Des antisémites sous les gilets jaunes…


Parmi les « gilets jaunes » présents à Paris pour « tout bloquer » samedi dernier, une belle brochette de nationalistes et d’antisémites notoires, qui comptent bien récidiver samedi prochain…

Pas facile d’avoir un avis tranché et définitif sur le mouvement des « gilets jaunes », qui s’est exprimé pour la première fois samedi dernier. Certains, comme Jean-Pierre Anselme, veulent y voir « un mouvement d’ampleur, qui mobilise une large fraction des classes populaires les plus meurtries par les politiques gouvernementales néolibérales », dont les tentatives de récupération de la part de leaders nationalistes « n’atteste en rien de sa prétendue “nature” d’extrême droite ».

Photo : Serge d’Ignazio

D’autres, au contraire, comme nos camarades désabusé·es de Haute-Savoie, jugent ce mouvement plus sévèrement : « Sans perspectives révolutionnaires, les masses populaires qui cherchent la rébellion contre la morosité périurbaine se retrouvent prises dans les mailles du populisme, renforçant ainsi l’avancée du fascisme. »

Des gilets jaunes à Saint-Amand. Photo : marion lapeyre

Pour notre part, c’est plutôt avec scepticisme que nous observons ce mouvement, car sa revendication « franchouillarde » (la référence aux « Gaulois »), son anti-fiscalisme primaire (quid de la redistribution des richesses ?), et plus largement sa vacuité idéologique le rende plus facilement perméable aux idées d’extrême droite qu’à nos propositions d’émancipation sociale et de solidarité de classe, quelque soit la nationalité. L’avenir jugera, mais d’expérience, on sait que ce genre de mouvement spontané, n’ayant pour seule revendication que de « faire entendre le peuple » sans préciser ce qu’il a à dire, est soit voué à disparaître rapidement, soit à finir dans les filets des populistes professionnels, qui sont déjà à l’affût.

L’extrême droite en embuscade

D’ailleurs, les fafs ne s’y sont pas trompés, et les « vedettes » du milieu ont bien pris soin de faire un selfies avec des gilets jaunes, comme Dieudonné, Alexandre Gabriac et bien d’autres.

Gabriac et Dieudonné avaient sorti les gilets jaunes. Le PDF aussi…

Des fans de Faurissons sur les Champs Elysées

À Paris, un petit groupe s’était constitué dès 7 heures du matin sur le rond point des Champs Élysées, histoire d’être les premiers pour tenter de “bloquer” la célèbre avenue. Une vidéo de près d’une heure, réalisée par un certain Victor Diaz de Vivar, a circulé sur les réseaux sociaux : elle montre le groupe dirigé par  un certain Fred, entouré en rouge sur les photos ci-dessous, ainsi que son copain Kevin, filmé à plusieurs reprises en gros plan…

Source : Facebook

Or, dans cette petite équipe, on retrouve une belle brochette de nationalistes et d’antisémites parmi les plus radicaux, dont le “leader” autoproclamé de ces “gilets jaunes” parisiens.

Frédéric Jamet, à gauche en train de diriger des “gilets jaunes” dans Paris.

On peut ainsi reconnaitre sans peine sur la vidéo Frédéric Jamet. Entré dans la police en 1987, il sévit à la direction des renseignements généraux de la préfecture de police, tout en étant militant à l’Œuvre française (OF). Si on en croit le fondateur de l’OF, Pierre Sidos, dans une interview donnée à Hervé Ryssen, Jamet “corrigeait les rapports sur le plan français (correction, mise en forme) et plutôt que de mettre les documents dans le broyeur, il nous les fournissait.” En 1991, il rejoint la 12ème section de la direction, chargée du traitement de l’immigration clandestine. Or, à cette époque, Jamet faisait partie des militants de l’OF qui faisaient de l’entrisme au Front national. Dans le parti de Jean-Marie Le Pen, Jamet rejoint le syndicat Front national-Police[1] : il est même le rédacteur en chef du bulletin du syndicat frontiste.

Archives : La Horde

Suite à l’invalidation de ce syndicat frontiste en 1998, il rejoint alors le Syndicat professionnel des policiers de France (SPPF), dont il devient le secrétaire général, tout en restant au Front national ; mais la même année, Jamet, qui vient d’être nommé à l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants, est interpellé et mis en examen pour un braquage du restaurant Pétrossian, dans le carde d’une enquête sur un trafic d’explosifs. Il refuse de répondre au juge, évoquant le secret défense… Révoqué de la police nationale, Jamet passe en procès en 2004 pour association de malfaiteurs, tentative d’escroquerie en bande organisée et vol à main armée, et confirme à cette occasion qu’il était une « barbouze »… Un citoyen modèle !

Toujours proche de l’Œuvre française, Jamet était venu, en 2012, lors des élections universitaires à Assas, soutenir ses petits camarades du GUD. Si on en croit le journaliste Frédéric Haziza (ou plus précisément ses amis policiers) dans son livre Vol au-dessus d’un nid de fachos,  Jamet aurait également participé au financement du Crabe-Tambour, le bar du gudard Logan Djian ; Hervé Ryssen, dont il sera question plus loin dans l’article, est également de l’aventure. Enfin, le 29 septembre de la même année, il était présent au rassemblement des jeunesses nationalistes devant Notre-Dame, dont le site antifasciste REFLEXes avait à l’époque fait un compte rendu circonstancié. Là encore, Hervé Ryssen est présent.

Archives : La Horde et REFLEXes

En 2015, Frédéric Jamet crée sa propre organisation, le Mouvement Écologique National et Solidaire (MENS, pour « esprit » en latin, quel poète !), dont Jamet se désigne comme le « Stratège », sous le pseudonyme de Périclès… Un manque totale d’humilité qui n’a d’égal que l’anonymat complet de son mouvement, dont la seule activité connue est la publication sporadique de communiqués pour dénoncer pêle-mêle l’immigration, les abattoirs et les agressions « sionistes » contre la Syrie. En novembre 2017, le MENS, du moins son «Stratège », vient prêter main forte au « Comité Révolutionnaire International » de Franck Pucciarelli, un soutien inconditionnel de Kadhafi : la scène se passe au théâtre de la Main d’Or, alors le théâtre où s’exhibait Dieudonné, et en présence de Ginette Skandrani, soutien bien connue des négationnistes de tous poils.

Au théâtre de la Main d’or, Frédéric Jamet (A), Franck Pucciarelli (B) et Ginette Skandrani (C).

On est donc un peu moins étonné de voir Jamet lancer quelques mois plus tard, le 11 mai 2018, un appel à signature pour un « Pacte antimondialiste », qui entend rassembler tous ceux qui veulent « lutter contre l’oligarchie mondialiste qui orchestre le projet totalitaire de gouvernance mondiale aux fins d’asservissement de l’humanité » et « combattre l’axe sioniste générateur de conflits et de chaos »…

On est encore moins surpris d’avoir vu samedi dernier, aux côtés de Jamet, gilet jaune sur le dos, d’autres citoyens tout aussi « remarquables », en tout cas pour leur antisémitisme :

– Hervé Lalin, dit Ryssen, un ancien militant du FN, responsable du groupuscule nationaliste-révolutionnaire Unité Radicale en Ile-de-France au début des années 2000, s’est fait connaitre par l’organisation de l’agression du père Berger à la Basilique Saint-Denis le 15 septembre 2003, en raison de son soutien aux sans-papiers. C’est ensuite sous son nom de plume Hervé Ryssen qu’on le retrouve, publiant divers ouvrages tous plus antisémites les uns que les autres, dans lesquels il prétend analyser le « discours mondialiste juif » en faisant la part belle à la psychologie de bazar. Régulièrement invité à s’exprimer dans l’hebdomadaire pétainiste Rivarol, le bonhomme s’est rapproché assez logiquement de l’Œuvre française, jusqu’à sa dissolution. Ryssen, dans une vidéo aujourd’hui supprimée, se revendiquait lui-même “antisémite et raciste“.

Photo souvenir de la manif en l’honneur de Jeanne d’Arc, le 11 mai 2014 : de gauche à droite, Vincent Vauclin de la Dissidence française, Yvan Benedetti (ex-Œuvre française), Hervé Ryssen.

– un ami de Ryssen, connu sous le pseudo John Balder, qui considère sur les réseaux sociaux le négationniste Faurisson comme « un héros de la Résistance face à la dictature juive » :  Balder était d’ailleurs présent à sa dernière conférence en Angleterre la veille de sa mort, en compagnie de Pierre Dortiguier, Maria Poumier (deux soutiens connus des négationnistes) et Vincent Reynouard, catho intégriste et négationniste convaincu, ainsi que, bien entendu, quelques élu du Britsh National Party (BNP).

John Balder (A), Robert Faurisson (B), Maria Poumier (C) et Pierre Dortiguier (D).

Kevin Licata, une sorte de “Vincent Lapierre” aux petits pieds, animateur d’une chaine Youtube, “Chroniques de rue”, sur laquelle il a interviewé des personnalités connues pour leur “amour” de la communauté juive, comme le suprémaciste noir Kemi Seba, l’imposteur Alain Soral, le néonazi Daniel Conversano ou le directeur de Rivarol Jérôme Bourdon.

Tout ce petit monde se connait bien, et se retrouve aux différentes sauteries organisées par l’extrême droite radicale, comme par exemple à la “fête du pays réel” de l’organisation catholique intégriste Civitas : on notera au passage que la militante de Résistance helvétique qui les accompagne, Vanessa Inzaghi, est elle aussi une fan de Faurisson, qu’elle a rencontré à plusieurs reprises.

De gauche à droite : John Balder, la suisse Vanessa Inzaghi de Résistance helvétique, Hervé Ryssen et Kevin Licata.

Vanessa Inzaghi et son ami Faurisson.

Jean Lamour, discret militant de l’ex-Œuvre française, au sein de laquelle il se chargeait de l’anti-antifascisme virtuel : il aurait même cherché, mais en vain, à identifier les animateurs de la Horde… Désolé Jeannot, tu ne sais pas qui on est, mais toi on te connait !

Derrière la caméra, pour filmer ses copains, on trouve Victor Diaz de Vivar, alias Victor Lenta : passé par le Bloc Identitaire de Toulouse au début des années 2010, et logiquement s’engageant dans l’Oustal le local des Identitaires sur cette ville à cette époque, Lanta rejoint durant l’été 2012 le Lys Noir de Rodolphe Crevelle. En septembre 2012, sans même avertir personne et laissant une ardoise à l’Oustal, Victor quitte le Bloc et prend la tête des Jeunesses Nationalistes.

Victor Lanta protégeant ses militants lors d’une action des Jeunesses nationalistes en 2013.

En 2014, il lance le mouvement “Unité Continentale”, qui voulait regrouper des volontaires français pour combattre aux cotés des pro-Poutine dans le Donbass. Il part donc en Ukraine et au bout de 3 mois ils ne sont qu’une petite dizaine dont 3-4 français.

Victor (le moustachu) avec ses copain pro-russes dans le Dombass.

On avait récemment parlé de lui à propos d’une conférence sur la Russie où il était intervenant sous le pseudo de Victor Alfonso, et à laquelle était également invité Djordje Kuzmanovic, le conseiller pro-Poutine de Mélenchon.

Ce qu’on peut en conclure…

On imagine bien que les quelques dizaines de “gilets jaunes” qui suivaient les sinistres personnages ci-dessus samedi dernier ne partagent pas forcément leur antisémitisme, ni même ont la moindre idée de qui ils étaient. Et c’est bien le problème : car quand on ne sait pas vraiment où on va, on risque bien de suivre n’importe qui, et la petite expérience activiste de certains des militants cités pourraient bien suffire à en faire des leaders… Alors que les “gilets jaunes” se sont donnés rendez-vous à Paris le week-end prochain, Jamet et ses amis ont d’ors et déjà annoncé qu’ils seront de la partie : maintenant que leur parcours politique est connu, espérons davantage de discernement parmi celles et ceux qui voudront exprimer leur “ras-le-bol” le week-end prochain.

La Horde


Migrants dénoncés par des gilets jaunes : la CGT Douanes réagit


Quelques gilets jaunes, présents à Flixecourt dans la Somme, ont bloqué une citerne où s’étaient cachés des migrants.

La CGT Douanes a annoncé avoir décidé de porter plainte contre des gilets jaunes, dans un communiqué publié mercredi. La raison : le comportement de certains manifestants situés à Flixecourt(Somme). Mardi matin, dans une citerne qu’ils bloquaient au carrefour de l’autoroute A16 et de la zone d’activités de la ville, ils ont découvert six migrants cachés à l’intérieur. « Ils ont préféré appeler la gendarmerie plutôt qu’une association d’entraide pour les secourir », écrit la CGT.

« T’as le sourire, enculé »

Dans plusieurs vidéos, mises en ligne par les gilets jaunes et notamment relayées par France 3 Haut-de-France, on les voit taper sur la cuve et, pour certains, insulter les migrants à leur sortie. « Quelle bande d’enculés et tout ça, ça va encore être sur nos impôts […] T’as le sourire, enculé », lance l’auteur de l’une des vidéos. Un autre gilet jaune se vante d’avoir fait « mieux que la douane ».

« Dans cette vidéo, les protagonistes appellent à ‘un barbecue géant’, ajoute la CGT dans son communiqué. Tout ceci rappelle de bien tristes et peu glorieux événements de notre histoire…mais c’est surtout un appel clair à la haine raciale. »

Autre perturbation à Grande-Synthe

Alors que les migrants ont été emmenés à la gendarmerie de la ville, le syndicat a indiqué avoir déposé deux plaintes. « Pour défendre le renom de la douane et les prérogatives qui sont les nôtres, nous venons de déposer plainte pour injure et diffamation. De même, au titre de l’art 40 du CPP, nous avons déposé plainte pour incitation à la haine raciale. »

Au Parisien, François Guennoc, vice-président de l’Auberge des Migrants, association située à Calais, explique ne pas être surpris par ce type de comportements : « Notre distribution a été perturbée à Grande-Synthe. Les gilets jaunes nous ont bloqués et certains ont même menacé une militante. Ils savaient très bien ce que l’on faisait. »


En France, les actes antisémites en hausse de 69% en 2018

liberation.fr

Par LIBERATION, avec AFP

Après deux années de baisse, les actes antisémites en France sont en très forte hausse (+69%) sur les neuf premiers mois de 2018, s’alarme le Premier ministre Edouard Philippe dans une tribune publiée vendredi sur Facebook.

«Chaque agression perpétrée contre un de nos concitoyens parce qu’il est juif résonne comme un nouveau bris de cristal», affirme le chef du gouvernement dans cette tribune publiée exactement 80 ans après la funeste nuit de Cristal et ses exactions nazies contre les Juifs en Allemagne, le 9 novembre 1938. «Pourquoi rappeler, en 2018, un aussi pénible souvenir ? Parce que nous sommes très loin d’en avoir fini avec l’antisémitisme», écrit M. Philippe, évoquant les chiffres «implacables» des actes antisémites en France sur la partie écoulée de 2018. «Alors qu’il était en baisse depuis deux ans, le nombre de ces actes a augmenté de plus de 69 % au cours des 9 premiers mois de l’année 2018», poursuit-il.

Après une année 2015 record, les actes antisémites avaient nettement reculé en 2016 (-58%). La décrue s’était poursuivie en 2017 (-7%), avec 311 actes répertoriés, même si elle masquait une augmentation des actes violents visant les Juifs.

Après l’attentat antisémite de Pittsburgh aux Etats-Unis fin octobre, Edouard Philippe avait redit sa détermination à «ne rien laisser passer» en matière d’antisémitisme en France.

Lutte contre la cyberhaine

Citant le rescapé des camps nazis Elie Wiesel pour avertir du «danger» de «l’indifférence», le Premier ministre assure que «le gouvernement a précisément choisi de ne pas rester indifférent», en rappelant des décisions prises ces derniers mois.

Le gouvernement prépare notamment pour 2019 une modification de la loi afin de renforcer la lutte contre la cyberhaine, en mettant la pression sur les opérateurs du Net. «Dès la mi-novembre», une équipe nationale sera mobilisable «en permanence» au ministère de l’Education nationale pour intervenir dans les établissements scolaires en appui de tout enseignant confronté à l’antisémitisme, précise-t-il.

Le récent plan du Premier ministre contre le racisme et l’antisémitisme prévoit l’expérimentation d’«un réseau d’enquêteurs et de magistrats spécifiquement formés à la lutte contre les actes haineux», qui pourrait être étendu au niveau national, ainsi qu’un dispositif de pré-plainte en ligne afin de favoriser les signalements.

LIBERATION avec AFP


Commémoration – Grande Guerre…

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…pourquoi la chanson de Craonne n’a pas été interprétée au lycée Bourdan à Guéret

Centre France

A l’occasion de la commémoration du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, une cérémonie officielle a été organisée ce vendredi devant le monument aux morts du lycée Pierre-Bourdan, à Guéret. Les lycéens devaient interpréter « La chanson de Craonne ». Ce chant des mutins de 1917 n’a finalement pas été entonné pour ne pas froisser les Anciens combattants. Il sera interprété au lycée mercredi prochain, en plus petit comité.

Cette chanson contestataire, qui tire son nom d’un village de l’Aisne détruit lors des différentes batailles du Chemin des dames, dérange encore, cent ans après la fin de la Grande Guerre.

Elle témoigne de la lassitude des soldats et d’un mouvement de contestation né au sein de l’armée après les terribles pertes humaines de l’offensive du Chemin des Dames, menée à l’initiative du général Nivelle en avril 1917.

Le chant a été interdit par le commandement militaire en raison de ses paroles antimilitaristes.

La polémique a rebondi il y a quelques jours dans l’Indre. Des élèves de Tournon-Saint-Martin devaient entonner la chanson des mutins de 1917 lors des cérémonies du 11 novembre. Le directeur académique des services de l’Éducation nationale s’y est opposé.

Indre : la Chanson de Craonne indésirable le 11 Novembre

A Guéret, ce n’est pas le directeur académique qui a demandé à ce que les jeunes n’interprètent pas ce chant. Laurent Fichet a au contraire encouragé les initiatives de commémoration de l’Armistice de 1918 dans les lycées de Creuse.

Centenaire de l’Armistice, monument aux morts du lycée Pierre-Bourdan

Le proviseur du lycée Pierre-Bourdan, Eric Gougeaud, a décidé que la chanson de Craonne serait entonnée mercredi 14 novembre, avec la lecture d’autres textes, et non lors de la cérémonie officielle de vendredi où les Anciens combattants étaient présents. « Je souhaitais une cérémonie la plus consensuelle possible, propice à aucune source de polémique, indique-t-il. J’ai programmé la chanson de Craonne à un autre moment pour que ça ne soit pas polémique. »

Claude Gueniou, le président de l’Union nationale des combattants de la Creuse, estime que ça aurait été « un affront » d’interpréter cette chanson lors de la cérémonie. « Un chant antimilitariste ne peut pas s’admettre devant un monument aux morts, tranche-t-il. Il faut connaître le sens de ces paroles, c’est provoquant. Il faut chercher l’apaisement, pas la haine ».

Catherine Perrot

Les paroles de la chanson

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s’en va là-haut en baissant la tête

Refrain : Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Refrain

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs là

Refrain

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

 


14-18 – C’est la fin de l’hécatombe qu’il faut célébrer et non la victoire

blogs.mediapart.fr

Francoise Diehlmann

La France a déjà beaucoup de mal à faire l’analyse des pires moments de son histoire du 20e siècle.

Et voilà que ce 7 novembre, Pétain s’est retrouvé sur le devant de la scène suite à une faute politique du Président de la République qui s’est autopiégé en écoutant la hiérarchie militaire dont le jeu est trouble vu qu’elle a toujours voulu célébrer le « maréchal » Pétain pourtant déchu de son titre pour indignité nationale. L’édito de Thomas Legrand sur France Inter est édifiant sur ce point.

Puis vint le moment du rétropédalage dû au fait que la communauté juive se déclare sous le choc et que les historiens sont vent debout. Il suffit d’entendre ou de lire les historiens Nicolas Offenstadt, Henry Rousso, Laurent Joly et bien d’autres. Je m’arrête volontiers sur les historiens et c’est volontairement que je n’aborderai pas les condamnations et critiques des partis politiques, ceci ne m’intéresse pas tant les spéculations sont grandes.

La consternation est très forte chez les historiens qui ont travaillé sur ces commémorations. Aussi, les membres du conseil scientifique de la Mission du centenaire se sont réunis en urgence ce jeudi. Dans une interview au journal Le Monde, Laurent Joly déclare: « Le président Macron n’a pas pris la mesure de ce que, justement, de nos jours, il y a un large consensus négatif dans l’opinion publique sur Pétain. Par son action entre 1940 et 1944, sa volonté d’inscrire la France dans une Europe hitlérienne et totalitaire, par la livraison de 25 000 juifs apatrides à l’été 1942, qu’il a recouverte de son autorité en considérant qu’elle était « juste », Pétain s’est déshonoré. Il est indigne d’une célébration nationale. Notre mémoire collective rejoint ainsi aujourd’hui le verdict de 1945« .

Emmanuel Macron sait très bien qu’il y a un consensus négatif en France sur Pétain, mais il avait le sentiment qu’il pouvait maîtriser l’histoire et s’est mis à la place de l’historien. Or, un Président de la République n’est pas un historien et il n’est surtout pas là pour faire un cours d’histoire au pays. surtout que la mémoire est évolutive. La collaboration, les dénonciations, l’arrestation des Juifs et leur envoi vers les camps de mort et ce, de façon unilatérale sans que les Nazis aient donné d’ordre la plupart du temps, effacent à juste titre dans la mémoire tout le reste. L’histoire n’est pas la mémoire, et le Président de la République, en mêlant les deux, s’est abîmé. Pour Nicolas Offenstadt chez 24hPujadas sur LCI: « La mémoire évolue par rapport à l’époque du Général de Gaulle, on en sait beaucoup plus sur les crimes antisémites de Vichy. On est au 21e siècle, les historiens tentent d’expliquer que cette guerre est mondiale, que des deux côtés, il y a bien des raisons de se battre, que les raisons de la France ne sont pas forcément supérieures à celles des autres et tout d’un coup on nous rabat au culte du chef militaire, ca me paraît du point de vue mémoriel assez régressif ». Le Centenaire jusqu’ici était une réussite car il y a eu appropriation de cet événement par toute la société avec de multiples initiatives grâce à la Mission du Centenaire. C’était quelque chose de consensuel. Et là, on tombe sur une mine, comme s’il fallait remettre du conflit.

L’autre erreur de taille du Président de la République, c’est la célébration des maréchaux. Comme l’a dit sur France Inter, l’historien Henry Rousso, « quelle commémoration on veut? On a buté sur un événement, l’idée qu’il fallait malgré tout célébré le commandement, ce qui pose question sur ce qu’a été la Première Guerre mondiale et les responsabilités du commandement  dans ce qu’a été la boucherie ou célébrer la victoire? Bien sûr qu’il s’agit d’une victoire, mais est-ce que c’est cela qu’il fallait célébrer? Qui dirige les politiques mémorielles en France? »

C’est la fin de l’hécatombe qu’il faut célébrer. Le bilan humain de la Première Guerre mondiale s’élève à environ dix millions de morts et environ huit millions d’invalides, soit environ 6 000 morts par jour. Proportionnellement, en nombre de combattants tués, la France est le pays le plus touché avec 1,45 million de morts et de disparus, et 1,9 million de blessés, la plupart lourds (obus, tympans, gaz toxiques), soit 30 % de la population active masculine (18-65 ans), la plupart des hommes jeunes de 17 à 45 ans, qui n’auront jamais d’enfants. Une vraie boucherie, un massacre. Dans l’immédiat après-guerre fleurissent en Belgique, en France, en Italie et en Allemagne des monuments aux morts pour rendre hommage aux nombreux soldats tombés au champ d’honneur.

Ce sont les poilus qui ont vécu des conditions épouvantables dans les tranchées qu’il faut honorer et non les chefs militaires qui ont conduit leurs troupes dans cette guerre de tranchée de façon aussi coûteuse en vies humaines qu’inutile. Ce sont les tirailleurs africains qu’il faut honorer également. Ils sont plus de 160 000 tirailleurs africains recrutés au cours de la Première Guerre mondiale, 29 000 sont tués ou disparus, 36 000 blessés.

Et les mutins? Ils n’ont droit à rien? Les premières mutineries de soldats français ont lieu dès 1914. Elles sont d’abord la conséquence de la dureté des conditions de vie. La boue, le froid, la vermine, les permissions peu nombreuses et souvent retardées, l’état lamentable des cantonnements de repos, le contact permanent avec le sang et la mort, sont autant de raisons qui poussent les soldats à la rébellion. Ces mouvements de révolte interviennent aussi en réaction aux échecs militaires et contre les erreurs du commandement, ce commandement que l’on célèbre. Ainsi, le 29 juin 1917, un soldat du 101e Régiment d’Infanterie Territoriale est arrêté pour avoir dit à voix haute : « A bas les gradés ! ». C’est à Philippe Pétain que l’on attribue généralement le retour de la discipline au sein des forces françaises. Le 15 mai 1917, il est nommé Général en chef des armées et remplace ainsi le général Nivelle. Il va d’abord accroître la  sévérité de la répression pour mettre fin à ces mouvements de révolte. Ainsi, au mois de juin 1917, il obtient la suppression du recours en révision dans les cas de révolte ou d’insoumission et le droit de procéder à des exécutions sans en référer au pouvoir politique et donc sans recours en grâce possible. Son arrivée à la tête de l’armée française voit donc des condamnations à mort toujours très nombreuses. Pétain, le Grand Soldat.

Aujourd’hui, il faut se poser la question, quel était l’objectif de cette guerre mondiale? Avec des pertes énormes des deux côtés, des mutineries des deux côtés. Les mutineries de Kiel en Allemagne qui commencèrent le 3 novembre 1918 allaient être le prélude à l’effondrement de l’empire allemand, et à la fin de la Seconde Guerre mondiale.  C’est le 9 novembre 1918 que Philipp Scheidermann proclame la République libérale et démocratique et Karl Liebknecht la République socialiste, signes précurseurs de la Révolution de novembre qui se terminera deux mois plus tard par l’assassinat de ses leaders Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Le 9 novembre est une date qui a profondément marqué l’histoire de l’Allemagne, où se mêlent le pire et le meilleur. Outre l’événement précité, le 9 novembre 1848, l’assassinat de Robert Blum, leader de la révolution en Allemagne, sonne le glas de la Märzrevolution. Le 9 novembre 1923, c’est le jour du fameux putsch raté d’Hitler à Munich, où il met son incarcération à profit pour écrire Mein Kampf. C’est le 9 novembre 1938, il y a exactement 80 ans qu’eut lieu la Nuit du Cristal, nom donné au violent pogrome qui a sévi dans toute l’Allemagne et les territoires annexés. Le 9 novembre 1989, c’est la chute du mur de Berlin.

On fait l’Europe avec les Allemands, nous sommes à la veille d’élections européennes dans un contexte où le nationalisme bat son plein, et on va célébrer un massacre, une boucherie, en honorant les maréchaux? Quelle grave erreur Monsieur le Président!

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Mineurs non accompagnés…

liberation.fr

…les départements se disent dépassés

Par Kim Hullot-Guiot

Entre les départements et le gouvernement, rien ne va plus. Parmi les sujets de discorde, la prise en charge des mineurs isolés figure en bonne place. Réunis en congrès annuel à Rennes jeudi et vendredi, les présidents des conseils départementaux jugent que l’Etat ne les aide pas suffisamment dans leur mission d’accueil des mineurs étrangers isolés, ou mineurs non accompagnés (MNA), c’est-à-dire des adolescents qui arrivent seuls en France. Ceux-ci, lorsqu’ils sont reconnus mineurs, ne relèvent en effet pas du Code des étrangers mais de la protection de l’enfance, une compétence confiée aux départements.

Or, ceux-ci estiment que ces dernières années, leur nombre a augmenté de telle sorte que les départements n’arrivent plus à suivre financièrement. «Le phénomène n’est pas nouveau. En 2017, un recensement fait en lien avec la Garde des Sceaux évaluait à 25 000 le nombre de mineurs isolés pris en charge. On estime que fin 2018, ce chiffre sera passé à 40 000», explique-t-on à l’Assemblée des départements de France (ADF). Un rapport de la mission bipartite de réflexion sur les mineurs non accompagnés, rendu en février 2018 conjointement par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), l’Inspection générale de l’administration (IGA), l’inspection générale de la justice (IGJ) et l’ADF, pointait déjà «une augmentation très significative des arrivées de migrants se présentant comme MNA au cours des trois dernières années, avec une forte accélération depuis l’été 2017. […] Le nombre de MNA intégrant les dispositifs de protection de l’enfance a triplé entre 2014 et 2017».

Le problème, selon les départements, c’est que la prise en charge d’un mineur étranger isolé coûte 50 000 euros par an et par jeune, et que l’Etat ne prend en charge qu’une somme forfaitaire de 1 250 euros maximum, correspondant aux cinq premiers jours d’accueil, avant que l’âge de la personne se présentant comme mineure soit évalué et qu’elle soit ou non prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). L’ADF évalue à près de 2 milliards d’euros le coût pour les départements cette année, bien loin des 141 millions d’euros inscrits au projet de loi de finances 2019. «Le budget de l’aide sociale à l’enfance a augmenté de 25 % avec les MNA, c’est énorme, illustre Jean-Luc Billand, directeur des solidarités du conseil départemental des Alpes-de-Haute-Provence. Nous, on a 120 primo-arrivants, plus 52 qui ont été affectés au département [les MNA sont répartis à l’échelle nationale depuis un décret pris en 2016, afin de ne pas faire peser le poids de l’accueil sur les seuls départements frontaliers, ndlr]. L’Etat ne compense qu’à hauteur de 10 % [l’ADF parle, elle, de 13,8 %] et seulement pour les primo-arrivants. Il considère qu’en cinq jours, on devrait mettre à l’abri, évaluer la minorité, et avoir obtenu une décision de justice, mais c’est trop peu !»

Services saturés

«Une personne sur deux est évaluée comme majeure, cela engorge les services», explique-t-on encore à l’ADF. En fait, de nombreux jeunes sont ensuite reconnus comme mineurs par la justice, mais il est difficile d’avoir des chiffres précis. A Paris, les associations évoquent par exemple le chiffre de 50 %. Jean-Luc Billand est plus mesuré : «Ce qui est sûr, c’est que l’arrivée des MNA a contribué à saturer le dispositif d’accueil, ce qui nous a conduit à créer des places et à renforcer les effectifs.» Dans son rapport de février, la mission bipartite allait dans le même sens : «La sollicitation massive des équipes d’évaluation conduit à un allongement du recueil provisoire d’urgence bien au-delà du délai de cinq jours prévu par le code de l’action sociale et des familles. Ainsi, selon les estimations de l’ADF, la durée moyenne d’évaluation était de 40 jours en novembre 2017. Du fait de cet allongement, les dépenses réelles engagées par de nombreux départements sont très supérieures au remboursement forfaitaire versé par l’Etat».

Des départements comme la Vienne, la Loire-Atlantique ou le Bas-Rhin pallient le manque de places en organisant de l’hébergement en familles bénévoles, mais là encore, ce n’est pas une solution satisfaisante sur le long terme, d’après l’ADF : «On ne peut pas envoyer les gens chez n’importe qui, n’importe où, il faut enquêter, d’autant que les présidents de département sont responsables pénalement des mineurs. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, mais les présidents de département en ont marre de prendre des risques

Du côté des associations de défense des migrants et des mineurs étrangers isolés, on dénonce de longue date le peu de moyens de l’aide sociale à l’enfance, qui conduisent à des évaluations réalisées à la hâte et même à des refus de guichet, c’est-à-dire des cas où des jeunes n’avaient même pas pu déposer leur demande d’évaluation de minorité. Richard Moyon, membre du Réseau éducation sans frontières (RESF), estime ainsi que la «première difficulté pour un mineur, c’est d’être reçu. Il y a un département où il y avait auparavant six lieux où se présenter, qui ont été regroupés en un lieu unique. Quand 20 ou 30 jeunes se présentent, la direction en désigne trois et les autres ne sont pas reçus.» Ce type de récit est récurrent dans la bouche des responsables associatifs.

Défiance systématique

«Ensuite, il est compliqué d’être réellement mis à l’abri, il y a une défiance systématique, de la suspicion d’inauthenticité des documents présentés… Et quand ils sont pris en charge, ils subissent souvent un traitement discriminatoire, sont placés dans des hôtels souvent sordides, leur scolarisation prend des mois, ils sont livrés à eux-mêmes… Ils vivent entre eux, ce qui n’est pas la meilleure façon d’apprendre le français, de s’intégrer. D’autant qu’ils ont été très marqués par leur voyage et ne sont pas accueillis une fois arrivés en France», raconte encore le militant.

Clémentine Bret, référente MNA chez Médecins du Monde, juge que le problème est plus global : «L’aide sociale à l’enfance est de toute façon sous-dotée, étranglée, que ce soit pour les Français ou les étrangers. C’est un bouc émissaire facile. Il y a une gestion comptable, et personne ne s’en cache. J’ai vu des responsables de conseil départementaux dire : « J’ai dix places, on aura dix personnes reconnues comme MNA. Je ne vais pas dire qu’il y en a 100 sinon la justice m’obligera à les accueillir et je ne peux pas. »»

Dans son discours aux préfets en septembre 2017, Emmanuel Macron avait déjà identifié le problème : «J’ai là-dessus demandé au gouvernement de faire des propositions d’ici la fin de l’année pour revoir complètement la question de l’accueil et de l’accompagnement de ces mineurs, qui n’est pas satisfaisante et qui représente une charge croissante pour les Conseils départementaux.», avait-il dit. Puis, le mois suivant, c’est le Premier ministre Edouard Philippe qui avait jugé : «Il faut que l’Etat prenne à sa charge des choses qui relèvent de compétences plus régaliennes, c’est-à-dire d’une capacité à décider notamment de la majorité ou de la minorité».

Depuis, le gouvernement a bien promis de faire passer la part de la prise en charge par l’Etat à 17 % du coût total, mais pour Dominique Bussereau, le président de l’ADF, ce n’est guère plus qu’une «petite avancée». Car si les mineurs étrangers isolés ne représentent que 15 à 20 % des enfants pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, les départements jugent en fait qu’ils ne devraient pas relever de leur compétence, mais bien du domaine régalien. En février, la mission bipartite relevait : «Les départements se retrouvent aux avant-postes d’un phénomène migratoire sur lequel ils n’ont aucune prise et sont confrontés à de grandes difficultés opérationnelles pour assurer l’évaluation et la mise à l’abri face aux flux croissants de jeunes se présentant comme MNA», en raison du «caractère décentralisé de la protection de l’enfance». Pour l’ADF, le problème est donc bien politique : «On attend que le gouvernement remplisse son rôle.»

Pour Clémentine Bret, les revendications des départements sont effectivement politiques : «Il y a une instrumentalisation des jeunes hommes africains de 16-17 ans, dont les départements disent qu’ils ne sont pas Syriens, n’ont pas besoin de protection… Les MNA ne sont pas maltraités parce qu’ils sont étrangers mais bien parce qu’ils sont isolés. Ils subissent une vraie discrimination, sont considérés comme des migrants, pas comme des enfants. D’ailleurs, certains départements poursuivent systématiquement en justice pour escroquerie ceux qu’ils soupçonnent d’avoir utilisé de faux papiers. Ils peuvent être emprisonnés, et être ensuite obligés de quitter le territoire. Tout cela, c’est cohérent avec la politique de non-accueil organisée pour éviter les « appels d’air ».»

Kim Hullot-Guiot


L’éditorial de Malik SALEMKOUR, président de la LDH

Ce que révèle la situation du migrant

La crise de l’accueil des migrants est mondiale, des États-Unis à l’Amérique latine, du Proche-Orient à l’Afrique, en passant par l’Europe. Partout, ces flux migratoires sont traités par chaque pays dans leurs seuls effets, sans appréciation globale ni action internationale sur leurs causes structurelles, multiples et interdépendantes. Les guerres, le terrorisme, les régimes totalitaires prospèrent sur la misère, sur des territoires surexploités et corrompus, sur les concurrences exacerbées, sur les pénuries d’eau et de terres vivables. Les dérèglements climatiques exacerbent ces tensions. Ces violences et ces injustices rendent la distinction entre réfugiés et migrants économiques sans objet. C’est, pour tous, une question de survie et l’espoir d’un futur en paix.

Ces étrangers qui, au péril de leur vie, frappent aux portes de l’Europe et de la France, sont pourtant indésirables au lieu d’être accueillis comme réfugiés en demande de protection. L’extrême droite en saisit l’opportunité pour diffuser sa haine, alimentant une xénophobie et un nationalisme identitaire pervers, distillant bien au-delà de ses rangs l’idée qu’ils seraient coupables de tous les maux. Les pires amalgames sont faits avec le terrorisme et l’insécurité. Ils seraient une menace culturelle, inassimilables, trop nombreux, la cause même du racisme, et non les victimes, et pèseraient sur les systèmes de protection sociale comme sur les acquis sociaux. Autant de raisonnements et de peurs infondés, qui confortent des réponses d’exclusion et de fermeture, dans un entre-soi mythifié et illusoirement protecteur.

Ces logiques à l’œuvre sont un poison qui construit, autant qu’un mur, un « eux » et « nous », renforçant à l’extérieur un sentiment d’abandon de pays riches égoïstes et fragilisant à l’intérieur l’unité nationale par les confusions induites avec les immigrés réguliers et leurs descendants, souvent français.

Les réformes successives des lois sur l’immigration façonnent un droit des étrangers de plus en plus spécifique, restrictif et dérogatoire au droit commun. Les objectifs sont clairs : limiter l’accueil et le séjour par tout moyen et favoriser les expulsions du territoire. Ainsi, l’accès aux droits d’asile ou au séjour est constamment rendu plus difficile, les pouvoirs administratifs renforcés avec une justice marginalisée et devenue d’abattage par des procédures dématérialisées inadaptées, les droits

au recours limités, la protection des mineurs bafouée par l’enfermement en rétention jusqu’à la remise en cause du droit du sol. Autant d’injustices et d’arbitraires qui révoltent nombre de citoyennes et citoyens solidaires, face auxquels l’État répond en les traitant en délinquants.

Or, ce sort réservé aux étrangers se révèle être un laboratoire du recul des droits fondamentaux qui touche progressivement toutes et tous. Notre démocratie et l’État de droit vacillent. C’est ainsi une société de surveillance généralisée qui se met en place, restreignant chaque jour plus nos libertés. C’est la marginalisation des juges au profit de l’administration et du ministère de l’Intérieur, de moindres possibilités de recours et des peines automatiques. Un régime policier se dessine avec des contrôles au faciès et des discriminations en raison d’une origine, d’une religion réelle ou supposée, qui minent notre cohésion nationale.

Cette spirale infernale est mortifère, avec le risque de tensions croissantes. Elle n’est pas inéluctable dès lorsqu’on se refuse de céder aux chimères sécuritaires pour avancer des réponses de justice, d’égalité et de solidarité. Moins démagogiques, elles sont à la fois plus ambitieuses et gages de progrès, d’emploi et de prospérité.

Elles obligent à repenser le monde et à bâtir un avenir commun durable et de paix. Elles s’appuient sur la prise de conscience mondiale de l’impasse d’un système économique ultralibéral financiarisé qui menace la planète, affaiblit les peuples, les dispositifs sociaux et accroît les inégalités. La lutte contre le réchauffement climatique offre l’occasion de changer de modèle, plus économe en ressources, mieux assis sur les potentiels des territoires comme plus solidaire. De nombreuses expériences apparaissent, qui en montrent la viabilité et l’intérêt économique et environnemental.

L’accueil des migrants s’inscrit alors dans de nouvelles perspectives, positives pour le futur de l’humanité tout entière. La solidarité nécessaire devient un investissement d’avenir dans lequel la liberté de circulation devient un levier du progrès, ressourçant en même temps l’universalité et l’indivisibilité des droits.