Bettencourt : de Maistre a le sort de Sarkozy entre ses mains

30 mars 2012 | Par Michel Deléan
– Mediapart.fr

« Patrice a tout intérêt à parler. Sinon, il risque de passer plusieurs mois en prison, et il fera figure de prévenu vedette quand viendra le moment du procès. » Tel est le pronostic fait auprès de Mediapart par un ami de Patrice de Maistre, l’ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, dont la détention provisoire a été confirmée ce vendredi matin, après 24 heures de délibéré, par les trois magistrats de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux.

« Pour les juges, il est le dernier verrou avant Eric Woerth et Nicolas Sarkozy, poursuit cet ami. S’il parle, il sort de prison, et l’affaire change de dimension. »

La cour d’appel de Bordeaux « confirme l’ordonnance de placement en détention provisoire et ordonne une expertise médicale pour vérifier la compatibilité de la détention avec son état de santé », stipule un communiqué laconique diffusé vendredi. Patrice de Maistre a en effet « déjà subi plusieurs pontages et une intervention à la carotide, ses artères sont en mauvais état, et sa santé est assez fragile », explique cet ami, qui se dit sincèrement inquiet.

P. de MaistreP. de Maistre

Patrice de Maistre est en tout cas apparu fatigué et au bord des larmes, jeudi, lors de l’audience publique devant la chambre de l’instruction de Bordeaux.

« Je n’ai rien fait de ce qui m’est reproché. Ce que je n’ai pas fait, c’est d’arrêter un système qui existait depuis quarante ans », a-t-il notamment déclaré. « Je ne comprends pas, ni de près ni de loin, pourquoi je dois être incarcéré », a ajouté Patrice de Maistre, se plaignant ensuite de la souffrance ressentie dans sa cellule de la prison de Gradignan (Gironde).

Ces déclarations sont dans la droite ligne de ce que l’ancien gestionnaire de fortune avait expliqué sur procès-verbal. Il a reconnu avoir rapatrié de Suisse des fonds gérés par des avocats locaux sur des comptes cachés, ce à la demande des époux Bettencourt, mais s’est refusé – en revanche – à confirmer la moindre remise d’espèces à des politiques.

Or le juge Gentil soupçonne qu’une partie des espèces rapatriées de Suisse a servi au financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy.  D’après l’enquête judiciaire, Patrice de Maistre est aujourd’hui soupçonné d’avoir été la cheville ouvrière, pour le compte des Bettencourt, d’un « système de “mise à disposition d’espèces par compensation” du 5 février 2007 au 7 décembre 2009 pour des montants considérables de 4 millions d’euros ».

Or, selon les résultats d’une commission rogatoire internationale, il apparaît que deux retraits d’espèces de 400 000 euros chacun ont eu lieu en 2007, en pleine campagne présidentielle, à des dates plus que troublantes au regard des indices déjà récoltés par la justice.

Ainsi, un premier retrait a eu lieu le 5 février 2007, deux jours avant un rendez-vous entre Patrice de Maistre et un autre mis en examen du dossier, Eric Woerth, ancien trésorier de la campagne présidentielle de M. Sarkozy.

Liliane BettencourtLiliane Bettencourt

L’épouse d’Eric Woerth travaillera à partir du mois de novembre 2007 pour le compte des Bettencourt. Et ce même Eric Woerth remettra personnellement la Légion d’honneur en janvier 2008 à Patrice de Maistre, l’employeur de sa femme.

Les investigations bancaires en Suisse ont permis d’établir qu’un deuxième retrait avait eu lieu en Suisse le 26 avril 2007. Dans son « ordonnance », le juge Gentil souligne que, le même jour, dans son journal intime révélé par Mediapart, le photographe François-Marie Banier, alors proche des Bettencourt, rapportait des propos tenus devant lui par Liliane Bettencourt : « De Maistre m’a dit que Sarkozy avait encore demandé de l’argent. J’ai dit oui. »

De nombreux indices concordants

Voilà un an, François-Marie Banier avait expliqué aux policiers de la brigade financière, qui avaient saisi son journal intime lors d’une perquisition, que ses écrits constituaient des « observations de vies minuscules et de vice majuscule ». « Cela correspond aussi à ma réalité vécue », avait-il ajouté, tout en essayant de minimiser l’importance de ses notes sur Nicolas Sarkozy.

Ces découvertes en Suisse viennent aujourd’hui s’ajouter aux faits compromettants déjà accumulés par la justice en France. Et tout particulièrement les révélations de l’ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, confortées depuis par plusieurs éléments matériels.

Interrogée et ré-interrogée à de nombreuses reprises, Claire Thibout n’a jamais varié ces derniers mois : elle maintient avoir été sollicitée, début 2007, par le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt pour une mission particulière.

Eric et Florence WoerthEric et Florence Woerth

Patrice de Maistre lui aurait réclamé 150 000 euros en espèces pour les remettre à Eric Woerth, afin d’abonder secrètement la cagnotte présidentielle du candidat de l’UMP. Sur ces 150 000 euros, 50 000 provenaient, d’après Claire Thibout, d’un compte parisien (à la BNP) de l’héritière L’Oréal, et 100 000 avaient été acheminés de Suisse.

Le 16 juillet 2010, dans le cabinet d’une juge de Nanterre, Isabelle Prévost-Desprez, qui s’est occupée brièvement d’un volet de l’affaire Bettencourt, Claire Thibout avait notamment présenté à la magistrate son agenda de 2007, dans lequel il était justement indiqué à la date du 18 janvier : « Rendez-vous de Mme Bettencourt pour donner enveloppe qui donnera à Patrice. »

Or, l’enquête judiciaire a pu établir que dès le lendemain de ce rendez-vous, le 19 janvier 2007, Eric Woerth et Patrice de Maistre se sont rencontrés pour un café, à côté du siège de campagne de Nicolas Sarkozy.

Les “carnets de caisse” de la comptable, récupérés par les enquêteurs, montrent par ailleurs que fin 2006/début 2007 de nombreuses sorties d’argent en espèces inexpliquées étaient demandées par les Bettencourt à Claire Thibout. « Liliane Bettencourt laissait parfois échapper de petites choses sur les destinataires de ces enveloppes », a expliqué l’ancienne comptable à la justice.

Dans son « ordonnance » du 22 mars, le juge Gentil précise encore que plusieurs « témoins attestent d’une visite du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy au domicile des Bettencourt pendant la campagne électorale de 2007 ». Le magistrat affirme que des «investigations sont donc nécessaires s’agissant de ces premières remises de 2007», qui visent ouvertement la campagne présidentielle de 2007 de l’actuel président de la République.

N. SarkozyN. Sarkozy

Sans mettre en cause nommément l’actuel locataire de l’Elysée, deux employés de la maison Bettencourt, un ancien majordome et une secrétaire particulière, avaient évoqué devant les policiers l’existence d’un ballet d’enveloppes remplies d’espèces pour des hommes politiques. Selon l’un de ces témoins, Chantal Trovel, les destinataires des enveloppes étaient essentiellement « des candidats qui cherchaient à financer leur campagne », et recevaient « de l’argent liquide ».

Quant au maître d’hôtel, Pascal Bonnefoy, auteur des enregistrements clandestins qui lanceront l’affaire, il a assuré aux enquêteurs : « Ces enveloppes, elles existent, j’en ai d’ailleurs vu une. »

Mis en examen pour « abus de faiblesse », « escroquerie », « blanchiment », « abus de confiance » et « abus de biens sociaux », Patrice de Maistre est en détention provisoire depuis le 23 mars, décision prise par le juge de la liberté et de la détention à la demande du juge d’instruction Jean-Michel Gentil.

Le parquet, quant à lui, s’est prononcé pour le maintien en détention de Patrice de Maistre, et une première demande de mise en liberté, présentée en référé par les défenseurs de Patrice de Maistre, Jacqueline Laffont, Christophe Cariou-Martin et Pierre Haïk, avait déjà été refusée lundi.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/300312/bettencourt-de-maistre-le-sort-de-sarkozy-entre-ses-mains
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42 000 morts par an : le gazole est-il assez cher pour nos poumons ?

29 mars 2012

Vous l’aurez noté si vous habitez en ville : ces jours-ci, ça pique et ça pue, bien plus encore qu’à l’ordinaire. En Ile-de-France, l’indice de qualité de l’air reste dans le rouge depuis le début de la semaine, pour cause d’absence de vent.

En cause : les particules fines émises essentiellement par les moteurs diesel et leur carburant gazole, qui est traditionnellement moins taxé en France que le « super ».

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les particules fines qui viennent s’incruster dans nos poumons sont responsables de 42 000 morts prématurées en France chaque année. C’est dix fois le nombre de tués en 2011 sur les routes de l’Hexagone !…

Le gouvernement a bien lancé un timide « plan particules » en 2011.

Pourtant, alors que le transport routier est le principal responsable des émissions des particules fines les plus nocives, le gouvernement a considérablement allégé l’écotaxe poids lourds mise en oeuvre dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

La France a été montrée du doigt, plusieurs fois, pour non respect des dispositions relatives aux particules fines contenues dans la directive européenne sur la qualité de l’air.

A l’heure où les prix des carburants battent tous les records, est-il électoralement correct de réclamer une hausse des taxes sur le gazole, au nom des dizaines de milliers de maladies respiratoires et de cancers mortels dont sa combustion est chaque année responsable ?

Le gazole est un carburant plus lourd que l’essence : son pouvoir énergétique est supérieur, et c’est pour ça qu’il permet de consommer moins de litres au cent – d’où son succès en France. Mais aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou encore en Suisse, le gazole est logiquement vendu plus cher que l’essence.

(Ah oui, un rappel non accessoire : si l’on prétend lutter sérieusement contre le double péril du réchauffement climatique et du pic pétrolier, il faudra d’une façon ou d’une autre que les carburants deviennent beaucoup, beaucoup plus chers…)

(Et à propos du pic pétrolier, vous pouvez toujours signer l’appel paru la semaine dernière sur le site du Monde.)

DR Le Figaro

DR Le Figaro


L’évasion fiscale, une cagnotte de 590 milliards !

Jeudi 29 Mars 2012 à 12:00 |
Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique…

Un livre-enquête d’Antoine Peillon révèle les agissements suspects de la banque suisse UBS aboutissant à faciliter, voire organiser l’evasion fiscale de milliers de citoyens français. Le même scandale avait abouti aux Etats-Unis à de lourdes sanctions contre la banque. Qui, pour le moment, ne réagit guère…

 

Le directeur général d'UBS Sergio Ermotti (Steffen Schmidt/AP/SIPA)

Le directeur général d’UBS Sergio Ermotti (Steffen Schmidt/AP/SIPA)
L’évasion fiscale pèse sur l’économie de nos pays développés dans des proportions insoupçonnées par les responsables politiques. Telle est, après quelques mois d’enquête sur le cas, très peu particulier sans doute, de la banque suisse UBS, la conviction du journaliste Antoine Peillon, grand reporter à la Croix.

L’évasion fiscale concernerait en France 150 à 200 000 personnes pour un montant de 590 milliards d’euros, dont 108 rien qu’en Suisse. UBS, sa filiale française créée en 1999, représenterait, selon l’auteur, à peu près un vingtième de ce marché. Un marché, comme le démontre bien son enquête, qui ne s’embarrasse guère de la législation. Tout le jeu de la banque consiste à cibler les clients fortunés – 10 millions d’euros au moins de patrimoine – puis à les cotoyer dans des manifestations conviviales. Objectif : convaincre ces Français d’ouvrir des comptes non déclarés, vis, par exemple, une création de société dans un paradis offshore, ou des facturations indues.

Le scandale de l’évasion fiscale aux Etats-Unis  a révélé que l’UBS, qui rappelons-le, est la première banque mondiale de gestion de patrimoine, avait permis l’ouverture de quelques 52 000 comptes non déclarés de citoyens américains aboutissant, après un conflit avec le fisc américain, à une mega-amende. C’est cette histoire qui décide Antoine Peillon d’enquêter sur UBS-France. Bingo : il constate que la filiale française accueille les mêmes responsables que la filiale américaine, pour conduire, finalement, le même genre d’opération. Peu à peu il découvre que les manoeuvres de la banque ont été critiquées et repérées non seulement par certaines autorités de contrôle comme l’Autorité de contrôle prudentiel de la Banque de France, la douane financière ou même les enquêteurs de la DCRI, mais qu’elles ont sucité des conflits entre certains cadres et la direction de la banque. Cerise avariée sur ce pudding  pourri, le livre de Peillon se conclut par l’exposition à la lumière de quelques opérations de transfert financier entre différents compte de Liliane Bettencourt qui le conduisent à subodorer, là encore, une opération d’évasion fiscale, via UBS et la compagnie italienne Generali.

Le plus étonnant dans cette affaire est l’extrême lenteur de l’Etat. On se rappelle que, dès le début de la crise, en 2008, le président Sarkozy a annoncé la fin des paradis fiscaux. Apparemment, non seulement le temps des listes noires ou grises est révolue, mais la gestion de patrimoine permet aux citoyens français les plus riches de contourner allègrement la législation sans encourir les foudres des autorités. Quant au gouvernement suisse, déjà échaudé par le scandale UBS aux Etats-Unis, on attend avec impatience sa réaction à l’enquête d’Antoine Peillon. Contacté par Marianne, l’ambassade n’a pas donné suite…

Ces 600 milliards qui manquent à la France, par Antoine Peillon, 185 p, Seuil, 15 €.

Antoine Peillon : des plaintes ont été déposées contre l’UBS, sans suite

L'évasion fiscale, une cagnotte de 590 milliards !

Comment les commerciaux de la banque UBS abordent-ils leurs clients ? Quelle différence faites-vous entre l’optimisation fiscale et l’évasion fiscale ?

Antoine Peillon : Au départ, il s’agit toujours d’optimisation fiscale. Il existe d’ailleurs tout un lexique adapté à ce marché. On parle de transferts transfrontaliers pour euphémiser des opérations qui ne sont pas toujours légales. Mais le plus souvent, la clientèle qui peut être constituée par des gens peu diplômés, des commerçants très riches ou des joueurs de football, impose de tenir un langage non technique; Alors on dit à ces clients  des phrases du genre « Vous serez bien chez nous », comme pour dire que la législation français n’est pas « optimale » par rapport à leurs intérêts.

Quel type de rémunération l’UBS propose-t-elle à ces clients ultra-riches ?

Pour devenir un client de ces prestations un peu spéciales, il faut disposer en général d’au moins 10 millions d’euros. Il existe différents niveaux de rémunération Selon le risque pris par le client, les rémunérations proposées varient de 4%, pour les contrats les plus sécures, à 10% pour les plus risqués. Ce qui fait que le capital déposé paut rapidement augmenter : avec un gain de 10% sur dix ans le capital déposé fait plus que doubler !

Comment la banque se rémunère-t-elle ?

Il y a la rémunération classique de la gestion de patrimoine, qui est de 1% par an sur les sommes déposées. Ensuite, certaines prestations donnent lieu à des commissions, comme la création d’entreprise offshore ou les conseils d’un avocat spécialisé. La place des intermédiaires est importante dans le système. Ainsi un jeune joueur de foot débarquant dans un club peut être « parrainé » par un aîné… D’ailleurs, l’attrait des clients n’est pas uniquement pécunier. Au fond, UBS leur propose une sorte de passeport pour entrer dans le club des ultrariches. La banque créée sans cesse des évènements conviviaux pour conforter ce sentiment : tournois de golf, déjeuners littéraires, concerts, etc.

Votre enquête met-elle en cause les institutions françaises et lesquelles ?

Les enquêteurs de l’Autorité de contrôle prudentiel de la Banque de France ont fait leur travail, tout comme la douane financière et les officiers de renseignement de la DCRI. En revanche on peut se demander pourquoi tous ces rapports n’ont rien déclenché du côté du Parquet de Paris. Des plaintes ont même été déposées par des cadres de l’UBS qui n’ont donné lieu, pour le moment, à aucune poursuite.

Le porte parole de l’UBS, interrogé par la télévision romande, a déclaré que votre enquête exploitait quelques conflits du travail existant au sein de la banque. Que répondez-vous ?

J’estime qu’il y a au moins une quinzaine de cadres et commerciaux sont dans une procédure prud’hommale contre la direction d’UBS-France. Mais ces conflits sont nés, justement de leur dénonciation de l’évasion fiscale. Et puis les sources de mon enquête sont très loin de se limiter à ces personnes.


La France compte de plus en plus de pauvres et de précaires

Nouvelobs en ligne

Créé le 29-03-2012 à 13h04 – Mis à jour à 15h00

La France compte de plus en plus de pauvres et précaires depuis le milieu des années 2000 et travailler ne suffit plus à se prémunir de l'exclusion, une tendance accentuée par la crise économique et qui devrait perdurer faute de mesures spécifiques, selon un rapport publié jeudi.
(c) Afp

La France compte de plus en plus de pauvres et précaires depuis le milieu des années 2000 et travailler ne suffit plus à se prémunir de l’exclusion, une tendance accentuée par la crise économique et qui devrait perdurer faute de mesures spécifiques, selon un rapport publié jeudi. (c) Afp

La France compte de plus en plus de pauvres et précaires depuis le milieu des années 2000 et travailler ne suffit plus à se prémunir de l’exclusion, une tendance accentuée par la crise économique et qui devrait perdurer faute de mesures spécifiques, selon un rapport publié jeudi.

« L’observation des tendances de la pauvreté et de l’exclusion sociale depuis une dizaine d’années pointe d’abord des évolutions préoccupantes », souligne l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes) dans son rapport 2011-2012, qui a compilé et commenté une vingtaine d’indicateurs.

Même si la France avait d’abord « plutôt bien résisté » à la crise 2008-2009, ses conséquences sont aujourd’hui « lourdes, multiples et échelonnées dans le temps », poursuit l’instance officielle.

Ainsi, en 2009 (dernier chiffre disponible), le taux de pauvreté retrouvait son niveau de 2000, à 13,5% de la population, après un « point bas à 12,6% » en 2004, rappelle le rapport, publié à moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle.

Nicolas Sarkozy avait promis en 2007 de réduire d’un tiers la pauvreté pendant son quinquennat. En raison du décalage des statistiques, on ne saura qu’en 2014 quel est le taux de pauvreté de 2012.

Ainsi, 8,2 millions de personnes vivaient en 2009 avec moins de 60% du niveau de vie médian (954 euros).

Si l’on prend en compte les indicateurs de la Commission européenne, ce sont 11,2 millions de Français qui étaient en 2009 touchés soit par la pauvreté monétaire, soit pas des « privations matérielles sévères », soit par une « très faible intensité de travail ».

700.000 personnes cumulaient les trois critères.

L’Onpes s’inquiète particulièrement de la « montée indéniable de la grande pauvreté », a souligné en conférence de presse Jérôme Vignon, à la tête de l’Observatoire.

Près de deux millions de personnes vivaient en 2009 avec moins de 640 euros mensuels (40% du niveau de vie médian), soit 3,3% de la population, un taux « en nette progression » (2,7% en 2000), selon le rapport.

Les personnes en grande pauvreté se trouvent dans une sorte de « halo du chômage », dont les chances de sortir « sont très faibles, en raison du cumul de handicaps lourds, notamment en matière de santé, d’éducation et de logement ».

Ce « cercle vicieux de la pauvreté (…) constitue un noyau dur de l’exclusion dans notre pays: des femmes chefs de famille monoparentale et leurs enfants, des hommes isolés et dépourvus de qualifications professionnelles, des femmes seules et âgées ».

Quant à ceux qui travaillent, l’Onpes s’inquiète des personnes aux « qualifications insuffisantes », que « le fonctionnement sélectif du marché du travail, privent quasiment de toutes chances d’accéder à un emploi durable et de qualité », comme l’attestent les statistiques du chômage de longue durée.

« Il vaut mieux avoir un emploi pour éviter la pauvreté mais il n’en prémunit plus autant qu’avant », a résumé Jérôme Vignon.

A défaut d’un soutien spécifique aux travailleurs pauvres, « il faut s’attendre en 2012 à une augmentation sensible du nombre de personnes en situation de pauvreté », a-t-il prévenu.

Malgré ce sombre tableau, l’Onpes note que les prestations sociales permettent de « réduire de huit points la part des personnes sous le seuil de pauvreté ».

« Nous livrons un message d’alarme mais aussi de confiance car la France a su grâce à un système complet et sophistiqué » de protection sociale, limiter les effets de la crise, a ajouté M. Vignon.

L’Onpes relativise également les chiffres de l’emploi en Allemagne, meilleurs qu’en France mais qui s’accompagnent de « réduction de salaires », « d’une sensible précarisation de l’emploi » et d’une hausse de la pauvreté (12,2% en 2005 contre 15,6% en 2010).

L’Onpes prône notamment une revalorisation des minima sociaux.


Une campagne trop tranquille ?

La campagne de François Hollande s’enfonce dans une douce léthargie. Pourtant, même si l’inquiétude est palpable chez les électeurs de gauche, son entourage tente encore et toujours de se montrer rassurant. Mais jusqu’à quand Hollande jouera-t-il la force trop tranquille ?

 

Sympathisants niçois du PS (Christophe Ena/AP/SIPA)

Sympathisants niçois du PS (Christophe Ena/AP/SIPA)

«La peur, c’est un spectre. La peur, c’est une illusion. La peur, c’est ce qui nous empêche d’avancer. Face à la peur, c’est le courage qui gagne toujours. » Mardi en fin de journée, sur le port de Boulogne-sur-Mer, sous une lumière rasante et sur fond de chalutiers amarrés à quais, François Hollande a disserté longuement sur la « peur ». Cette « peur » que voudrait « installer ou distiller », selon lui, le « Président sortant ». Mercredi à Nice : rebelote. Le couplet sur la « peur » est resservi mot pour mot. Mais il est une autre « peur » que François Hollande espérait sans doute conjurer en lançant ces « n’ayez pas peur » d’inspiration quasi papale : cette crainte et cet effroi qui s’immiscent lentement mais sûrement dans les rangs des électeurs de gauche et des responsables socialistes. « Tiendra-t-il ? », se demandent-ils ?

Car si la stratégie initiale de François Hollande a fonctionné en début de campagne, il y a tout lieu de s’interroger aujourd’hui. Jouer la constance, la cohérence, la « normalitude » en somme, face à l’excité de l’Elysée, face à ce « Fregoli » des temps modernes, ainsi que le rebaptise un conseiller d’Hollande en référence au roi des transformistes, ça eut payé. Mais aujourd’hui ? Il est permis d’en douter.

Car il y a d’abord ces foutues enquêtes d’opinion. Dans le staff d’Hollande, on fait mine de ne pas s’en inquiéter. Et l’on continue encore aujourd’hui à se gausser des « scores inouïs » que prêtaient les instituts de sondages à leur candidat il y a quelques semaines : « Une victoire nette à la présidentielle tourne en fait aux alentours des 52% », explique ainsi un proche. Et pour un autre cacique socialiste d’expliquer que même si Hollande baisse au premier tour, il reste très largement au-dessus du « score traditionnel du PS » qui se situe selon lui « aux alentours de 22% ». Et le vote Mélenchon qui grimpe comme le lierre sur les murs d’une vieille bâtisse ? Il y aurait ce que certains socialistes appellent une sorte de « cycle vertueux » : si Mélenchon monte trop haut, le vote utile sérieusement ancré dans l’inconscient collectif de l’électorat de gauche ferait sa réapparition comme par enchantement. Et si le candidat du Front de gauche progresse ces derniers temps, ce serait justement parce que les électeurs auraient bien compris qu’il n’y a pour l’heure aucun risque à ne pas le voir qualifié au second tour. En plus, le report de voix au second tour serait total ou presque. Bref, tout irait au mieux dans le meilleur des mondes.

Mais il en est au Parti socialiste qui ne partage pas cet optimiste. « Ils ne se rendent pas compte de ce qu’il se passe parce qu’Hollande perd 0,5 point par 0,5 point, analyse par exemple un ponte de Solférino, C’est un peu comme un père de famille qui ne se rendrait pas compte que son fils chaque jour grandit un peu plus. Mais quand l’oncle ou la tante leur rendent visite, eux, ils voient bien que le gamin est plus grand ! » En clair, celui que Sarkozy a rebaptisé le « sucre » fond doucement dans le grand bain de la campagne, mais les plus proches observateurs ne le verraient pas. Parce qu’ils ne pourraient pas et ne voudraient pas le voir.

Mais il n’y a pas que les sondages. La campagne d’Hollande elle-même interroge. Une campagne plan-plan, de bon père de famille, qui possède aussi peu de souffle qu’Hollande en a désormais pour déclamer ses discours. Hollande s’inspire de Mitterrand ? Certains ne lui trouvent plus aujourd’hui qu’une force trop tranquille. « Il mène une campagne de conseiller général », tente de rassurer un cacique socialiste, « Il parle à des catégories les unes après les autres. Récemment il a parlé aux parents d’élèves, aux responsables socialistes européens, aux acteurs de la culture. Evidemment, si vous n’en faites pas partie, vous ne pouvez pas vous enthousiasmer. Mais à eux, ils leur a parlé ». Mais c’est justement lorsqu’il s’est adressé au pays dans son entièreté, quand il n’a surtout pas tenté de répondre comme un boutiquier aux demandes catégorielles et corporatistes, qu’Hollande a pris son envol. C’était au Bourget où il a servi un discours volontaire et combattif à haute teneur républicaine.

Rééditer le Bourget ? Jean-Pierre Chevènement, lors d’un entretien, lui avait d’ailleurs soufflé cette idée d’organiser rapidement un grand meeting en région parisienne. Malheureusement, entre temps, Jean-Luc Mélenchon a repeint au rouleau et en rouge la place de la Bastille. La comparaison aurait été dure à soutenir si ce nouveau meeting avait été organisé dans la foulée. Mais la grand-messe viendra. Ce devrait être pour le 15 avril, soit une semaine tout juste avant le premier tour, en plein air à Vincennes.

Mais plus important, reste la question du fond. Ses idées, son programme ? « Tout est sur la table », affirme fréquemment François Hollande comme pour mieux souligner que son adversaire principal, Nicolas Sarkozy, lui, n’a toujours présenté aucun projet. Là encore, ce qui avait été une force, un gage de sérieux, en début de campagne, apparaît comme un handicap. Une campagne est une guerre de mouvement quand Hollande lui semble être un adepte de la guerre de la position. Et pourtant, c’est justement lorsqu’il a fait mouvement, lorsqu’il a pris des risques, quand il a dégainé des mesures « impactantes » comme on dit chez les sondeurs, à l’image de sa proposition de taxer à 75% les revenus au-dessus d’un million d’euros par an, qu’Hollande a de nouveau fait une percée.

Depuis, les quelques rares sorties qu’il s’est autorisée sont toutes (pour faire court) plus ou moins d’inspiration terra novesque. Il en va ainsi de son idée de supprimer le mot « race » de la Constitution française. Il en est de même d’une autre idée exprimée récemment : permettre à tous les lycées de France d’envoyer en classes préparatoires 5% à 6% de leurs meilleurs élèves. Une mesure qui serait inspirée d’une proposition de loi déposée il y a plusieurs années par son actuel directeur de la communication Manuel Valls.

Ce qui permet de s’interroger sur l’entourage de François Hollande qu’il semble vouloir à tout prix concilier. Hollande à la tribune ? C’est du Aquilino Morelle (sa plume), du républicain pur sucre avec pour « seul adversaire », comme on s’en souvient, « le monde la finance ». Le reste du temps, Hollande fait… du Hollande agrémenté d’une pointe de Valls et d’une pincée de Moscovici. En définitive, il sert un socialisme gentiment réformateur avec un peu de discrimination positive par ci et de multiculturalisme par là. Mais une présidentielle ne se gagne pas sur une synthèse. Elle ne se gagne pas plus en saucissonnant le peuple en clientèles qu’il faudrait satisfaire. Elle ne peut pas non plus se gagner sur le seul antisarkozysme. Elle se remporte sur une vision pour le pays dans laquelle chacun peut se retrouver. C’est elle et elle seule qui peut faire se volatiliser la « peur ».


Sécurité et délinquance : les illusions d’un diagnostic à la veille des élections

28 mars 2012

Photo : blogterritorial.expertpublic.fr

Les dramatiques assassinats de Montauban et de Toulouse vont-ils remettre la sécurité au cœur du débat public et donc de la campagne électorale ? Ce n’est pas ce que semblent indiquer les derniers sondages publiés. Il est en tous cas éminemment regrettable que le suspect des dramatiques assassinats de Montauban et de Toulouse n’ait pas été capturé vivant, que sa culpabilité n’ait pas fait l’objet d’une information et d’un procès menés par de vrais juges. Un débat contradictoire aurait permis de clarifier sa trajectoire et la surveillance dont elle faisait l’objet. On aurait ainsi pu savoir si son apprentissage des techniques de combat et l’accumulation d’un imposant arsenal sont compatibles avec le récit d’une auto-radicalisation solitaire. A défaut d’un procès, on aurait pu recourir à une commission d’enquête présidée par un juge indépendant. On aurait ainsi pu mesurer si les différents aspects du dispositif antiterroriste sont vraiment optimaux. La matière est trop grave pour que l’on s’en tire en s’offusquant de la moindre interrogation comme d’une lèse-majesté. Cette façon de faire aurait aussi permis de ne pas voir tous les problèmes de délinquance et de sécurité des citoyens sous le seul prisme d’un drame terroriste dont les caractéristiques sont bien particulières. On court ainsi le risque d’aggraver encore la manière insatisfaisante dont la campagne électorale en cours aborde la sécurité. C’est sur ce dernier point que nous voudrions insister.

Comme il est normal en période électorale, on dispute des politiques de sécurité ; mais curieusement, on ne débat guère du diagnostic. Sur ce point, les positions publiques en restent généralement au constat la violence augmente, les atteintes aux biens diminuent, même si gouvernement et opposition n’en tirent naturellement pas les mêmes conséquences. Plutôt que de discuter des mesures à prendre, demandons-nous d’abord ce que vaut le constat.

 Qu’est-ce qui augmente dans les violences ?

Première affirmation : la violence augmente. Mais, première surprise, l’homicide lui baisse depuis le début des années 1990 au point de n’avoir jamais été aussi bas depuis qu’on le mesure (voir ici). On a du mal à le croire après les journées que nous venons de vivre et c’est pourtant vrai. Quant aux agressions sérieuses – celles qui entraînent une incapacité de travail supérieure à huit jours (c’est la borne officielle) – elles ont probablement augmenté pendant une décennie depuis le milieu des années 1980 ; mais depuis le milieu des années 1990, elles se maintiennent sans tendance claire à un niveau très faible. Si la statistique de police annonce une croissance des coups et blessures, c’est l’effet mécanique de la quinzaine de lois qui ont élargi ce délit en y incluant des agressions qui n’en faisaient pas partie antérieurement.

Une seule violence se situe à un niveau élevé, les petites agressions, surtout les différentes formes de harcèlement, les injures, les menaces, le racket (file-moi ton blouson ou je te casse la gueule à la récré)… une petite violence expressive qui traduit la rugosité de relations sociales entre groupes qui se supportent difficilement. Pour autant, cette violence peut être pesante pour ceux qui y sont exposés à répétition. Imaginez qu’un groupe d’adolescents devant votre immeuble fasse mine de vous empêcher d’entrer. Il ne se passe rien de dramatique, juste quelques minutes désagréables, puis c’est fini. Mais si ce cinéma recommence chaque soir, au bout d’une semaine, vous ne penserez plus qu’à chercher un autre logement dans un quartier plus tranquille. Cette petite violence expressive n’est pas négligeable ; mais, elle présente une particularité importante : la plainte y est rare. Reprenons l’exemple de tout à l’heure : aussi perturbé soyez-vous, il y a peu de chances que vous alliez déposer plainte : que diriez-vous ? Et quelles chances auriez-vous que le fonctionnaire enregistre votre déclaration, plus encore qu’il traite réellement l’affaire. Par ailleurs, la violence est souvent une affaire entre jeunes et ils ont une trop mauvaise relation avec la police pour être très enclins à déposer plainte.

Le modèle ‘réactif’ où la police attend la plainte pour adresser une procédure à la justice fonctionne donc mal pour cette petite violence expressive. Le modèle ‘proactif’ qui harcèle les jeunes surtout s’ils semblent immigrés ne s’adapte pas mieux : il ramasse avant tout des infractions d’ordre public – de la consommation de drogue, de l’immigration irrégulière, des outrages à policiers – il contribue peu à la sécurité des citoyens.

Entrer dans le concret de cette violence qui augmente conduit à pointer une première erreur de diagnostic. Un modèle qui ne connait que la pédale répressive a peu de chances de succès face aux sortes de violence les plus fréquentes. Du coup, on est réduit à monter indéfiniment en épingle quelques faits divers horribles mais (heureusement) pas représentatifs, et à multiplier les lois qui élèvent la petite violence au rang de la grande.

Pour l’avenir, la principale menace de violence grave vient du secteur de la drogue : la police interpelle de plus en plus d’usagers, pourtant la France est l’un des pays d’Europe où la consommation de cannabis est au plus haut ; on est en train de s’enfermer dans le cercle vicieux classique des prohibitions. Mettez côte-à-côte une prohibition dure et des poches de fort chômage des jeunes non qualifiés, vous favorisez le développement d’une économie informelle où les enjeux financiers sont suffisamment importants pour déboucher sur une concurrence très violente pour le contrôle du marché. Le Mexique en donne actuellement l’exemple caricatural. Après tout, c’est bien la prohibition de l’alcool pendant l’entre-deux-guerres qui a permis le véritable décollage du crime organisé américain.

Qu’est-ce qui décroît dans les atteintes aux biens ?

Passons maintenant à la deuxième partie du credo : la délinquance contre les biens diminue. Les cambriolages sont en effet à la baisse depuis le milieu des années 1980 ; à cette époque, ils avaient atteint un niveau très élevé. Le même constat se retrouve dans les pays voisins. On l’attribue à la meilleure protection des logements contre l’intrusion des cambrioleurs ; peut-être faut-il y voir aussi l’effet du séparatisme social qui pousse les cibles les plus tentantes – par exemple les cadres du secteur privé – à choisir des quartiers tranquilles protégés par le prix de l’immobilier. Ce qui baisse aussi, ce sont les vols de voitures, cette fois depuis le milieu des années 1990. On l’explique par la généralisation de systèmes de protection efficaces contre le vol.

En revanche, ils ne sont pas mieux protégés contre les dégradations et celles-ci ne suivent pas la baisse des vols. D’autres atteintes aux biens ne diminuent pas non plus : les agressions dont on parlait plus haut sont très souvent des vols violents. S’il devient plus difficile de cambrioler ou de voler les voitures, le plus facile pour se procurer un bien convoité consiste à s’en emparer sur son propriétaire en train de circuler, d’où l’arrachage de smartphones, voire le carjacking. Mais ici, on ne rencontre plus les brillants taux d’élucidation qu’affiche la police en matière d’agressions : les vols violents sont aussi peu élucidés que les autres vols et cambriolages.

Surtout la diminution de certaines sortes d’atteintes aux biens dans le dernier quart de siècle fait suite à un autre quart de siècle – 1960-1985 – d’explosion des vols et cambriolages. La croissance antérieure a été bien plus importante que la diminution récente, de sorte que l’atteinte aux biens demeure pour les citoyens le risque le plus répandu. Et pourtant, l’élucidation des atteintes aux biens est très basse : d’après les données officielles, la police n’arrive à identifier un suspect que pour 16% des vols et cambriolages. C’est pourquoi son action a peu de chances d’avoir grande influence sur le mouvement de cette délinquance.

Enfin, la criminalité patrimoniale ne se limite pas aux vols : en 2007, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) estimait la fraude fiscale entre 29 et 40 milliards d’euros : autant qui manquent dans les budgets publics, sauf à les faire payer par les non fraudeurs.

Dire que la violence augmente et que la criminalité patrimoniale diminue ne suffit donc pas à fonder une politique de sécurité. Les choses sont singulièrement plus complexes. Avant de débattre des mesures à prendre, il serait sage de préciser le diagnostic sans se reposer uniquement sur les certitudes des professionnels du pénal qui ont actuellement l’oreille des politiques.

Philippe Robert & Renée Zauberman, sociologues au CNRS (Cesdip), viennent de publier Mesurer la délinquance (Presses de Sciences Po).


Rapport et témoignages en préfecture de Gironde sur les problèmes rencontrés par les étrangers.

Rapport et témoignages en préfecture de Gironde