Chronique d’une réadmission ordinaire…

http://www.15h52.net/monsieur-h/

La section LDH remercie Adèle Bras de ce récit.

Publicités

Communiqué de Paris d’Exil…

A la suite de l’appel pour un changement radical de politique migratoire lancé par des associations et collectifs militant pour l’accueil et les droits des étrangers, une délégation avait été conviée – à la seule initiative d’Emmaüs International – à l’Elysée le 26 juin dernier, dont l’ambition était notamment de réagir au Plan Migrant, annoncée par G.Collomb 2 semaines plus tard.

Au sein de cette délégation comprenant le Gisti, la Cabane Juridique, Emmaüs International, Amnesty International, la CCFD, l’association Paris d’Exil ainsi que le collectif des p’tits dèjs de Flandres, et la Roya Citoyenne représentait les récentes associations citoyennes nées d’une pratique de terrain.

Or, Paris d’Exil s’est finalement retirée de la signature du texte de l’appel pour deux raisons :

Le 23 juin, entre un échange de mails, présentant l’ensemble de la délégation aux participants, et la conférence téléphonique survenant quelques heures après pour préparer la rencontre, un nouvel intervenant avait été invité à l’insu de tous : Thierry Kühn de Emmaüs France, ancien directeur de Emmaüs solidarité, association gestionnaire du centre pour migrant. Celui-ci proposa pendant la réunion préparatoire de féliciter le gouvernement du dispositif mis en place porte de la Chapelle, sans même proposer une dénonciation minimum  de ce que génère ce centre de tri.

Il réitéra au nom de la délégation ses félicitations dans une interview à Télérama le lendemain :

http://www.telerama.fr/monde/accueil-des-migrant-emmaus-adresse-un-defi-a-emmanuel-macron,159880.php#xtor=EPR-164-[newsletter_trasoiree]-20170623

Nous estimons que  toute dénonciation de la politique gouvernementale actuelle passe impérativement par une désolidarisation sans ambigüité du « modèle » du centre de la porte de la Chapelle, où des bénévoles,  s’échinent nuit et jour, convaincus de « faire le bien », sans doute en toute bonne foi, alors qu’ils participent d’un système menant les exilés vers des assignations à résidence et des expulsions.

Il est impossible pour l’association Paris d’Exil, de signer un appel initié notamment par Emmaüs France, mouvement étroitement lié à Emmaüs Solidarité, par le fait de son directeur, l’association assurant, pour le compte de la Mairie de Paris, l’intendance du centre, en étroite coordination avec les services de la préfecture qui y opèrent le tri des exilé-e-s dubliné-e-s ou non, et en fonction de leurs origines.. On cherchera vainement la moindre dénonciation de ces pratiques illégales par le mouvement Emmaüs France, ce qui aurait pu justifier sa présence.

Emmaüs Solidarité facilite purement et simplement la mise en œuvre par le gouvernement d’une politique assumée d’expulsion, qui consiste à appliquer le règlement de Dublin de façon extrêmement agressive et abusive. Le centre de la Porte de la Chapelle, véritable souricière à exilé-e-s, est l’un des rouages qui, avec le règlement de Dublin, fait tourner la politique d’expulsion de l’Etat français aujourd’hui. Comment peut-on participer passivement à son intendance le jour, et prétendre jouer les leaders d’une campagne de protestation et de dénonciation la nuit ? Il y a là une contradiction insurmontable, qui nous laisse perplexe quant aux motivations de la politique de communication d’Emmaüs aujourd’hui.

Non seulement l’association ne dénonce ni les tris, ni les expulsions au Soudan ou en Afghanistan de demandeurs d’asile, mais elle administre un système qui permet cette ignominie. Pour prendre un autre exemple, au Centre d’accueil des familles exilées à Ivry-sur-Seine ouvert en février 2017. Emmaüs n’a pas su mettre en place une permanence juridique qui aurait permis à des familles d’avoir des informations sur les risques et les conséquences de leur « dublinisation », leur permettre des recours, ou de faire le nécessaire pour avoir un enregistrement et un accès aux conditions matérielles d’accueil dans des délais décents, si ce n’est légaux. Or, plusieurs associations étaient prêtes à assurer cette  mission. La raison du  refus de coopération invoquée par la directrice du centre Aurélie EL HASSAK MARZORATI  : Il était trop compliqué de faire un choix rapide entre les différentes associations candidates. Résultat, des familles dublinées, sans informations et sans recours, sont régulièrement menacées d’expulsion. (cf. CP Paris d’Exil du 25/07/17 sur un jeune père afghan placé en CRA le 24/07)). Le déni d’information et d’accès au droit est le fait de l’association. Emmaüs aurait-elle des raisons de craindre la présence d’une association trop militante au sein de ses locaux ?

Voilà un mois que la proposition d’une concertation nationale est en travail, réponse à l’interpellation faite à l’Elysée précédemment. Elle mobilise un certain nombre de bénévoles, d’associations solidaires et militantes. En attendant, le « plan migrants’ est passé tranquillement, sans vague, sans communiqué de presse envoyé par les 250 signataires ici présents… Emmaüs France s’est engagé dans une protestation alors parfaitement inoffensive.

Pour rappel, le plan migrant  entend :

–       réduire  à 6 mois le délai de traitement des demandes d’asile, contre 14 aujourd’hui (cela coûtera moins cher en ADA, c’est judicieux, on déboutera et expulsera plus vite également)

–       créer 7 900 places supplémentaires (mais de quel ordre ? CHUM ou CADA ? les places en CADA promises en 2015 n’ont toujours pas été mises à disposition, et on peut rire de ce nombre dérisoire, alors que la France promettait d’accueillir plus de 20 000 personnes !)

–       Améliorer (et non garantir!) les conditions d’accueil des mineurs étrangers ….

Et surtout :

–       renforcer les contrôles aux frontières contre ces méchants envahisseurs (tout en fermant le service des visas à Kaboul)

–       Garantir l’exécution des obligations de quitter le territoire

–       Annonces budgétaire : 200M d’euros pour le sécuritaire, 40M d’euros pour le soutien à l’intégration…

Les assos et collectifs ont besoin de rassembler leurs énergies et de s’unir sur une base claire. Si les assises nationales de l’accueil et des droits des étrangers doivent se tenir, il est nécessaire que cela se fasse selon un cadre défini par les collectifs et associations de terrain, et avec la présence de personnes exilées. Il est nécessaire de ne pas nous en tenir au stade de l’indignation, mais de proposer un nouveau modèle de société, bien éloigné de ce qu’annonce pour l’instant le gouvernement.

Paris d’Exil

http://www.parisdexil.org
Facebook

Twitter


Un lien essentiel dans notre soutien aux réfugiés-es…

Il semble judicieux de donner à relire un texte essentiel qui avait été publié afin d’interpeller les candidats-es à l’élection présidentielle 2017.
Il permet de se rendre compte de la duplicité actuelle du gouvernement français atteint de schizophrénie qui, par la voix de son président, prône la tolérance et l’humanisme, et qui, par l’autre voix sinistre de son ministre de l’Intérieur, distille avec une efficacité redoutable, réadmissions, raccompagnements et expulsions vers des pays jugés « sûrs » comme le Soudan ou l’Afghanistan, entre autres, sans oublier les multiples atteintes aux droits que nous constatons tous les jours dans les centres d’accueil répartis dans toute France.

https://www.parisdexil.org/

Pour compléter votre information vous pouvez suivre ce lien : www.stopdublin.fr

 

 


Journée 2017 des droits de l’Homme au pays de l’Homme à Sarlat -30-09-17-

Deuxième édition

Journée des droits de l’Homme au pays de l’Homme

section de Sarlat

samedi 30 septembre 2017

9h à 22h30

au Colombier

Le thème central, qui sera longuement traité cette année, s’articule autour de l’enfant, la minorité, le passage à la majorité, le statut des enfants sous toutes ses formes, le respect des droits des mineurs-es étrangers-ères isolés-es, les atteintes au droits des enfants ainsi que les différents problèmes posés par la collation des données et de la sécurité sur les réseaux sociaux et/ou dans le cadre scolaire ou familial.
•••
 11h30 à 13h
Table ronde sur le sujet des enfants mineurs et des mineurs étrangers
animée par Maria Carrier
•••
14h à 15h
Comment devenir famille d’accueil ?
Avec le témoignage de familles d’accueil en Dordogne. Informations détaillées sur le parcours à suivre pour devenir acteur-actrice de la prise en charge des mineurs dans un département.

•••
15h à 16h
Dédicace du livre « Le battant »  par AYEOTE KOUMOUMBA, auteur africain.
Editions Saint Honoré
•••

17h à 19h
Conférence de Françoise Dumont
Présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme
« De l’évolution des droits de l’enfant de la préhistoire -ou presque- à nos jours »
Suivie d’un débat public avec la participation exceptionnelle

de représentants-es de la société civile au Parlement africain
•••

Concert exceptionnel à 20h00 *

Bruno Daraquy

chapiteau du Centre Culturel de Sarlat

sur des textes de François Villon

En préambule à cette journée exceptionnelle

une soirée est proposée le vendredi 29 à partir de 19h au cinéma Rex de Sarlat


P
rojection du film « Polisse » de Maïwen
Le film sera suivi d’un débat sur la place de l’enfant dans notre société
animé par Jean-Marie Lelièvre, président de la section LDH de Sarlat,

Renseignements et réservations

06 41 89 41 22
ldhsarlat@gmail.com

* Participation : 5€

 


Enfants exposés sur les réseaux sociaux…

letemps.ch

 … «Je t’aime, je te cache»

Marie-Claude MARTIN

Sur mon fil Facebook, une photo me frappe par son cadrage étrange. C’est celle d’une lumineuse quinquagénaire, star de Facebook, à l’esprit incisif et à l’humour désopilant. On la voit, le visage heureux, penchée comme une madone sur son petit-fils, dont on ne perçoit que le bras potelé. La photo a été recadrée pour que l’enfant ne soit pas identifiable. Une de ses amies FB l’interroge sur cette discrétion, qu’elle-même ne pratique pas, tant ses petits-enfants l’enthousiasment. Elle précise néanmoins qu’elle s’adresse à un cercle privé et qu’elle n’apparaît pas sous son vrai nom. S’ensuit une conversation autour de la question: exposer ou pas sa progéniture sur les réseaux sociaux?

Respecter la e-réputation

Certains intervenants invoquent le droit d’autonomie et d’intimité des enfants, y compris des bébés: «Ma fille a le droit de contrôler son image. Elle ne m’appartient pas. Même si elle a 9 mois.» D’autres, le devoir des parents de ne pas lester leur progéniture d’un passé numérique qui, plus tard, pourrait leur porter préjudice. Les plus méfiants rappellent qu’une fois postées sur Internet, les images peuvent être récupérées par n’importe qui, notamment des prédateurs sexuels ou des réseaux pédophiles.

Histoire fausse mais crédible

A ces questions morales ou éthiques, s’ajoute la question juridique. Souvenez-vous. Il y a deux mois, tous les sites d’information reprenaient l’histoire de cette Autrichienne de 18 ans qui avait décidé d’intenter un procès à ses parents pour violation de sa vie privée. Elle leur reprochait d’avoir publié 500 photos d’elle dans différentes situations, qu’adolescente elle jugeait embarrassantes, comme le premier bain ou le pipi du soir. Ce feuilleton avait été partagé avec 700 amis. Ses parents, estimant qu’ils étaient auteurs des images, ont refusé de les retirer.

L’histoire était fausse, a-t-on appris plus tard, mais crédible. Un cas d’école qui pourrait tout à fait se réaliser, les premiers enfants exposés sur FB – créé en 2004 – ayant atteint la majorité. Ils auront alors la loi de leur côté, en tout cas en Suisse, où le code civil est très clair. Même un mineur peut exercer ce droit à l’image s’il est jugé apte au discernement, comme l’avance le juriste suisse François Charlet.

Pourtant, malgré de multiples mises en garde, la déferlante de bambins continue sur Facebook, Instagram ou Tweeter, à l’instar du viral #motherhoodchallenge qui consiste à célébrer la maternité en postant des photos de soi et de ses enfants.

Que veut-on montrer en montrant sa progéniture?

Ce qui appelle une autre question: que veut-on montrer en montrant sa progéniture? Selon le psychologue clinicien Michael Stora, qui déplore l’avènement de l’enfant-trophée, «c’est une dérive inquiétante car, idéalement, on aime ses enfants sans rien attendre en retour. Dans le cas des photos postées sur les réseaux sociaux, on attend désormais de l’audimat.» Réponse cruelle pour tous ses parents qui exposent la chair de leur chair, candidement, sans arrière-pensées, et souvent pour le plaisir de leurs proches géographiquement éloignés.

Plus d’imagination

Alors que faire pour dire sa joie d’être parent ou grand-parent, tout en respectant l’autonomie des enfants? Idéalement, ne poster aucune photo. On peut néanmoins réduire les risques: les publier dans un groupe privé ou à l’adresse d’une liste d’amis proches, éviter de les taguer, ne pas divulguer trop de détails personnels (prénoms, localisation), demander l’accord des enfants avant publication, supprimer les images s’ils vous le demandent par la suite et faire preuve d’imagination pour évoquer leur présence sans attenter à leur future e-réputation. Les photos n’en seront que meilleures.


Immigration : Macron à la rue


Petit conseil à Emmanuel Macron : lire dans « l’Obs » de cette semaine le formidable reportage de Natacha Tatu sur l’afflux des migrants en Italie. Son reportage est titré « L’Italie à bout de souffle ». Car la péninsule, malgré tous ses efforts, une organisation quasi-sans faille, la multiplication des centres d’accueil, des initiatives à la fois étatiques et locales pour faire face, arrive à saturation.

Et pourtant, qu’écrit notre consoeur ? Ceci : « Malgré l’afflux massif de migrants, ici, pas de jungle comme à Calais, pas de campements sauvages comme à la Chapelle à Paris. Un début d’installation massive à Vintimille, où les migrants tentent de passer en France, avant d’être refoulés, a été rapidement contenu, avec l’aide de la Croix-Rouge. Pour l’instant sans débordements. »

Migrants : l’Italie à bout de souffle

Le président de la République devrait donc aller faire un petit tour en Italie s’il souhaite ne plus voir en France, « d’ici la fin de l’année, des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois ». C’est ce qu’il a déclaré ce jeudi lors d’un déplacement à Orléans. « Je veux partout des hébergements d’urgence », a-t-il ajouté. Là encore, son homologue italien pourra lui expliquer comment il fait depuis des mois…

Merci, votre inscription a bien été prise en compte.

Approche verbeuse

Trêve de plaisanterie… qui n’en est pas une. Car la phrase d’Emmanuel Macron nous fait piteusement penser à la promesse de Lionel Jospin pendant la campagne présidentielle de 2002, d’arriver « à zéro SDF » en France. Autre temps, autre sujet. Et il est difficile d’accuser Lionel Jospin de ne pas avoir tenu sa promesse, puisqu’il n’a pas été élu. Mais cette phrase lui avait coûté cher, tant elle avait semblé démagogique et révélatrice d’une manière très verbeuse d’aborder ce type de problème.

Avec sa promesse de « zéro migrants dans les rues », Emmanuel Macron n’est pas à la hauteur de l’enjeu de la question migratoire. L’Elysée avait annoncé un discours « fondateur » à Orléans. Ça se finit avec une formule dont on pressent qu’elle fera « pschitt.

Macron sur les migrants : « Je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois »

Où était le souffle du soutien qu’il avait apporté à Angela Merkel quand cette dernière avait décidé d’ouvrir grands les portes de l’Allemagne aux réfugiés bloqués sur ce qu’on appelle la route des Balkans. Une fois élu, le chef de l’Etat, lors d’un conseil européen en juin, avait aussi déclaré que la France devait « accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur ». Et Emmanuel Macron de conclure lors du même sommet : « Nous devons faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants. »

Quelle « juste part » ?

C’est le cas de l’Italie aujourd’hui. Mais parions que les Italiens, déjà déçus par Macron comme le montre le reportage de Natacha Tatu, ne retiendront rien de son discours d’Orléans, ou pas grand chose – la volonté présidentielle de créer des hotspots en Lybie peut-être ? Et qu’ils resteront convaincus que la France, décidément, n’assume pas « sa juste part » dans l’accueil de réfugiés politiques ou de migrants économiques, pour reprendre les mots du candidat Macron, qui s’était bien gardé il est vrai de fixer des objectifs chiffrés.

Car non, la France n’est pas solidaire en ce moment de l’Italie, beaucoup plus généreuse que nous. Pendant qu’elle s’échine à faire ce qu’elle peut, qu’entend-on de ce côté-ci des Alpes sur le sujet ? Un ministre de l’Intérieur, qui accompagnait d’ailleurs le président à Orléans, parler de « kystes » à propos des ONG qui viennent en aide aux migrants à Calais.

« Enkystés », « appel d’air »… les propos de Collomb sur les migrants de Calais font polémique

Qu’entend on à Tarbes où un hôtel sert de centre d’accueil ? Que des habitants ont construit un mur devant sa porte, avant, heureusement, de le détruire le lendemain. Que lit-on ? Un rapport d’une ONG internationale qui dénonce « les violences policières » envers les réfugiés désireux, à Calais, de passer en Angleterre. Que lit-on encore ? Qu’un militant qui organise dans la vallée de la Roya un réseau de solidarité, pour pallier en quelque sorte le déficit de la générosité d’Etat, risque une nouvelle fois de passer devant les tribunaux.

Des actes !

Oui, la France doit et peut faire plus. Oui la France doit accentuer la pression sur la Hongrie, l’Autriche ou la Pologne, qui mènent en la matière des politiques indignes du rêve européen. Oui, de nombreuses initiatives locales démontrent que les Français savent être généreux, et que la frilosité, la peur, la xénophobie, encouragés parfois par certains élus, et pas seulement le Front national, peuvent être combattus avec succès.

Si le chef de l’Etat veut que sa formule d’Orléans ne reste pas un vœu pieu, ces initiatives doivent être encouragées, à gorge déployée, pas en donnant le sentiment de s’excuser, ou de faire ce qu’on peut. Elles doivent être portées par des actes et une politique migratoire plus volontariste, plus généreuse, au plus niveau de l’Etat. Ce n’est pas ce que nous avons entendu à Orléans.

Paul Quinio


Discrètement, la France renvoie des migrants en Afghanistan

news.vice.com

Par Elise Blanchard

Migrants

juillet 26, 2017 | 11:50 am

Le scénario s’est répété une petite quinzaine fois depuis le 20 juin, journée mondiale des réfugiés : un homme afghan, parfois très jeune, assis à l’arrière d’un avion au départ de Charles de Gaulle, entouré de policiers.

La plupart de ces tentatives de renvois forcés n’ont pas abouti, grâce aux réactions des passagers, informés à l’aéroport par les militants du collectif La Chapelle Debout (LCD). Malgré tout, trois Afghans, arrêtés à Calais et Paris, ont été expulsés vers Kaboul ces dernières semaines.

Gul*, un jeune Afghan de 19 ans, originaire de Kunduz (une des zones les plus dangereuses du pays) a décollé à 13 heures 26, le 19 juillet, dans un vol Air France pour Istanbul, seule escale avant l’Afghanistan – le pays qu’il avait été obligé de fuir après qu’il ait refusé de rejoindre les Talibans, selon LCD.

Dans un communiqué, LCD décrit la scène dans l’avion, racontée via téléphone et SMS par des passagers dans l’avion :

« [Gul] a hurlé. Très rapidement, les policiers lui ont mis un masque sobrement appelé « un réducteur phonique » et qui nous a été décrit par les personnes présentes, choquées, comme un masque à oxygène. » Un couple de passagers qui s’était plaint de la situation a été forcé de quitter l’avion.

Depuis 2009, seuls quelques Afghans, des cas isolés, avaient été renvoyés à Kaboul. Les tribunaux annulent normalement la plupart des demandes de renvois pour les personnes originaires d’Afghanistan en raison des dangers encourus dans leur pays d’origine (en accord avec les lois internationales). N’ayant commis aucun crime, ils sont souvent relâchés après un délai de 45 jours.

Depuis juin 2017, la France, comme l’Allemagne auparavant, tente de mettre en place un processus de retours forcés vers l’Afghanistan.

« Je pense que jusqu’à récemment, l’administration française était encore en phase de rodage. »

Contrairement à l’Allemagne qui a choisi les expulsions collectives à bord d’avions spécialement affrétés, la France utilise une méthode plus discrète, en plaçant les personnes qu’elle souhaite expulser, une par une, à l’arrière d’avions de ligne.

Interrogé par VICE News, Nicolas Pernet, responsable en Île-de-France de l’action en rétention de La Cimade, une association de soutien aux migrants, nous explique : « Je pense que jusqu’à récemment, l’administration française était encore en phase de rodage. » Avant, deux obstacles empêchaient les renvois : la situation sécuritaire en Afghanistan et l’obtention d’un laissez-passer consulaire (nécessaire lorsque les migrants n’ont pas de papiers) rarement délivré par les autorités afghanes.

Pernet explique qu’afin de contourner le premier obstacle, l’administration affirme que si les réfugiés afghans ne souhaitent pas demander l’asile en France, alors c’est qu’ils ne sont pas en danger en cas de renvoi dans leur pays.

En réalité, certains souhaitent rejoindre leur famille en Angleterre et d’autres veulent demander l’asile en France, mais préfèrent attendre leur sortie du centre de rétention administrative (CRA) pour le faire. En effet, en CRA les migrants ne disposent que de cinq jours pour préparer leur dossier de demande d’asile, un délai trop court pour le faire correctement et les taux d’acceptations sont bien plus bas qu’en procédure dite normale.

De son côté, un accord entre l’Union européenne et l’Afghanistan (signé en octobre 2016) a permis à l’administration de faire tomber le deuxième obstacle, explique Pernet. Il autorise le ministère de l’Intérieur à délivrer son propre « laissez-passer européen », s’il n’obtient pas de laissez-passer du consulat afghan sous quatre semaines.

Cet accord, très critiqué, visant à faciliter les renvois, a été signé par le gouvernement afghan avec l’UE en contrepartie d’aides au développement, et de la construction d’un terminal à l’aéroport de Kaboul.

« Le gouvernement assumerait le principe de ces renvois vers l’Afghanistan, conformément à la volonté politique de l’Union européenne. »

Le Défenseur des Droits a critiqué l’accord UE-Afghanistan lors d’auditions parlementaires, soulignant « l’absence de garanties démocratiques dont dispose l’Afghanistan pour juger du besoin de protection des intéressés, » dit Géraldine Meyer, du service de presse de cette institution, à VICE News.

Le 13 mars, le Défenseur des Droits avait déjà reçu un courrier du ministre de l’Intérieur « expliquant que le gouvernement assumerait le principe de ces renvois vers l’Afghanistan, conformément à la volonté politique de l’Union européenne. »

Bilal, un Afghan d’environ 50 ans, malade, séparé de sa femme et de son enfant de 8 mois, tous deux à Calais, a été la première cible dans cette série de tentatives de renvois. Il a été emmené de force dans un avion le 20 juin 2017, journée mondiale des réfugiés. Poursuivi par des seigneurs de guerre et les Talibans, Bilal dit avoir dû fuir son pays pour sauver sa vie. Bilal s’est retrouvé à l’aéroport Charles de Gaulle, dans un avion à destination d’Istanbul puis de Kaboul.

Au même moment, une dizaine de militants distribuaient des tracts aux portes d’embarquement, expliquant aux passagers ce qui risquait d’arriver à Bilal, et comment tenter de l’aider une fois à l’intérieur de l’avion. Quelques heures plus tard, le commandant de bord a fini par sortir du cockpit face au mécontentement de certains passagers. L’appareil décolle avec trois heures de retard, mais Bilal en est sorti.

Le lendemain, encore sur le vol de 16 heures 20, la même scène ou presque se reproduisait pour Jan*, un Afghan de 19 ans. À l’arrière de l’avion, le jeune homme fait tout pour se faire remarquer, malgré les policiers qui l’entourent. Deux passagères ont tenté de parler au pilote en vain. Puis, un homme interpelle la police et l’équipage : « Renvoyer quelqu’un à Kaboul contre son gré est contraire aux droits de l’homme. » L’homme refuse de s’asseoir et est rejoint par d’autres passagers qui tentent de négocier avec l’équipage. Jan finira par être débarqué, rentrer au CRA, puis en sortir quelques jours plus tard.

Le 23 juin, veille de sa libération programmée, on annonce à Bilal qu’il part pour l’aéroport. Plus tard, Bilal rentre dans sa chambre et se lacère les bras.

« C’est une sacrée preuve de leur détermination. »

Selon Pernet, ce type d’incident arrive régulièrement en CRA. « Au stade où il n’y a plus aucune échappatoire, ils ne voient plus que ça pour essayer de s’en sortir, » dit-il citant des hommes qui s’ouvrent les veines, avalent des lames de rasoir, ou encore tentent de se pendre. « Personne n’en est mort, mais ce sont des situations dures. » Nicolas Pernet est par contre surpris par la vitesse à laquelle la préfecture du Pas-de-Calais a reprogrammé un deuxième vol pour Bilal. « C’est une sacrée preuve de leur détermination. »

Contactés plusieurs fois par VICE News, le ministère de l’Intérieur (notamment la Direction générale des étrangers en France) et la préfecture du Pas-de-Calais n’ont pas répondu à nos questions.

Après un rapide passage à l’hôpital du CRA, Bilal a été de nouveau emmené à l’aéroport pour le vol vers Istanbul. Cette fois, l’avion a démarré. Mais alors que les militants avaient perdu espoir, l’appareil a finalement fait demi-tour pour faire descendre Bilal, après que des passagers aient encore refusé de s’asseoir.

« La deuxième fois a été encore plus difficile, » dit Bilal au téléphone à VICE News. « Je deviens fou, pourquoi veulent-ils absolument me déporter, moi ? ». Bilal assure que des officiers lui ont dit, à la suite du deuxième vol, qu’il serait drogué pour être plus calme pendant la troisième tentative.

Il n’y a pas eu de troisième vol pour Bilal. Selon sa femme, jointe au téléphone, Bilal est malade, apeuré et méfiant.

« Quand tu expliques la situation et que tu mets des noms, des parcours de vies sur la personne, ça change tout. »

Selon les activistes de LCD, la douzaine de tentatives de renvois avortées montrent que « la majorité des gens sont contre ces méthodes, » et que « l’important est de mettre à jour un processus que personne ne voit ou personne ne veut voir ».

« Quand tu expliques la situation et que tu mets des noms, des parcours de vies sur la personne, ça change tout, et la majorité des gens, ça les choque, » dit une militante de LCD.

Les tentatives de renvois ont continué de s’enchaîner. Le 5 juillet, lors de la septième tentative de renvoi, les militants sont encore arrivés deux heures avant l’heure de départ, mais beaucoup de passagers ont déjà passé la porte d’embarquement.

L’homme qui risque d’être renvoyé ce jour-là a expliqué aux militants qui l’ont rencontré qu’il « a été arrêté, frappé et enfermé en centre de rétention administratif alors qu’il était en possession d’une convocation pour déposer une demande d’asile. Le papier de rendez-vous a été détruit. »

Mais le personnel de bord, selon les militants, n’est plus intéressé par leur discours. Il semble avoir été briefé pour décoller coûte que coûte.

La police aux frontières distribue elle aussi des tracts aux passagers. L’officier habillé en civil nous explique que le tract vise à expliquer aux passagers qu’ils encourent des peines s’ils entravent le bon déroulement du vol. Il cite l’article L6372-4 du Code des Transports selon lequel « Entraver, de quelque manière que ce soit, la navigation ou la circulation des aéronefs » est « puni de cinq ans d’emprisonnement et de 18 000 € d’amende. »

Le tract des activistes cite lui la convention européenne des droits de l’homme (article 3 : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ») et la charte des droits fondamentaux de l’UE (dont l’article 19 : « Nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un État où existe un risque sérieux qu’il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d’autres peines ou traitements inhumains ou dégradants. » ).

« Les frontières de la légalité et de l’illégalité sont décidées par les États et par les gouvernements. »

La situation sécuritaire du pays ravagé par la guerre depuis presque quatre décennies n’a fait que se dégrader ces dernières années. Le nombre de victimes civiles enregistrées pour le premier semestre de 2017 a atteint un nouveau record avec 1 662 morts et 3 581 blessés, selon les Nations unies. Et l’année 2016 avait déjà été la plus meurtrière depuis le début du recensement en 2009, avec 11 418 civils tués ou blessés.

À lire : À Kaboul, les Talibans multiplient les attentats

« Il faut bien se rendre compte qu’on est ici dans une situation, où les frontières de la légalité et de l’illégalité sont décidées par les États et par les gouvernements et où le droit international n’a plus guère de prise, » explique François Gemenne, chercheur sur les migrations à Sciences Po.

La France, explique-t-il, a choisi la discrétion, là où l’Allemagne a agi très ouvertement pour dissuader les migrants et satisfaire l’opinion publique (mais elle a récemment temporairement suspendu les renvois vers Kaboul).

« Ces expulsions douces via les avions de ligne sont symptomatiques d’une politique à plus grande échelle qui veut essayer de rendre invisible les indésirables, » dit-il.

Alors que ce lundi deux attentats revendiqués par les Talibans ont tué au total de plus 70 personnes en Afghanistan, dont au moins 35 à Kaboul, la France a encore expulsé un migrant afghan ce mardi. L’avion est parti à 13 heures 32, avec une heure de retard. Selon un passager à bord, en contact avec les militants, deux camions de CRS étaient présents sur le tarmac, et sept officiers dans l’avion.

Ce nouveau cas de renvoi est inédit. D’après LCD, Jaweed*, 22 ans, souhaitait rester en France et avait été débouté du droit d’asile, car l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) l’aurait soupçonné d’être pakistanais ou indien. Il a été arrêté par la police à la Gare de l’Est à Paris, alors qu’il avait apparemment récupéré son passeport afghan à l’ambassade pour prouver qu’il ne mentait pas. Mais plutôt que de le laisser utiliser cette preuve pour obtenir l’asile, les autorités se seraient servies du passeport pour le renvoyer à Kaboul.


* Les prénoms des migrants afghans ont été modifiés afin de préserver leur sécurité.

Suivez Elise Blanchard sur Twitter : @eliseblchrd

Thèmes:afghanistan, france, migrants, renvois, kaboul, attentats, aéroport