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L’électricité nucléaire coûte de plus en plus cher, selon la Cour des comptes

Par La rédaction de Mediapart

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Le coût de l’électricité nucléaire ne cesse de croître en France : il a augmenté de 21 % entre 2010 et 2013, pour atteindre quasiment 60 euros par mégawatt-heure, contre seulement 49,6 en 2010, analyse la Cour des comptes, dans un rapport publié le 27 mai.

Le coût de l’électricité nucléaire ne cesse de croître en France : il a augmenté de 21 % entre 2010 et 2013, pour atteindre quasiment 60 euros par mégawatt-heure (MWh), contre seulement 49,6 en 2010, analyse la Cour des comptes, dans un rapport publié le 27 mai (à lire en cliquant ici).

Si EDF doit aujourd’hui dépenser plus d’argent pour produire de l’énergie atomique, c’est pour un ensemble de raisons : inflation des dépenses d’exploitation (coûts du combustible, de personnel, impôts et taxes, dépenses des fonctions centrales et supports), provisions pour la gestion des déchets et des combustibles usés ainsi que pour le futur démantèlement des centrales, investissements de maintenance. Depuis 2008, le montant des investissements annuels d’EDF a été multiplié par trois ; depuis 2010, il a doublé.

En réalité, ces nouvelles estimations de la Cour des comptes s’inscrivent dans un contexte déjà connu : après plusieurs années de sous-investissements dans son activité de production nucléaire, l’électricien fait face à des dépenses accrues de maintenance, qui s’ajoutent au « grand carénage » programmé pour remettre les réacteurs au niveau technique et de sûreté nécessaire au rallongement de leur durée de vie (entre 2011 et 2033, EDF devrait dépenser 90 milliards d’euros pour que ses réacteurs de 900 et 1300 MW passent avec succès leur quatrième visite décennale). Construites à l’origine pour 40 ans, les tranches nucléaires pourraient être utilisées pendant 50 ou 60 ans, selon EDF. Ce projet industriel n’a pas été validé par l’autorité de sûreté du nucléaire.

La catastrophe de Fukushima au Japon en 2011 a par ailleurs entraîné une révision à la hausse des exigences de sûreté, qui se traduisent elles aussi par des dépenses supplémentaires dans le parc nucléaire français, évaluées à 11 milliards d’euros.
Selon les calculs de la Cour des comptes, entre 2014 et 2025, la moitié des investissements d’EDF dans ses centrales correspondra à des investissements de sûreté.

Pour toutes ces raisons, les experts de la Cour des comptes estiment qu’à moyen terme les coûts de production du parc « sont orientés à la hausse ». Autrement dit, l’électricité nucléaire coûtera de plus en plus cher à produire. Le seul élément qui pourrait permettre d’atténuer les dépenses serait l’allongement de la durée de vie des réacteurs de 40 à 50 ans qui, par une astuce comptable, permettrait de lisser dans le temps l’impact des dépenses. D’où le lobbying effréné d’EDF qui a tenté toute l’année 2013 d’obtenir de l’Etat (son actionnaire à 85 %) l’autorisation de prolonger dans ses comptes la durée d’activité de ses installations. Le gouvernement Ayrault s’y était finalement opposé.

L’électricien se trouve pris dans un étau temporel : d’un côté, il doit faire durer ses centrales de dix à vingt ans supplémentaires pour amortir ses investissements. De l’autre, cette perspective lui coûtera cher : le parc nucléaire a été construit par vagues très rapprochées dans les années 1980 – 80 % des réacteurs ont été mis en service entre 1977 et 1987. Si bien que les dépenses liées à son vieillissement vont elles aussi se succéder à un rythme très rapide. Or la technologie de 3e génération, celle de l’EPR, promet d’être encore beaucoup plus onéreuse. La Cour des comptes se dit incapable de chiffrer le coût du courant qui sortira de l’EPR de Flamanville. Mais elle note que l’accord signé en octobre 2013 entre EDF et le gouvernement britannique pour le réacteur de Hinkley Point correspond à 114 euros par MWh, presque le double du coût du parc français actuel.

Autre alerte lancée par le rapport : la taxe sur les installations nucléaires de base, acquittée par l’électricien (579 millions de recettes en 2013), ne suffit plus désormais à couvrir l’ensemble des crédits publics consacrés à la production nucléaire (R&D, ainsi que pour la sûreté et la sécurité), qui atteignent 732 millions.

Comme en 2012, année de son rapport qui fait date sur les coûts de la filière électro-nucléaire, la Cour insiste sur « la nécessité » pour les pouvoirs publics de « prendre position sur le prolongement de la durée d’exploitation des réacteurs au-delà de 40 ans ». Autrement-dit : il faut décider maintenant, au risque sinon de mettre le système de production nucléaire en difficultés financières, techniques, humaines et de sûreté d’ici 2027. Car à cette date, 80 % des installations auront atteint l’âge de 40 ans.


Nucléaire : la loi devrait garantir l’arrêt de la centrale de Fessenheim

Mediapart.fr

08 mars 2014 | Par Jade Lindgaard

 

Malgré les doutes émis en coulisse par des ministres importants du gouvernement, la fermeture de la centrale de Fessenheim semble acquise dans la loi de transition énergétique. Une manifestation pour en demander l’arrêt immédiat se tient dimanche 9 mars, trois ans après la catastrophe de Fukushima.

Le projet de loi sur la transition énergétique, attendu en juin devant le conseil des ministres, devrait garantir l’arrêt définitif de la centrale nucléaire de Fessenheim, la plus ancienne du parc français. L’arbitrage est acté, de source gouvernementale proche du dossier. Il passe par une mesure décisive : le plafonnement de la puissance nucléaire installée à son niveau actuel, c’est-à-dire environ 63 300 mégawatts (MW). Selon cette nouvelle règle, si les deux réacteurs de Fessenheim (d’une puissance de 900 MW chacun) ne fermaient pas, l’EPR actuellement en construction à Flamanville (1 600 MW) ne pourrait pas démarrer. Comme l’arrêt de ce réacteur de nouvelle génération n’est pas au programme de l’exécutif socialiste, le choix semble donc scellé. Même si le nom du site alsacien d’EDF ne figurera peut-être pas en toutes lettres dans le texte, par crainte d’un risque d’inconstitutionnalité. Sur ce point précis, une analyse juridique est toujours en cours entre services administratifs et ministères.

La centrale nucléaire de Fessenheim, en Alsace (Wikicommons).
La centrale nucléaire de Fessenheim, en Alsace (Wikicommons).

Autre mesure phare intégrée au projet de loi : l’introduction d’une nouvelle procédure séparant la décision d’arrêt définitif d’une installation nucléaire, de la procédure de son démantèlement.

Aujourd’hui, l’exploitant peut à tout moment décider d’arrêter un réacteur, et même de vider son cœur. Ce sont des actes courants indispensables à la maintenance du parc. En revanche, il a besoin d’un arrêté de démantèlement pour démonter les équipements importants pour la sûreté et créer de nouveaux déchets, et ainsi mettre définitivement à l’arrêt l’installation. Problème : la procédure est très longue. Elle dure environ cinq ans, selon les estimations de l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN). Et elle n’incite pas les exploitants à préparer les opérations de démantèlement. D’où l’idée, portée par l’ASN, de distinguer les deux actes : le constat de l’arrêt définitif d’abord, la préparation et la mise en œuvre du démantèlement ensuite.

L’ASN souhaite limiter la procédure de lancement du démantèlement à quelques années, afin de le mettre en œuvre le plus rapidement possible, en présence des personnels qui ont exploité le réacteur. Aujourd’hui, elle estime qu’il faut environ deux ans à un exploitant pour monter un dossier de demande de décret de démantèlement, et environ 3 ans à l’ASN et à l’IRSN pour expertiser ce dossier et conduire la procédure (enquête publique, notamment). « Ces délais sont liés à des activités très concrètes, importantes et assez complexes. Dans le cadre des procédures actuellement prévues par les textes, il nous semble difficile qu’ils puissent être significativement raccourcis », explique Sophie Mourlon, directrice générale adjointe de l’ASN. Le démantèlement en lui-même devrait courir sur plusieurs dizaines d’années.

Pierre-Franck Chevet, président de l'ASN, auditionné à l'Assemblée nationale, le 13 février 2014.
Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, auditionné à l’Assemblée nationale, le 13 février 2014.

« Cette idée n’a absolument rien à voir avec Fessenheim, même s’il y a eu des doutes dans la communication, nous le regrettons », a déclaré Pierre-Franck Chevet, le président de l’autorité, devant la commission parlementaire sur les coûts du nucléaire, le 13 février dernier (voir ici). Il n’empêche qu’elle tombe à point pour tenter de tenir le délai fixé par François Hollande : fermer Fessenheim d’ici fin 2016. Si la loi est votée en l’état, l’arrêté d’arrêt définitif pourrait en théorie être publié assez rapidement, une fois surmonté l’obstacle de la définition des critères de fermeture – ainsi que des probables recours qui seront déposés devant le Conseil d’État.

Dernier élément de réforme, lui aussi prévu dans le projet de loi : redonner à l’État le pouvoir de fermer une installation nucléaire, prérogative aujourd’hui exclusive de l’ASN et d’EDF (voir ici notre article à ce sujet)Si la loi est votée avec ces dispositions, un calendrier contraignant devrait peser sur EDF.

Mais EDF a-t-il démarré ses études d’ingénierie pour le démantèlement de la centrale de Fessenheim ? Il semble que oui, mais à un rythme très tranquille. « EDF a peu anticipé sur la fermeture », remarque Jean-Michel Malerba, délégué interministériel à la fermeture de la centrale. Henri Proglio, PDG du groupe, l’a reçu. Peu enthousiasmée par cette perspective de fermeture, l’entreprise appliquera la loi si elle est votée. Le prédécesseur du délégué dirige aujourd’hui le cabinet du ministre de l’écologie et de l’énergie, Philippe Martin.

« Cette estimation n’est pas du tout la nôtre »

Pourtant, des ministres ne se privent pas pour déclarer aux journalistes, en off, que la centrale de Fessenheim ne fermera pas. Premier argument avancé : le coût supposé de l’arrêt des deux réacteurs. Près de 4, 5, 8 milliards d’euros : des sommes importantes sont citées, jamais officiellement reprises par EDF. Elles portent sur le manque à gagner pour l’exploitant, par rapport à une durée théorique d’utilisation de 50 ou 60 ans – options non validées par l’ASN. « Aucun document ne justifie ces estimations », considère Denis Baupin, député écologiste et co-rapporteur de la mission sur les coûts du nucléaire, actuellement en cours de travaux. Une séance d’audition doit porter sur les conditions de fermeture des réacteurs. Quelle indemnisation l’Etat versera-t-il à EDF (c’est-à-dire, à 85 %, à lui-même) ? Objet de discussion entre EDF, le ministère du budget et la direction générale de l’énergie et du climat, ce chiffrage devrait être rendu public en même temps que la présentation du projet de loi. Le montant de 4 milliards, repris par plusieurs ministres, « n’est pas du tout le nôtre », explique d’ores et déjà une source gouvernementale proche du dossier.

Age des réacteurs nucléaires dans le monde, en 2009 (©Y. Marignac).
Age des réacteurs nucléaires dans le monde, en 2009 (©Y. Marignac).

Deuxième épine dans les chaussures ministérielles, l’impact sur l’emploi. Près de 2 200 emplois directs, indirects et induits seraient touchés sur la zone de Colmar et de Mulhouse, dont 850 agents EDF que le groupe doit reclasser, selon une étude du cabinet Syndex pour le comité central d’entreprise de l’électricien. Cela ne représente que 1 % de l’emploi de la zone selon le rapport, mais plus de la moitié de la communauté de commune de Fessenheim (2 300 habitants). L’Insee doit à son tour publier une étude sur le sujet. Son estimation serait un peu plus basse, entre 1 700 et 2 000 emplois impactés.

De son côté, la porte-parole de la fédération mines-énergie de la CGT, majoritaire chez EDF, Marie-Claire Cailletaud, se dit certaine que la centrale alsacienne ne fermera pas pendant la mandature. L’organisation a déposé un recours contre la nomination de Malerba. Elle conteste « que le gouvernement puisse fermer un outil industriel qui fonctionne ».

L’ASN a imposé à EDF d’importants travaux sur les deux réacteurs de Fessenheim, lors du réexamen de sûreté décennal (pour l’autoriser à voguer vers ses 40 ans), dont le coût est estimé entre 100 et 200 millions d’euros. Ils ont notamment porté sur le renforcement du radier en béton, sorte de plancher, situé sous la cuve des réacteurs. Il doit récupérer le cœur fondu, le « corium », en cas d’accident gravissime et de fusion du réacteur. Sauf qu’en réalité, les travaux réalisés ne permettront pas de bloquer la bombe radioactive, mais seulement d’en retarder la chute dans le sol : trois jours, au lieu de moins de 24 heures avant travaux. « Ce n’est pas un récupérateur de corium avec toutes la garanties qui s’y rattachent », a expliqué Pierre-Franck Chevet, de l’ASN, devant les parlementaires en février. Il considère néanmoins que la sûreté de l’installation est assurée jusqu’en 2019 et 2021, dates des prochaines visites décennales.

Or la plus grande nappe phréatique d’Europe se trouve sous la centrale : la nappe rhénane, près de 80 milliards de mètre cube d’eau entre Bâle et Mayence, qui assure 80 % des besoins en eau potable et plus de la moitié de ceux de l’industrie de la région. Qu’adviendrait-il en cas d’accident grave ?

Une manifestation pour « un avenir sans nucléaire » doit se tenir dimanche 9 mars dans la vallée du Rhin supérieur, trois ans après la catastrophe de Fukushima. Des ponts devraient être bloqués, puis un rassemblement est prévu autour de la centrale de Fessenheim. Des militants sont attendus depuis l’Allemagne et la Suisse, preuve de la résonnance internationale du dossier de la fermeture de la centrale alsacienne.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/080314/nucleaire-la-loi-devrait-garantir-l-arret-de-la-centrale-de-fessenheim


Greenpeace désigne les centrales nucléaires à fermer en priorité

Libération

28 mars 2013 à 12:11
La centrale de Fessenheim, en Alsace, en septembre 2012.

La centrale de Fessenheim, en Alsace, en septembre 2012. (Photo Vincent Kessler. Reuters

En plus de Fessenheim, l’ONG a énuméré les centrales du Blayais, du Bugey, de Gravelines et du Tricastin.

Par AFP

«Pourquoi seulement Fessenheim ?» Greenpeace a désigné jeudi quatre autres centrales nucléaires à «fermer en priorité» après avoir analysé, pour les 19 sites français, leur vulnérabilité et les conséquences économiques potentielles d’un accident. Outre Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne des centrales françaises promise à la fermeture d’ici fin 2016 par François Hollande, Greenpeace a inscrit sur sa liste noire les sites du Blayais (Gironde), du Bugey (Ain), de Gravelines (Nord) et du Tricastin (Drôme).

Jeudi matin, à l’aube, une dizaine de militants de Greenpeace ont déjoué la surveillance pour projeter sur la centrale de Fessenheim deux textes grâce à de puissants projecteurs. «Pourquoi seulement moi ?» pouvait-on lire durant une dizaine de minutes sur l’un des réacteurs de Fessenheim alors que la liste des centrales jugées dangereuses était projetée sur une piscine.

«Pour tenir sa promesse François Hollande doit acter la fermeture d’au moins vingt réacteurs à horizon 2020», souligne dans un communiqué Sophia Majnoni, chargée de campagne nucléaire pour Greenpeace, en référence à l’engagement du président de la République de baisser la part du nucléaire de 75 à 50% d’ici 2025 dans la production d’électricité. La fermeture de vingt réacteurs représentant une puissance totale de 18,1 gigawatts, soit environ 28% de la puissance du parc nucléaire français, qui compte en tout 58 réacteurs. «Fermer uniquement Fessenheim est une manœuvre politique. Cela ne nous permet pas d’atteindre l’objectif présidentiel mais surtout d’autres centrales sont aussi dangereuses», ajoute Sophia Majnoni.

«Niveau de sûreté satisfaisant» selon EDF

Un porte-parole d’EDF a déclaré à l’AFP que «toutes les centrales nucléaires d’EDF, y compris Fessenheim, présentent un niveau de sûreté satisfaisant, comme l’a souligné l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) lors de la remise de son rapport sur les évaluations complémentaires de sûreté le 3 janvier 2012».

Après l’accident de Fukushima, l’ASN a procédé à un audit des centrales françaises et a conclu qu’aucune centrale ne devait être fermée mais a prescrit des travaux obligatoires. «EDF s’est engagé à améliorer encore le niveau de sûreté de ses réacteurs dans le cadre des prescriptions demandées par l’ASN. Il s’agit notamment du renforcement de la robustesse des installations face à des situations extrêmes (inondations, séisme….)», a ajouté le porte-parole du groupe.

Pour établir sa liste noire, Greenpeace a examiné «trois séries de critères» : le niveau de sûreté des centrales (âge, puissance, nature du combustible, etc.), les risques d’«agressions externes naturelles ou non naturelles» (inondation, séisme, risque industriel, incendie, etc.) et les conséquences d’un accident (proximité d’une frontière ou d’une grande métropole, activités proches, etc.). Pour le Blayais, l’ONG pointe par exemple les possibles impacts d’un accident sur l’activité viticole. Pour la centrale de Gravelines, l’association pointe «une concentration impressionnante de risques» avec la présence de «22 installations classées dont 8 Seveso dans un rayon de 10 km».

«La catastrophe de Fukushima est venue nous rappeler qu’il faut se préparer à un accident majeur même si ce n’est pas le scénario le plus probable», commente Greenpeace, qui boycotte le processus officiel du débat national sur la transition énergétique lancé en novembre par le gouvernement.


Les défaillances de sécurité des 19 centrales nucléaires françaises pointées par Bruxelles

 Le Monde.fr |01.10.2012 à 20h43 • Mis à jour le 02.10.2012 à 01h59

Les contrôles de sécurité systématiques menés par l’Union européenne ont révélé des défaillances de sécurité dans l’ensemble des centrales nucléaires françaises, affirme lundi 1er octobre Le Figaro, citant « un bilan encore confidentiel ». Les dix-neuf installations de l’Hexagone « manquent d’instruments de mesure sismique adaptés aux exigences post-Fukushima », note le quotidien sur son site Internet. Ces carences avaient déjà été pointées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française dans son long rapport publié en juin et imposant des milliers de prescriptions aux exploitants.

Néanmoins, observe Le Figaro, la centrale de Fessenheim, que François Hollande s’est engagé à fermer en 2016, « présente moins de mauvais points dans le tableau récapitulatif du document européen. Un exemple : les procédures prévues en cas d’accident grave sont jugées insuffisantes à Chooz et Cattenom, mais adéquates [dans la centrale alsacienne] ».

D’après le journal, le parc français doit revoir ses dispositifs pour « les scénarios extrêmes envisagés par Bruxelles : tremblement de terre, inondations, résistance par conception à des secousses ou à des impacts comme la chute d’un avion ».

« AUCUNE COMPLAISANCE »

Le commissaire européen à l’énergie, Gunther Oettinger, dont les équipes ont inspecté l’ensemble des 147 réacteurs européens, espère être en mesure de soumettre son rapport et ses recommandations aux dirigeants de l’UE lors du sommet des 18 et 19 octobre à Bruxelles. « Nos contrôles de sécurité ont été stricts, sérieux et menés en toute transparence. Ils ont permis de révéler ce qui allait bien et là où il fallait apporter des améliorations », a-t-il assuré. « En général, la situation est satisfaisante, mais nous ne devons avoir aucune complaisance », a-t-il ajouté.

Selon le journal allemand Die Welt, qui dit avoir consulté ce rapport, le commissaire européen chiffre à 25 milliards d’euros les travaux de mise en conformité rendus nécessaires par les contrôles qui ont fait apparaître des « centaines d’insuffisances ».

Die Welt souligne que la plupart des critiques concernent les centrales françaises. Aucun démenti n’a été formulé sur les informations de Die Welt.

La Commission européenne a réclamé des contrôles sur tous les types de réacteurs installés dans l’UE, et a demandé une analyse des conséquences d’un accident d’avion sur une installation. L’objectif était de vérifier la sécurité des installations en cas de rupture des approvisionnements en électricité, comme cela s’est produit sur le site de la centrale de Fukushima au Japon, après le séisme suivi d’un gigantesque tsunami qui a inondé les installations.

La Commission européenne peut faire des recommandations, mais elles sont non contraignantes, a insisté Mme Holzner. « Nous allons voir s’ils suivent nos recommandations ou pas ». L’UE compte 147 réacteurs dans 14 pays, dont 58 en France. Et 24 nouveaux réacteurs sont en projet, dont six sont déjà en construction : deux en Bulgarie, deux en Slovaquie, un en Finlande et un en France.


Delphine Batho : « Fessenheim sera fermée le plus tôt possible »

 Le Monde.fr avec AFP et Reuters |

09.09.2012 à 00h17 • Mis à jour le 09.09.2012 à 05h06

La centrale nucléaire de Fessenheim, doyenne du parc français, sera fermée comme promis par le président socialiste François Hollande, déclare Delphine Batho, la ministre de l’écologie et de l’énergie, au Journal du Dimanche (JDD).

L’engagement de François Hollande « sera tenu, Fessenheim sera fermée. Le but est de le faire dans le dialogue social, en garantissant l’approvisionnement énergétique de la région et en préservant les emplois, le plus tôt possible et au plus tard en 2017 », assure la ministre dans une interview dimanche.

« Nous discuterons du calendrier précis lors du débat sur la transition énergétique qui commencera en novembre et s’achèvera avant le premier semestre 2013 », dit-elle. « On n’est pas sur un coup de com’ en début de quinquennat qui sera dilué puis oublié en cours de route. Nous engageons un processus sérieux et durable. La conférence environnementale sera annuelle. Chaque année, on pourra faire le bilan des engagements pris et mettre de nouveaux sujets sur la table. » Le gouvernement fera voter une loi de programmation pour la transition énergétique « avant la fin de l’année 2013 », précise-t-elle.

Selon la ministre, faire passer la part de l’énergie nucléaire de 75 % à 50 % reste un objectif « réaliste ». « Sur l’éolien terrestre et offshore, sur le solaire, sur les énergies marines, la biomasse, le potentiel est considérable. Et cela créera des emplois », dit-elle au JDD.

Le débat autour de la fermeture de la plus ancienne centrale de France, située au bord du Rhin, face à l’Allemagne, et à 40 km de Bâle, en Suisse, a été relancé après un incident de nature chimique sur le site. Deux salariés ont été légèrement brûlés mercredi lors de la manipulation d’un produit chimique dans un bâtiement auxiliairesitué près des deux réacteurs. Le député écologiste, Noël Mamère, avait aussitôt estimé que l’incident était la preuve qu’il ne fallait surtout pas se lancer dans des opérations coûteuses pour tenter de « rafistoler » des centrales vieillissantes. « La filière d’avenir ce sont les énergies renouvelables et certainement pas le nucléaire », a-t-il dit.

François Hollande s’est engagé durant la campagne électorale à fermer Fessenheim d’ici à 2017, quand l’installation aura 40 ans. Mais il n’a pas pas prévu de fermer d’autres centrales d’ici 5 ans.


Des papillons modifiés génétiquement par les radiations de Fukushima

Le Monde.fr avec AFP | 14.08.2012 à 10h37 • Mis à jour le 14.08.2012 à 11h41

Des ouvriers travaillent sur la centrale de Fukushima peu après le tsunami qui a touché le Japon en mars 2011.

Des papillons vivant aux alentours de la centrale de Fukushima ont souffert de mutations génétiques sur trois générations à cause de la radioactivité, ont découvert des chercheurs japonais. Environ 12 % de petits papillons bleus de la famille des lycénidés exposés à la radioactivité à l’état de larves lors de la catastrophe nucléaire de mars 2011 ont développé des anomalies, notamment des ailes plus petites et une malformation des yeux, ont expliqué des chercheurs.

Ces insectes, attrapés non loin de la centrale accidentée Fukushima Daiichi en mai, soit deux mois après l’accident, ont ensuite été élevés en laboratoires à des fins de reproduction. Quelque 18 % de la génération suivante a développé des problèmes similaires, a souligné Joji Otaki, professeur à l’université Ryukyu d’Okinawa (sud), interrogé par l’AFP.

La proportion a encore grimpé (à 34 %) pour la troisième génération, alors que les scientifiques avaient pris soin de choisir un papillon sain d’une autre région pour l’accoupler avec un papillon de Fukushima. Six mois après le désastre, un nouveau lot de papillons a été attrapé près de Fukushima Daiichi et, cette fois, le taux d’anomalie de la génération suivante a été mesuré à 52 %, a précisé M. Otaki.

DES ÉTUDES À VENIR SUR D’AUTRES ANIMAUX

Les scientifiques ont aussi réalisé une expérience test sur une population de papillons non affectés. Ils les ont exposés en laboratoire à de faibles doses de radioactivité et ont constaté la même proportion d’anomalies que chez la première génération de papillons de Fukushima. Les résultats de cette étude ont été publiés dans Scientific Reports, un journal sur Internet diffusé par l’éditeur du magazine Nature.

« Nous en avons tiré la conclusion claire que les radiations dégagées par la centrale Fukushima Daiichi avaient endommagé les gènes des papillons », a souligné M. Otaki. Il a toutefois prévenu que ces résultats devaient être pris avec précaution, précisant que l’effet observé n’était avéré à l’heure actuelle que sur les papillons et sur aucune autre espèce animale ni sur l’homme.
Son équipe va mener de nouvelles expériences sur d’autres animaux.

Aucune personne n’est morte directement du fait des radiations provoquées par l’accident de Fukushima, mais les habitants de la région et les travailleurs qui interviennent sur la centrale endommagée redoutent toujours des effets à long terme. Des associations affirment que des effets de la radioactivité se sont transmis sur plusieurs générations à Hiroshima et Nagasaki (sud-ouest), après le lancement de bombes atomiques par les Etats-Unis en août 1945 à la fin de la seconde guerre mondiale


Sortie du nucléaire au Japon, un plan secret pour arrêter 20 réacteurs en France

Politis

Contraint et forcé, cédant aux pressions conjuguées des citoyens, des municipalités et des compagnies d’assurance qui ne veulent plus assumer le risque, le Japon est sorti vendredi du nucléaire. Plus un seul réacteur ne fonctionne tandis que ceux de Fukushima continuent à polluer la région, la contamination poursuivant son grignotage du pays. L’histoire et la pression de la population diront si cette sortie est définitive.

Une leçon pour les gouvernements et les citoyens qui hésitent encore. Même si le prix à payer, pour le Japon, est une augmentation des importations de gaz et de pétrole, voire, pour une petite part, du charbon. Mais la transition écologique implique deux choix qu’il faut regarder en face : d’une part puisque les pouvoirs en place ne veulent plus négocier sur ce sujet, il va falloir accepter ou affronter le risque climatique en attendant que soient mises au point les méthodes de capturer le CO 2 ; et d’autre part il est certain que pour inciter aux économies d’énergies, elles seront ou devront être de plus en plus chères quitte à prévoir des mécanismes pour protéger tous ceux, en France et ailleurs, qui pourraient se retrouver en état de précarité énergétique.

L’autre leçon de cette situation est que l’énergétivore Japon a réussi à ajouter en une seule année aux centrales le gisement des économies d’énergie. Sans allumer les bougies vantées par Nicolas Sarkozy, sans changer de mode de vie. Simplement « en éteignant les lumières inutiles » et en modifiant les méthodes de gestion et de production.

Et évidemment le pays frappé par la catastrophe nucléaire a lancé un plan sans précédent de développement du recours aux éoliennes et à l’énergie solaire. Un véritable pari industriel qui lance ce pays à la poursuite de la Chine dans ces domaines. Avec tout ce que cela comporte de créations d’emplois.

En France, dans le plus grand secret, sans que Nicolas Sarkozy et François Hollande en soient vraiment informés, EDF vient de finir la préparation d’un plan prévoyant la mise à l’arrêt avant la fin de la décennie, d’une vingtaine de réacteurs, dont ceux de Fessenheim, de Dampierre en Burly et de Civaux dans la Vienne. Tout simplement parce que les plus récentes études ont fait apparaître le coût faramineux, des dizaines de milliards d’euros de la modification et de la mise aux normes de la plupart des 58 réacteurs en fonctionnement. 58… ce n’est que quatre de plus que le nombre de ceux qui viennent de « s’éteindre » au Japon.

La mise au point de ce plan sera évidemment démentie, mais il existe et sera soumis dans les mois qui viennent, au gouvernement.


Soupçons sur les cuves de 22 réacteurs nucléaires

LE MONDE | 09.08.2012 à 10h51 • Mis à jour le 09.08.2012 à 11h28

Par Pierre Le Hir et Intérim (à Bruxelles)

A
La centrale nucléaire de Tihange, en Belgique.

La sûreté de 22 réacteurs nucléaires de huit pays va devoir être revue, après la découverte, en Belgique, de « potentielles fissures » sur la cuve du réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, située près d’Anvers.

Ces défauts révélés, mardi 7 août, par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) belge, pourraient aussi affecter un autre réacteur du pays, celui de Tihange 2, dont la cuve a été fournie par le même fabricant, le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij, qui a depuis cessé ses activités.

Mais la Belgique n’est pas seule concernée. Le groupe hollandais a fabriqué les cuves de vingt autres réacteurs, installés pour dix d’entre eux aux Etats-Unis et, pour les autres, en Allemagne (2), en Argentine (1), en Espagne (2), aux Pays-Bas (2), en Suède (1) et en Suisse (2). Il est donc possible que les mêmes défauts soient présents sur ces installations.

C’est lors de la révision décennale débutée le 2 juin, du réacteur de Doel 3, mis en service en 1982, qu’une méthode d’analyse par capteurs ultrasoniques a détecté la présence de « très nombreuses indications qui pourraient s’assimiler à de potentielles fissures », a indiqué l’AFCN. Cet événement a été « temporairement » classé au niveau 1, sur une échelle internationale qui compte 7 degrés de gravité.

Le combustible nucléaire ayant été déchargé pour la révision, « il n’y a aucun danger pour la population, les travailleurs et l’environnement », soulignent l’AFCN et Electrabel, la filiale belge du groupe français GDF-Suez qui exploite l’installation.

DES DÉFAUTS VIEUX DE 30 ANS, MAIS JAMAIS DÉTECTÉS

La nature de ces défauts, probablement présents dès la construction mais qui avaient échappé pendant trente ans aux ingénieurs d’Electrabel, doit être précisée par des tests complémentaires qui vont nécessiter « quelques mois de travail », a expliqué, mercredi 8 août, un porte-parole de l’électricien. « Il faut vérifier si ces anomalies peuvent se transformer en fissures ou s’il y a déjà des fissures », a pour sa part souligné l’AFCN.

Les défauts constatés n’ont pas entraîné de fuites d’éléments radioactifs – qui auraient été nécessairement détectées – durant les phases de fonctionnement du réacteur. Mais, commente François Balestreri, de l’Institut national de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français, ils montrent que « la qualité de fabrication n’est pas au plus haut niveau ».

La cuve d’un réacteur qui en enferme le cœur, c’est-à-dire les barres de combustible et le circuit primaire de refroidissement, mesure 13 m de haut pour un diamètre extérieur de 4,4 m et un poids de plus de 300 tonnes. Elle est composée d’éléments en acier de 20 cm d’épaisseur, soudés entre eux. Les anomalies détectées risquent de produire des fissures verticales, qui fragilisent davantage la structure que si elles étaient horizontales, indique dans un courriel interne le directeur de l’AFCN, Willy De Roovere.

L’agence de contrôle belge ne donnera son feu vert au redémarrage de Doel 3 que si des « arguments convaincants » sont fournis par Electrabel. En attendant, il restera à l’arrêt « au moins jusqu’au 31 août ». Dans sa note diffusée en interne, le patron de l’AFCN n’exclut pas un arrêt définitif dans le « pire des cas ». « Les problèmes paraissent assez graves pour empêcher le réacteur de redémarrer », estime aussi l’IRSN.

Le même sort pourrait être réservé au réacteur numéro 2 de la centrale de Tihange, près de Liège. Mis en service en 1983, et doté d’une cuve elle aussi fabriquée par la firme de Rotterdam, il doit être mis à l’arrêt dans les prochains jours pour révision. Il fera l’objet d’analyses ultrasoniques dont les résultats sont attendus fin septembre. L’AFCN prône l’inspection à terme des cinq autres réacteurs belges, même si leurs cuves ont été fabriquées par le français Creusot ou le japonais Japan Steel.

EN FRANCE, DE MULTIPLES CONTRÔLES

En France, les cuves des 58 réacteurs nucléaires ont toutes été fournies par Creusot-Loire (intégré depuis au groupe Areva). L’Autorité de sûreté française souligne qu’elles sont contrôlées en phase de fabrication et en phase d’exploitation, à l’occasion des visites décennales des centrales. Toutefois, EDF se dit prête à prendre en compte les expertises à venir sur les deux réacteurs belges.

En Belgique, l’arrêt plus long que prévu de Doel 3 et Tihange 2 ne devrait pas poser de problème d’approvisionnement, du moins en cette période estivale, selon le gestionnaire du réseau belge à haute tension, Elia. Mais, en cas d’arrêt définitif, le pays serait en difficulté, car il dépend à 51 % du nucléaire pour sa production d’électricité. Pour Willy De Roovere, le calendrier de sortie du nucléaire progressive qu’a adopté la Belgique « pourrait être revu ».

Le gouvernement de coalition d’Elio Di Rupo avait déjà modifié en juillet ce calendrier adopté dès 2003 sous la pression des écologistes, tout en conservant le principe de fermeture des sept réacteurs belges entre 2016 et 2025. Mais selon ce scénario, les deux réacteurs de Doel et Tihange devaient être parmi les derniers à fermer. Ce plan est contesté par GDF Suez, qui a réclamé, la semaine dernière, des précisions aux autorités belges, sans lesquelles le groupe affirme ne pas pouvoir investir les sommes nécessaires à la prolongation jusqu’en 2025 du réacteur de Tihange 1. L’entreprise a déjà menacé de quitter le pays si l’environnement économique lui était trop défavorable.

L’incident met sous pression la Commission européenne, qui a assuré vouloir répondre à toutes les craintes des citoyens sur la sûreté des installations nucléaires et dont un rapport sur le sujet est attendu à l’automne.

Pierre Le Hir et Intérim (à Bruxelles)


L’industrie nucléaire n’est plus compétitive

06 juillet 2012 | Par Michel de Pracontal – Mediapart.fr

Au-delà des risques qu’il implique pour l’environnement et la santé publique, le nucléaire pose le problème de sa viabilité économique. Le rapport que Mediapart publie ici en exclusivité synthétise un grand nombre de données chiffrées qui permettent d’évaluer les véritables perspectives industrielles du nucléaire, en France et dans les autres pays, au-delà des discours partisans et des arrière-pensées politiques.

Après Fukushima, où en est l’industrie nucléaire dans le monde ? Quel est son rythme de progression ? Est-elle toujours concurrentielle face à l’essor des énergies renouvelables ? De nouveaux pays s’apprêtent-ils à construire des centrales ? Faudra-t-il prolonger la durée d’exploitation de celles qui sont en fonctionnement ? Comment la gestion des déchets radioactifs affecte-t-elle l’ensemble de la filière nucléaire ?

Mycle Schneider en 2010
Mycle Schneider en 2010© Boellstiftung

A toutes ces questions, le World Nuclear Industry Status Report 2012 apporte des réponses précises et documentées. Ce rapport, réactualisé chaque année depuis 2007 (deux éditions antérieures sont parues en 2004 et 1992), est l’œuvre de deux consultants indépendants dans le domaine de l’énergie : Mycle Schneider, qui étudie l’industrie nucléaire depuis trente ans, et que Mediapart a interviewé sur la situation au Japon et l’après-Fukushima (voir ici et ) ; et Antony Froggatt, chercheur et écrivain spécialisé dans les questions de politique nucléaire, installé à Londres.

Si la catastrophe de Fukushima a mis le risque nucléaire et l’exigence de sûreté au premier plan, le rapport de Schneider et Froggatt se concentre sur l’analyse des variables économiques qui affectent le développement de l’atome civil. Disons-le d’emblée, ce rapport brosse le portrait d’une industrie en déclin, luttant pour sa survie dans un environnement de plus en plus défavorable, tant du point de vue des coûts de fonctionnement que de celui de l’opinion publique.

L’analyse de Froggatt et Schneider est à contre-courant des discours le plus souvent entendus en France, influencés par les avocats de l’industrie nucléaire. Elle démontre que l’idée d’une « renaissance nucléaire », mise en avant par le lobby de l’atome, relève plus de l’autopersuasion, du wishful thinking, que de la réalité chiffrée.

Usine d'électricité solaie de Nellis, Etats-Unis
Usine d’électricité solaie de Nellis, Etats-Unis© U.S. Air Force photo/Airman 1st Class Nadine Y. Barclay

Pour autant, on ne peut considérer que les auteurs soient de parti pris, même si à l’évidence ils ne sont pas des avocats du nucléaire. Mycle Schneider, lauréat du prix Nobel alternatif en 1997, a conseillé des organismes aussi divers que la Commission européenne, le CNRS, l’IRSN, l’Unesco, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) ou le WWF (World wildlife fund). Antony Frogatt, après avoir travaillé pour Greenpeace International, a participé à des enquêtes parlementaires en Autriche et en Allemagne ainsi qu’à des travaux de la Commission et du Parlement européens.

Le panorama de l’industrie nucléaire mondiale que brosse, vingt ans après sa première édition, le World Nuclear Industry Status Report, est marqué par l’impact de la catastrophe de Fukushima. Celle-ci n’en finit pas de peser sur l’avenir de l’atome civil, en dépit des dénégations des dirigeants du nucléaire. Au Japon, une commission d’enquête parlementaire vient de publier un rapport qui met en pièces le discours dominant de l’industrie nucléaire, selon lequel l’accident japonais résulte uniquement de la fatalité d’un événement naturel, le tsunami.

Le rapport parlementaire japonais met en cause la collusion entre l’industrie et le gouvernement japonais ainsi que leur conformisme et leur absence d’initiative ; ce rapport n’hésite pas à parler de « désastre causé par l’homme » ; et il montre que, contrairement à l’affirmation martelée par les autorités nucléaires mondiales, le tremblement de terre du 3 mars 2011 a probablement causé d’importants dégâts à la centrale de Fukushima, avant même le passage du tsunami.

Hans Blix, ex-directeur de l’AIEA : « Fukushima est une bosse sur la route »

Au-delà du démenti infligé aux dirigeants du nucléaire, l’impact de la catastrophe japonaise est très sensible dans le panorama mondial de l’industrie atomique brossé par Mycle Schneider et Antony Froggatt, qui met en évidence plusieurs tendances lourdes :

  • Une désaffection accentuée par l’effet de Fukushima.

C’est la première des tendances observées par nos auteurs. Deux mois après le tsunami du 3 mars 2011, Hans Blix, ancien directeur général de l’AIEA, avait qualifié Fukushima de « bosse sur la route ». Ce n’était pas seulement une grossièreté à l’égard du Japon, c’était une lourde erreur d’appréciation. Preuve de l’onde de choc provoquée par Fukushima, la Chine, le pays au monde qui contribue le plus au développement du nucléaire, a gelé tous ses nouveaux projets. Quatre pays ont annoncée leur sortie du nucléaire à une date planifiée : l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et Taiwan. Cinq autres nations – l’Egypte, l’Italie, la Jordanie, le Koweit et la Thailande -, qui avaient prévu de s’engager dans des programmes nucléaires ou de relancer leurs programmes existants, y ont renoncé.

La centrale de Fukushima après le tsunami
La centrale de Fukushima après le tsunami© Digital Globe

En Bulgarie et au Japon, deux réacteurs en construction ont été abandonnés. Des projets de nouvelles constructions ont été abandonnés au Brésil, aux Etats-Unis et en Inde tandis qu’en France, François Hollande a repoussé sine die le projet d’EPR à Penly.

Au total, entre le 1er janvier 2011 et le 1er juillet 2012, 13 réacteurs nucléaires ont démarré tandis que 21 ont été arrêtés. Au Japon, où toutes les centrales se trouvaient à l’arrêt depuis mai 2012, un réacteur, sur les cinquante-quatre que compte le pays, est actuellement en fonction ; un deuxième devrait repartir en juillet. Mais de grandes incertitudes pèsent sur l’avenir du nucléaire nippon, qui apparaît de plus en plus comme une sorte de variable d’ajustement permettant d’assurer la transition vers d’autres énergies. Un seul nouveau pays s’est lancé dans le nucléaire : l’Iran, qui a enfin fait démarrer le réacteur de Bushehr, en construction depuis 1975.

  • Un recul de la part du nucléaire dans la production d’énergie.

Mi-2012, l’énergie nucléaire est exploitée par 31 nations, soit une de plus qu’en 2010, en l’occurrence l’Iran, seul nouveau membre du club depuis la Roumanie en 1996. Sur ces 31 pays, six produisent à eux seuls plus de 70% de l’électricité nucléaire mondiale : l’Allemagne, la Corée du sud, les États-Unis, la France, le Japon et la Russie. En 2011, les quelque 400 réacteurs nucléaires en service ont produit un total de 2518 térawatts-heure (TWh) d’électricité, soit une baisse de 5,3% par rapport au record historique, qui s’était établi à 2660 TWh en 2006.

La part du nucléaire dans la production d’électricité mondiale est passée de 17% en 1993 à 11% en 2011, c’est-à-dire le niveau qu’elle avait dans les années 1980. En France, en Allemagne ou en Suède, on produit moins d’électricité nucléaire aujourd’hui qu’en 2005. En Belgique, au Canada, au Japon et au Royaume-Uni, le pic historique remonte aux années 1990, et en Italie il date des années 1980. Ces chiffres montrent clairement que le recul est largement antérieur à Fukushima et n’est pas un effet circonstanciel, mais une évolution sur le long terme.

  • Un vieillissement inéluctable du parc nucléaire mondial.

Dans les années 1970, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) prévoyait une puissance nucléaire installée globale de 3600 à 5000 gigawatts (GW) vers 2000, soit dix fois plus que la réalité actuelle. La capacité globale de production nucléaire a augmenté d’environ 30 GW électriques entre 1992 et 2002 pour atteindre 362 GWe ; elle a atteint un maximum de 375 Gwe en 2010 avant de redescendre au niveau de 2002. Cette stagnation résulte des nombreux abandons de projets de centrales et, pour les projets qui sont maintenus, de l’allongement considérable des délais de construction.

D’ici 2022, il faudrait 11 EPR pour remplacer les réacteurs français vieillissants

Selon une liste établie par l’AIEA, à la date du 1er mai 2012, un total de 59 réacteurs étaient en construction dans le monde, représentant une puissance globale de 56 GWe. Dans cette liste, 9 réacteurs sont « en construction » depuis plus de vingt ans ; 4 depuis dix ans ou plus ; et au moins 18 ont connus des retards de construction. De plus, pour 43 de ces chantiers, l’AIEA ne mentionne pas de date de démarrage prévu. Et près des trois quarts de ces réacteurs en construction sont localisés dans trois pays, la Chine, l’Inde et la Russie, dont aucun n’est réputé pour être très transparent à propos de ses projets nucléaires.

Schéma de principe d'un réacteur nucléaire du parc français
Schéma de principe d’un réacteur nucléaire du parc français

Depuis des années, le nombre de centrales nouvelles connectées au réseau est faible, de sorte que l’âge moyen des unités nucléaires en service augmente régulièrement. Il est aujourd’hui de 27 ans. Sur les 429 réacteurs en service dans le monde, 20 ont dépassé le seuil de 40 ans de fonctionnement, et ce chiffre augmentera bien sûr dans les prochaines années. D’après les calculs de Schneider et Froggatt, si l’on fixait à 40 ans la limite de durée de fonctionnement dans le monde entier, il faudrait que 67 nouveaux réacteurs soient raccordés au réseau d’ici 2020 pour maintenir la part du nucléaire à son niveau actuel.

Les auteurs jugent ce scénario peu plausible, « étant donné les contraintes de fabrication des composants clé des réacteurs, la situation financière difficile des principaux constructeurs mondiaux, la crise économique générale et l’hostilité des opinions publiques ». Conséquence : le nombre de réacteurs en exploitation va diminuer dans les années qui viennent, sauf si l’on prolonge systématiquement la vie des centrales au-delà de 40 ans. Mais ce deuxième scénario se heurterait aux exigences de sécurité post-Fukushima.

Le cas de la France, pays où la proportion d’électricité nucléaire est la plus élevée, illustre bien les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur l’industrie de l’atome. D’ici 2022, sur nos 58 réacteurs en service, 22 atteindront le seuil de 40 ans. La Cour des Comptes a calculé qu’il faudrait 11 EPR pour les remplacer, si l’on veut maintenir la part du nucléaire au niveau actuel. Etant donné la faible probabilité de cette option, il ne reste que deux possibilités : prolonger la durée des réacteurs au-delà de 40 ans, ou réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique.

  • L’essor des énergies renouvelables.

En France et plus encore dans d’autre pays, le ralentissement du nucléaire s’accompagne d’une montée en puissance des énergies renouvelables, de plus en plus compétitives. La puissance éolienne sur la planète a augmenté de 41 gigawatts (GW) en 2011, ce qui représente plus d’un huitième de la puissance nucléaire en service.

Le cas de la Chine est frappant : en cinq ans, la puissance éolienne y a été multipliée par 50, pour atteindre 63 GW, soit l’équivalent de toute la puissance nucléaire française ; les centrales nucléaires chinoises produisaient dix fois plus d’électricité que le vent il y a cinq ans ; aujourd’hui, l’écart est inférieur à 30%. Autrement dit, même si la Chine construit des centrales nucléaires, elle développe encore plus rapidement ses énergies renouvelables.

Dans l’Union européenne, la capacité nucléaire a baissé de 14 GW depuis 2000, tandis que 142 GW de nouvelles sources d’énergies renouvelables ont été mises en place. La production d’électricité par les énergies renouvelables en Allemagne équivaut aujourd’hui à 29% de la production d’électricité nucléaire française. Or, cette dernière représente presque la moitié de l’électricité nucléaire dans toute l’Union européenne.

  • Un coût de moins en moins compétitif.

En France, depuis des décennies, le nucléaire est défendu économiquement comme étant de loin la source d’électricité la moins chère. Mais cette affirmation est de moins en moins exacte dans notre pays, et l’est encore moins si l’on sort de l’hexagone.

Le « croisement historique » entre nucléaire et solaire est atteint

Du point de vue du coût, les énergies renouvelables se rapprochent progressivement de la « parité réseau » (« grid parity »), autrement dit du moment où le prix à l’unité équivaut à celui auquel les consommateurs paient leur électricité.

Cette parité réseau a déjà été atteinte en Allemagne, au Danemark, en Italie, en Espagne et dans certaines régions d’Australie. Selon une étude citée par Schneider et Froggatt, le coût de l’électricité d’origine photovoltaïque, dans des régions de fort ensoleillement, va passer dans la prochaine décennie de 0,16 € à 0,06 € par kilowatt-heure.

En Allemagne, l’électricité photovoltaïque représentait 1% de la production totale il y a trois ans ; le chiffre est aujourd’hui 4% et atteindra 7% en 2016. Cela peut sembler une contribution modeste, mais elle est en augmentation rapide et elle participe à la stabilisation du prix de l’électricité, qui a légèrement baissé en 2012 outre-Rhin.

Selon une estimation récente faite par le groupe Lazard, aux Etats-Unis, l’énergie nucléaire coûterait entre 77 et 114 dollars par mégawatt-heure et serait plus chère que l’énergie éolienne (de 48 à 95 $/MWh). L’électricité photovoltaïque est légèrement plus chère (101 à 149 $/MWh pour les cellules cristallines et 102 à 142 $/MWh pour les couches minces) mais l’écart devrait disparaître dans les trois prochaines années.

En France, selon la cour des comptes, l’électricité produite par l’EPR de Flamanville devrait coûter entre 7 et 9 centimes d’euro par kilowatt-heure, un prix que l’énergie éolienne pourrait concurrencer dans plusieurs régions d’Europe, et qui est nettement plus élevé que celui de certains projets éoliens aux Etats-Unis.

Globalement, l’ère des énergies renouvelables très coûteuses et du nucléaire bon marché est révolue. De nombreux projets nucléaires dépassent fortement leur budget initial : aux Etats-Unis, le projet de centrale nucléaire à Watts Bar, dans le Tennessee, a vu son coût augmenter de 60% au cours des cinq dernières années ; en France, l’estimation du coût de l’EPR a été multipliée par 4 en dix ans. Les exigences croissantes de sûreté font augmenter le prix des installations nucléaires. Dans le même temps, la montée en puissance des énergies renouvelables s’accompagne d’une baisse de leurs coûts.

La centrale de Tchernobyl vue de la ville abandonnée de Prypiat
La centrale de Tchernobyl vue de la ville abandonnée de Prypiat© Jason Minshull

Le « croisement historique » des prix du solaire et du nucléaire, annoncé en 2010 par John Blackburn, de l’université Duke (Caroline du nord), est devenu une réalité. Le nucléaire n’a pas dit son dernier mot, mais il n’a plus le vent en poupe, et son déclin ne peut que s’accentuer. Compte tenu de la disponibilité croissante du solaire et de l’éolien et de la perception accrue des risques, l’utilisation la plus rationnelle des installations nucléaires existantes pourrait être de servir de variable d’ajustement en attendant son remplacement par des énergies renouvelables.

« Avant le désastre de Fukushima de mars 2011, l’industrie nucléaire avait clairement reconnu qu’elle ne pourrait pas faire face à un autre accident majeur, écrivent Antony Froggat et Mycle Schneider. Au cours de la dernière décennie, l’industrie a vendu au monde entier, sous le discours de la renaissance nucléaire, ce qui n’était qu’une stratégie de survie. De nombreuses sociétés nucléaires étaient déjà en grande difficulté avant le triple désastre qui a frappé la côte est du Japon en 2011… Il apparaît de plus en plus évident que les systèmes nucléaires ne sont pas compétitifs dans ce monde, que ce soit du point de vue systémique, économique, environnemental ou social. »

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La boîte noire :

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/international/060712/lindustrie-nucleaire-nest-plus-competitive