de nos défaites et de nos divisions !

Il est encore temps d’empêcher cela, dans l’action et dans l’unité, que ce soit sur un rond-point ou sur un piquet de grève !
Il est primordial que les militants syndicalistes redoublent de vigilance face à l’extrême droite, ses sbires et ses idées en continuant à défendre leurs valeurs contre le nationalisme, le racisme, les discriminations et l’exclusion qui sont parties prenantes de leurs combats quotidiens et historiques pour la justice sociale.

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Arrestations du 1er Mai : vaste opération de police ou vaste opération de com ?

liberation.fr

Par Willy Le Devin

Une grande opération de police partie pour accoucher d’une souris. Mercredi matin, au lendemain des violences commises lors de la manifestation du 1er Mai à Paris, les autorités annoncent des chiffres rutilants : pour 31 commerces et 16 véhicules dégradés, les forces de l’ordre ont procédé à 283 interpellations. Un chiffre très important, rarement atteint en pareille circonstance.

Sauf que, trois jours plus tard, le bilan judiciaire apparaît bien maigre. Magistrats comme avocats n’hésitent déjà plus à parler «d’un fiasco». Il est vrai qu’une simple constatation arithmétique permet de relativiser l’efficacité du coup de filet policier : sur les 283 personnes arrêtées, seules 103 ont été ensuite placées en garde à vue. Vendredi, 47 d’entre elles avaient été déférées. 19 doivent être jugées en comparution immédiate, alors que 14 s’en sont déjà sorties avec un simple rappel à la loi. Enfin, la 23chambre du tribunal correctionnel de Paris a prononcé ce vendredi en milieu d’après-midi une relaxe dans le premier dossier jugé et une condamnation – 1 000 euros d’amende pour un fumigène et deux bombes de peinture dans les poches.

«J’ai halluciné»

Ces chiffres faméliques illustrent de façon crue le témoignage d’une personne interpellée recueilli par Libération. Emmanuel (1), 29 ans, rejoignait sa mère mardi au moment où flambait le restaurant McDonald’s du boulevard de l’Hôpital. Après s’être réfugié dans un immeuble pour «se protéger des fumées aveuglantes», il ressort dans la rue quelques minutes plus tard. A cet instant, il se retrouve nassé, rue Buffon, dans le XIIIe arrondissement. Le début de vingt-six heures pénibles. «Dans la nasse, il y avait de tout, surtout des mineurs d’ailleurs, mais presque aucun auteur des dégradations», rit (jaune) Emmanuel. Après une période de flottement, des policiers l’allongent sur le sol, le fouillent et l’embarquent.

Direction le célèbre dépôt de la rue de l’Evangile, dans le XVIIIe arrondissement. Là, un policier lui décline ses droits : recours à un médecin, à un avocat – tout en précisant qu’il le fait «par politesse». Son collègue, un peu plus vachard, lance à Emmanuel : «Tu ne seras pas libéré avant vendredi soir.» Le musicien, peu familier des commissariats, demande alors à ce qu’un membre de sa famille soit prévenu de son arrestation. Stupeur, un policier se saisit immédiatement du téléphone, compose le numéro de son père, lâche «Bonsoir, votre fils a été arrêté mais on ne peut pas vous dire où il est», et raccroche. «J’ai halluciné, je me suis dit « Mais pourquoi il fait ça ». Au lieu de rassurer ma famille, il les inquiète deux fois plus !» s’emporte Emmanuel.

«Infraction fourre-tout»

Dans la nuit, le trentenaire est transferé au commissariat du XVIIe arrondissement. Sa cellule individuelle est immonde : «Il y avait des chiottes dont je n’osais m’approcher, avec plein de vomi, de sang et de merde à l’intérieur. J’ai réussi à dormir un peu, jusqu’à mon audition le lendemain vers 8-9 heures.» Selon lui, les policiers manquent alors cruellement d’éléments à charge. Dans son cas, ils sont d’ailleurs inexistants, au point qu’il sera relâché mercredi en début de soirée. Pour d’autres, les éléments collectés sont contestables.

Contacté par Libération, l’avocat Julien Pignon, qui a assisté plusieurs personnes interpellées, dénonce «une véritable offensive de communication orchestrée par le ministère de l’Intérieur». «Entre ce qu’on a vu à la télé et la réalité des coulisses, il y a un monde d’écart», peste l’avocat. De fait, une multitude de procédures ont été annulées pour des irrégularités, quand d’autres se sont écroulées pour des infractions insuffisamment caractérisées. «Du coup, observe Julien Pignon, dans de nombreux cas, le parquet n’a fondé ses poursuites que sur le chef de « participation à un groupement formé en vue de commettre des dégradations ». Il s’agit d’une infraction fourre-tout qui permet d’habiller des interpellations effectuées un peu au pif. C’est bien la preuve que l’accusation manque singulièrement d’éléments matériels.»

Ce vendredi matin, lors d’une conférence de presse destinée à détailler le dispositif policier déployé pour la manifestation de samedi – «la fête à Macron» organisée par les insoumis –, le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, s’est pourtant félicité : «La manifestation du 1er Mai a démontré la pertinence du dispositif de traitement judiciaire mis en place.»

(1) Le prénom a été modifié

Willy Le Devin


Contre la répression à La Poste et ailleurs

Par Un collectif de personnalités politiques et civiles

Gaël Quirante, secrétaire départemental de SUD Activités Postales 92 (membre de Solidaires 92), subit un véritable harcèlement disciplinaire : 10 tentatives de licenciement en quatorze ans, et presque un an cumulé de mises à pied.

La Poste avait en effet tenté de le licencier en 2010 en l’accusant de séquestration alors qu’il avait participé à une occupation de la direction départementale de La Poste : son licenciement avait été refusé successivement par l’inspection du travail en 2010, par le ministre du Travail en 2011, puis par le tribunal administratif en 2014. En avril dernier la cour d’appel du tribunal administratif de Versailles a annulé les trois précédentes décisions et a ainsi relancé toute la procédure. L’inspection du travail a de nouveau refusé son licenciement.

Nous venons d’apprendre que le rapport de la contre-enquête suite au recours hiérarchique fait par la direction de La Poste, confirme la décision de l’inspectrice du travail de refuser l’autorisation de licenciement de monsieur Quirante. La contre-enquête menée par le service des recours hiérarchiques confirme les motifs du refus et les précise, notamment :
«Compte tenu du contexte dans lequel les faits s’inscrivent et du climat délétère qui prévalait à l’époque en raison notamment de la durée excessivement longue de la grève et du comportement de La Poste, les faits en cause ne sont pas d’une gravité suffisante pour justifier le licenciement de Monsieur Quirante.»
«En effet, il ressort de l’enquête contradictoire et de la contre-enquête l’existence d’éléments au moment de la décision de l’inspecteur de 2010 et de la décision implicite de refus du 25 juin 2017 permettant d’établir un lien entre la demande et les mandats exercés par le salarié ainsi que son appartenance syndicale.»

C’est désormais Mme Pénicaud, ministre du Travail qui va décider du sort de Gaël. Madame Pénicaud, vous devez refuser ce licenciement qui serait politique.

Nous refusons de voir se multiplier les cas de répression à La Poste comme ailleurs. Nous agirons collectivement et saurons regrouper nos forces pour y faire face.

Signataires: Jean-Luc Mélenchon, député La France insoumise (LFI), 4e circonscription des Bouches-du-Rhône ; Danielle Obono, député LFI, 17e circonscription de Paris ; Eric Coquerel, député LFI, 1re circonscription de la Seine-Saint-Denis ; Adrien Quatennens, député LFI, 1re circonscription du Nord ; Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’Homme ; Céline Verzelleti, bureau confédéral de la CGT ; Elsa Faucillon, député PCF, 1re circonscription des Hauts-de-Seine ; Alain Bruneel, député PCF, 16e circonscription du Nord ; Cécile Cukierman, sénatrice PCF de la Loir ; Isabelle De Almeida, présidente du conseil national du PCF, Elie Domota, secrétaire Général UGTG ; Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU ; Polo Lemonnier, secrétaire national de la FSU ; Nathalie Arthaud, candidate à la présidentielle de 2017 pour LO ; Olivier Besancenot, ancien candidat à la présidentielle et membre du NPA ; Philippe Poutou, candidat à la présidentielle de 2017, porte-parole du NPA ; Cécile Gondard-Lalanne, co-déléguée générale l’Union Syndicale Solidaires ; Eric Beynel, co-délégué général l’Union Syndicale Solidaires ; Nicolas Galepides, secrétaire Général de SUD PTT ; Mickael Wamen, CGT Goodyear ; Jean-Pierre Mercier, DSC CGT PSA ; Xavier Mathieu, CGT ancien Continental ; Romain Altmann, secrétaire Général d’Info’Com CGT ; Jacques Chastaing, Luttes invisibles et Front Social ; Loïc Canitrot, Compagnie Jolie Môme ; Yannick Sobaniak, CGT Hôpital de Wattrelos ; Laurent Degousée, Co-délégué de la fédération Sud Commerce ; Frédéric Lordon, économiste, chercheur au CNRS ; Alex Callinicos, professeur au King’s College de Londres ; Gerard Filoche, GDS (Gauche Démocratique et Sociale) ; Ludivine Bantigny, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Rouen ; Amal Bentounsi, Urgence notre police assassine ; Denis Gravouil, secrétaire de la fédération CGT spectacles ; Manuela Donà, secrétaire générale CGT douanes ; Sylvie Guinand, Fédération CGT des Services Publics Responsable de la politique de communication ; Olivier Mans, secrétaire général de la fédération SUD Santé Sociaux ; Marie Pierre Vieu, députée européenne PCF GUE ; Marie-Christine Vergiat, députée européenne Gauche européenne ; Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de DAL ; Willy Pelletier, coordinateur général de la Fondation Copernic ; Emma Clit, blogueuse et dessinatrice ; Judith Krivine, responsable de la commission sociale du Syndicat des Avocats de France ; Michèle Riot Sarcey, historienne ; Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac ; Dominique Plihon, porte-parole D’Attac.

Structures signataires : L’Unef ; La Compagnie Jolie Môme ; La FIDL ; Le SNTEFP-CGT ; Sud Travail Affaires Sociales ; La Confédération National du Travail.

Autres signataires : Eric Alliez, philosophe, Université Paris 8 ; Ana Azaria, présidente de l’Organisation de Femmes Egalité ; Francine Bavay ;Mohammed Ben Yakhlef, élu municipal de Villeneuve-Saint-Georges (94) ; Antoine Boulangé, enseignant Espé Paris – Ferc Sup CGT ; Sébastien Budgen, éditeur Verso Books ; Jean-Marc Canon, syndicaliste CGT ; Vincent Charbonnier, syndicaliste SNESUP-FSU enseignant-Formateur, Université de Nantes-ESPE ; Gerard Chouat, directeur de recherche émérite CNRS syndicaliste SNCS FSU ; Jean Claude, Résistance Sociale ; Philippe Corcuff, universitaire ; Pierre Cours-Salies, Ensemble! ; Robert Crémieux, MNCP ; Laurence De Cock, historienne; Josépha Dirringer, juriste, membre du GR-PACT; Simon Duteil, secrétaire national de l’Union national Solidaires ; Pascal Franchet, CADTM France ; Isabelle Garo, philosophe; Franck Gaudichaud, enseignant-chercheur, Université Grenoble-Alpes ; Didier Gelot, Observatoire de la discrimination et de la répression syndicale; Karl Ghazi, syndicaliste CGT; Nacira Guénif, sociologue, Université Paris 8 ; Gwenn Herbin, Conseillère municipale déléguée à Nanterre (92) ; Gilles Houdouin, conseiller régional Normandie, Ensemble ! ; Michel Jallamion, président de la Convergence National des Services Publics ; Pierre Khalfa, Fondation Copernic ; Stathis Kouvélakis,  philosophe King’s College Londres ; Olivier Long, Universitaire et peintre, université Paris 1-Sorbonne ;  Elise Lowy, écolo ; Christiane Marty, Fondation Copernic ; Gustave Massiah, économiste ; Valérie Missillier, secrétaire politique financière FSPBA CGT ; Christian de Montlibert, sociologue professeur émérite ; Robi Morder, juriste; Olivier Neveux, Universitaire, enseignant-chercheur ; Etienne Penissat, chercheur au CNRS, membre de l’Observatoire de la répression et la discrimination syndicales ; Armelle Pertus, porte-parole de la campagne Poutou 2017 ; Christian Pierrel, porte parole du PCOF ; Manuel Rebuschi, enseignant-chercheur, université de Lorraine ; Philippe Reig, République et Socialisme ; Catherine Samary, économiste ; Véronique Sandoval, économiste; Simone Sebban, membre du Bureau national de Nouvelle Donne ; Henri Sterdyniak, animateur des économistes atterrés ; Baptiste Talbot, syndicaliste CGT ; Ludo Torbey, co-fondateur Osons Causer ; Rémy Toulouse, éditeur ; Karel Yon, chargé de recherches en sociologie ; Pierre Zarka, Observatoire des Mouvements de la Société.

Un collectif de personnalités politiques et civiles


Les droits fondamentaux des migrant.e.s doivent être respectés :

fsu.fr

Fédération Syndicale Unitaire


Le gouvernement prépare un projet de loi « asile-immigration ». La FSU est vigilante sur les dispositions que contiendra ce texte de loi et interviendra notamment pour qu’il ne contienne aucune mesure discriminatoire. Comme nombre d’associations et d’organisations, la FSU est porteuse de propositions pour assurer avec respect et dignité l’accueil des migrants et pour, avec eux, leur permettre de se construire un avenir dans notre pays. Si a priori le texte contient quelques mesures en faveur de la protection des personnes, l’esprit général est celui d’une conception suspicieuse de l’accueil.

La FSU interpelle le gouvernement sur les dispositions contenues dans la circulaire du ministère de l’Intérieur « relative au relogement des personnes bénéficiaires d’une protection internationale » publiée le 12 décembre dernier. En effet, ce texte prévoit un recensement des migrant.e.s dans les centres d’hébergement d’urgence, ce qui remet en question la protection et l’accueil inconditionnels de toute personne en besoin d’aide et d’accompagnement.

Pour la FSU, les centres d’hébergement d’urgence et de soins doivent rester des lieux de protection où toute personne ne peut être ni menacée, ni contrôlée.

De plus, par la mise en œuvre de contrôles préfectoraux au sein des centres d’hébergement avec l’objectif de procéder à des tris administratifs en vue d’expulsions, cette circulaire contrevient à l’article L345.2.2 du Code de l’action sociale et des familles qui stipule notamment que « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence » permettant « ..dans des conditions d’accueil conformes à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations…. » et « …de lui apporter l’aide justifiée par son état ».

C’est pourquoi la FSU juge cette circulaire inacceptable. Elle soutient les associations humanitaires et les organisations, qui, comme elle, en demandent le retrait.


La FSU défend les fonctionnaires attaqués par Marine Le Pen

LDH sarlat

fsu.fr

Marine Le Pen tombe le masque ! :

Fédération Syndicale Unitaire

Les fonctionnaires qu’elle dit défendre ne sont visiblement pas en odeur de sainteté lorsqu’ils font la preuve de leur indépendance, de leur intégrité et de leur sérieux professionnel dès lors qu’ils touchent aux affaires du Front National…

En effet, dans son discours à Nantes le 26 février, Madame Le Pen les a ni plus ni moins menacés : « Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l’élection. Mais ses fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L’État que nous voulons sera patriote ».

Non, Mme Le Pen, les « méthodes » définies par la loi ne sont pas « illégales ». Et donc la « responsabilité » des agents ne peut pas être engagée. Sauf à imaginer qu’une fois au pouvoir vous changiez le droit pour des arrangements particuliers en votre faveur…

Voilà une belle leçon de chose sur le statut de la Fonction publique. Car c’est bien le statut des agents de la Fonction publique qui aujourd’hui protège les agents comme les usagers de telles dérives autoritaires. La protection offerte aux fonctionnaires, contre les obligations de responsabilité, d’objectivité, d’impartialité et de neutralité auxquelles ils sont soumis, est essentielle pour offrir des services de qualité, justes, en dehors de toutes pressions ou de tous lobbyings.

Ce discours de la représentante du Front National signifie-t-il que s’il arrivait au pouvoir, les « règles » de fonctionnement, c’est à dire la loi serait changées ? Que les fonctionnaires seraient soumis à l’arbitraire ? Qu’ils pourraient être sanctionnés s’ils continuaient à faire bien leur travail ?

Cela mérite réflexion….


Mylène Palisse menacée de sanction : communiqué de la LDH.

LDH sarlat

ldh-france.org

Mylène Palisse menacée de sanction : l’indépendance du fonctionnaire

et la liberté d’expression syndicale

attaquées

– Ligue des droits de l’Homme

Libertés/Démocratie
14.12.2016
Communiqué communLe conseil de discipline réuni ce mardi 13 décembre 2016, a émis un avis infligeant une sanction de 7 jours d’exclusion temporaire avec sursis à l’encontre de Mylène Palisse.

Pourtant, l’exercice du contradictoire et les éléments avancés par ses défenseurs CGT ont mis en lumière le caractère totalement injustifié et discriminatoire des poursuites disciplinaires engagées depuis 9 mois contre Mylène Palisse, notre collègue et camarade élue CGT. L’administration pénitentiaire, en dépit de ce dossier vide, persiste dans sa détermination à faire taire ses personnels !

Nos organisations remercient l’ensemble des personnels et citoyens qui se mobilisent massivement pour soutenir Mylène et pour défendre la liberté d’expression syndicale. Alors même que l’autorité judiciaire est gardienne des libertés syndicales, le Ministère de la Justice a voulu museler les professionnels exerçant dans les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation, à travers une de ses représentantes syndicales, et pourtant c’est tout le contraire qui se produit !

Il appartient désormais au Ministère de corriger son errement politique en infirmant l’avis du Conseil de discipline.

Nos organisations exigent l’abandon des sanctions disciplinaires et le respect de la liberté d’expression syndicale.

Jusqu’à ce que le Ministère entende raison, nos organisations appellent l’ensemble des personnels, citoyen-nes, fonctionnaires, à signer massivement la pétition « Respecter la liberté d’expression » qui a, en quelques jours, obtenu plus de 2 000 signataires.

Nos organisations appellent à poursuivre la mobilisation car seul un tel rapport de force a contraint aujourd’hui l’administration pénitentiaire à un premier recul !

Toutes et tous solidaires avec Mylène !

« Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de vous en affranchir, vous n’avez qu’à le vouloir. » 1791 Olympe de Gouges Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne – Postambule

Paris, le 14 décembre 2016

Organisations signataires : La CGT insertion probation, La CGT, La CGT Fonction publique, l’UD CGT 65, le SNJ-CGT, L’UGICT-CGT, SOLIDAIRES Fonction publique, La FSU, Le Syndicat de la Magistrature, La Ligue des droits de l’Homme, l’Observatoire international des prisons

Téléchargez le communiqué


Lettre ouverte cosignée par la LDH à M. le garde des Sceaux

LDH sarlat

 

Montreuil, le 11 juillet 2016,

Monsieur le Garde des Sceaux,

Suite à la parution d’un article dans le journal L’Humanité intitulé « Cochez la case djihadiste », le 13 avril 2016, une procédure disciplinaire est envisagée par l’administration pénitentiaire à l’encontre d’une militante, secrétaire départementale de la CGT SPIP 65 et conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation au Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation.

Nos organisations s’indignent d’une telle réaction attentatoire à la liberté d’expression et au libre exercice de l’activité syndicale.

La CGT insertion probation et l’UGFF-CGT vous ont déjà alerté par un courrier en date du 18 avril 2016 qui est resté sans réponse et depuis notre camarade et collègue est toujours sans nouvelle concernant sa situation.
Nous rappelons avec force que la liberté syndicale est un droit humain universellement reconnu et protégé, une valeur fondamentale consacrée par la Constitution de l’Organisation Internationale du Travail depuis 1919.

Une expression syndicale dans la presse ne doit en aucun cas faire l’objet d’une sanction individuelle. Nous considérons que de telles pratiques ne sont que des tentatives aux fins de museler l’expression syndicale.

Le sujet évoqué dans cet article à savoir la mise en œuvre du plan de lutte anti terrorisme et la prévention de la radicalisation, ses impacts sur les missions de service public et la déontologie des personnels des SPIP ainsi que les interrogations soulevées font l’objet d’un débat légitime.

Nos organisations expriment toute leur solidarité à la conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation et militante CGT du SPIP de Tarbes et vous demandent expressément, Monsieur le Garde des Sceaux, de faire respecter la liberté d’expression et les libertés syndicales au sein de votre Ministère et renoncer immédiatement aux poursuites disciplinaires  envisagées à son encontre.

Dans l’attente de vous lire ou de vous rencontrer, Monsieur le Garde des Sceaux, nous vous prions d’agréer l’expression de salutations distinguées.

 

Les organisations signataires :

La CGT Insertion probation
La Confédération générale du travail
L’UD CGT Hautes Pyrennées
L’UGFF-CGT
La CGT Pénitentiaire
La CGT PJJ
La CGT Services judiciaires et chancellerie
L’UGICT-CGT
la CGT EPIDE
Le SNEPAP-FSU
Le SNPES-PJJ
Le Syndicat de la Magistrature
La Ligue des droits de l’Homme