L’électricité nucléaire coûte de plus en plus cher, selon la Cour des comptes

Par La rédaction de Mediapart

|

Le coût de l’électricité nucléaire ne cesse de croître en France : il a augmenté de 21 % entre 2010 et 2013, pour atteindre quasiment 60 euros par mégawatt-heure, contre seulement 49,6 en 2010, analyse la Cour des comptes, dans un rapport publié le 27 mai.

Le coût de l’électricité nucléaire ne cesse de croître en France : il a augmenté de 21 % entre 2010 et 2013, pour atteindre quasiment 60 euros par mégawatt-heure (MWh), contre seulement 49,6 en 2010, analyse la Cour des comptes, dans un rapport publié le 27 mai (à lire en cliquant ici).

Si EDF doit aujourd’hui dépenser plus d’argent pour produire de l’énergie atomique, c’est pour un ensemble de raisons : inflation des dépenses d’exploitation (coûts du combustible, de personnel, impôts et taxes, dépenses des fonctions centrales et supports), provisions pour la gestion des déchets et des combustibles usés ainsi que pour le futur démantèlement des centrales, investissements de maintenance. Depuis 2008, le montant des investissements annuels d’EDF a été multiplié par trois ; depuis 2010, il a doublé.

En réalité, ces nouvelles estimations de la Cour des comptes s’inscrivent dans un contexte déjà connu : après plusieurs années de sous-investissements dans son activité de production nucléaire, l’électricien fait face à des dépenses accrues de maintenance, qui s’ajoutent au « grand carénage » programmé pour remettre les réacteurs au niveau technique et de sûreté nécessaire au rallongement de leur durée de vie (entre 2011 et 2033, EDF devrait dépenser 90 milliards d’euros pour que ses réacteurs de 900 et 1300 MW passent avec succès leur quatrième visite décennale). Construites à l’origine pour 40 ans, les tranches nucléaires pourraient être utilisées pendant 50 ou 60 ans, selon EDF. Ce projet industriel n’a pas été validé par l’autorité de sûreté du nucléaire.

La catastrophe de Fukushima au Japon en 2011 a par ailleurs entraîné une révision à la hausse des exigences de sûreté, qui se traduisent elles aussi par des dépenses supplémentaires dans le parc nucléaire français, évaluées à 11 milliards d’euros.
Selon les calculs de la Cour des comptes, entre 2014 et 2025, la moitié des investissements d’EDF dans ses centrales correspondra à des investissements de sûreté.

Pour toutes ces raisons, les experts de la Cour des comptes estiment qu’à moyen terme les coûts de production du parc « sont orientés à la hausse ». Autrement dit, l’électricité nucléaire coûtera de plus en plus cher à produire. Le seul élément qui pourrait permettre d’atténuer les dépenses serait l’allongement de la durée de vie des réacteurs de 40 à 50 ans qui, par une astuce comptable, permettrait de lisser dans le temps l’impact des dépenses. D’où le lobbying effréné d’EDF qui a tenté toute l’année 2013 d’obtenir de l’Etat (son actionnaire à 85 %) l’autorisation de prolonger dans ses comptes la durée d’activité de ses installations. Le gouvernement Ayrault s’y était finalement opposé.

L’électricien se trouve pris dans un étau temporel : d’un côté, il doit faire durer ses centrales de dix à vingt ans supplémentaires pour amortir ses investissements. De l’autre, cette perspective lui coûtera cher : le parc nucléaire a été construit par vagues très rapprochées dans les années 1980 – 80 % des réacteurs ont été mis en service entre 1977 et 1987. Si bien que les dépenses liées à son vieillissement vont elles aussi se succéder à un rythme très rapide. Or la technologie de 3e génération, celle de l’EPR, promet d’être encore beaucoup plus onéreuse. La Cour des comptes se dit incapable de chiffrer le coût du courant qui sortira de l’EPR de Flamanville. Mais elle note que l’accord signé en octobre 2013 entre EDF et le gouvernement britannique pour le réacteur de Hinkley Point correspond à 114 euros par MWh, presque le double du coût du parc français actuel.

Autre alerte lancée par le rapport : la taxe sur les installations nucléaires de base, acquittée par l’électricien (579 millions de recettes en 2013), ne suffit plus désormais à couvrir l’ensemble des crédits publics consacrés à la production nucléaire (R&D, ainsi que pour la sûreté et la sécurité), qui atteignent 732 millions.

Comme en 2012, année de son rapport qui fait date sur les coûts de la filière électro-nucléaire, la Cour insiste sur « la nécessité » pour les pouvoirs publics de « prendre position sur le prolongement de la durée d’exploitation des réacteurs au-delà de 40 ans ». Autrement-dit : il faut décider maintenant, au risque sinon de mettre le système de production nucléaire en difficultés financières, techniques, humaines et de sûreté d’ici 2027. Car à cette date, 80 % des installations auront atteint l’âge de 40 ans.

Publicités

Où est la gauche ?

Par Denis Sieffert12 juin 2014

Une bataille hautement symbolique

« Intermittent », ça ne fait pas très sérieux. Il y a déjà dans ce mot comme un fameux risque de malentendu. Quelque chose qui aurait à voir avec l’inconstance, voire le dilettantisme. Plus ou moins consciemment, plus ou moins cyniquement, le Medef en joue. C’est ne pas connaître, ou ne pas vouloir connaître, les métiers de la culture. Car si l’intermittence définit bien un statut social fait de parenthèses forcées et d’événements saisonniers, elle oublie dans ce qu’elle suggère une réalité plus complexe que l’on pourrait appeler, au contraire, la constance de l’engagement. Les intermittents sont, pour la plupart d’entre eux, des femmes et des hommes habités par leur art, qui ne connaissent pas d’heures, ni de week-end ni vraiment de repos, et qui d’ailleurs n’en veulent pas. J’ai évidemment conscience en disant cela de parler de la part la plus noble du « métier » : le comédien, le metteur en scène, le musicien, l’artiste, l’acrobate… Mais comment dissocier de celui-là cet autre qui lui est indispensable : le technicien, le régisseur, l’éclairagiste, la maquilleuse, le décorateur, et tous ceux sans lesquels les premiers ne pourraient pas exister ?

Défendre le statut d’intermittent, c’est défendre un principe. Une évidence. Il n’y a pas de rôle que l’on n’ait besoin d’apprendre et d’habiter, ni de création qu’on ne doive féconder. Il se trouve que je butine en ce moment les Carnets d’artiste de Philippe Avron, homme magnifique, qui nous a quittés en 2010. On y comprend de quoi sont faites ces intermittences où l’artiste « ne travaille pas ». La recherche de « l’ascèse du corps » du comédien qui se prépare à jouer Dom Juan : « Tant de tilleuls, tant de bains chauds, de peur de voix cassée, de médicaments pour arriver à la maîtrise du rôle et de la salle. » Et ce travail sur soi-même quand il faut faire entrer le rôle en soi : « Il faudrait que je laisse l’Idiot jouer à ma place, note encore Avron, être habité par Mychkine, vivre Mychkine. » Bien sûr, je ne prends pas là les plus mauvais exemples. Molière, Dostoïevski, Avron… Mais quelle que soit l’œuvre, et quel que soit l’art, le mime, le chant, le trapèze, la création, que ce soit à la Comédie-Française ou dans la rue, l’épreuve est la même. Et puis, il y a les moments de vide absolu. La recherche d’emploi – mot riche ici d’un beau double sens. Une autre forme d’angoisse qui ne laisse pas non plus l’esprit en paix. Ce sont ces vides, et ces temps d’incubation, qu’une société au comble du mercantilisme tente de contester. Certes, en dépit de quelques tentatives patronales, on ne remet pas en cause le régime des intermittents. On ne fait que le rogner, l’user à petit feu, le rendre inopérant et décourageant pour le plus grand nombre possible d’artistes.

Le conflit qui menace aujourd’hui les festivals d’été nous renvoie aussi à une interrogation qui nous est familière dans ce journal, et plus encore depuis les élections européennes : où est la gauche ? Que fait la gauche ? Son attachement à la culture a toujours été une marque de fabrique. La future gauche de gouvernement n’avait pas de mots assez forts, il y a deux ans encore, quand elle était dans l’opposition, pour stigmatiser les projets pusillanimes d’une droite armée de sa seule règle à calcul. En février 2013, Michel Sapin, alors ministre du Travail, avait encore affirmé qu’« un régime pour salariés précaires a forcément un solde négatif ». Façon de dire que la culture ne tient pas dans un tiroir-caisse. Même dit sans trop de poésie, c’était bien. Mais aujourd’hui ? Son collègue François Rebsamen semble s’apprêter à ratifier un texte qui constituerait un nouveau recul pour les intermittents. Comme dans le dossier des retraites, les socialistes auraient-ils pris le relais de la droite ? Laquelle, en 2003, avait élevé à 507 heures de travail tous les dix mois (au lieu de douze mois précédemment) la barre qui ouvre le droit à indemnisation. Le texte du mois de mars que les intermittents contestent ces jours-ci s’y prendrait autrement, mais pour un même résultat. Il attaque sur deux fronts : aggravation de ce qu’on appelle le « délai de carence », soit un demi-mois supplémentaire d’attente pour des gens qui, pour beaucoup, sont des smicards, et augmentation de la cotisation.

La mauvaise foi régnant dans ce dossier, des chiffres tronqués circulent, exagérant du simple au triple le déficit causé par ce régime spécial. C’est au moins le mérite du médiateur nommé par le gouvernement, le député PS Jean-Patrick Gille, de reconnaître le mensonge des chiffres. Mais il faut aussi cesser d’accuser les intermittents de turpitudes dont ils sont le plus souvent victimes. Sans doute y a-t-il parmi eux quelques petits malins qui profitent du système, mais les gros contrebandiers, ce sont les entreprises publiques de radio et de télévision qui allègent leur masse salariale en transformant en intermittents des techniciens ou des « producteurs » qui devraient être des salariés. On aggrave ainsi un déficit tout en précarisant plusieurs catégories de personnel. Si le gouvernement veut faire des économies, c’est peut-être là qu’il doit les chercher. En respectant les particularités des métiers de la culture, et ce qu’ils ont de plus précieux : le temps de la création. Que deviendrait une société qui ne serait plus capable de faire vivre ses artistes ? Et une gauche qui serait complice de cette faillite ?

Nota Bene :

Carnets d’artiste (1956-2010), Philippe Avron, L’Avant-Scène Théâtre, « Quatre Vents figures », 312 p., 20 euros. On y reviendra car ce livre mérite mieux qu’une simple allusion.


Politis : édito du 4 juin 2014. Denis Sieffert.

Par Denis Sieffert4 juin 2014

Le pari de l’espoir

La gauche est-elle capable de faire taire les éternels sceptiques qui vont nous répétant que les querelles de chapelles sont aussi immuables que le Massif central ou les Vosges ?

Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai aimé Yannick Noah tennisman. Et déjà moins le musicien. Mais je n’aime pas du tout le moraliste politique. Celui qui, après les européennes, vient nous dire à la télévision qu’il a « honte » de la France, et qu’il se sent « insulté ». Ces mots, j’aurais peut-être pu les prononcer il y a quinze ou vingt ans. Nous étions nombreux alors à croire que le Front national devait être combattu par des leçons de morale, qu’il fallait jeter l’opprobre sur ses adhérents, et placer en quarantaine ses électeurs pour éviter que notre société ne soit contaminée.

C’était encore le temps de SOS-Racisme. Depuis, nous sommes un peu redevenus matérialistes, au sens philosophique du terme. La situation, il est vrai, nous y a aidés. C’est une évidence aujourd’hui que ce sont aussi des ouvriers qui votent pour le Front national. Et qu’ils ne le font pas par adhésion à une idéologie d’extrême droite, et moins encore fascisante, mais en raison de leur situation sociale et d’un profond désespoir politique. On connaît la fameuse phrase de Marx : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Ce qui ne veut pas dire qu’on est mû par sa seule fiche de paie ou par sa feuille d’impôts, mais que notre condition d’être social est un facteur essentiel dans la formation de notre opinion. Mais il y faut ajouter l’espoir ou le désespoir, qui font partie de l’existence sociale telle qu’on la projette. On me pardonnera ce petit détour par une citation surannée. C’est une façon de rappeler à ceux dont la vie est confortable que leurs leçons de morale n’ont aucune prise sur des gens qui sont dans des situations de précarité parfois extrêmes. Non seulement ce « politiquement correct » est inefficace, mais il est contre-productif. Ces deux positionnements – le « moralisateur » et le « un peu matérialiste » – face à la montée du parti de Marine Le Pen et à la droitisation de notre société, c’est ce qui distingue en principe les dirigeants du PS d’une gauche sociale (dans laquelle j’inclus la gauche du Parti socialiste). Les premiers font d’autant plus de morale qu’ils ont oublié de faire du social. Les seconds ont compris – ils y ont parfois mis le temps ! – qu’il ne peut y avoir de raccourci. Et que la seule solution, c’est une politique qui ferait sortir les catégories les plus défavorisées du chômage ou de la peur du chômage.

C’est donc de ce côté qu’il faut chercher l’espoir. À condition, que cette gauche de la gauche sache se rassembler. Est-elle capable de faire taire les éternels sceptiques qui vont nous répétant que les querelles de chapelles sont aussi immuables que le Massif central ou les Vosges ? Nous voulons faire le pari que oui. En vingt ans, et malgré les effets d’optique dus à notre impatience, le paysage a finalement été sérieusement transformé. Les Verts se sont installés, puis le Parti de gauche est apparu, formant avec le Parti communiste une articulation originale, mais tellement perfectible. Politis a accompagné ces évolutions. Et mieux que cela : il y a contribué. Mais voilà qu’aujourd’hui de nouvelles transformations sont indispensables et urgentes. Cela ne se passe jamais dans la sérénité, et presque toujours dans la crise. Signe encourageant : depuis une semaine, les appels fleurissent, et plusieurs personnalités du Front de gauche ont pris la parole pour pointer les erreurs de stratégie et remettre en cause l’architecture actuelle de la coalition. Clémentine Autain, notamment, dans Politis, puis Pierre Khalfa, lundi dans le Monde, ont plaidé pour un rassemblement plus large que le Front de gauche. Même Jean-Luc Mélenchon n’est pas épargné.

L’enjeu d’un assouplissement des structures et d’une plus grande ouverture, c’est évidemment de permettre un rassemblement large de toutes les composantes de la gauche écologiste et sociale : de la gauche du PS au NPA, s’il le souhaite, en passant par la gauche des Verts, Nouvelle Donne, mais aussi le mouvement social et associatif. Le paradoxe, c’est que le Front de gauche, souvent critiqué, et si fragile, apparaît comme le pivot de ce rassemblement. Que les choses se passent autour de lui ou en son sein. Quoi qu’il en soit, la tâche est immense. Car il ne peut s’agir seulement d’un assemblage. Un corps de doctrine commun est à inventer. Il faut passer de nouveau à l’offensive sur les institutions, le temps de travail, la réforme fiscale, oser rompre clairement avec la religion de la croissance… et tant d’autres choses. C’est la raison d’être de Politis que d’œuvrer à cette tâche. C’est-à-dire rendre l’espoir.

Nota Bene :

N. B.

Nous accueillons cette semaine sur Politis.fr un nouveau blogueur, « le Yéti », qui a quitté Rue 89 pour nous rejoindre. Et nous entamerons la semaine prochaine un blog thématique sur la Coupe du monde de football. Enfin, nos excuses à nos lecteurs pour une faute dans l’édito de la semaine dernière. Le passage de dernière minute d’un pluriel en singulier a transformé « fourvoient » en « fourvoit » au lieu, bien sûr, de « fourvoie ». Comme disait notre une : à qui la faute ? Je ne vous le dirai pas…


Cette jeunesse qui manifeste contre le fascisme

POLITIS

Par Louise Pluyaud
8 juin 2014

Un an après la mort de Clément Méric, jeune militant anti-fasciste tombé sous les coups de l’extrême droite, ils étaient plusieurs milliers à lui rendre hommage à Paris, le 7 juin.

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés [1], samedi 7 juin, à Paris, pour commémorer le premier anniversaire de la mort de Clément Méric, un jeune militant d’extrême-gauche tué à l’issue d’une bagarre avec des skinheads. Militants antifascistes, organisations syndicales et de jeunesse, partis de gauche, associations contre l’exclusion et collectifs féministes, tous s’étaient donnés rendez-vous place de la Bastille à 14h sous un soleil de plomb et dans la clameur des apophtegmes pour exprimer leur rejet et leur dégoût commun de l’extrême-droite. Pour l’occasion, certains militants ont fait le déplacement de loin comme Gildas Auzou, un militant Solidaires débarqué de Rouen « pour montrer que la résistance antifasciste est en France ». A quelques mètres, l’antenne parisienne du parti politique espagnol Podemos est également de la partie pour « exprimer son soutien et confondre sa voix avec les manifestants français », explique un de ses membres, Daniel Garcia.

« La manifestation ne se veut pas un temps de commémoration. Elle se veut une initiative politique, un moment de lutte. Car le combat contre l’extrême-droite est loin d’être gagné », peut-on lire sur un tract de l’organisation Alternative Libertaire. Sur les dizaines d’autres collectés de manière éparse, le mot d’ordre est également le même : « Face à la montée du Front national, il faut unir nos forces. » Cet après-midi là en effet, les slogans se font écho sans qu’une musique assourdissante ne vienne les contredire. « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos ! » est repris en chœur successivement par les manifestants à commencer par les antifas. Ils ouvrent la marche, groupés en rangs serrés derrière une banderole qui proclame : « Un an après, plus que jamais combattons l’extrême droite. » Le Parti Pirate ferme le cortège. Au milieu, un jeune militant du NPA en hurle un autre dans un microphone, « Contre le fascisme et la misère, c’est la lutte sociale qui est nécessaire ! », tandis qu’un peu plus loin le bruit étouffé de « Les droits de l’homme sont remplacés par la terreur » parvient à ses oreilles.

La jeunesse a raison !

Les jeunes constituent la majorité de cette manifestation d’hommage à leur ancien compagnon de lutte mais également la preuve que « la rue n’appartient pas aux extrémismes de droite  » affirme François-Xavier, lycéen et membre d’Alternative Libertaire. Sur son T-shirt noir est imprimé le visage de Clément Méric sous lequel est inscrit en caractères blancs l’injonction « Plus jamais ça ».

« Si je suis ici, c’est pour réaffirmer ma solidarité avec un jeune homme de mon âge qui est mort il y a un an, explique-t-il. C’est inacceptable qu’aujourd’hui encore quelqu’un puisse être tué pour ses idées. C’est exactement la même chose qui s’est passée en Grèce avec le meurtre de Pavlos Fyssas par un militant d’Aube Dorée. La France, l’Europe ne doivent pas devenir les terrains de jeu des fascistes. Nous sommes là pour le rappeler. »

A ce jour, quatre personnes sont mises en examen dans l’affaire Clément Méric, dont deux sont en détention provisoire, poursuivis pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Souvent critiquée pour son inaction ou sa démobilisation, la jeunesse était bel et bien présente dans la rue samedi, et pas seulement à Paris [2]. Vive et marchant d’un pas décidé jusqu’à Gambetta, elle a montré qu’elle poursuivait le même combat que Clément Méric contre le fascisme, le racisme, le sexisme et le capitalisme. « La semaine dernière, j’étais déjà avec les lycéens. C’est vivifiant de voir plein de jeunes dans la rue qui chantent et qui crient. Cette manifestation est pour moi l’une des plus belles démonstrations parmi toutes celles que j’ai pu faire en trente ans », s’émerveille Katel Benoît, une professeur à la retraite et présente également le jeudi 29 mai aux côté de l’UNL pour protester contre le FN suite aux résultats des élections européennes.

Spook : « C'est important d'être là aujourd'hui. L'antifascisme est une lutte de tous les jours. »

Spook : « C’est important d’être là aujourd’hui. L’antifascisme est une lutte de tous les jours. »

Darkos : « Je connaissais Clément Méric, on s'était vu plusieurs fois en manif. Cet hommage est important. Ça fait plaisir de voir qu'il y a du monde. »

Darkos : « Je connaissais Clément Méric, on s’était vu plusieurs fois en manif. Cet hommage est important. Ça fait plaisir de voir qu’il y a du monde. »

Maelyss, une jeune citoyenne de 19 ans venue rendre hommage à la mort de celui qui aurait eu son âge cette année, s’indigne approuvée par ses deux amis :

« Aujourd’hui, il y a une montée de l’extrême-droite. Les gens n’ont plus honte de dire qu’ils votent pour Marine Le Pen. Je pense que cette décomplexion est due à la crise. Ils ne savent plus quoi faire et le gouvernement ne les aidant pas ils se lancent dans la bêtise. Et ce qui me désole le plus, c’est que parmi ceux qui ont voté FN aux dernières élections européennes, 35% d’entre eux étaient des jeunes. »

La jeunesse de France n’est en effet pas homogène. Selon Yohan du Collectif Antifasciste Paris-Banlieue : « Le FN absorbe seulement une certaine jeunesse, en majorité non diplômée et qui a déserté les milieux associatifs, culturels ou syndicaux. » Cependant, à l’inverse de ces jeunes qui donnent leur voix à l’extrême-droite ou qui s’abstiennent, le jeune militant de 26 ans observe depuis un an le sursaut d’une partie de sa génération qui, selon lui pourrait bien remplacer l’ancienne dans la rue et dans la lutte contre le fascisme. « Aujourd’hui, il y a toute une jeunesse qui arrive, beaucoup plus diverse et multiculturelle et qui vient remplacée cette ancienne génération de militants de manière très dynamique, très ouverte prenant en compte toutes les formes d’oppression, épilogue-t-il tandis qu’une jeune femme passe prés de lui en brandissant une pancarte sur laquelle est inscrite « Vive la révolution ! ». Nous arrivons à un mouvement pluriel, peut-être moins structuré par les organisations traditionnelles mais qui est bien vivant. Il peut être l’avenir.  »

Bastos, porte-parole de l'Action Antifasciste Banlieue : « Je n'ai pas les chiffres de la manif mais c 'est une belle réussite, il y a du monde pour honorer la mémoire de Clément. Ça a demandé du boulot et l'union des différents groupes s'est bien passée. Je rappelle au passage qu'on a pas attendu les scores du FN pour attirer l'attention là dessus. »

Bastos, porte-parole de l’Action Antifasciste Banlieue : « Je n’ai pas les chiffres de la manif mais c ’est une belle réussite, il y a du monde pour honorer la mémoire de Clément. Ça a demandé du boulot et l’union des différents groupes s’est bien passée. Je rappelle au passage qu’on a pas attendu les scores du FN pour attirer l’attention là dessus. »

Unis dans la diversité

Derrière des militants antifascistes en ébullition, des syndicats de jeunesse et des partis politiques, dont le Parti de gauche et Ensemble !, sont venus se joindre à la manifestation. « C’est honteux ce qui est arrivé l’année dernière, s’indigne Camille Laine, membre à la coordination du Mouvement des Jeunes Communistes de France. Le MJC combat l’extrême-droite au quotidien. Il était donc logique que nous participions à ce rassemblement. » Derrière ces jeunes militants politiques, l’Union nationale des Lycéens (UNL) est également venue participer à « la construction d’une réplique suite au choc de la victoire du FN aux élections européennes », assène son président, Corentin Durand.

Parmi cette foule remontée contre la multiplication des actes racistes, sexistes et homophobes, se mêlent aussi des associations pour la lutte des droits de l’homme ainsi que des collectifs féministes. Unissant leur voix à celle des autres organisations, des femmes ainsi que des sans-papiers venus du Sénégal, du Gabon ou encore de la Mauritanie ont exprimé leur colère face à l’extrême-droite mais aussi leur déception envers la politique anti-sociale du gouvernement.

« Il est pour nous tout à fait normal qu’en tant que féministes nous soutenions cette manifestation antifasciste, relate le collectif 8 mars pour ToutES. D’une part, parce que l’extrême droite est une menace pour les droits des femmes en tant que telles, puisqu’elle a une vision essentialiste qui ne vise qu’à nous réduire à des outils de reproduction (…). D’autre part, beaucoup de femmes sont la cible directe de l’extrême droite et de ses discours, en tant que qu’étrangères ou non-blanches. C’est pour toutes ces raisons que nous devons nous inscrire de manière plus large dans la lutte antifasciste. »

Fatima-Ezzahra Benomar, secrétaire générale de l’organisation Les Effronté-e-es articule elle aussi cette lutte contre l’extrême-droite avec féminisme car depuis quelques temps elle s’alarme d’une recrudescence de violences sexistes perpétuées par des groupuscules réactionnaires et fascistes. « Suite à la Manif pour Tous et notamment grâce aux reculades du gouvernement notamment sur la PMA et la loi famille, ces derniers ont repris du poil de la bête », déplore-t-elle.

Outre le fascisme, le chef de l’Etat et son nouveau premier ministre se sont eux aussi attirés les foudres des manifestants. Car, si le cortège était rouge vif, il n’a laissé aucune place au rose. Les socialistes ni les MJS n’étaient présents et sans doute pas les bienvenus. « Pour nous, c’est très important que le gouvernement actuel applique les mesures pour lesquelles il a été élu. Mais, pour prendre un exemple parmi tant d’autres, le droit de vote des étrangers on l’attend encore, confie François-Xavier, le regard dans le vague. Les jeunes sont de moins en moins mobilisés parce qu’ils voient qu’au niveau politique rien ne change. Les partis qui sont élus ne tiennent jamais leurs promesses et aujourd’hui ne nous font plus rêver. »

Avant de partir rejoindre ses camarades de lutte, le jeune homme de 18 ans l’oeil pétillant et avec l’éloquence d’un tribun finit par conclure : « Je pense que c’est à toute la société civile de s’opposer à Marine Le Pen. C’est important que cette manifestation soit unitaire. Il est temps que toute la France se réveille et se rende compte qu’il y a une solidarité anti-fasciste qui existe et qui doit continuer. »

Nota Bene :

Reportage photos : Maxime François.