A Calais, la police voulait « un moment de convivialité » avec les migrants

Droit de suite 19/11/2012 à 10h26

Rue 89

Camille Polloni | Journaliste Rue89

Pourquoi des policiers sont-ils entrés dans des squats de migrants à Calais, de nuit et en musique ? Pour partager des « moments de convivialité » bien sûr ! C’est en tout cas leur réponse à l’inquiétude du Défenseur des droits.

Petit retour en arrière : en avril 2011, Rue89 et Les Inrocks publient des vidéos tournées par les No Border, ces militants qui aident les migrants de Calais et filment les interventions policières.

Les 16 et 18 février 2011 à 7 heures du matin, des policiers entrent dans un entrepôt squatté. De leur véhicule sort de la musique africaine. Ils rigolent, dansent, montent le son puis s’en vont, sans interpeller personne.

16 et 18 février 2011, Calais

Deux mois après la diffusion de cette vidéo, les No Border accompagnés de dix-neuf associations et syndicats déposent un dossier chez Dominique Baudis, le Défenseur des droits, pour faire constater le harcèlement et les violences dont seraient victimes les migrants.

« La méthode n’était peut-être pas opportune »

Dominique Baudis a rendu son rapport vendredi. Sévère. Il constate des interpellations répétées et injustifiées, des « comportements individuels consistant à provoquer ou humilier les migrants », des expulsions illégales, des destructions d’effets personnels… Bref, des atteintes aux droits.

Au milieu des nombreuses remontrances (sans effet contraignant), le Défenseur des droits s’attarde sur les vidéos que Rue89 et Les Inrocks ont publiées. Il a interrogé les fonctionnaires de police concernés, qui offrent des justifications aux petits oignons :

« Les fonctionnaires de police expliquent cela comme étant un moment de convivialité et d’échange entre migrants et policiers, tentant par ce biais de faciliter leur intervention.

Les autorités policières ont confirmé cette interprétation de la vidéo, tout en indiquant que la méthode n’était peut-être pas opportune et que les fonctionnaires en question avaient été rappelés à l’ordre. »

Décidément, les rabat-joie qui peuplent la hiérarchie policière n’ont aucun sens de la convivialité. Ne voient-ils donc pas que leurs troupes, en passant un peu de musique aux migrants récemment débarqués, leur souhaitaient la bienvenue à Calais ?

« Des contacts détendus »

Plus loin, Dominique Baudis demande son avis à une lieutenante de police qui « ne conteste pas les faits » malgré un désaccord sur les horaires. Elle explique :

« Les fonctionnaires de police ont expliqué qu’il était plus facile de recenser les migrants par ce type de contacts détendus.

La lieutenante de police a indiqué néanmoins avoir fait savoir à ses agents que cette façon d’intervenir n’était pas professionnelle. »

Pas professionnelle, certes, mais peut-être révélatrice d’une certaine proximité entre les migrants et la police ? Ah non.

« Tous les migrants qui ont pu être entendus ont répondu qu’ils n’avaient jamais vécu de moment de convivialité avec les policiers et qu’au contraire, ils en avaient peur.

Les événements filmés sur ces vidéos ne seraient pas isolés et il est difficile en les visionnant de ne pas les interpréter comme une démonstration de comportement très provocateur et irrespectueux à l’égard des migrants, à des endroits et des moments où ces derniers essaient de se reposer.

De tels agissements sont intolérables et doivent être interdits par la hiérarchie. »

A priori ils le sont déjà, c’est la hiérarchie qui le dit.

Publicités

Roms : « On fabrique des Cosette et ça nous coûtera »

Nouvel Obs

Créé le 28-11-2012 à 16h27 – Mis à jour le 29-11-2012 à 10h52
Celine Rastello

Directrice d’école à Bobigny, Véronique Decker s’est associée au rapport d’Amnesty International sur les expulsions de Roms. Interview.

La "petite école", créée à Marseille pour scolariser les enfants, dont de nombreux Roms d'Europe de l'est, en janvier 2006. (AFP/ Anne-Christine Poujoulat)

La « petite école », créée à Marseille pour scolariser les enfants, dont de nombreux Roms d’Europe de l’est, en janvier 2006. (AFP/ Anne-Christine Poujoulat)

Institutrice depuis plus de trente ans, Véronique Decker dirige depuis plus de dix ans l’école primaire Marie-Curie, cité Karl-Marx à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Une école actuellement fréquentée par une trentaine d’enfants roms, et dont le personnel est particulièrement impliqué dans leur accueil. La directrice s’est associée au rapport d’Amnesty International « Chassés de toutes parts : les expulsions forcées de Roms en Ile-de-France » publié jeudi. « Le Nouvel Observateur » l’a rencontrée.

Quel bilan faites-vous de la scolarisation des enfants Roms ?

– La loi française selon laquelle tout enfant de 6 à 16 ans vivant sur le sol français doit aller à l’école est aujourd’hui profondément bafouée. A l’instar de la directive selon laquelle les maires doivent recenser les enfants vivant sur le territoire de leurs communes, en informer l’Education nationale, et qu’ensuite l’Education nationale doit accorder le nombre d’enseignants suffisants pour scolariser tous les enfants. Les maires ne recensent pas. Quand les enfants sont recensés, beaucoup de mairies refusent de les inscrire. Quand les maires acceptent d’inscrire les enfants, l’Education nationale ne fournit pas les postes d’enseignants en temps et en heure. Un maire de Seine-et-Marne a même utilisé la police municipale pour interdire l’accès à l’école à des enfants roms. Et il n’arrive jamais rien à tous ces gens qui bafouent la loi.

Quelles sont les conséquences sur les enfants Roms ?

– Nous créons une nouvelle génération d’analphabètes. Nous nous sommes battus pendant près d’un siècle pour éradiquer de France tous les analphabètes, puis pour venir à bout de l’illettrisme, et nous sommes en train de créer une nouvelle génération d’enfants qui seront nés sur le sol français sans avoir eu accès à l’école. Nous fabriquons des Cosette, des Gavroche, et cela nous coûtera. Personne ne peut imaginer que des enfants qui n’ont pas eu accès à l’école s’intégreront harmonieusement dans la société à venir. Nous recréons la cour des miracles, et les problèmes qui vont avec.

Comment se traduit l’impact des expulsions sur la scolarisation des enfants ?

– Les conséquences sont d’abord traumatiques. L’expulsion, extrêmement violente pour les adultes, l’est d’autant plus quand elle est vue à travers un regard d’enfant. Lorsqu’un enfant est réveillé à six heures du matin, qu’on écrase à la pelleteuse la cabane dans laquelle il vit alors que ses affaires sont encore dedans : son sac d’école, son doudou, qu’il voit sa mère pleurer et son père hurler, c’est à l’évidence traumatisant et douloureux. Ces traumatismes resteront inscrits dans son psychisme, dans sa mémoire. Comme tous les enfants, il pourra les effacer, mais au prix, parfois, d’un effacement des savoirs scolaires qu’il avait acquis. Cela le mène vers un abandon progressif de l’apprentissage.

Qu’avez-vous personnellement constaté ?

– Qu’après une, deux ou trois expulsions, les parcours scolaires des enfants deviennent incohérents. Ils se retrouvent dans des classes où le programme ne correspond plus du tout à ce qu’ils savent faire. Ils ont un peu appris à lire, puis oublié, avant d’apprendre à nouveau un peu à lire, puis d’oublier encore. Quand ils arrivent en cours moyen, au collège, plus rien ne leur paraît correspondre à rien et l’indifférence scolaire s’installe. Ils abandonnent, et s’installent dans une autre vie, une vie de gens qui n’auront pas été à l’école.

A quelle situation faites-vous face dans votre école ?

– Ça se passe bien car nous sommes très impliqués. Les enseignants ont monté une association pour aider à la scolarisation des enfants roms. Ceux-ci savent qu’on est auprès d’eux, qu’ils peuvent revenir même après une expulsion. Des enfants qui ont été à Bobigny avant d’être expulsés et de se retrouver à La Courneuve viennent toujours à l’école à Bobigny. La maire leur assure aussi, ce qui est plus rare, le tarif minimal pour la cantine. Ils vont donc non seulement pouvoir continuer à venir à l’école, mais aussi à y manger. Cela participe au fait qu’ils sont rassurés. Pour apprendre, un enfant a besoin d’être rassuré. Apprendre c’est faire quelque chose qu’on ne sait pas faire, et quand on ne sait pas le faire, c’est angoissant. Pour apprendre, il faut aussi oser, et pour oser il faut être en sécurité.

Quel peut être le comportement d’enfants ne parvenant pas trouver cette sécurité ?

– Quand ils ne sont plus du tout en sécurité, ils n’acceptent de faire que ce qu’ils savent déjà faire. Ils veulent bien recopier des lignes d’écriture avec des lettres qu’ils ont déjà copiées, faire des additions avec des nombres qu’ils connaissent déjà. Mais refusent d’aller plus loin. C’est une des raisons de l’échec scolaire des enfants roms. Ils sont aussi intelligents que les autres, il n’y a donc aucune raison objective pour que l’on ait des résultats scolaires effondrés, sauf à penser que leurs conditions de vie, d’accueil et d’expulsion les effondrent. D’où la nécessité, pour le gouvernement, d’avoir le courage de dire que les Roms ont leur place ici, avec nous, et d’adopter à leur encontre la même stricte application de la loi que nous avons toujours appliquée à tous les enfants.

28 11 12 Véronique Decker
La directrice de l’école Marie-Curie de Bobigny Véronique Decker. (C. R. Le Nouvel Observateur)


Notre-Dame-des-Landes : le récit accablant de l’équipe médicale

Écologie

Par Politis.fr26 novembre 2012

Après les affrontements particulièrement violents du week-end, les opposants au projet d’aéroport dénombrent « une centaine de blessés ».

Des dizaines de personnes convergaient à nouveau lundi matin vers « la Châtaignerie », à Notre-Dames-des-Landes, pour soutenir les opposants au projet d’aéroport, qui ont réinvesti des cabanes évacuées vendredi 23 novembre. Une quarantaine de tracteurs sont enchaînés autour de ce terrain appartenant à un agriculteur qui n’a pas encore été exproprié.

Après un week-end de violence, les forces de l’ordre sont de nouveau intervenues sur le site pour « déblayer des gravats » d’une ferme détruite vendredi (le Rosier), selon la préfecture citée par l’AFP. Les gendarmes mobiles ont levé par la force les « barricades du Far West », qui bloquent la route départementale D42 depuis près de trois semaines.

Selon le journal Ouest France, 4 opposants ont été interpellés et un gendarme blessé à la tête. « Une dizaine de gendarmes déguisés en opposants, habillés de vêtements boueux, étaient infiltrés sur la barricade, indique le journal. [Ils] ont sorti des bandeaux « gendarmerie » au moment de l’assaut. »

Notre-Dames-des-Landes, lundi 26 novembre.

Notre-Dames-des-Landes, lundi 26 novembre.

AFP / Jean-Baptiste Evrard

Au terme des affrontements violents qui ont eut lieu samedi, la préfecture de Loire-Atlantique dénombrait 4 blessés du côté des opposants et 2 parmi les gendarmes. Le cas d’un CRS blessé par un jet de pavé faisait, quant à lui, le tour des médias samedi.

L’équipe médicale de la Zad présentait, samedi 24 novembre, un bilan nettement différent. Extrait du communiqué :

« Nous avons atteint aujourd’hui un pic de violence avec une centaine de blessé(e)s, dont une trentaine graves pris en charge à l’infirmerie de l’équipe médicale établie à la Vache rit, l’une des nombreuses équipes de soins sur la zone.

On dénombre une vingtaine de personnes touchées par des éclats de grenades assourdissantes, aux jambes, aux bras, à la lèvre, au bas-ventre. Ces bouts métalliques ou plastiques entrent dans les chairs, on peut rarement les extraire, et ils restent souvent à vie.

Les grenades assourdissantes sont censées être utilisées selon un protocole précis : notamment en cas d’encerclement des forces de l’ordre, et en direction du ciel, ce qui n’était clairement pas le cas aujourd’hui. Les gendarmes mobiles les utilisent de façon à ce qu’elles explosent à côté ou sur les manifestants, provoquant des blessures graves.

Une personne a été touchée au bas-ventre par un éclat d’une de ces grenades offensives, provoquant un gros hématome et des lésions internes. On constate chez deux personnes 10 impacts chacune dans les jambes. Une personne risque de perdre son œil droit. On constate également une plaie au tympan due à un tir de grenade, provoquant une surdité brutale. Suite à des tirs tendus de flashball, on dénombre quatre blessures au thorax, avec fractures de côtes et état de choc, de multiples blessures aux jambes et aux mains, une blessure hémorragique au visage. » (Lire en intégralité)

Tir tendu en direction des manifestants

Tir tendu en direction des manifestants

Photo Stephane Mahe/Reuters, sur Parismatch.com

Le bras de fer continue

Au niveau politique, le blocage est total. Samedi, le gouvernement proposait la constitution d’une « commission de dialogue » et un report de six mois des travaux de défrichage qui devaient commencer en janvier, tout en réaffirmant que le projet suivrait son cours : il ne s’agit « aucunement de revenir sur le projet d’aéroport », indiquait dimanche Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, sur Radio J. Les discussions ne porteront que sur l’aspect écologique du projet. Le projet « se fera (…) dans tous les cas de figure », promettait encore Frédérique Espagnac, co-porte-parole du PS, lors du point presse hebdomadaire du parti, lundi matin.

Les opposants au projet ont rejeté cette proposition, en faisant du retrait des forces de l’ordre un préalable à tout dialogue avec les pouvoirs publics.

- Mise à jour, lundi 26 novembre à 17h. Ajout des déclarations de Frédérique Espagnac.

- Mardi 27 novembre à 10h : Ajout des extraits de l’article de Ouest France sur les affrontements constatés lundi après-midi.


Sans-papiers : « Des conditions qui font obstacle à la plupart des régularisations »

POLITIS
Société
Par Lena Bjurström29 novembre 2012

La circulaire sur les critères de régularisation des personnes sans titre de séjour, rendue publique mardi, déçoit les associations militant pour les droits des sans-papiers.

La nouvelle circulaire du ministère de l’Intérieur sur les demandes de régularisation des étrangers sans-papiers entrera en vigueur le 3 décembre, malgré la déception des associations ayant participé aux débats précédant son élaboration. Pour Mylène Stambouli, avocate et membre du comité central de la Ligue des Droits de l’Homme, cette circulaire témoigne surtout d’une méconnaissance de la réalité, et pose des conditions à la régularisation très restrictives.

La circulaire sur les critères de régularisation des personnes sans-papiers est-elle une avancée, pour la Ligue des droits de l’Homme ?

Mylène Stambouli : Nous sommes bien évidemment déçus par le contenu de cette circulaire pour laquelle il y avait une très forte attente. Nous avons eu de multiples réunions au ministère de l’Intérieur qui avait convié les associations et les syndicats à discuter de la question. Et bien que l’on retrouve des éléments de ces débats dans la circulaire, l’essentiel de nos revendications n’ont pas été prises en compte.

Certes, le fait d’unifier des critères de régularisation peut être utile. On ne peut nier que d’une préfecture à l’autre les appréciations des demandes de régularisation sont différentes. Il faut batailler dossier par dossier, sans référence nationale pour les soutenir. Maintenant que les critères sont fixés uniformément, les demandes de régularisation des personnes rentrant dans les critères du ministère vont donc probablement affluer. Mais dans le même temps, cette circulaire pose des conditions qui, cumulées, font obstacle à la plupart des régularisations.

Les exigences de preuve à apporter pour un dossier de demande sont-elles réalistes ?

Le ministère tient un discours qui n’est pas tant fondé sur la situation concrète des personnes que nous rencontrons que sur l’appréciation politique de cette question de l’immigration, basée sur une perception bien éloignée de la réalité.

Cela se ressent dans les critères pour une régularisation par le travail. (Outre les cinq années de présence en France, les personnes y prétendant doivent apporter la preuve de huit mois de travail sur les vingt-quatre mois précédant la demande. NDLR) Il est absurde de demander à des personnes en situation irrégulière d’apporter des preuves légales d’un travail en France qui est nécessairement illégal.

La circulaire, nous dit-on, prend cela en compte en expliquant que la relation de travail peut être établie par d’autres modes de preuve que le bulletin de salaire. Mais concrètement, la plupart des personnes ne peuvent répondre aux exigences. Il y a rarement des virements bancaires, rarement une attestation d’un patron affirmant qu’il emploie quelqu’un de façon illégale… On nous dit que l’intérim est pris en compte, mais outre la difficulté pour une personne en intérim d’apporter les preuves exigées, il s’agit là encore d’une méconnaissance de la réalité. Les travailleurs sans-papiers que nous rencontrons expliquent bien que la multiplication des contrôles depuis deux ans rendent l’embauche par ce biais quasiment impossible.

Sans parler du nombre, infime, de personnes qui peuvent apporter la promesse d’un contrat à durée indéterminée (CDI). Pour une personne en situation irrégulière c’est de toute façon difficile, et dans ce contexte de crise, quels employeurs s’engageront sur un CDI ?

Quels sont les possibles effets négatifs ?

En exposant des critères, cette circulaire délimite de façon très restrictive les situations qui permettent une régularisation. Les familles avec enfants doivent ainsi certifier à la fois une présence en France de cinq ans au minimum et la scolarisation de leurs enfants depuis plus de trois ans. Cela suppose qu’une famille sur le territoire français pour la même durée mais dont les enfants entrent tout juste à la maternelle, par exemple, devra attendre quelques années supplémentaires, tout en risquant une expulsion.

Ce que nous craignons c’est que cette circulaire, liée au projet de loi sur la « retenue » qui sera débattu à l’assemblée en décembre (privation de liberté de 16h, pour remplacer la garde à vue des personnes sans titre de séjour, interdite par la Cour de cassation en juillet dernier NDLR), facilite l’éloignement des étrangers ne rentrant pas dans les critères du ministère.

Le travail continue sur le terrain, et nous verrons bien les effets de cette circulaire, sur lesquels il faut être vigilant. Pour autant, au niveau politique, les choses ne doivent pas s’en tenir là. Une circulaire n’a qu’un effet limité. Il faut faire une véritable réforme législative, avec un contenu plus large, prenant davantage en compte les arguments des associations et des acteurs de terrain.


Il est temps d’en finir avec Sciences Po !

LE MONDE |

28.11.2012 à 15h13 • Mis à jour le 28.11.2012 à 18h02 Par Nicolas Jounin, enseignant-chercheur en sociologie à l’université Paris-VIII-Saint-Denis

Du rapport de la Cour des comptes sur l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et la fondation privée qui le parraine, alias « Sciences Po », on risque de ne retenir que les acrobaties de quelques notables destinées à « obésifier » leur portefeuille.

Mais ce n’est qu’un à-côté, une espèce de dommage collatéral de la haute idée que les gestionnaires d’une telle institution se doivent d’avoir d’eux-mêmes. L' »arrogance » relevée par un député après avoir entendu Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau n’est pas un vice accessoire.

Elle est la contrepartie nécessaire d’un projet d’établissement qui, depuis cent quarante ans, sape l’égalité des chances pour reconduire une classe dirigeante.

LES CLASSES POPULAIRES EXCLUES

Au-delà des irrégularités de gestion, ce rapport nous apprend que Sciences Po demeure un établissement d’où les classes populaires sont exclues. Après une décennie de matraquage médiatique sur la diversification qui aurait été entreprise par le directeur Richard Descoings, sur les « conventions ZEP », sur « Sciences Po en banlieue », voilà où nous en sommes : en 2010-2011, les enfants de « cadres et professions intellectuelles supérieures » représentent 63,5 % des étudiants entrant en premier cycle (54,1 % en second cycle), contre 57,6 % quatre ans plus tôt (55,2 % en second cycle).

Pendant ce temps, la part d’enfants d’employés et d’ouvriers a stagné : environ un étudiant sur douze, contre un peu plus d’un sur cinq à l’université, où ils sont déjà sous-représentés.

Pour sa défense, la direction de Sciences Po a le culot de souligner que le taux de réussite de ses étudiants, y compris ceux issus de classes populaires, est plus important qu’à l’université. Après avoir siphonné par ses concours les plus conformes aux exigences scolaires, c’est quand même bien le moins !

COOPTATION PATERNALISTE

On pourrait presque s’amuser de cette obstination à préserver, depuis la fondation de l’institution, un entre- soi bourgeois mâtiné de cooptation paternaliste… si elle consentait à s’autofinancer.

Car c’est le second scandale : non seulement l’Etat républicain consacre les prétentions exorbitantes de l’IEP par un statut dérogatoire, mais il les remplume. Un étudiant y coûte 50% plus cher qu’un étudiant d’université, bien que les matières enseignées ne soient pas les plus coûteuses en équipement, et que 93 % des enseignements soient assurés par des vacataires.

Malgré une vertigineuse augmentation des droits d’inscription au cours des dernières années, l’Etat débourse 20 % de plus pour un étudiant à l’IEP que pour un étudiant d’université (à disciplines comparables, l’écart est encore plus grand).

Autrement dit, à travers une fiscalité qui, reposant sur la TVA, affecte d’abord les classes populaires et moyennes, on finance les études chères des classes déjà privilégiées.

On pourrait s’amuser de cette obstination, encore, si l’entre-soi se tramait autour de la dégustation d’un cigare ou d’une chasse à la bécasse, comme y invitent certains clubs de l’association des anciens.

Mais il s’agit de quelque chose d’autrement plus sérieux : le maintien d’une domination. En 1872, juste après la Commune de Paris et le rétablissement du suffrage universel masculin, Emile Boutmy (1835-1906) créait Sciences Po en lui donnant une claire mission : « Contraintes de subir le droit du plus nombreux, les classes qui se nomment elles-mêmes les classes élevées ne peuvent conserver leur hégémonie politique qu’en invoquant le droit du plus capable.

Il faut que, derrière l’enceinte croulante de leurs prérogatives et de la tradition, le flot de la démocratie se heurte à un second rempart fait de mérites éclatants et utiles, de supériorité dont le prestige s’impose, de capacités dont on ne puisse pas se priver sans folie. »

DIGUE ANTIDÉMOCRATIQUE

Dans le Sciences Po d’aujourd’hui, Emile Boutmy n’est pas considéré comme un de ces aïeux pathétiques dont il vaut mieux effacer le souvenir : il a sa notice hagiographique sur le site Internet, des bourses à son nom, un amphithéâtre, où l’institution s’enorgueillissait de recevoir Mario Monti, cet ancien de Goldman Sachs qui dirige un « gouvernement de techniciens » sans avoir jamais été élu.

Conçue comme une digue antidémocratique, Sciences Po a conservé au fil du temps sa vocation d’alchimiste qui métamorphose l’arbitraire de la naissance en capacité présumée.

Soyons transparent : j’ai étudié à l’IEP de Paris. J’en garde le souvenir de quelques enseignements stimulants, plombés par un tronc commun où prévalait une science économique recroquevillée sur le pilotage libéral des crises du capitalisme.

Cependant, peu importe la qualité de l’enseignement, qui ne changerait rien au scandale. Car, ou bien cet enseignement constitue une imposture intellectuelle, la carrosserie idéologique d’une classe dirigeante, et il n’y pas de raison que le contribuable continue de lui fournir son carburant ; ou bien il équipe ses destinataires en « capacités dont on ne puisse pas se priver sans folie », et l’on ne voit pas en quoi il devrait demeurer l’exclusivité d’une poignée d’individus bien nés.

Preuve que le contenu de l’enseignement importe peu, on ne dit pas ce qu’on a fait à Sciences Po, mais plutôt : j’ai fait Sciences Po. L’établissement n’est pas l’outil d’un apprentissage, mais une fin en soi.

Rituel d’intronisation et point de contact des futures élites de la politique, de l’administration, des entreprises, du journalisme ou de l’académie, le passage par Sciences Po constitue, d’un point de vue collectif, un moment de socialisation et d’homogénéisation de la classe dirigeante ; et, d’un point de vue individuel, une accumulation primitive de « capital » qu’il convient de faire « fructifier », selon les termes de l’association des anciens lorsqu’elle invite à la rejoindre.

REPRODUCTION DES HIÉRARCHIES SOCIALES

On pourra m’accuser de cracher dans la soupe ou d’oublier d’autres « grandes écoles », universités qui aspirent à en être, dont le rôle dans la reproduction des hiérarchies sociales n’est pas moins actif et pas plus justifié.

Mais il faut bien partir de quelque part quand on veut mettre le goût de la démocratie dans la tambouille de l’enseignement supérieur et se débarrasser des recettes nauséabondes qui font la noblesse d’Etat.

Alors, commençons par supprimer Sciences Po, c’est-à-dire : le privilège légalisé, l’écrémage social et le hold-up financier dont il est le produit.

Nicolas Jounin est l’auteur de « Chantier interdit au public » (La Découverte, 2008)

Nicolas Jounin, enseignant-chercheur en sociologie à l’université Paris-VIII-Saint-Denis

Lire aussi la tribune de Bruno Latour, sociologue, directeur scientifique à Sciences Po : Richard Descoings est mort pour la seconde fois


Emily Loizeau «consternée» par Notre-Dame-des-Landes

Notre-Dame-des-Landes, le bras de fer

Le projet de nouvel aéroport est fortement contesté.

Société
28 novembre 2012 à 12:52
Emily Loizeau.

Emily Loizeau. (Photo Manuel Braun pour «Libération»)

La chanteuse a écrit au président de la République et déchiré sa carte d’électeur en guise de contestation contre le projet d’aéroport.

La chanteuse Emily Loizeau a écrit à François Hollande et déchiré symboliquement sa carte d’électeur pour exprimer son opposition à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et faire part de sa «consternation».

Dans une lettre manuscrite envoyée au président de la République et reproduite sur sa page Facebook, la chanteuse se dit «consternée et profondément déçue» par l’attitude du gouvernement sur le dossier.

A lire aussi : le portrait d’Emily Loizeau

«La France n’a pas besoin d’un aéroport supplémentaire», écrit l’artiste qui déplore que «tant d’argent» soit «dépensé en temps de crise pour nuire un peu plus encore à l’équilibre fragile de notre environnement, pour retirer encore quelques terres suplémentaires aux paysans».

«Des gens résistent aujourd’hui pour vous témoigner leur attachement à la terre, à sa culture, à son équilibre; des gens qui luttent pour sauver leurs métiers et le patrimoine de leurs enfants. Respectez-les. Ecoutez-les. Entendez-les», demande la chanteuse installée en Ardèche.

L’artiste, qui souligne avoir voté «avec grand espoir» pour François Hollande, a joint à sa lettre sa carte d’électeur déchirée, «comme symbole de (sa) consternation».

«Plus nous serons nombreux à lui manifester notre désaccord, plus nous aurons de poids. Pour vous rassurer, on peut voter simplement avec sa carte d’identité», ajoute Emily Loizeau dans un message accompagnant la photo de la lettre et de sa carte déchirée.

(AFP)


SANS RAISON APPARENTE Vivre avec l’autisme

« Deux pieds, démesure… | Accueil

29 novembre 2012

Internote : en novembre, fuite des cerveaux

Pylone

«Le cerveau d’Hugo…» (1)

Les images défilent. Portées par Beethoven. Avec l’histoire reconstituée d’un Hugo autiste pianiste asperger en fil conducteur ; empathique. Et des interviews ponctuant la fiction, alimentant la fiction, toutes filmées en plan fixe ; témoignages d’autistes verbaux, forcément, « aspies » pour la plupart, comme les aspergers aiment à ne nommer eux-mêmes (2) ; chaque témoin filmé assis sur un divan, de face, sur fond de tenture neutre, comme pour prendre déjà position en contrepied du psychanalyste et de son divan ; sur lequel on se couche.

Je me laisse aller, bercé par ce subterfuge que je connais bien : le recours à l’histoire, la narration, le storytelling, en jargon communicant, pour faciliter l’adhésion et l’attention d’un public de plus en plus saturé d’images, d’informations, de causes, de sollicitations. En délicatesse avec son affectif.

Ça fonctionne plutôt bien : l’émotion est là, forcément, et, pour ce qui nous concerne, il est étrange de se prendre au jeu de reconnaître Émilien dans quelques-uns des comportements, des habitudes, des réactions, des troubles confiés par chacun de ces témoins. Et le choc de cette verbalisation soudaine de ce que l’on croit qu’Émilen pense depuis longtemps.

Comme il doit être facile de s’approprier cette cause pour le quidam tombé là par hasard, par compassion, par curiosité sur ce docu-fiction en prime time. Je me surprends à penser que l’autisme vaut bien cela, avec une prévalence atteignant les 1 % de la population mondiale en dessous de 20 ans (3).

À grands traits, le monde de l’autisme, de l’autiste, se dessine bien. Histoire, génétique, neurologie, physiologie, perspectives, vulgarisation sur base de témoignages, gages d’authenticité. Mais, au fil des séquences, je sens venir la fin de cette fiction comme une apothéose ridicule de bons sentiments, je vois se mettre en place une apologie sans nuance des « nouvelles méthodes », et je ressens d’un coup les défauts du message proposé et de sa forme.

En reprenant systématiquement des éléments des témoignages réels, la fiction s’alourdit : elle retraduit ce qui est dit, didactique, comme si ces paroles d’autistes, mâchées, difficiles, d’une syntaxe particulière, n’exprimaient pas assez d’émotion et de violence ; comme si les larmes rentrées de certains parents n’étaient pas assez réelles pour un spectateur blasé.
Alors la fiction surenchérit, proprement, certes, mais crispante après l’heure de jeu. On le sait, on le sent : ce que joue l’acteur sera validé ensuite, et à l’inverse ce qui est proposé par le témoignage sera rejoué derrière.

Et si Hugo est poignant, souvent, son personnage perd sa crédibilité, se délite progressivement sur de petits détails ; pourquoi par exemple, l’avoir affublé d’une frange si laide ? N’a-t-on pu trouver que cela comme signes pour suggérer qu’il est différent ? Pourquoi stigmatiser artificiellement sa différence ? Le beau jeune homme asperger sur le plateau du débat prouve par lui-même que cette surenchère n’était pas nécessaire. Et Joseph, autiste docteur en philosophie, le dit : « Un journaliste m’a dit un jour que si je reste immobile, je peux passer pour normal… Si je bouge un petit peu, on peut avoir des doutes et si je prends la parole, c’est fini… » La différence, pour l’aspie, se joue là, sur ce détail-là. L’autisme est accepté tant qu’il ne se révèle pas.

Je le sentais venir, la fiction devient fausse, les acteurs ont de plus en plus de mal à vivre face aux témoignages qui montent en puissance. Et voici l’épilogue, attendu, vain, catastrophique. Pourquoi enfoncer le clou d’une réussite symbolique surjouée dans la fiction, alors que la réussite est éclatante là, sur le canapé noir, dans chacun des témoignages, yeux dans les yeux, d’autiste à spectateur. Dans l’expression de chacun de ses combats microscopiques pour avancer, apprendre, comprendre, se faire accepter, se faire aimer ; le tout dans un environnement définitivement hostile.

C’est là le danger, pour moi, et les limites de cela. Comment garder un soupçon de motivation, de compassion, quand l’histoire se termine si bien ? Qui se souviendra d’un récit qui finit si bien ? Qui va s’investir pour des êtres que l’on présente au final comme supérieurs aux autres ? Ces « énigmes vivantes », yeux brillants du présentateur émoustillé ? Qui aura envie de payer un piano à Hugo ?

Et d’imaginer, en guise de toute rémanence, le téléspectateur lambda regarder son fils en biais après l’émission et lui disant soudain avec dédain : «…Tu sais jouer du piano, toi, le neurotypique chanceux ? »

Et pour combien d’autistes l’histoire se termine-t-elle si bien ? Et qui parle là, au final ? Qui peut parler ?

Je pense à la dernière campagne de « Vaincre l’autisme » et à ce pourquoi elle m’avait déjà dérangé : c’est dit dans les intentions de campagne sur le propre site de l’asso : « C’est grâce à ce nouveau regard positif sur l’autisme de la part de la société française que la politique de santé publique évoluera profondément et que des décisions réellement impactantes seront prises. »
Aïe ! Il faut donc donner une image positive, ébarbée, édulcorée, pour faire avancer les choses ? L’autre est-il si insensible, aussi égotique et surfait qu’il faille rendre les choses si belles pour que le don se fasse ? Pour que nos élites et concitoyens se bougent ?Deviennent plus claires d’un coup les intentions de ces médiatisations : on focalise sur l’asperger, son monde, ses hypercompétences, parce que c’est le plus valorisant pour l’image de l’autisme, le plus « beau », le plus émouvant, là où le pire est masqué. Différents, mais si près, handicapés, mais si forts, asociaux, mais si capables.
Je voyais à l’époque se révéler la partie de slogan qui manque sur chacune des affiches :
– AUTISTE ET EN CM1,  [et en proie quotidienne à la méchanceté naturelle de l’enfant normal et au manque de moyens des structures éducatives… ]
– AUTISTE ET DIPLÔMÉ,  [et reclus, isolé, mis à l’index, dans un monde social inadapté, hostile.]
– AUTISTE ET BIBLIOTHÉCAIRE, [ et exhiber chaque jour comme un animal curieux qui connaît par coeur tous titres d’ouvrages disponibles, les auteurs, les années d’édition et quels livres sont en prêts…]
Ceci en en comprenant les intentions. Et la sincérité.

Ce cas de conscience, France Alzheimer l’a eu. Après une campagne cynique décriée, ils ont trouvé le ton juste avec une des plus belles campagnes Presse de début 2012, incitant à retourner la revue pour transformer le signe d’accompagnement en un signe de victoire. Dans une synecdoque pudique.

Je veux bien admettre et je sais que l’on n’a souvent pas d’autres choix pour faire avancer les choses que de masquer une partie du problème, d’édulcorer en appliquant une couche de communication cosmétique. Mais ce subterfuge, s’il devient monnaie courante, révèle deux failles au moins : on en oublie que le premier problème d’image est lié à un manque d’éducation de l’autre à la tolérance, ici, du handicap, de la différence. Béatifier les choses n’arrangera rien sur ce plan-là.
Et si l’on peut penser que les aspies se retrouveront dans ces tentatives médiatiques, qu’ils s’investiront, c’est sûr, dans ce rôle de faire-valoir d’une « Grande Cause », ce qui est magnifique pour eux, il ne faudra pas oublier, en tenant compte de la prévalence du syndrome d’asperger, le nombre extrêmement supérieur de familles qui resteront le bec dans leur eau trouble devant ce documentaire. Pire, qui se sentiront encore une fois mises à l’écart, encore une fois marginalisées avec leur autiste à elles, atypique, sans langage, mutique, dysphasique, dyspraxique, dysmorphique, voire épileptique, trisomique, psychotique, handicapé physique…  Les yeux écarquillés devant toutes ces méthodes suggérées miraculeuses qu’on ne leur a jamais proposé, parce que chaque autiste a son parcours, unique parce que chaque autiste est unique dans son développement et ses atteintes propres et chaque méthode spécifique.
Atterrés devant leur seule perspective : une prise en charge médicalisée, dans un lieu adapté. Au mieux, pour échapper au pire.
Alors qu’on leur serine par ailleurs qu’ils font partie d’une grande famille unifiée sous la bannière intégrative du Spectre autistique.

Il suffit de prendre en compte quelques chiffres (3) pour ressentir tout ce que l’équation autisme = asperger a de réducteur, de spécieux, voire de dangereux. La réalité, celle de 94 % d’autistes et de familles se trouve ailleurs que dans les problématiques liées au syndrome d’Asperger. J’engage les mêmes productions à repartir filmer un Centre, un Foyer, du même style que celui d’Émilien, où cohabitent 30 autistes de toutes latitudes, et une quarantaine d’encadrants de divers horizons. Sans doute n’auront-ils pas besoin d’une trame scénaristique pour traduire la détresse de ces humanités-là, la dureté des heures qui passent, la puissance des déflagrations de l’esprit, la profondeur de l’abîme de ce qu’est l’autisme au quotidien. L’autisme de base, vu du sol. Dans l’absolue majorité des cas.

Reste que tout cri est un signal fort, ceux qui ont affaire à des autistes non verbaux le savent. C’est tout le mérite de ce genre de communications ; alors, prenons-le comme tel. Louons le « Cerveau d’Hugo » et ses témoignages poignants, louons les avancées comportementalistes, organisons le plus bel enterrement à ceux qui ont maintenu pendant des décennies les mères dans leur culpabilité de maman-réfrigérateur et refaisons le monde, imaginons les mêmes tentatives d’exaltation affective avec des non-aspergers, sur les TED, les atypiques, les violents. Il y a forcément quelque part un cinéaste capable d’en tirer autant d’émotion et d’en attirer autant de compassion… et de promesses de don, l’argent restant ici aussi, par cumul de défaillances et d’hypocrisies étatiques, le nerf de la guerre.

Je repense à Sandrine Bonnaire et à son courage d’avoir filmé la vraie vie de sa vraie soeur, le trajet de sa vraie culpabilité de soeur « normale », d’avoir filmé là, sans fard, la réalité de structures bricolées, de bénévolats, de quotidiens tendus, de confrontations, de doutes, de rejet, d’ombres et de lumières. N’ayant eu besoin d’aucun scénario supplémentaire pour ouvrir de grands champs de compassion et de prise de conscience. D’aucune dorure. Un constat brut et néanmoins empathique.

Et je regarde ce blog, sa forme, ses périphrases, ses images, son audience, son rôle que j’ai toujours du mal à fixer.
Un témoignage, une histoire, vraie. Mais sans paroles. Sans sa parole. Sans son langage. C’est notre lot.

Alors je m’excuse de troubler le dithyrambe que suscite ce documentaire, sans doute suis-je désormais trop aigri.
Dans un grand doute amer, sincère, où notre seul luxe est de pouvoir allumer ou éteindre selon notre humeur, les quelques ampoules blafardes qui jalonnent notre parcours… dans les circonvolutions plastiques du cerveau d’Émilien.

Armand T.
****************
(1) Encore visible sur Pluzz ou sur YouTube

(2) C’est Liane Holliday Willey, éditrice de l’Autism Spectrum Quarterly et fondatrice de l’Asperger Society of Michigan, diagnostiquée Asperger à 40 ans qui utilise la première le terme d’aspie dans un de ses livres en 1999, « Pretending to be Normal ».

(3) Rapport de la HAS – janvier 2010 – page 26

Chiffres 2009
Pour 10 000 personnes dans le monde, il y aurait : 63,7 TED (Troubles envahissants du développment),  37,1 Autistes atypiques et seulement 6 aspergers.