Abdel, le jeune migrant soudanais, relâché pour un vice de procédure de la préfecture de la Creuse

lamontagne.fr

Guéret (23000)

Centre France

Coup de théâtre judiciaire dans la procédure d’expulsion visant Abdel, un jeune migrant soudanais accueilli à Faux-la-Montagne (Creuse). Transporté lundi soir par les gendarmes dans un centre de rétention en région parisienne, il vient d’être remis en liberté par le juge des libertés et de la détention en raison d’un vice de procédure.

La dernière image que les membres du groupe de soutien à ce jeune migrant soudanais avaient de lui, était son départ de la gendarmerie de Guéret, lundi après-midi, direction Palaiseau, dans l’Essonne.

Une manifestation à Guéret contre l’expulsion d’un réfugié soudanais

Abdel, qui vivait depuis presque un an à Faux-la-Montagne (Creuse) sur le plateau de Millevaches, a donc passé deux nuits en centre de rétention administrative. Il avait rendez-vous, ce mercredi matin, avec le juge des libertés et de la détention d’Evry, du fait d’un référé liberté déposé par son avocat, dépêché par l’association France terre d’asile. Le juge a relevé un vice de procédure dans la convocation à la gendarmerie établie par la préfecture de la Creuse. Il a donc, logiquement, cassé la décision quant à sa mise en détention. Abdel est donc ressorti libre du tribunal vers 12 h 30.

Mobilisation contre l’expulsion d’un jeune Soudanais : la mairie de Guéret occupée ce lundi soir

La préfecture s’est encore une fois couverte de ridicule

« La préfecture s’est encore une fois couverte de ridicule », estime Marc Bourgeois, un habitant de Faux-la-Montagne qui fait partie du groupe de soutien au jeune Soudanais. Il précise cependant que la décision est susceptible d’appel et qu’Abdel risque toujours d’être expulsé vers l’Italie.

Antoine Jézéquel

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Poudre de perlimpinpin élyséenne

blogs.mediapart.fr

Le Club de Mediapart

Paul Cassia

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L’information se présente comme une fake news ou, à tout le moins, une parodie : évidemment que la présidence de la République française ne commercialise pas un T-shirt bardé de la mention « poudre de perlimpinpin » ! Un président de la République française qui a été élu sur l’engagement de restaurer la gravité de la fonction ne saurait tomber si bas ! Au demeurant, quelle administration, quelle entreprise privée, pourrait ainsi s’auto-discréditer et, s’agissant de l’Elysée, discréditer le cœur de la République, en se vendant au public comme pourvoyeuse de « poudre de perlimpinpin » ?

Vérification faite, l’Elysée vend (souvent au prix fort) depuis le 15 septembre 2018, sur place et dans une « boutique » en ligne, non seulement un T-shirt « poudre de perlimpinpin » à 55 euros ou un autre floqué « croquignolesque » (à quand « premiers de cordée », « gaulois réfractaires au changement », « mafia bretonne » ou « illettrés de Gad » ?), mais également divers produits – dont une tasse faussement estampillée « porcelaine de Limoges » – à connotation plus ouvertement narcissique encore.

Ces produits sont dits de manière signifiante « dérivés ». C’est bien de dérive dont il s’agit lorsqu’une institution publique est à ce point personnalisée ou lorsque la victoire aux championnats du monde de l’équipe de France de football est de la sorte privatisée par un simple spectateur, fût-il le président de la République. Ainsi que le relève Etienne Girard dans Marianne, l’Elysée « transforme allègrement des ‘goodies’ vendus par la présidence de la République en outils de propagande pour le chef de l’Etat ».

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Jusqu’au 15 septembre, nul n’aurait pensé trouver la personne du président de la République, de son épouse, d’un chien (sur une carte postale) sous une « marque Elysée ». Quant au sac avec la mention « Première dame » dont la vente en ligne sur le site internet de l’Elysée conférant à cette appellation une légitimité officielle, il est regrettable de rappeler qu’il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de « première dame » en République, pas plus que le président n’est le « premier monsieur » : il y a des femmes et des hommes, égales et égaux en droits, en devoirs et en dignité, qui exercent éventuellement des fonctions publiques d’une importance stratégique et politique variable en intensité. C’est une des marottes du « nouveau monde » que de vouloir classer en permanence les êtres humains, par ordre de fortune – les premiers de cordée –, de mérite scolaire – Parcoursup – ou de fonctions.

Passe encore que l’Elysée vende, à l’instar de l’Assemblée nationale ou du Sénat, des produits évoquant l’institution en général (les recettes à l’issue des Journées du patrimoine ont atteint 350 000 euros) ; mais ceux des produits qui représentent ou utilisent soit un titre qui n’a pas d’existence légale, soit l’effigie de la personne même du président de la République, de ses proches, de son animal domestique, devraient être immédiatement retirés du commerce.

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Quelle a été la part prise dans cette bouffonnerie lamentable par l’ancien Intendant du Palais, l’homme à tout faire Alexandre Benalla, dont on a la stupéfaction d’apprendre du compte-rendu de son audition en garde à vue du 20 juillet 2018 que la création d’une boutique en ligne était « sous sa responsabilité » ?

Au fond, la commercialisation du slogan « poudre de perlimpinpin » illustre parfaitement ce que représente le quinquennat Macron : la marchandisation de l’Etat jusqu’à son cœur (« La République en marché »), la confusion des intérêts publics et privés, l’obsessionnelle personnalisation du pouvoir, la communication à outrance et, pour le reste, le statu quo sur la vraie politique, c’est-à-dire sur tout ce qui peu évoquer un semblant de progressisme en matières économique, sociale, institutionnelle, fiscale ou environnementale (v. Olivier Tonneau, « Le diable dans les détails: des gourmettes élyséennes à la crise écologique », blog Médiapart, 15 septembre 2018). Au prix de l’affaiblissement de la République tout entière.

Le quinquennat Macron est de la « poudre de perlimpinpin » : c’est l’Elysée qui l’affirme, qui s’en prévaut, qui en fait officiellement sa marque de fabrique, qui propose à toute personne prête à débourser 55 euros de l’afficher en public ou dans un cadre privé !

C’est bien à cette aune qu’il faut lire l’action et la communication des pouvoirs publics nationaux depuis le 15 mai 2017.

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Le 16 septembre 2018, en faisant l’immense camouflet au président de la République, qui l’avait choisie comme candidate En marche ! pour les législatives dans la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine, de quitter le groupe La République en marche pour rejoindre sa famille politique de toujours qu’est le groupe UDI (l’honneur, la cohérence, le souci d’exemplarité dont elle se prévaut et le respect des militants de la circonscription où elle ne réside pas et où elle a pourtant été élue auraient dû la conduire à démissionner de son mandat de députée ; son suppléant Stéphane Roques a été renvoyé de la direction général du parti LREM en mars 2018), la conseillère régionale d’Ile-de-France et députée Frédérique Dumas n’a pas dit autre chose à propos de la politique de l’exécutif en matière culturelle, qui est son domaine de compétence : « la politique culturelle est d’un vide abyssal ».

Vide abyssal. Poudre de perlimpinpin. On pense aussi aux mots terribles de Nicolas Hulot à l’encontre du président de la République et du Premier ministre, prononcés lors de sa démission le 28 août 2018 : « c’est une accumulation de déceptions. C’est surtout que je n’y crois plus ». L’exécutif s’effrite inexorablement, sous nos yeux, au risque de faire sombrer le navire France avec lui.

A cet égard, la semaine du 10 au 16 septembre 2018 au cours de laquelle les produits de l’Elysée© ont été mis sur le marché est – exception faite du judicieux décret n° 2018-793 du 14 septembre 2018 instituant à titre expérimental un concours externe spécial d’entrée à l’ENA réservé aux titulaires d’un diplôme de doctorat – un incroyable concentré de procrastination, enrobé dans le mirage d’une action publique faite de bric et de broc mais présentée comme volontariste.

« Poudre de perlimpinpin » à l’Assemblée nationale, « poudre de perlimpinpin » au gouvernement, « poudre de perlimpinpin » à l’Elysée.

A l’Assemblée nationale d’abord, le « vieux monde » s’est enraciné jusqu’à la fin du quinquennat avec l’élection de Richard Ferrand à la présidence, par le groupe majoritaire soudainement rétréci à des députés minoritaires en fait – 254 voix sur 577. Rétive à tout progressisme dans sa pratique alors qu’elle monopolise ce qualificatif dans les discours, la majorité a refusé d’inscrire l’interdiction « au plus tard dans trois ans » du glyphosate dans la loi EGALIM, à l’issue d’un vote de 42 voix contre dont 34 députés de la majorité (11 étaient pour) qui s’est tenu dans la nuit du 14 septembre à 4 heures du matin ; devant la commission spéciale saisie de la loi PACTE, le gouvernement s’est opposé tant à la publication annuelle des écarts de salaires dans les plus grandes entreprises, soutenant la publication de la rémunération moyenne dans les grandes entreprises qu’il est déjà possible de calculer, qu’à la création d’un seuil de trois administrateurs salariés pour les conseils d’administration de plus de douze membres. Ne rien changer, surtout.

Du côté des politiques publiques, le « plan pénitentiaire » présenté par la Garde des Sceaux le 12 septembre 2018 après avoir déjà été annoncé six mois auparavant par le président de la République, comporte des mesures qui, ainsi que le souligne le site juridique Dalloz, « pour l’essentiel, reprennent des dispositions déjà connues ». Ce plan réussit le tour de force : 1/ d’envisager la construction de 7 000 places de prison supplémentaires d’ici à la fin du quinquennat tout en misant sur une baisse de 8 000 du nombre des incarcérations ; 2/ de se présenter comme favorisant les alternatives à la détention tout en durcissant le prononcé de mesures d’enfermement (par la suppression des seuls peines inférieurs à un mois de prison – moins de 300 par an – et par l’interdiction de tout aménagement pour les peines supérieures à un an).

Le « plan pauvreté » présenté le lendemain par le président de la République est un leurre communicationnel, qui a d’abord et avant tout servi à tenir l’opinion publique en haleine depuis l’annonce de ce « plan » il y a près d’un an, le 17 octobre 2017, et ses deux reports en avril et juillet 2018 – et l’attente est loin d’être finie, on va le voir. Malgré ces longs mois de réflexion supplémentaires, le résultat présenté s’apparente davantage au projet d’un candidat à la présidentielle qu’à celui d’un président de la République en exercice. Pour lutter contre la pauvreté qui concerne aujourd’hui – aujourd’hui – plus de 8 millions de français, le président de la République a fait savoir que le Parlement adopterait éventuellement une loi en… 2020 ! Avec une mise en œuvre, en comptant les décrets d’application, qui attendra sans doute 2021 ! Avec un financement minuscule de 2 milliards d’euros pour les 4 premières années – pourquoi seulement ces années là ? –, étant entendu d’une part que 3,9 de ces 8 milliards d’euros seront consacrés à la revalorisation de la prime d’activité et que le mandat du président de la République s’achève au plus tard en mai 2022 ! Avec notamment l’annonce d’un RUA (revenu universel d’activité) dont l’intitulé exact devrait être RCA (revenu conditionnel d’activité) – le revenu est conditionnel, puisqu’il suppose l’exercice d’une activité professionnelle –, au(x) montant(s) et bénéficiaires indéterminé(s), au(x) financement(s) mystérieux, etc. On saisi mal comment ce RUA ou même le cumul des mesures annoncées (la reprise de dispositifs existants pour l’essentiel, dont la mise en œuvre pratique incombe aux collectivités territoriales et non à l’Etat) pourra réduire la durée de 180 années, évaluée – au doigt mouillé – par le président de la République pour sortir de la pauvreté… Du discours présidentiel du 13 septembre, émerge l’idée que l’approfondissement de la lutte contre la pauvreté et la baisse du non-recours aux minima sociaux peuvent largement attendre la fin de son quinquennat. Pour les premiers de cordée, la réduction massive d’impôts a été une priorité ; pour les derniers de corvée, ils restent dans l’expectative qu’ « on » veuille bien leur ruisseler dessus.

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Autrement, où qu’ils résident, quelles que soient leurs ambitions, les pauvres peuvent toujours trouver un emploi dans la restauration ou l’hôtellerie dans le quartier de Montparnasse à Paris, ainsi que l’a assuré non sans morgue le président de la République le 15 septembre à un jeune homme désireux de travailler dans le secteur de l’horticulture… C’est d’ailleurs pour cette raison que l’ersatz de « plan pauvreté » est fondamentalement conçu comme ne servant à rien : parce que le « nouveau monde » a la conviction profonde qu’il suffit d’aller sur le trottoir d’en face pour trouver un travail, si l’on est « motivé », pour reprendre le terme du président de la République, c’est-à-dire si l’on est servilement prêt à accepter n’importe quelles conditions de travail dans n’importe quel secteur où un emploi est disponible – comme pour Parcoursup en quelque sorte, il suffit de remplir les places vacantes, c’est ainsi que pensent les technocrates hors-sol et c’est ainsi qu’ils créent le populisme qu’ils prétendent combattre. La République du marché.

Le 14 septembre toujours, le Premier ministre a présenté un « plan vélo » dont la seule annonce significative est la suivante, de nature là aussi communicationnelle : « c’est la première fois que l’Etat se mobilise autant pour financer des infrastructures pour le vélo ». Or, le financement homéopathique prévu pour le futur Fonds national de soutien aux projets de création d’axes cyclables dans les collectivités – 50 millions d’euros/an, même pas des miettes – est, ici encore, étalé jusqu’en 2024, alors que le quinquennat en cours s’achève en 2022. Concrètement, ce Fonds national destiné à aider les 36 000 communes, 100 départements et 13 régions de France à créer des pistes cyclables ne sera pas nécessairement abondé à hauteur de 350 millions d’euros sur sept ans, comme l’a dit le Premier ministre qui aurait sur le même ton convaincu pu annoncer un financement de 500 millions d’euros sur dix ans, d’un milliard d’euros sur vingt ans ou de dix milliards d’euros sur 200 ans, mais au mieux à hauteur de 175 millions d’euros sur trois ans et demi (de janvier 2019 à mai 2022 ; après, ce sera aux décideurs publics en place de gérer ce Fonds selon l’orientation politique du moment). Le « plan vélo » n’est « pas à la hauteur des enjeux », a déploré l’association Reporterre.

La veille, dans Le Monde daté du 12 septembre, on avait pu lire ce titre en « une » : « Macron va réorganiser l’Elysée ». Diantre ! Quel refondateur ! Quel noble chantier !

Ici encore, cette réorganisation avait déjà été évoquée – en juillet 2018 dans le cadre des commissions d’enquête parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat, par les agents des services de la présidence de la République auditionnés –, comme une réponse à l’affaire Benalla-Macron. Or, il apparaît à la lecture de l’article du quotidien que cette réorganisation était envisagée de longue date et qu’elle est « le fruit d’une réflexion engagée bien avant l’affaire Benalla » : « dès octobre 2017, une mission avait été confiée en ce sens au contrôleur de gestion de l’Elysée afin de faire un état des lieux du fonctionnement de la présidence », puis « Emmanuel Macron a décidé, en janvier (2018), de confier à Eurogroup Consulting, un cabinet de conseil en organisation, une ‘revue des missions’ des services de l’Elysée », ce rapport ayant été rendu début juillet – on aimerait beaucoup connaître le coût et le contenu de ce rapport (Emmanuel Macron aime apparemment beaucoup faire commander par ses services des rapports de cabinets privés de conseils), celui du contrôleur général de l’Elysée, dont on espère la diffusion, faisant état de « l’épuisement » de certains des agents de l’Elysée.

On se souvient que le président de la République a tergiversé début septembre sur le prélèvement à la source ; il a aussi « longtemps hésité sur le calendrier » quant à la réorganisation de services qu’il arpente pourtant depuis mai 2012.

En fait, cet homme qui se présente comme volontaire et décidé hésite sur absolument tout ce qu’il y a d’essentiel – l’environnement, la bioéthique, la laïcité, les institutions, l’organisation territoriale, l’agencement des services de l’Elysée, la réforme de l’audiovisuel, même la suppression de l’exit tax annoncée le 1er mai (pendant qu’Alexandre Benalla faisait des siennes) qu’il est désormais envisagé de conserver –, sauf sur les mesures contreproductives qui permettent d’enrichir les plus aisés, de réduire les droits des salariés et de « casser » les statuts des fonctionnaires ou des magistrats.

En l’occurrence, on ne comprend pas en quoi les mesures prises jusqu’à présent, picrocholines, sont de nature à justifier ces hésitations. D’une part, le directeur de cabinet du président de la République, annoncé comme partant à la retraite le 6 octobre, est maintenu à son poste car « Emmanuel Macron, qui déteste se voir imposer le choix des hommes (mais qui donc aime cela ?), lui a demandé de rester ». D’autre part, a été « décidé » un jeu de chaises musicales entre trois conseillers des services élyséens de communication, dont l’un a paraît-il la fonction de porte-parole de l’Elysée (fonction qui s’apparente à un bullshit job, ces emplois très bien payés mais inutiles décrits par l’anthropologue américain David Graeber), mais que l’on n’a entendu en cette qualité qu’une seule fois, le 19 juillet dernier, propager de la « poudre de perlimpinpin » toxique à propos des sanctions prétendument infligées à Alexandre Benalla le 3 mai dernier (v. Alexandre Benalla n’a pas fait l’objet d’une sanction disciplinaire le 3 mai 2018), et dont l’autre a carrément, dès juillet 2017, « assumé parfaitement de mentir » au besoin pour protéger le président de la République. L’Elysée est un terreau à fake news.

La nouveauté organisationnelle – car il y en a une – est la suivante : un directeur général des services est sur le point d’être recruté à l’Elysée, et il s’agit d’un énarque de la même promotion que celle du président de la République. La présence de cet énarque supplémentaire à l’Elysée, qui fera passer le nombre total d’agents de 822 à 823 là où il est partout question de diminuer les effectifs des administrations publiques, n’est en rien susceptible d’éviter que les errements révélés par l’affaire Benalla-Macron « ne puissent se reproduire ». Ici encore, il s’agit de faire semblant de tout changer pour, en pratique, ne rien changer.

La page 9 du quotidien est titrée : « Sylvain Fort, le retour d’un fidèle pour ‘démilitariser’ les relations avec la presse », alors pourtant que l’agent public objet de l’article est en poste à l’Elysée depuis le début du quinquennat – il n’y a pas de « retour » possible sans départ initial… L’article de presse lu, on cherche en vain la « réorganisation » annoncée en « une » du quotidien, pas davantage que l’on ne comprend « comment Macron va réorganiser l’Elysée ».

« Changement », dans la novlangue orwellienne du « nouveau monde », est le mot qui désigne la continuité.

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Enfin, au cours de la semaine du 10 au 16 septembre, le coup de fil passé par le président de la République au président du Sénat, les interventions médiatiques en défense d’Alexandre Benalla faite par la Garde des Sceaux au nom du bon fonctionnement de la justice judiciaire et d’une séparation des pouvoirs qu’elle interprète de manière moins étanche lorsqu’il s’agit de sa propre compétence à l’égard de la justice pénale (v. P. Cassia, « Nicole Belloubet instrumentalise la séparation des pouvoirs », marianne.net, 12 septembre 2018), l’appel à la défiance à l’égard du Sénat en général et du président de la commission des Lois du Sénat en particulier émanant du porte-parole du gouvernement, l’alerte contre une volonté « de destitution » du président de la République émise par le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement qui considère que le Sénat est une « menace pour la République », témoignent d’une curieuse panique au sommet de l’Etat. Ces interventions viennent pour le moins relativiser les dires d’un député La République en marche, qui dans une tribune publiée par le Journal du dimanche incitant Alexandre Benalla à ne pas répondre aux questions qui lui seront posées au cours de son audition du 19 septembre, proclame « sa » vérité : « chacun le sait, l’affaire Benalla ne sera jamais une affaire d’État ». Chacun le sait…, bien sûr ! D’ailleurs, on se demande pourquoi l’Elysée, le gouvernement et la majorité à l’Assemblée nationale semblent à ce point tétanisés par ce qui, à les croire, ne sera jamais une affaire d’Etat (v. sur ce point : Le « moment Benalla » : affaire d’Etat, affaire d’Etat de droit)…

A dose excessive, la « poudre de perlimpinpin » peut produire des effets inverses à ceux escomptés.

Merci à Christian Creseveur pour les dessins.

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Lettre ouverte au président Manu, par Michel Onfray


Dans la tradition littéraire des pamphlets et de la satire politique, le philosophe et essayiste français Michel Onfray réagit à la nomination de Philippe Besson, ami du couple Macron, au poste de consul de France à Los Angeles.

Votre Altesse,

Votre Excellence,

Votre Sérénité,

Mon cher Manu,

Mon Roy,

La presse a rapporté il y a peu que tu avais nommé un gueux pour représenter la nation à Los Angeles. Il aurait pour seul titre de noblesse diplomatique, disent les mauvaises langues, les jaloux et les envieux, un livre hagiographique sur ta campagne présidentielle. En dehors de ce fait d’arme si peu notoire que personne n’en connaît le titre, pas plus d’ailleurs que celui des autres ouvrages du susdit, la plume est bien de celles qui se trouvent dans les parties les moins nobles de la profession : le croupion, car c’est celle que découvre le plus souvent la position de soumission inhérente à la fonction des gendelettres – la prosternation. De Sartre à BHL chez Sarko (après Mao), d’Aragon à André Glucskmann chez le même Sarko (après Mao lui aussi), de Drieu la Rochelle à Sollers chez Balladur (après Mao également), de Brasillach à Kristeva chez le Bulgare Jivkov (après Mao elle aussi), les cent dernières années n’ont pas manqué d’écrivains doués… pour l’agenouillement politique!

Philippe Besson entre dans cette vieille catégorie du valet de plume, mais on sait désormais de quelle plumasserie ce jeune homme comme il faut relève. Ce genre de plume n’est pas celui des plus talentueux, mais c’est celui des plus vendus – je parle de l’homme, pas de l’auteur.

Manu, on comprend que, toi qui aimes tant les lettres, tu aies envie de câlins venus des écrivains les plus à même de marquer le siècle et d’entrer dans la Pléiade quand tu seras redevenu banquier. Mais si ce siècle doit être marqué par toi, il n’y a pas grand dommage à ce qu’il le soit aussi par Besson le petit (à ne pas confondre avec Besson le grand, l’écrivain Patrick, ni avec Besson la championne d’athlétisme, Colette, ou bien encore avec Eric, le traître passé de Ségolène à Sarkozy en pleine campagne présidentielle, ou bien encore avec le Minimoy, Luc).

Avant d’être flagorneur, Besson-le-Petit a été directeur des ressources humaines auprès de Laurence Parisot, dame du MEDEF, mais aussi auteur de scénario de téléfilms, donc chevalier des Arts et Lettres. Convenons-en, tout ceci légitime l’affirmation d’Arlette Chabot, qui faisait déjà de l’éditorialisme politique à la télévision quand elle était en noir et blanc, la télévision, et n’avait qu’une seule chaîne. Courageuse, audacieuse, résistante, rebelle, insoumise, l’Arlette n’a en effet pas craint d’affirmer sur l’un des médias qui l’appointent que tout ceci était habituel : Napoléon n’avait-il pas nommé Chateaubriand en son temps et de Gaulle Romain Gary? En effet, en effet… Arlette, chère Arlette, vous qui avez déjà les grades de chevalier puis d’officier de la Légion d’honneur, je vous promets le grade supérieur pour bientôt! Si ce n’est déjà fait, car vous méritez d’y avoir votre rond de serviette, vous serez aussi bientôt invitée à la table de notre grand Mamamouchi en compagnie du vérandaliste Stéphane Bern et des frères Bogdanov, les éminents membres correspondants de la NASA française.

Votre Excellence, votre Sérénité, mon Roy, votre Altesse, mon cher Manu, il a tout de même fallu, pour que cette affectation de copinage ait lieu, que tu prennes la décision d’un décret modifiant les règles de la nomination des diplomates afin que ce ne soit plus le Quai d’Orsay qui ait la main mais le gouvernement, c’est à dire, toi tout seul, chacun le sait. C’est ce que les langues vipérines qualifient de fait du prince… Le décret te permet désormais de récompenser des non-fonctionnaires, pourvu qu’ils aient été serviles. Bern ambassadeur chez l’impératrice Sissi ou les Bogdanov nommés pour la même fonction sur Mars, grâce à toi, c’est désormais devenu possible… La France est «great again»!

J’ai appris qu’en même temps, tu avais rendu possible cet autre fait du prince: madame Agnès Saal a été nommée par un arrêté paru au Journal officiel «haut-fonctionnaire à l’égalité, à la diversité et à la prévention des discriminations auprès du secrétaire général du ministère de la Culture». En voilà un beau poste, et si moral en plus! Un beau jouet emblématique du politiquement correct de notre époque.

Rappelons un peu le CV de l’heureuse élue que tu gratifies à son tour. Cette dame s’était fait connaître par des notes de taxi dispendieuses, plus de 40 000 euros tout de même, et ce en grande partie au profit de ses enfants, quand elle était directrice générale du centre Pompidou et présidente de l’INA, un institut que tu connais très très bien, n’est-ce pas? Pour ces malversations, elle avait été condamnée à six mois de suspension sans solde (probablement selon les principes de ce que l’on peut désormais nommer la jurisprudence Benalla…), puis à trois mois de prison avec sursis et une double amende. Elle avait été réintégrée en douce au ministère de la Culture à l’été 2016 (il faut faire gaffe aux nominations d’été…) comme chargée de mission auprès du secrétariat général en vue de la finalisation de labellisation AFNOR sur l’égalité professionnelle et la diversité.

Précisons aussi ceci : selon Mediapart, la même madame Saal, décidément très récompensée – on se demande pourquoi – figurerait également «dans la liste très restreinte des hauts fonctionnaires, qui, par un arrêté du 3 août 2018 signé par le Premier ministre, ont été inscrits à compter du premier janvier 2018», donc rétroactivement, au «tableau d’avancement à l’échelon spécial du grade d’administrateur général». Ce qui, en d’autres termes, veut dire que, pendant les vacances du Roy à Brégançon, cette procédure qui ne relève pas du traditionnel avancement mais d’une volonté politique expresse, a permis à ladite dame de profiter d’une hausse de son traitement allant jusqu’à 6 138 euros par mois, indemnité de résidence à Paris comprise, soit au total près de 74 000 euros de traitement annuel. S’y ajoute un supplément sous forme d’indemnité qui augmente sa retraite des fonctionnaires d’environ 10%. Quand tu aimes, mon cher Manu, ça n’est pas pour rien et ça se voit!

Françoise Nyssen, rappelons-le pour les millions de Français qui l’ignorent encore, est ministre de la Culture. C’est elle qui a mis en musique la mélodie sifflée à son oreille par le président. Face au déchaînement que cette nomination a légitimement suscité, elle fait savoir ceci sur les réseaux sociaux: «J’ai nommé Mme Agnès Saal [j’épèle : S . A . A . L,  car on pourrait mal orthographier…] haute fonctionnaire à l’égalité et à la diversité. J’ai fait de cette cause une priorité dès mon arrivée au ministère de la Culture. La qualité de son engagement et de son travail au service de ces valeurs fondamentales devrait guider les commentaires aujourd’hui». On ignore quelle est la «cause» en question : madame Saal, ou les fameuses valeurs ici prises en ôtage?

Mais Françoise Nyssen, c’est également l’éditrice qui a sciemment fraudé deux fois le fisc en ne déclarant pas de considérables agrandissements d’espace, une fois en Arles, au siège de sa maison d’édition, une autre fois à Paris. Le Canard enchaîné, qui a levé le lièvre, a chiffré la fortune économisée par ce double forfait! Ca en fait des APL pour les étudiants désargentés, je te jure!

Qui se ressemble s’assemble. Dès lors, il était normal que, sous ton autorité, sous tes ordres, selon ton désir, selon ton souhait, selon ta volonté, selon tes vœux, mon Prince, mon Roy, mon grand Mamamouchi, le vice récompense le vice. En un peu plus d’un an, de Richard Ferrand à Alexandre Benalla, via cette dame Saal, tu nous y as déjà tellement habitués!

Sais-tu, mon cher Manu, que des caissières qui ont utilisé à leur petit profit des bons de réduction de deux ou trois euros qui trainaient sur la caisse, ou que des employés de grand magasin qui ont mangé un fruit prélevé dans les rayonnages, ont été sèchement licenciés, eux, sans indemnités, sans planques payées par les contribuables et sans possibilité de retrouver du travail fort bien payé avec les avantages de la fonction à la clé? Probablement une nouvelle belle et grosse voiture avec chauffeur…

J’ai appris aussi que ton si bon ami Benalla s’était rendu coupable de charmants forfaits depuis ceux que l’on a bien connus l’été dernier. Mais l’incendie a été joliment éteint – sûrement pas avec l’eau de la piscine que tu t’es fait construire à Brégançon, pas pour toi, oh non, bien sûr, mais par altruisme, pour les enfants du personnel de la résidence royale plus sûrement.

En garde à vue, la police a souhaité perquisitionner le domicile de ton si cher ami Benalla. Elle voulait notamment accéder à son coffre-fort. Tenus par la loi à ne pas entrer dans l’appartement avant l’heure légale, les policiers ont posé des scellés le soir et attendu le lendemain. Mais le coffre-fort a été vidé dans la nuit! On a le bras long chez les Benalla puisque du commissariat on peut atteindre un coffre-fort chez soi en pleine nuit. Les quatre armes qui devaient s’y trouver n’y étaient plus – soit tout de même trois pistolets et un fusil, pour un homme qui n’a que deux mains, ça fait tout de même beaucoup… Sa femme avait les clés, il avait dit qu’elle était à l’étranger : elle se cachait en fait dans le seizième arrondissement de Paris. Il est vrai que pour de nombreux français cet arrondissement de nantis équivaut bien à un pays étranger.

Votre Excellence, votre Sérénité, mon Roy, votre Altesse, mon cher Manu, il me semble tout de même qu’il vaut mieux faire partie de ta cour que d’être un senior amputé de sa retraite, être un plumitif courbé plutôt qu’un écrivain debout, être une énarque de gauche qui tape dans la caisse de l’Etat pour financer les transports de sa progéniture, plutôt qu’un étudiant à qui tu voles dans sa poche cinq euros d’APL, être un cogneur de manifestants avec un brassard de la police et une accréditation de l’Elysée qu’un syndicaliste défendant le droit du travail.

Votre Excellence, votre Sérénité, mon Roy, votre Altesse, mon cher Manu, j’aimerais que tu m’aimes et ce pour trois raisons. La première : pour être nommé sans compétence consul des provinces et des régions françaises dans le sixième arrondissement de Paris, voire le seizième – tu le peux, je le sais, il suffit que tu le veuilles ; la deuxième : pour permettre à ma vieille mère qui n’a pas son permis de conduire et qui a quatre-vingt-quatre ans, de pouvoir disposer d’un taxi gratuit à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour aller faire ses visites médicales à une demi-heure de chez elle, le tout payé avec l’argent du contribuable  tu le peux, je le sais, il suffit que tu le veuilles ; la troisième : pour avoir chez moi des armes à feu en quantité, mais aussi et surtout, pour pouvoir tabasser les gens qui me déplaisent en portant un casque sur la tête, en distribuant des coups de matraque et en disposant de CRS ou de la police comme couverture à mes descentes de petite-frappe – tu le peux, je le sais, il suffit que tu le veuilles.

S’il te plait, votre Excellence, votre Sérénité, mon Roy, votre Altesse, mon cher Manu: veuille-le. Je te promets pour ce faire de me prosterner moi aussi, de montrer les plumes de mon cul aux passants, de dire du bien de toi avec des articles, des conférences et des livres, je te jure, j’irai sur les chaînes et les radios du service public pour certifier, comme Arlette Chabot, qu’entre Napoléon, de Gaulle et toi, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de cigarette, Joffrin ne me reconnaîtra pas, il m’aimera peut-être lui aussi comme il a aimé jadis Bernard Tapie et Philippe de Villiers. Je pourrai écrire aussi une biographie de Stéphane Bern avec une préface de Brigitte ex-Trogneux, passer une thèse de physique quantique avec tes amis les frères Bogdanov comme directeurs de travaux. Je pourrais même consacrer un séminaire de littérature comparée à l’œuvre de Philippe Besson que je mettrai en perspective avec celle de James Joyce. S’il te plaît, tu le peux, tu es mon Roy. J’habite place de la Résistance à Caen, fais-moi signe.

Veuillez, votre Excellence, votre Sérénité, mon Roy, votre Altesse, mon cher Manu, mon chéri, recevoir l’expression de ma considération la plus courtisane. Vive la République, vive la France, mais surtout: Vive Toi !

Michel Onfray

Post-scriptum : des bises à la Reine.

Post-scriptum 2: j’apprends à cette heure que tu as fait du jet-ski à fond les ballons avec Brigitte quand tu étais à Brégançon et ce dans une zone interdite à la navigation et au mouillage – tu y as pourtant grandement navigué et vraiment mouillé. Cette réserve marine protégée ne doit être troublée par aucun véhicule à moteur. Il y eut pourtant tes deux jets-ski et ton gros bateau avec un moteur de 150 chevaux – qui sait, peut être empruntés à Nicolas Hulot, car on sait que, comme toi, il est un écologiste qui collectionne les engins motorisés. Protéger l’environnement marin et préserver la biodiversité dans les eaux du parc national de Port-Cros, pour toi qui fumes du glyphosate chaque matin au petit déjeuner, ça compte pour rien, n’est-ce pas?

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