Revivez les moments forts du Congrès de la LDH à Grenoble…

http://www.ldh-france.org/grenoble-2017-ldh-en-congres-vent-debout-defense-droits-libertes/

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Présidentielle : soulagement et inquiétudes

ldh-france.org

Libertés/Démocratie  >  Démocratie

L’élection d’Emmanuel Macron ouvre un nouveau quinquennat et participe d’une redistribution de la donne politique dans un contexte périlleux. Plus de 66% des suffrages exprimés ont fait barrage à la candidature de Marine Le Pen, évitant ainsi d’installer durablement l’extrême droite à la tête du pays. La Ligue des droits de l’Homme apprécie ce résultat à sa juste valeur, en ce qu’il préserve les possibles démocratiques.Mais les dix millions de voix qui se sont portées sur la candidate du Front national, la radicalisation de la droite dite républicaine qui a marqué la campagne et l’enracinement dans le débat public des idées d’extrême droite, avec ce qu’elles charrient d’esprit de fermeture, de racisme, de discriminations et de violence, constituent autant de facteurs préoccupants pour l’avenir.Conjointement, le poids de l’abstention, du vote blanc et du vote nul – sans précédent lors d’une présidentielle – donne la mesure d’un décalage croissant entre offre politique institutionnelle et attentes citoyennes. Il y a là un message lourd de sens dont il faudra tenir compte.Conjurer les périls et répondre aux attentes populaires exigera plus que jamais un profond renouvellement de la vie et des pratiques politiques, qu’il s’agisse de représentation ou des mécanismes de décision. Les peurs et souffrances qui taraudent le pays et l’opinion publique appellent des réponses de justice sociale, une solidarité en actes, un développement humain garant de sécurité pour toutes et tous. Cela nécessite une ouverture solidaire au monde.Dans ce cadre, la Ligue des droits de l’Homme souligne que l’égalité des droits doit demeurer le  cœur battant du contrat républicain. Elle rappelle que la liberté, toujours, doit prévaloir sur la tentation d’un horizon rabougri au sécuritaire. Elle réaffirme que la fraternité est plus que jamais à défendre face aux politiques de haine et d’exclusion, face à la mise en concurrence de tous avec tous. Faire face à cette triple exigence renvoie à l’urgence de choix et de politiques de solidarité.La Ligue des droits de l’Homme appelle les citoyennes et les citoyens à défendre et faire vivre cette perspective à travers leurs choix lors des élections législatives, dont le résultat déterminera largement l’avenir politique de notre pays.

Paris, le 8 mai 2017


Présidentielles 2017 : changer de méthode pour changer de cap

ldh-france.org

Libertés/Démocratie  >  Démocratie

Paris le 21 avril,

Manifeste pour un virage citoyen

Cette campagne est décidément bien étrange. C’est la confirmation, s’il en fallait encore une, qu’un changement radical de méthode et de cap est nécessaire. Voilà maintenant plusieurs mois que la surenchère sécuritaire et les « affaires » polluent l’espace public. Ce climat délétère empêche l’émergence de tout débat de fond sur des sujets pourtant vitaux pour notre avenir commun. Bref disons-le clairement : cette campagne électorale n’est pas à la hauteur. Elle ne répond pas aux grands défis actuels, elle ne s’attaque pas aux racines des problèmes qui minent notre société et elle ouvre un boulevard toujours plus large aux forces populistes et rétrogrades.

Pour nous, acteurs-trices du changement et de la transformation sociale, la résignation n’est pas une option. Convaincus-es qu’un sursaut citoyen pourra nous sortir de l’impasse, nous parlons aujourd’hui d’une seule voix pour réaffirmer les valeurs qui nous lient et proposer une autre vision du monde. Il est temps de reconstruire ensemble un idéal commun et de faire prendre à notre société un nouveau virage. Un virage vers le progrès social. Vers une société où tous et toutes ont les mêmes droits, des droits effectifs qui reposent sur la solidarité. Un virage résolument citoyen.

Chaque jour sur le terrain nos organisations agissent en se confrontant au réel. Nous mobilisons des milliers de personnes pour défendre pied à pied notre bien commun le plus élémentaire : les droits fondamentaux. Le droit de chacun-e à vivre dignement, à être soigné-e correctement, à se déplacer, s’informer et s’exprimer librement, à être reconnu-e socialement, à vivre dans un environnement sain et à bénéficier du respect total de sa vie privée. Ensemble, nous défendons la solidarité, ici et ailleurs, aujourd’hui et demain. Nous agissons avec les personnes en situation de pauvreté, confrontées à la maladie, discriminées, menacées par les multiples risques sanitaires et écologiques.

Nous savons à quel point ces défis sont immenses et nous voulons peser en imposant la légitimité de ces sujets. Nous n’acceptons pas que le débat public soit pollué par celles et ceux qui proposent pour seul programme le repli identitaire et l’exclusion des plus vulnérables.

Il est temps que notre société apporte des solutions conformes au bien commun et à un avenir partagé, seul moyen de répondre aux enjeux considérables que sont la lutte contre la pauvreté et les inégalités, la transparence et l’exemplarité de la vie politique, la transition écologique, l’accès inconditionnel à la santé et à un logement décent, le devoir d’hospitalité, le respect des droits fondamentaux dans la transformation numérique, la promotion de la justice sociale et environnementale, la sécurisation des libertés publiques dans le contexte de risque terroriste.

Ces sujets méritent davantage qu’un addendum en fin de programme. Ils doivent être au cœur du débat. Mieux, les réponses politiques qu’ils exigent doivent se construire collectivement et s’appuyer sur l’expertise des citoyens-nes, des personnes concernées, des organisations et de la société civile.

Le monde associatif et militant, les millions de citoyens-nes qui agissent au quotidien montrent partout qu’une autre voie est possible.

Nous savons qu’il faudra du temps pour changer durablement de cap. Nous savons que le sursaut citoyen que nous appelons de nos vœux ne se produira pas en un claquement de doigts. Mais il n’est plus temps d’attendre. Nous sommes prêts, ensemble, plus déterminés que jamais. Pour citer Elizabeth Plum, activiste américaine et opposante féroce à la politique de Donald Trump : « notre lutte ne sera pas un sprint, mais un marathon. ».

Les signataires :

Aurélien Beaucamp, Président de AIDES

Jean-François Julliard, Directeur de Greenpeace France

Philippe Aigrain, co-fondateur et président de la Quadrature du Net

Françoise Dumont, Présidente de la LDH

Geneviève Jacques, présidente de la Cimade

Consulter le site de Virage citoyen


Adhésion LDH en ligne..

LDH sarlat

Je veux Adhérer
à la ligue des droits
de l’Homme

Parce qu’il n’y a pas de citoyenneté sans citoyenEs, la LDH ne se conçoit pas sans l’engagement des citoyenEs qui la rejoignent. Association (loi de 1901), elle vit essentiellement grâce au dévouement de ses adhérentEs, à leur engagement et leurs participations financières : cotisations, abonnement à sa revue Hommes et Libertés et dons.

En adhérant à la LDH,
vous choisissez de jouer un rôle actif !

  • Pour promouvoir et défendre tous les droits, individuels et collectifs, civils, politiques et sociaux
  • Pour combattre toutes les discriminations, le racisme, l’antisémitisme
  • Pour une citoyenneté active, coeur de ses valeurs depuis sa naissance (lors de l’affaire Dreyfus) dans l’actualité civique et politique nationale
  • Pour renforcer la liberté et promouvoir une égalité effective, ici et maintenant, en France, en Europe et dans le monde.

En adhérant à la LDH,
vous choisissez de jouer collectif !

  • Notre engagement pied à pied pour la promotion des droits prend appui sur des sections locales autonomes et sur une direction nationale renouvelée tous les deux ans.
  • Enraciné dans le quotidien, il se construit sur une réflexion à long terme sur l’avenir de la République, de la citoyenneté, de la démocratie dans un monde mouvant.
  • Parce que les droits fondamentaux sont universels, la LDH est partie prenante de l’Association européenne de défense des droits de l’Homme (AEDH) et de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH). Elle participe au processus des Forums sociaux mondiaux aux cotés des multiples organisations de défense des droits de l’Homme.
  • Pour renforcer la liberté et promouvoir une égalité effective, ici et maintenant, en France, en Europe et dans le monde.

En adhérant à la LDH,
vous choisissez de construire l’avenir !

  • Parce que le monde bouge, vite, et pas toujours dans le bon sens, la LDH travaille sans cesse à la déclinaison contemporaine et offensive de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Cela concerne aussi bien les migrations internationales que les biotechnologies, le logement ou les usages de l’Internet etc.
  • Parce qu’elle pense que l’avenir de l’humanité est solidaire, que la planète a besoin d’un développement durable, la LDH place les droits fondamentaux au cœur de la mondialisation pour laquelle elle s’engage. Parce que ces droits sont indivisibles, la LDH est attentive aux enjeux de libertés civiles, de droits sociaux, culturels, économiques et environnementaux. Sur tous ces enjeux, la LDH en appelle aux décideurs, aux élus, à l’opinion publique.

Dessin saisissant. A pleurer.


Lettre d’informations du site Délinquance, justice et autres questions de société N°234

LDH sarlat
Numéro 234 (8 novembre 2017)
Suivez aussi l’actualité quotidienne de ces thèmes au fil de https://twitter.com/LMucchielli

* Quand les industriels se moquent de la santé de leurs salariés : les verriers de Givors
* Immigration, culture et crime : l’utilisation problématique de recherches états-uniennes
* « Paradise Papers » : nouvelle vague de révélations sur l’évasion fiscale
* Petit manuel pour lutter contre les idées simplistes sur le harcèlement sexuel
* Le sort des « Biens mal acquis »
* Réchauffement climatique : la bataille est presque perdue
* Le sursis avec mise à l’épreuve en 2016
* Le travail, trop rarement incriminé dans les cancers
* La SNCF et sa filiale reconnues responsables d’un déraillement (11 mort et 42 blessés)
* Les chiffres clés de la Justice en 2016



Livres et revues
 
* Femmes meurtries et médicaments nocifs, Louise Fines, L’Harmattan, 2017 (http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=55016).


* Islam en France. Pratiques et vécus du quotidien, Ethnologie française, 2017, n°4 (http://ethnologie-francaise.fr/).

* Expériences juvéniles de la pénalité, Agora Débats/Jeunesses2017, n°77 (https://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2017-3.html)


* Chirac, Assad et les autres Les relations franco-syriennes depuis 1946, Manon-Nour Tannous, Presses Universitaires de France, 2017 (https://www.puf.com/content/Chirac_Assad_et_les_autres)

* L’Europe de la jeunesse. Enjeux et pratiques des politiques publiques, Patricia Loncle, Presses  de l’EHESP, 2017 (https://www.presses.ehesp.fr/produit/leurope-de-jeunesse/).


*Criminology and the Criminal Justice System, Cyrille Fijnaut, Intersentia, 2017 (http://intersentia.com/en/criminology-and-the-criminal-justice-system.html )

Lettre d’informations du site Délinquance, justice et autres questions de société N°235

 

LDH sarlat
Numéro 235 (17 novembre 2017)

* Des clefs pour comprendre les parcours des djihadistes
* Un livre qui tombe à pic dans le contexte d’islamophobie actuelle
* Le cri d’alarme de 15 000 scientifiques sur l’état de la planète
* Rhumes, maux de gorge, mal au ventre… des médicaments plus dangereux que les maux
* Le retour des bidonvilles
* Les impacts du glyphosate sur la santé et l’environnement
* Demain, tous crétins ? Les perturbateurs endocriniens affectent la santé mentale

Livres et revues
 
* Nouveaux enjeux de la délinquance économique et financière, Archives de politique criminelle, 2017, n°39 (https://www.cairn.info/revue-archives-de-politique-criminelle-2017-1.htm).

* Les Crimes du Futur. Au coeur des guerres souterraines pour le contrôle de nos vies numériques, Marc Goodman, Nouveau Monde éditions 2017 (http://www.nouveau-monde.net/livre/?GCOI=84736100504370&).


* La coutume kanak dans l’État. Perspectives coloniales et postcoloniales sur la Nouvelle Calédonie, Christine Demer et Benoît Trépied, L’Harmattan, 2017 (http://www.laviedesidees.fr/La-Nouvelle-Caledonie-de-l-usage-a-la-loi.html).

* Survivre à tout prix ? Essai sur l’honneur, la résistance et le salut de nos âmes, Jean-Michel Chaumont, La Découverte, 2017 (http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Survivre____tout_prix__-9782707197412.html).


* Santé mentale et processus de rétablissement, Jean-Paul Arveiller et al., Champ social éditions, 2017 (http://champsocial.com/book-sante_mentale_et_processus_de_retablissement,991.html).

* Le plafond de verre et l’État. La construction des inégalités de genre dans la fonction publique, Catherine Mary et al. Armand Colin, 2017 (http://www.armand-colin.com/le-plafond-de-verre-et-letat-la-construction-des-inegalites-de-genre-dans-la-fonction-publique).



Soutien du film : les sentinelles de Pierre Pèzerat

LDH sarlat

La LDH soutient le film « Les sentinelles », de Pierre Pézerat

Sortie le 8 novembre 2017

Ce film documentaire évoque un ensemble des combats contre les toxiques industriels, certains déjà anciens mais revenant devant la justice comme l’amiante, et d’autres plus récents dans le domaine agricole et agro-alimentaire. Tout en utilisant habilement quelques images d’archives, il suit quelques-unes des personnes ayant subi des expositions à divers polluants du fait de stratégies industrielles privilégiant la rentabilité financière maximale au détriment de l’humain, en témoignant à la fois des luttes et des drames vécus par les victimes et leur entourage.

Avec des séquences parfois très émouvantes, il donne à entendre la voix et l’expérience de celles et ceux que la plupart des reportages montrent peu : les “sentinelles”, en reprenant l’expression du père du réalisateur, le célèbre toxicologue Henri Pézerat (décédé en 2009) qui fut l’artisan essentiel de l’interdiction de l’amiante et avait coutume de dire que  »les ouvriers sont des sentinelles du milieu environnemental’’ du risque toxicologique, en tant que premiers touchés par les polluants… Ce film éclaire ainsi un aspect des évolutions épidémiologiques mises en évidence par de nombreux chercheurs montrant que la majorité des pathologies d’aujourd’hui n’ont rien d’inéluctables et relèvent, en France, comme à l’échelle mondiale, de déterminants environnementaux de la santé constituant un vaste champ d’actions nécessaires pour réduire les inégalités dès l’amont du soin.

Il suit aussi l’activité d’Annie Thébaud-Mony, sociologue de la santé, directrice de recherche honoraire INSERM (Unité Groupement d’Intérêt Scientifique sur les Cancers d’Origine Professionnelle), présidente de l’association Henri Pézerat (santé, travail, environnement), qui ne cesse depuis des décennies de défendre les victimes de maladies professionnelles et s’efforce d’en briser l’invisibilité, en France et dans le monde. Elle constitue le lien vivant entre les différents personnages du film, notamment lors d’une rencontre inédite et imprévisible entre un ex-salarié syndicaliste en lutte contre les méfaits de l’amiante et un agriculteur petit patron céréalier longtemps utilisateur intensif de produits chimiques ayant découvert accidentellement la nocivité des pesticides pour lui comme pour l’environnement…

Le film donne aussi à voir quelques moments de joie lors d’avancées dans les combats collectifs associant aux travailleurs concernés une équipe d’avocats et de chercheurs. Il ne cache pas pour autant les difficultés rencontrées pour obtenir la reconnaissance d’une responsabilité pénale des décideurs d’une production industrielle faisant usage de substances reconnues comme toxiques souvent mortels (cancérogènes, neurotoxiques) ou susceptibles de porter atteinte à la reproduction (mutagènes, reprotoxiques), contestant généralement le lien de causalité entre la maladie ou la mort de victimes et la substance incriminée.

 

Les sentinelles

Film documentaire de Pierre Pézerat

France, 2016

Distribution : DESTINY FILMS

 


La liberté est l’affaire de tou-te-s – ATTENTIFS ENSEMBLE

LDH sarlat

Connaissez-vous la fable de la grenouille cuite ?

Non ? Alors empressez-vous de lire La liberté est l’affaire de tou-te-s, la bande dessinée de l’Observatoire de l’état d’urgence réalisée en collaboration avec la dessinatrice Mirion Malle afin de dénoncer le caractère liberticide de la loi antiterroriste mais aussi, hélas, l’absence de mobilisation générale. Or il est plus que jamais nécessaire de monter au créneau pour défendre les droits et les libertés fondamentales contre l’instauration d’un état d’urgence permanent qui risque de saper les fondements de la démocratie au prétexte de défendre celle-ci.

Lutter contre les actes terroristes ne fait pas débat. Préserver nos libertés en mérite un.

QUI EST MIRION MALLE ?

Mirion Malle, née le 7 juillet 1992 en Charente-Maritime, est une dessinatrice de bande dessinée française. Elle se fait connaître grâce à son blog BD féministe Commando Culotte où elle expose, dès 2011, son quotidien, avant de se consacrer aux clichés concernant la représentation des femmes dans les films et les séries télévisées.


L’État peut prendre en charge les mineurs étrangers « à titre exceptionnel »

LDH sarlat

Source : www.ouestfrance.fr

Auteur : Ouest France avec AFP

« L’État peut assurer la prise en charge des mineurs isolés étrangers, « à titre exceptionnel » et si le département, dont c’est normalement une compétence, est « dans l’impossibilité » de le faire. C’est ce qu’a estimé le Conseil d’État dans une décision du 8 novembre, dévoilée ce lundi.

C’est une décision du 8 novembre, dont l’AFP s’est procuré une copie ce lundi. Le Conseil d’État statuait sur le dispositif mis en place pour les mineurs après le démantèlement de la Jungle de Calais en octobre 2016, via les « Caomi » (centres d’accueil et d’orientation pour mineurs). Le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré-e-s) notamment demandait l’annulation, pour « excès de pouvoir », de la circulaire créant ce « dispositif dérogatoire ».

Le Conseil d’État a rappelé que le département avait certes une « compétence de principe » pour la protection des mineurs au titre de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Mais cette compétence ne fait toutefois « pas obstacle à l’intervention de l’État » pour « la prise en charge, à titre exceptionnel, des mineurs », dès lors que, « du fait notamment de l’ampleur et de l’urgence des mesures à prendre, le département est manifestement dans l’impossibilité d’exercer sa mission de protection des mineurs ».

Monter en puissance dans la prise en charge des jeunes étrangers sans famille

C’était le cas à Calais après le démantèlement du campement de migrants où le nombre de mineurs à prendre en charge, évalué à « plus de 1 500 », « excédait manifestement les capacités d’accueil » de l’ASE du Pas-de-Calais, selon le Conseil d’État.

Cette validation de « dispositif dérogatoire » intervient alors que l’État compte monter en puissance dans la prise en charge des jeunes étrangers sans famille, ces « mineurs non accompagnés » (MNA) dont le nombre pourrait atteindre 25 000 cette année (contre 13 000 l’an dernier).

L’État « assumera l’évaluation » de l’âge « et l’hébergement d’urgence » de ces mineurs « jusqu’à ce que leur minorité soit confirmée », avait annoncé fin octobre le Premier ministre Édouard Philippe, en précisant que « 132 millions d’euros » de crédits supplémentaires étaient prévus dans le projet de loi de finances pour 2018.

Cette somme vise à « prendre en charge, à titre exceptionnel, une partie des surcoûts de l’aide sociale à l’enfance liés à la hausse du nombre de mineurs non accompagnés », avait-il indiqué, alors que les départements chiffrent à un milliard d’euros le coût prévisionnel des MNA en 2017. »


Crise Catalogne-Espagne : une tribune de Michel Tubiana

LDH sarlat

https://www.ldh-france.org/8-novembre-2017-tribune-michel-tubiana-jouent-publiee-mediapart/


Françoise Héritier : « Il faut anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible

LDH sarlat

L’ethnologue et anthropologue n’a cessé de déconstruire les idées reçues sur le masculin et le féminin.

LE MONDE | • Mis à jour le | Propos recueillis par Annick Cojean

Françoise Héritier, à Paris, en mars 2013.
Françoise Héritier, à Paris, en mars 2013. ERIC FEFERBERG / AFP

Je ne serais pas arrivée là si…

Si je n’avais pas éprouvé une curiosité intense en entendant des camarades étudiants en philosophie me parler d’un séminaire absolument « exceptionnel » fait par un professeur dont je n’avais jamais entendu le nom et qui s’appelait Claude Lévi-Strauss. J’avais 20 ans, j’étudiais l’histoire-géographie, et leur enthousiasme était tel qu’il fallait que j’entende, de mes propres oreilles, ce qui se passait dans ce cours de l’Ecole pratique donné à la Sorbonne. Ce fut une révélation.

De quoi traitait donc ce séminaire ?

De la « parenté à plaisanterie » à Fidji. Et je vous assure que, pour une jeune fille qui sortait de sa province et qui faisait alors des études très classiques, c’était stupéfiant. Découvrir qu’il existait des sociétés où des beaux-frères pouvaient se saluer différemment et utiliser tel ou tel type de plaisanteries selon qu’ils avaient épousé la sœur aînée ou la sœur cadette de l’autre ouvrait des perspectives sur des mondes, des idées, des usages que je n’avais jamais soupçonnés. C’était d’une ouverture et d’une fraîcheur fabuleuses !

J’ai suivi la première année de cours avec passion. Totalement conquise. L’année suivante, c’était encore plus fort ! Le séminaire portait sur la chasse rituelle aux aigles chez les Hidatsas, des Indiens d’Amérique du Nord. Vous n’imaginez pas combien, dans une époque sans télévision, ce sujet pouvait se révéler fascinant. C’était tellement mieux que mes cours d’histoire !

De nature à vous faire changer d’orientation ?

Oh oui ! D’un coup, j’avais la tête ailleurs, alors qu’il fallait que je termine mon diplôme en histoire du Moyen Age. Lorsque Claude Lévi-Strauss a annoncé un jour qu’un nouvel institut de sciences humaines appliquées recherchait pour partir en mission en Afrique un ethnologue et un géographe, j’ai tout de suite postulé au poste de géographe.

Mais on n’a pas voulu de moi parce que j’étais une fille. Entendez : trop fragile, incapable de survivre à la chaleur, à l’eau sale, aux moustiques, aux serpents, aux scorpions, aux animaux féroces… Bref, le poste est resté vacant quelques mois. Et ce n’est que faute de candidature masculine qu’on a fini par agréer la mienne. Il fallait bien faire contre mauvaise fortune bon cœur ! En 1957, je suis donc partie en mission en Haute-Volta. Et ma vie s’en est trouvée bouleversée.

C’était la première fois que vous vous heurtiez à une discrimination des femmes ?

De manière aussi caractérisée, oui ! Mais il faut dire que, avant l’université, j’étais dans des écoles de filles. Aucune rivalité avec les garçons. Seulement des accrochages, des lancers de boules de neige cachant des pierres et des jeux de mots sexistes criés, d’un trottoir à l’autre, par les gars d’un lycée proche du mien, le long de la rue de Rome, à Paris.

Aucune différence entre garçons et filles au sein de la cellule familiale ?

Aucune en apparence. Même droit aux études pour mon frère et ses deux sœurs. Même argent de poche distribué solennellement par mon père dans des enveloppes identiques. Mais la discrimination était insidieuse. Il n’était pas question par exemple que mon frère desserve la table ou mette le couvert. Il fallait être aux petits soins pour lui. Et, lorsque nous étions en vacances à la campagne, ma sœur et moi tricotions pull-overs et chaussettes, assises dans la cour, aux pieds de nos grands-mères, tandis que mon frère partait faire du vélo avec ses copains en toute liberté.

Vous n’aviez pas le droit de sortir ?

Ah non ! Quand on sortait à vélo, c’était uniquement accompagnées par nos grands-mères. Elles nous paraissaient vieilles, mais elles n’avaient qu’une cinquantaine d’années et enfourchaient prestement leur bicyclette. Je me souviens d’un jour où nous avons voulu semer notre grand-mère maternelle, prises d’une soudaine fébrilité. On a foncé comme des folles, puis on s’est arrêtées au bord du talus pour l’attendre. Au bout d’un long moment, comme elle n’arrivait pas, on est reparties en sens inverse et on l’a retrouvée par terre, le poignet fracturé. Vous imaginez la culpabilité !

Cette différence de droits et de libertés avec votre jeune frère vous avait donc fait toucher du doigt la domination masculine.

Oh elle m’était apparue bien plus tôt ! Pendant la guerre, nos parents nous envoyaient séjourner en Auvergne, chez les oncles et cousins de mon père, pour nous requinquer et nous faire grossir, car dans les fermes, il y avait encore du beurre, du lait, des œufs… Pendant les repas, chacun prenait sa place selon un ordonnancement immuable. Au bout de la table s’installait le fermier, muni de son couteau de poche pour tailler les miches de pain. En face, se tenait le premier valet, puis ses fils, encore très jeunes, les autres valets, et enfin moi, la petite cousine. La mère et l’épouse ? Elles ne s’asseyaient pas. Elles apportaient les plats, servaient les hommes… et mangeaient debout les restes du repas. La tête du lapin ou la carcasse du poulet. Jamais les morceaux de choix. Quand il fallait de l’eau fraîche, c’est moi qu’on envoyait à la source, et pas un des valets qui aurait pourtant eu moins de mal à porter le seau que la petite fille que j’étais.

Vous perceviez l’injustice ?

Elle m’indignait ! Mais il y avait autre chose. Sur le palier de l’escalier qui montait aux chambres se trouvaient deux chromos qui représentaient la pyramide des âges de la vie pour l’homme et pour la femme. Une marche par décennie, accompagnée d’un dessin représentant le personnage ainsi qu’un vers de mirliton. A 20 ans, on voit l’homme choisir une épouse ; à 30 ans il admire ses fils ; à 50 ans, il triomphe, bras étendus, « maîtrisant le passé et le futur ». Puis il entame la descente, curieux et vif, se promenant dans le pays, apprenant à connaître le monde et les autres. Il meurt l’esprit tranquille parce qu’il a bien rempli sa vie. Pour la femme, c’est une autre affaire. A 10 ans, c’est une fille innocente : « pour elle la vie est ravissante ». A 20 ans, « son cœur tendre s’ouvre à l’amour ». A 40 ans, elle bénit le mariage de ses enfants et la naissance de ses petits-enfants. A 50 ans, déjà vieillie, « elle s’arrête, au petit-fils elle fait la fête ». Et puis elle amorce sa descente « dans la douleur », appuyée sur un garçon, fils ou petit-fils, et elle meurt « sans courage ».

Mais c’est désespérant !

Je ne vous raconte pas d’histoires ! J’ai toujours ces chromos ! La différence de condition entre l’homme et la femme me sautait chaque jour aux yeux et je ne comprenais pas ce que signifiait : « A 50 ans, elle s’arrête ». Elle s’arrête de quoi ? Personne ne pouvait me répondre. Ce n’est que plus tard que j’ai compris : elle est ménopausée, elle s’arrête donc d’être féconde et séduisante, elle a perdu toute valeur, contrairement à l’homme, en pleine possession de sa force. C’est une sacrée leçon quand on est enfant.

Seulement si on a les moyens d’avoir un œil critique et de s’en indigner. Sinon, c’est un outil de propagande sexiste qui conditionne l’esprit !

C’est bien le problème. Enfant, je voyais que la vie se passait comme ça, et que le chromo affichait en fin de compte une sorte de normalité. Et en même temps, j’étais saisie par un profond sentiment d’injustice en comparant à chaque étape les images de l’homme et de la femme. Et ces petites phrases assassines…

A quoi rêviez-vous, un peu plus tard, en tricotant sagement aux pieds de vos grands-mères ?

J’essayais de suivre leurs conversations, qui n’étaient en fait que des commérages. C’était leur seul terrain d’entente, car elles ne s’aimaient guère. Alors, contraintes de cohabiter pendant l’été, elles parlaient des uns et des autres, des mariages notamment. La Lucette de chez Chevalère avait rencontré au mariage d’Untel le cousin germain d’Unetelle qui n’était autre que le frère du cousin germain de sa belle-sœur… Je m’efforçais de suivre le dédale des liens familiaux, de décrypter tous les rapports de parenté, et je trouvais cela passionnant !

La conclusion était souvent très simple : deux frères épousaient deux sœurs, ou bien tel mariage unissait des cousins issus de germains. Mais l’intéressant, c’était de suivre le cheminement compliqué des protagonistes – qui n’avaient aucune vision d’ensemble – et les raisons des choix aboutissant à telles structures.

Vous faisiez déjà de l’ethnologie.

Sans le savoir ! Cela m’a donné une forme d’agilité intellectuelle très utile pour mener plus tard des études de parenté. Je crois beaucoup à ces façonnages qui nous viennent de l’enfance.

Mais comment vous projetiez-vous dans le futur ? Etiez-vous fascinée par certains rôles ?

Au contraire ! J’étais épouvantée par certains rôles !

Lesquels ?

Eh bien, je me croyais condamnée, par la force des choses, au rôle de mère de famille, sans toutefois parvenir à me projeter ainsi. Impossible de m’imaginer passer ma vie à m’occuper d’un intérieur, d’un mari, d’enfants. Non, vraiment, je ne pouvais pas. Je ne savais pas ce que je ferais, je ne savais même pas que l’ethnologie existait. Mais j’entendais être autonome, choisir ma vie, ne pas me laisser contraindre ni dominer. Et je n’écartais d’ailleurs pas l’idée de rester célibataire.

Quel modèle formait le couple de vos parents ?

Une petite bourgeoisie raisonnable sortie de la paysannerie. Je ne dirais pas satisfaite, mais convaincue d’être arrivée au mieux de ce qu’elle pouvait faire, à charge pour les enfants de poursuivre le chemin. L’idée de réussite sera d’ailleurs incarnée à leurs yeux par mon frère, devenu ingénieur des mines, et ma sœur, chirurgienne-dentiste. Des métiers connus et rassurants. Tandis que moi… Je crois qu’ils n’ont réalisé ma compétence dans un domaine que lors de ma leçon inaugurale au Collège de France, en 1983, lorsque j’ai succédé à Claude Lévi-Strauss. Mais c’était un peu tard…

Avez-vous perçu enfin de l’admiration dans leurs yeux ?

Ma mère a continué de dire « ma pauvre fille, tes livres ne sont pas pour moi. » Elle n’en a lu aucun.

Pourquoi « ma pauvre fille » ? Vous réussissiez, vous étiez épanouie, louangée…

C’est ainsi qu’elle m’appelait. Je n’étais pas conforme à son modèle et elle ne comprenait pas cette fille qui ne voulait pas « se contenter » et choisissait un métier qu’on n’arrête pas à 6 heures du soir.

Une « pauvre fille » avec du caractère ! N’avez-vous pas claqué la porte du domicile familial sur un coup de tête ?

Disons sur une impulsion. Les logements étaient rares à Paris, dans les années 1950. Et nous avions échangé notre logement de Saint-Etienne contre un appartement à Paris qui était sympathique, mais très étroit pour contenir mes parents, mon frère, ma sœur, ma grand-mère et moi. Or nous disposions d’une minuscule chambre de bonne dans laquelle je rêvais de mettre mon lit. Ma mère s’y opposait : l’accès à cette chambre signifiait que je pourrais entrer et sortir à son insu. Ce n’était pas mon genre, mais on surveillait les filles de près à l’époque, fussent-elles étudiantes. J’ai supplié, insisté, expliqué que j’avais du mal à travailler à côté de ma sœur qui écoutait la radio, etc. Jusqu’à ce que ma mère, ulcérée, me lance un jour : « Si tu n’es pas contente, tu n’as qu’à t’en aller ! »

Et vous êtes partie ?

Sur-le-champ ! J’étais majeure, j’avais 22 ans. Je suis allée chez un ami, puis j’ai loué une chambre de bonne sur un sixième étage de la rue Gay-Lussac, avec l’eau sur le palier. Et ce fut le bonheur. Oui, je me souviens de ces années-là, 1955,1956, comme d’une période d’éblouissement, entre camaraderie, université, découverte de l’ethnologie, aventures intellectuelles.

Nous nous retrouvions tous les soirs en petite bande dans un café, Le Tournon, décoré de fresques représentant le jardin du Luxembourg. Et je me rappelle presque avec extase ces moments où nous refaisions le monde, heureux d’y côtoyer des musiciens et écrivains noirs américains exilés en France. C’était vivant, électrique, fécond. On se sentait pleinement exister.

Et puis vous mettez le cap sur l’Afrique.

Oui. Et je n’oublierai jamais ce moment extraordinaire que fut mon premier contact avec la terre africaine. C’était à Niamey, à la tombée de la nuit. En posant mon pied sur le tarmac, tout juste sortie de la Caravelle, j’ai été saisie par la puissance de l’odeur de la terre. Une odeur d’humus et de poussière. Une odeur chaude, épicée, âcre, enivrante. Qui monte dans les narines et qui n’est comparable à nulle autre. Je me suis immédiatement sentie là où je devais être. A ma place naturelle.

Le travail en village auprès des populations Mossi et Panna vous a-t-il tout de suite intéressée ?

J’ai su instantanément que j’avais trouvé ma voie. Michel Izard était l’ethnologue et moi la géographe, mais nous avons tout de suite partagé équitablement les tâches, et c’est ce dont je rêvais.

Quelle chance de trouver sa voie !

C’est vrai. C’était en 1957, et je peux le confirmer quelque soixante années plus tard. Non seulement je ne regrette rien mais, si c’était à refaire, je sauterais dans la même aventure à pieds joints.

Tant de jeunes gens tâtonnent sans trouver de pôles d’intérêt.

Quand on a ce coup de chance, il faut savoir le saisir. Je l’ai toujours dit à mes étudiants, et surtout à mes étudiantes. « Osez ! Foncez ! » Et ne vous laissez pas freiner par des problèmes d’appartement, de famille ou de points de retraite. Cela m’a toujours fait de la peine de voir des jeunes se priver de l’aventure de leur vie parce qu’ils avaient peur de lâcher ce qu’ils avaient à Paris.

Lorsque vous avez décidé de vous marier avec l’ethnologue Michel Izard, au bout de six mois d’Afrique, vous n’avez pas eu envie de rentrer à Paris ?

Ah non. Cela faisait partie de l’originalité de notre choix à tous les deux. C’était en 1958, juste avant l’indépendance, et le dernier administrateur européen a pu nous marier très simplement au Cercle de Tougan. Ni l’un ni l’autre n’étions portés sur les grands événements familiaux. Ma sœur s’était mariée peu de temps avant, en grand tralala bourgeois, robe à traîne et grand voile. Il était hors de question que je souscrive à cela. Je ne pouvais pas !

Après des travaux sur la parenté, l’alliance, le corps, l’inceste, c’est l’universalité de la domination masculine qui a rapidement concentré votre attention.

Oui. Car c’est le cas depuis la nuit des temps, alors même que cette hiérarchie entre les sexes est une construction de l’esprit et ne correspond à aucune réalité biologique. Hommes et femmes ont les mêmes capacités physiques, cérébrales et intellectuelles. Mais la domination des hommes, qui structure toutes les sociétés humaines, est partie du constat, fait par nos ancêtres préhistoriques, que seules les femmes pouvaient faire des enfants : des filles, ce qui leur semblait normal, mais également des garçons, ce qui les stupéfiait.

Le coït étant nécessaire à la fécondation, ils en ont conclu que c’était les hommes qui mettaient les enfants dans les femmes. Pour avoir des fils, et prolonger l’espèce, il leur fallait donc des femmes à disposition. Des femmes dont il fallait s’approprier le corps car il importait que personne ne leur vole le fruit qu’ils y avaient mis. Des femmes sur lesquelles ils pouvaient aussi capitaliser, puisque ne pouvant pas coucher avec leurs sœurs, en vertu de l’interdit de l’inceste, ils pouvaient au moins les échanger contre les sœurs des autres hommes. Ainsi s’est créée une société parfaitement inégalitaire où la mainmise sur les corps et les destins des femmes a été assurée, au fil du temps, par des privations (d’accès au savoir et au pouvoir) et par une vision hiérarchique méprisante.

On ne peut pas nier une différence de stature physique qui accentue la vulnérabilité de la femme.

Même cette dysmorphie a été construite ! J’ai une jeune collègue qui a travaillé sur ce sujet et elle montre que toute l’évolution consciente et voulue de l’humanité a travaillé à une diminution de la prestance du corps féminin par rapport au masculin. Depuis la préhistoire, les hommes se sont réservé les protéines, la viande, les graisses, tout ce qui était nécessaire pour fabriquer les os. Alors que les femmes recevaient les féculents et les bouillies qui donnaient les rondeurs. C’est cette discordance dans l’alimentation – encore observée dans la plus grande partie de l’humanité – qui a abouti, au fil des millénaires, à une diminution de la taille des femmes tandis que celle des hommes augmentait. Encore une différence qui passe pour naturelle alors qu’elle est culturellement acquise.

Comme le serait la répartition sexuelle des tâches et des rôles dans la société.

Evidemment ! Pourquoi le fait de mettre des enfants au monde entraînerait-il l’obligation pour les femmes de faire le ménage, les courses, la cuisine et d’entretenir un mari ? Je ne perçois ni la logique ni le rapport. Il a fallu qu’intervienne toute une série de raisonnements, de croyances, de pensées multiples pour organiser cette répartition qui n’a rien de naturel.

Les évolutions médicales, comme la procréation médicalement assistée (PMA), chamboulent-elles les constructions mentales que vous évoquez ?

Voyons, la vraie révolution, c’est la contraception ! Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, les femmes peuvent choisir si elles veulent ou non procréer, quand, combien de fois, avec qui. Elles redeviennent sujets à part entière.

« C’est la fin du pouvoir de l’homme et du père », s’alarmait un parlementaire au moment du vote de la loi Neuwirth. Il avait raison. C’est un retournement de situation, car la contraception intervient très exactement là où s’est noué l’assujettissement féminin. Quant aux autres évolutions, comme la PMA, qui offre à des femmes la possibilité d’avoir des enfants quand la nature ne le leur permettait pas, elles me semblent aller de soi. L’idée d’une égalité des deux sexes dans la procréation progresse.

Avez-vous personnellement subi, au cours de votre carrière, les manifestations du machisme ?

Je ne connais pas une seule femme qui puisse dire n’avoir jamais affronté le machisme ! Mais je ne l’ai pas subi dans ses formes outrancières. Seule femme parmi une cinquantaine d’hommes au Collège de France, je m’étais fondue dans le groupe au point qu’ils avaient de sévères oublis de langage. C’est ainsi que, lors d’une réunion préalable au choix de futurs collègues, un professeur s’est levé pour défendre une jeune helléniste. Il ne connaissait pas sa spécialité, a-t-il avoué, mais il se rappelait avoir été près d’elle lors d’un colloque et que : « C’est une beauté ! Elle a des jambes, mais des jambes ! Un buste merveilleux, un port de tête, une manière de se tenir… Elle est extraordinaire ! » J’ai souhaité prendre la parole, et j’ai demandé si, comme à l’armée, nous avions une « note de gueule ». Mes collègues ont ri. Puis ont baissé la tête. Il n’en a plus jamais été question.

Tout l’intérêt d’un arrêt sur image…

C’est cela. Une petite phrase suffit parfois pour faire prendre conscience de l’anomalie qu’il y a à perpétuer un discours obsolète. Il nous faut être vigilantes. Ne rien laisser passer. Il y a quelques années, un slogan courait : la mise à bas de la domination masculine commence par refuser le service du café.

Vos travaux et l’impact de vos livres vous ont-ils obligée à vous impliquer dans les débats publics ?

Bien sûr. Je n’ai jamais été une militante de rue, peut-être à cause de mes problèmes de santé. Peut-être aussi, comme l’a dit une jeune amie, parce qu’on ne peut pas brandir dans la rue une pancarte : « A bas la valence différentielle ! » Mais, sans militer dans des groupes constitués, j’ai accompagné des mouvements féministes. En sous-main. Par écrit. Mais je me sens pleinement enrôlée dans la lutte des femmes pour l’égalité.

Que pensez-vous du déferlement de paroles et de témoignages de femmes victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles, dans la foulée de l’affaire Weinstein ?

Je trouve ça formidable. Que la honte change de camp est essentiel. Et que les femmes, au lieu de se terrer en victimes solitaires et désemparées, utilisent le #metoo d’Internet pour se signaler et prendre la parole me semble prometteur. C’est ce qui nous a manqué depuis des millénaires : comprendre que nous n’étions pas toutes seules !

Les conséquences de ce mouvement peuvent être énormes. A condition de soulever non pas un coin mais l’intégralité du voile, de tirer tous les fils pour repenser la question du rapport entre les sexes, s’attaquer à ce statut de domination masculine et anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible. C’est un gigantesque chantier.

Vous incriminez l’indulgence de la société à l’égard des « pulsions » masculines ?

Bien entendu ! Nous sommes des êtres de raison et de contrôle, pas seulement de pulsions et de passions. Si j’ai une pulsion mortifère à votre égard, je ne vais pas vous sauter dessus pour vous égorger. La vie en société impose des règles ! Mais on a si longtemps accepté l’idée que le corps des femmes appartenait aux hommes et que leur désir exigeait un assouvissement immédiat ! On justifiait ainsi le port du voile, l’enfermement des femmes, voire le viol : seule la femme serait responsable du désir qu’elle suscite. Mais enfin, c’est insensé ! C’est se reconnaître inhumain que d’affirmer qu’on nourrit des pulsions incontrôlables ! Et qu’on ne nous parle pas de désir bestial ! Les bêtes ne violent pas leurs partenaires, sauf les canards je crois. Et jamais ne les tuent.

Quelles sont les urgences ?

L’urgence ? Le nourrisson, le jardin d’enfants, les premières classes du primaire. Les premières impressions de la vie sont fondamentales. Et il faut que l’école y aille fort si l’on veut contrer ce qu’entendent les enfants à la télévision, dans la rue, la pub, les BD, les jeux vidéo et même à la maison.

Après vos ouvrages sur le masculin/féminin et autres travaux sur ce thème, comme libérée des pesanteurs universitaires, vous avez publié deux petits livres énumérant souvenirs, émotions, sensations. Comme une définition du bonheur ?

Plutôt que de bonheur, je parlerais de joie. Ce n’est pas la même chose. Je trouve dans la joie une splendeur à vivre, y compris dans la douleur. Et ce n’est pas un habit dont je me suis revêtue pour supporter les difficultés de l’existence. Non, je crois simplement que j’ai été armée très tôt pour cette capacité à accéder à la joie pure.

Car ce serait un don ?

Je crains en effet que cette aptitude ne soit pas donnée à tout le monde. J’ai cette propension à jouir du moment présent, sans anticiper sur les joies du lendemain. A tout apprécier. Jusqu’à l’éclat du soleil d’automne que j’aperçois à cet instant à travers la vitre.

Propos recueillis par Annick Cojean

Dernier ouvrage paru : « Au gré des jours » (Odile Jacob), 152 pages, 12,90 €.

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