Fukushima. Le point un an après…

Fukushima. Le point un an après.

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Le récit de la réélection de Sarkozy en 2012

Le dimanche 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy a été réélu avec 51% contre son rival François Hollande. Ce bref récit raconte comment cette surprenante reconduction du président à l’Elysée s’est construite au jour le jour.

Le lundi 12 mars, c’est ravioli et machine-outil. Le président Sarkozy déjeune avec les ouvriers de l’entreprise Mectro basée à Muret près de Toulouse, et dont le sort semblait scellé puisque le tribunal de commerce s’apprêtait à prononcer la liquidation. Mais c’était sans compter l’énergie du président qui ce lundi, déclara devant la presse, les yeux cernés, qu’il revenait de Chine. Et pas les mains vides. Après une négociation de plusieurs heures, le président avait trouvé un repreneur. L’entreprise Wong Zhou était prête à racheter l’usine pour que les travailleurs de Mectro puissent continuer à travailler. 700 emplois étaient sauvés. Nicolas Sarkozy fut convié à commenter ce sauvetage le lendemain sur les ondes de RTL, la radio la plus écoutée par le monde ouvrier mais aussi par les coiffeurs. La folle campagne se poursuivait, avec quelques piques lancées à François Hollande et son département de Corrèze sinistré par le surendettement.

Mercredi 14, Sarkozy s’est rendu au collège Maurice Ravel de Montreuil. Les élèves de cette ville avaient décidé de faire grève et ne mangeaient plus à la cantine. Des kilos de nourritures étaient jetés par les agents de service. En cause, une décision du conseil général imposant, avec l’appui de la mairie, deux jours sans frites au nom de la santé alimentaire et du manger bio. De quoi mettre en colère ces collégiens qui, devant choisir entre brocolis et poireaux, décidèrent à la très grande majorité de ne plus s’alimenter à la cantine. La plupart, soutenus du reste par leur parents, narguaient le personnel en s’installant à table pour y déguster les quelques barres chocolatées amenées dans leur cartable. Le président Sarkozy est intervenu rapidement pour régler cette situation. Un extrait du discours prononcé à cet effet « Priver les élèves de la possibilité de manger une viande avec des frites est non seulement une faute de goût mais aussi contraire à nos valeurs républicaines. Une fois élu, je ferai voter une loi imposant dans toutes les cantines scolaires de notre pays le choix entre un légume et une assiette de frites. Et s’il y a blocage, alors j’organiserai un référendum sur cette question. Car il n’est pas admissible qu’une bande organisée d’écologistes se prenant pour des diététiciens fassent obstacle entre la gouvernance et le peuple qui seul, peut décider s’il est convenable ou non de manger des frites à la cantine ». Le lendemain, l’affaire s’est calmée. Les frites sont revenues à la cantine la semaine d’après.

Vendredi suivant, onze heures, devant l’école Debussy à Lyon, on a pu voir quelques dizaines de personnes saluer le président venu visiter les lieux et prononcer un discours sur l’éducation. Cette école était occupée depuis quinze jours par les parents. Le candidat président n’est pas venu les mains vides. Il a annoncé avec Luc Châtel à ses côtés le maintien du professeur des écoles dont la suppression avait été décidée à cause d’un sureffectif. Samedi, Sarkozy est allé déjeuner à la brasserie Lejambon, établissement nancéen devant être prochainement liquidé. Les employés ont appris avec surprise que le président avait conclu tard dans la nuit un accord avec Tandoriyète, le géant indien de la restauration rapide. Les vingt emplois de la brasserie furent donc sauvés. Dimanche, pas de répit pour le candidat cette fois en déplacement à Berlin pour un mini-sommet avec Angéla Merkel portant sur un contrat de compétitivité emploi liant les deux partenaires avec une clause d’équitabilité envers les autres membres de la zone euro. Puis départ pour le Brésil afin de signer un contrat pour le prêt pendant une période d’essai de dix avions Rafale, avec option d’achat privilégiée.

Mardi 20 mars, le président Sarkozy, sobrement vêtu d’un pantalon en velours et d’un pull gris à col roulé, a posé la première pierre de la digue devant protéger la zone côtière vendéenne. Devant des riverains ravis, en présence d’une vingtaine d’élus locaux et de Madame Kosciusko-Morizet, il prononça un mini discours sur l’engagement de l’Etat face aux risques naturels, prônant un volontarisme protecteur. Le lendemain, sept heures pétantes, accompagné de son épouse Carla et de son ami Estrosi, Sarkozy effectua une visite au marché aux fleurs du cours Saleya à Nice. L’occasion de saluer les commerçants qui se lèvent tôt et de vanter les productions locales qui dynamisent l’économie française. Après avoir dégusté une soupe de poissons de roche place Rossetti dans le vieux Nice, au milieu de vieilles bourgeoises pétillantes de joie, le président s’est rendu à Saint-Laurent du Var pour y rencontrer une dizaine d’horticulteurs et pépiniéristes, avec dans la poche un contrat de 5 millions d’euros pour remplacer les massifs de l’Elysée détruits par le gel et renouveler les espèces végétales. Une autre occasion pour vanter les produits locaux, le consommer français ainsi que le développement durable. Selon ses dires, chaque arbre planté représente une bouffée d’oxygène pour les générations futures. Puis direction le clos fleuri, une maison de retraite à Cannes. Le président est venu prendre le thé avec les pensionnaires, avec quelques bouquets de fleurs et à nouveau, son épouse Carla, qui s’est entretenue avec Raymonde, Josette et Mariette, commentant les derniers épisodes de plus belle la vie et donnant quelques nouvelles de Julia, le tout, filmé par BMFTV et FR3 Côte d’Azur.

Le président candidat a mené une campagne au pas de course. Pas un jour sans qu’on ne le voit dans les médias. Le 4 avril, séance de photos sur le parvis de l’Elysée avec Jean Dujardin et toute l’équipe du film primé aux oscars, puis direction Villacoublay pour accueillir les deux otage libérés au Mali. Le mercredi 5 avril, Sarkozy s’est déplacé sur le site de l’entreprise landaise Dupin et Parachol, qui produit du bois de qualité pour la construction. Hélas, la baisse des mises en chantier a entamé la viabilité de cette entreprise employant plus de cinq cents salariés actuellement au chômage technique en attendant la liquidation. Mais Sarkozy a promis un prêt à taux zéro de 20 millions d’euros pour donner deux ans de répit à la trésorerie, de quoi maintenir la presque totalité des emplois dans cette région déjà secouée par le chômage. Tout est allé vite. Le 22 avril, à la surprise générale, Sarkozy devançait son concurrent socialiste d’un point, 31 contre 30.

La campagne s’intensifia. On a pu voir le président pour un super sommet à Bruxelles, afin de consolider un partenariat privilégié avec les pays européens et de signer un « contrat éthique emploi croissance durabilité et connaissance ». Le soir, Sarkozy prononça un grand discours à la Villette sur le dynamisme industriel. Très tôt le lendemain matin, il annonçait la reprise des activités de Vallala, équipementier automobile situé à Rouen et dont les emplois ont tous été sauvés grâce à une participation de Renault et une aide de 50 millions d’euros venant de l’Etat. Après être passé par le lycée Montesquieu à Bordeaux, il participa à une table ronde avec Alain Juppé. Le thème fut la région. Visite au mur d’eau face à la place de la Bourse pour contempler les œuvres du meilleur d’entre tous, le maire de Bordeaux, qui se fendit d’un discours rapide « Tu vois, Nicolas, avec un peu de volonté, j’ai redonné la vue de la Garonne aux Bordelais, alors mon cher Nicolas, à toi de redonner la vie aux Français ». Déjeuner avec quelques viticulteurs et après, visite éclair sur le campus universitaire de Poitiers pour louer l’excellence de la recherche et annoncer 2 milliards supplémentaires pour la recherche, puis détour par le CHU de Tours pour y rencontrer des praticiens et parler du métier d’infirmières dont le salaire sera augmenté de 10 % a annoncé le président, après avoir généreusement revalorisé les enseignants en échange d’une augmentation des charges de travail. Retour à Paris pour un passage au JT de la Une. Pour remercier les électeurs, le président a annoncé que Johnny Hallyday offrait en téléchargement gratuit un remix d’un de ses tubes spécialement apprécié par son ami du Fouquet.

Le lendemain, les internautes ont pu entendre cette chanson qui fut reprise en chœur par les sympathisants dans les meetings présidentiels de l’entre deux tours.

On a tous quelque chose en nous de Sarkozy

Cette volonté de prolonger la nuit

Ce désir fou de vivre une autre vie

Ce rêve en nous avec ses mots à lui

Quelque chose de Sarkozy (…)

Ainsi survécut Sarkozy

A certaines heures de la nuit

Quand le cœur de la ville s’est endormi

Il flotte un sentiment comme une envie

Ce rêve en nous, avec ses mots à lui

Quelque chose de Sarkozy

Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy était réélu avec 51 % des voix. Le lendemain de l’élection, je rédigeais ce billet récapitulatif non sans quelques sombres visions de l’avenir. Tout d’un coup, je sentais un manque d’air, la respiration coupée, je m’agitai, essayant de retrouver mon souffle. Je me réveillai alors en sueur sur mon canapé, la télé allumée, diffusant un débat entre François Bayrou et Eva Joly. Ouf, rassuré, le cauchemar s’est terminé, nous n’étions qu’en mars, à un mois du premier tour. Je m’étais juste endormi devant l’écran.


BFM & I-TELE roulent pour Sarkozy…..

BFM & I-TELE


Communiqué de presse au sujet du spectacle de Dieudonné au mois d’avril..

Communiqué de presse Dieudonné

Mardi 29 février 2012 10h24

Ce communiqué a été envoyé par mail et par fax à toute la presse écrite, parlée et télévisée du département.

Il a été envoyé aussi à toutes les organisations syndicales et politiques du département pour information.

 


Ces 200 élus et grands patrons qui n’ont pas déclaré leur patrimoine

Un rapport révèle que 200 élus et grands patrons ne respectent pas les délais pour déclarer leur patrimoine

13 % des sénateurs n'ont pas respecté les délais.

13 % des sénateurs n’ont pas respecté les délais. (Archives « sud ouest »)

Depuis 1988, élus et grands patrons d’entreprises publiques sont tenus de déclarer leur patrimoine en début et en fin de mandat. Mais, c’est peu de le dire, cet exercice de transparence à la française ne suscite pas un enthousiasme unanime. Et le rapport que vient de produire la Commission pour la transparence financière de la vie politique (CTVP) chargée d’étudier ces documents résonne comme un cri du cœur !

Selon la commission, 200 élus et grands patrons (dont 13 % des sénateurs, 25 % des conseillers régionaux, et même 6 présidents de Régions) ne respectent pas les délais fixés par la loi pour communiquer ces documents. Et 16 % d’entre eux ont fourni une déclaration incomplète.

« Partis de très très loin »

Visiblement lasse de s’époumoner en « relances » téléphoniques et écrites, la commission annonce qu’elle demandera désormais systématiquement l’application de la loi, à savoir une sanction d’un an d’inéligibilité et de 15 000 euros d’amende.

L’examen de ces déclarations doit en théorie permettre de déceler des enrichissements inexpliqués susceptibles de découler de prises illégales d’intérêt, de corruption ou encore d’évasion fiscale au cours du mandat des personnes assujetties.

Mais l’absence de pouvoirs d’investigation et de sanction de la CTVP a longtemps suscité les critiques, notamment du Conseil de l’Europe. Jusqu’à il y a peu, aucune sanction n’était prévue pour l’élu qui ne répondait pas à ses obligations. Et produire une déclaration mensongère ne constitue une infraction que depuis le 4 avril 2011 ! « Je préfère dire que nous sommes partis de très très loin et que nous avançons à petits pas », ironise un cadre de la commission.

Preuve de la lenteur de l’évolution des mœurs, la commission rapporte que lors d’un sondage en 2010, elle a découvert que « 90 dirigeants, qu’elle croyait encore en poste à la tête d’un organisme public, avaient quitté leur fonction du fait de la disparition de l’organisme en question et que 250 nouveaux relevaient de son champ de contrôle du fait de la création de filiales. Aucune de ces opérations n’avait été porté à sa connaissance » par les ministères concernés.

100 % sans suite

La commission relève également s’être « interrogée sur les conséquences qu’elle doit tirer d’informations parues dans la presse relatives à la situation patrimoniales de certaines personnalités qui, dans certains cas, semblent en contradiction avec les déclarations qui lui ont été transmises ».

Dans son rapport, l’organisme se félicite pourtant de pouvoir désormais s’adresser à l’administration fiscale pour effectuer certaines vérifications. Mais il déplore de n’avoir aucun moyen de contrôle ni sur les ressources ni sur l’entourage familial proche de la personne assujettie afin d’éviter les « stratégies de contournement ».

La CTVP aimerait par ailleurs se pencher sur les « objets » ou « conditions d’attribution » des prêts accordés par le Sénat et l’Assemblée nationale à leurs membres.

Depuis sa création, la CTVP, loin de terroriser la vie publique, a signalé 12 enrichissements inexpliqués à la justice. Sans succès. « 100 % des saisines du parquet ont donné lieu à des classements. S’il est vrai qu’un enrichissement inexpliqué ne constitue pas par lui-même un délit, un tel résultat n’en est pas moins clairement décevant. »


Sous la question de la viande halal, celle de la traçabilité.

Point de vue |

LEMONDE | 28.02.12 | 13h45   •  Mis à jour le 28.02.12 | 16h40

par Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue, chercheuse associée à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman

On prête à Gandhi l’affirmation suivante : « La grandeur d’une nation et de son progrès moral peut être jugée à la façon dont elle traite ses animaux. »

Cette belle idée sert aujourd’hui de fer de lance dans la guerre du plus civilisé que se mènent les groupes « identitaires ». Cela fait quelques années déjà que ceux-ci essaient de rejouer le conflit des civilisations autour de l’abattage des animaux. Les identitaires « laïques » affirment que l’augmentation des abattages halal est le signe d’une « islamisation de la République ». Les intégristes chrétiens insistent sur la souffrance des animaux abattus selon les méthodes qu’ils qualifient d’« archaïques » des juifs et des musulmans. Les musulmans radicaux s’effraient de la cruauté des méthodes d’« assommage » de l’abattage conventionnel. Chacun craint la barbarie de l’autre.

Le problème de l’abattage rituel n’est pourtant pas culturel mais économique. S’il faut en effet refuser d’aller sur le terrain culturel du Front national, il ne faut pas nier qu’il existe un problème de traçabilité dans les abattoirs, dont les causes économiques ont des implications éthiques et politiques. Les autorités françaises sont au courant de ce problème depuis de nombreuses années et ont été alertées dès 2005, chiffres à l’appui, par un rapport du Comité permanent de coordination des inspections (Coperci) intitulé « Enquête sur le champ du halal ».

J’observe depuis cinq ans une radicalisation des positions des organisations de protection animale, et notamment de celles qui n’ont pas de lien historique avec l’extrême droite. Elles ont été exaspérées par les promesses non tenues du candidat Nicolas Sarkozy en 2006, lequel avait promis qu’il prônerait la généralisation de l’étourdissement préalable à l’abattage. Cette radicalisation, et les excès auxquels elle a pu conduire (comme cette campagne d’affichage refusée par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité au motif qu’elle pouvait choquer une partie du public), ne doit cependant pas faire oublier que l’industrialisation et la massification de l’abattage halal posent un réel problème de souffrance animale.

En effet, pour ce type d’abattage, effectué en France sans étourdissement préalable en vertu d’une dérogation, les abattoirs doivent utiliser des moyens de contention spécifiques et ralentir les cadences d’abattage. Or, dans une industrie tayloriste comme l’abattoir, le temps c’est de l’argent, et il arrive que ces mesures de précaution ne soient pas mises en oeuvre correctement parce qu’elles font perdre trop de temps et donc trop d’argent.

Pour satisfaire leurs commandes de viandes rituelles et non rituelles, il est fréquent que certains abatteurs abattent la totalité d’un lot d’animaux en mode rituel pour n’en écouler qu’une partie dans les circuits de distribution religieux, le reste étant orienté vers des circuits conventionnels. Dans un rapport de la direction générale de l’alimentation du ministère, publié par Bulletin de l’Académie vétérinaire de France en 2008, il apparaissait que sur le territoire national 32 % des animaux étaient mis à mort selon un procédé rituel. Les exportations résiduelles n’expliquent pas seules l’écart de ce chiffre avec une demande religieuse estimée à 7 % de la population française.

Le responsable de ce supplément évitable de souffrance animale n’est pas le rituel musulman mais son industrialisation et la course à la rentabilité dans un contexte très compétitif qui amène à produire en rituel plus que nécessaire, et plus vite que ne l’autorise la réglementation.

Ce problème ne se pose pas qu’en France, il existe en Belgique, au Pays-Bas ou encore en Espagne et, dans un marché unique, il concerne toute l’Union européenne. Des parlementaires européens ont exigé une traçabilité pour toutes les viandes rituelles halal et cachère afin que soit précisé le mode d’abattage sur les barquettes de viande. Il s’agit de faire pression sur l’industrie par l’intermédiaire de la vigilance du consommateur.

Mais les industriels ne veulent pas de traçabilité et pèsent de tout leur poids auprès du Conseil de l’UE pour éviter qu’une telle mesure soit prise, reprenant l’argument avancé par les rabbins européens qui craignent qu’une telle mention ne stigmatise les communautés juives. Les rabbins rappellent à raison que les attaques contre la shehita (l’abattage rituel juif) ont été les premières mesures prises par les antisémites dans les périodes sombres de l’histoire européenne.

Le problème du non-respect des réglementations dû à l’absence de traçabilité des carcasses est économique, et son traitement n’est pas culturel mais politique. Derrière le refus de « manger du rituel sans le savoir », il n’y a pas seulement une crispation identitaire ou une extrême droitisation d’une frange de la population. Il y a aussi l’affirmation d’un droit citoyen à exercer un contrôle sur ce qui est acheté et consommé.

Depuis la série de crises de sécurité alimentaire (encéphalopathie spongiforme bovine, OGM, dioxine, grippe aviaire) qui a marqué les années 1990, on a demandé aux mangeurs d’être des « consommateurs citoyens », d’exercer leur vigilance sur la base d’étiquetages flattant les appartenances, les terroirs, les régions ou les nations comme s’il y avait un lien entre sûreté alimentaire, proximité et origine.

La réponse gouvernementale à la crise de l’ESB a consisté à transférer sa responsabilité vers celle du consommateur en favorisant l’information par des filières « qualité » via les mentions nationales, comme « Viande bovine française », et d’autres schèmes de certification privée d’origine ou de tradition.

Parallèlement, le gouvernement a diminué les contrôles directs dans les abattoirs. La privatisation du contrôle a demandé, et effectivement induit, un changement d’attitude des consommateurs qui sont passés d’une confiance passive dans les organismes d’Etat à une défiance active vis-à-vis des étiquettes et des marques.

Ne faudrait-il pas à présent que l’Etat assume cette libéralisation et qu’il joue le jeu de la transparence et garantisse une information alimentaire fiable ? N’est-il pas temps d’informer sur la base du procédé de fabrication plutôt que de s’en tenir à favoriser des informations publicitaires sur l’origine ou de l’identité ?

Les viandes rituelles, comme tous les aliments qui font l’objet d’un processus significativement distinct de fabrication, devraient être tracées et identifiables de la même manière que les produits bio. La traçabilité ne sépare pas, elle éclaire les choix que nous sommes obligés de faire sur la base du travail réalisé sur les produits et non sur de chimériques différences identitaires.


Florence Bergeaud-Blackler a publié « Comprendre le halal » (Edipro, 2010).


Dans la France péri-urbaine, le « survote » pour le Front national exprime une colère sourde

LEMONDE | 28.02.12 | 12h07   •  Mis à jour le 28.02.12 | 14h58

L’âge, le sexe, la catégorie socioprofessionnelle sont les variables auxquelles on songe spontanément pour expliquer le comportement des électeurs. Elles ne sont pas les seules. Depuis une dizaine d’années, quelques spécialistes de géographie électorale s’intéressent à ce qu’ils appellent le « gradient d’urbanité ». Derrière cette expression barbare se cache une idée au fond assez simple: selon la distance qui les sépare des grandes aires urbaines, les individus votent de façon très différente.

 

Intentions de vote en faveur des trois principaux candidats au premier tour de la présidentielle.

Intentions de vote en faveur des trois principaux candidats au premier tour de la présidentielle.Enquête IFOP/Infographie « Le Monde »

L’IFOP, dans une étude que Le Monde publie en exclusivité, en fait la démonstration édifiante. Cette enquête se fonde sur les données cumulées de plusieurs sondages d’intentions de vote réalisés entre le 9 janvier et le 14 février. Au total, 8 052 électeurs ont été interrogés. Le principal résultat est le suivant: dans les zones situées à environ 50 km d’une aire urbaine de plus de 200 000 habitants, les trois favoris du premier tour de l’élection présidentielle – François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen – obtiendraient quasiment les mêmes scores: autour de 25% chacun.

Pour le chef de l’Etat, il s’agit là d’un score assez proche de sa moyenne nationale. Pour le candidat socialiste, il s’agit en revanche d’une contre-performance. Dans ces zones situées à une cinquantaine de kilomètres des grandes aires urbaines, François Hollande obtiendrait des scores inférieurs d’environ 6 points à ceux qu’il réaliserait sur l’ensemble du territoire. Nulle part l’écart avec son niveau moyen d’intentions de vote n’est plus grand.

RICHES VIVIERS

Pour Marine Le Pen, c’est exactement l’inverse. Ces territoires périurbains sont précisément ceux où elle obtiendrait ses meilleurs résultats: jusqu’à 9 points de plus que sa moyenne nationale. Dans ces espaces situés à une quarantaine de kilomètres des grandes villes, la présidente du Front national pourrait même arriver en tête au premier tour de l’élection présidentielle.

Ce « survote » frontiste de la France périurbaine n’est pas une nouveauté. En 1995, 2002 et 2007, c’est déjà là que Jean-Marie Le Pen avait obtenu ses meilleurs résultats. Mais l’écart avec son score national était alors beaucoup plus ténu: 2 points de plus, pas davantage. Si Marine Le Pen dépasse les 16,9% de son père en 2002, elle le devra donc en premier lieu à la percée qu’elle aura réalisée dans ces territoires dont les graphiques montrent qu’ils constituent pour elle de riches viviers.

Comment expliquer ces chiffres ? La sociologie recoupe la géographie. Au cours des dernières décennies, ces grandes couronnes périurbaines ont connu de profonds bouleversements sociodémographiques. Les agriculteurs n’y sont plus qu’une poignée. Autour des vieux noyaux villageois se sont adjoints des lotissements pavillonnaires et de petits immeubles d’habitat social. Là se sont installées des populations venues des centres-villes ou, plus souvent, des banlieues proches.

FRUSTRATIONS SOCIALES

« Elles sont là par choix autant que par contrainte, explique Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l’IFOP. Le choix, c’est celui de la verdure, de la mise à distance de la grande ville et de ses nuisances. La contrainte, c’est celle du prix du foncier et de l’immobilier. Pour pouvoir acheter un petit pavillon à la propriété, les ménages modestes doivent aller de plus en plus loin. »

Selon Michel Bussi, professeur de géographie à l’université de Rouen, les « frustrations sociales » générées par ce « mélange d’éloignement choisi et de relégation subie » seraient propices à l’expression d’un « vote de protestation ». Selon lui, ces populations sont victimes d’une « ascension sociale inachevée ». Le prix à payer pour la vie qu’ils ont choisie est élevé: emprunts immobiliers, temps de transports, éloignement par rapport aux services publics. L’isolement, qui peut être le fruit de stratégies individualistes, a aussi ses revers: le repli sur soi et le rejet de l’autre.

De la réponse qu’apporteront les candidats à la colère sourde de cette France silencieuse dépendra en grande partie le résultat de la présidentielle: 28% des électeurs vivent aujourd’hui dans ces territoires périurbains.