Données personnelles des élèves…

sudouest.fr

Enseignement : les données personnelles des élèves sont-elles suffisamment protégées ?


La Cnil a appelé le ministère de l’Education nationale à garantir « de façon effective et contraignante » la protection des données scolaires, dont beaucoup sont liées aux élèves, en raison de « l’utilisation croissante des services numériques » à l’école.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) juge dans un communiqué reçu mercredi « plus que jamais nécessaire » de fixer un cadre de régulation « qui protège de manière effective les données personnelles des élèves et des enseignants ».

Elle souligne « le développement des offres de services numériques dans l’éducation, proposés en particulier par les grands fournisseurs du web », sans citer un nom de groupe en particulier.

La Cnil qualifie d’ »intéressante » l’élaboration d’une charte de confiance à l’initiative du ministère de l’Education, qui doit voir les fournisseurs du web et ceux de services-éditeurs de logiciels éducatifs s’engager dans une offre « respectueuse des droits des personnes ».

Des données sensibles

Mais elle « considère que compte tenu de la sensibilité des données en jeu, cette charte devrait se traduire par un encadrement juridique contraignant » qui garantirait « la non utilisation des données scolaires à des fins commerciales, l’hébergement de ces données en France ou en Europe » et « l’obligation de prendre des mesures de sécurité conformes aux normes en vigueur ».

Cette charte, annoncée au printemps 2016, n’est pas encore finalisée.

Dans un entretien en avril à EducPros (groupe l’Etudiant), la présidente de la Cnil Isabelle Falque-Pierrotin soulignait que « le secteur de l’éducation est extrêmement sollicité par les acteurs économiques, très intéressés par ces données scolaires ».

« Il est temps de mettre un cadre à toutes ces offres économiques faites auprès de l’institution scolaire »

La direction nationale du numérique du ministère dit « confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du web », dans un courrier aux enseignants révélé la semaine dernière par le site spécialisé Café pédagogique.

Mais ce courrier a semé le trouble chez certains acteurs. La FCPE, première fédération des parents d’élèves, se dit « alertée ».

La sécurisation des données doit rester « un principe intangible », de même que « la souveraineté des données scolaires, à savoir le stockage de ces données sur des serveurs en territoire national ».

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La sulfureuse association SOS Education fait son petit ménage…

lesinrocks.com

Les Inrocks

En cachette, la sulfureuse association SOS Education efface

tous ses liens avec le nouveau ministre de l’Education nationale

Julien Rebucci

Mais où est donc passée “l’interview exclusive” de Jean-Michel Blanquer, le nouveau ministre de l’Education nationale, donnée juste après sa nomination, à l’association proche de l’extrême droite et anti-avortement, SOS Education ? Deux jours après la nomination de cet homme de 52 ans, rue de Grenelle, l’entretien publié sur le site de l’association, a disparu. Réalisé par son délégué général, Jean-Paul Mongin, Jean-Michel Blanquer y exposait sa vision de l’éducation et ce qu’il compte entreprendre au ministère.

Une interview et un livre qui disparaissent

Parallèlement, une revue intitulée Et si j’étais ministre, prévue pour le 12 mai et éditée dans la collection Réfléchir de Editions SOS Education, avec une reproduction de l’entretien, a elle aussi disparu des radars. On peut toutefois en retrouver une trace du sommaire sur internet à cette adresse. Y est présenté le premier entretien d’une série avec Eric Mestrallet, fondateur d’Espérance banlieue qui manifeste pour plus d’école “hors-contrat” avec l’Education nationale et surveillé de très près par cette dernière.

Or, en faisant une recherche dans le cache internet, on découvre que le sommaire de “Et si j’étais ministre”, a légèrement changé. Le premier entretien de la série aurait dû avoir lieu avec… Jean-Michel Blanquer, devenu ministre. Parmi les autres intervenants de cette revue, un autre nom a subitement disparu, celui de l’inspecteur général Christophe Kerrero… Nommé directeur de cabinet du ministre Jean-Michel Blanquer.

Anti-avortement et proche de l’extrême-droite

SOS Education a été créée en 2001. Revendiquant plus de 60 000 membres, elle réunit parents et professeurs ayant pour objectif d’améliorer l’école. Bien qu’“apolitique”, l’association est proche de Sens Commun – en 2014, ils avaient conjointement participé à l’élaboration d’un programme éducatif à défendre au sein de l’UMP. Lors de la primaire, l’association sous la présidence de Claire Polin avait pris publiquement parti pour François Fillon.

C’est pourtant une association sulfureuse. Pour Libération, “l’association dissimule ses liens avec les officines ultralibérales” Le quotidien explique qu’“indépendante au plan légal, [elle n’est pas neutre] au plan politique : elle se rattache à une nébuleuse parfaitement identifiée. On la retrouve sur le site Internet conscience-politique.org pour lequel elle a réalisé l’analyse d’un manuel d’histoire jugé trop complaisant sur les morts du communisme. Que trouve-t-on sur ce site ? Des références aux ultralibéraux tendance Reagan, aux mouvements anti-avortement et à la mouvance des évangélistes américains, le tout nimbé d’une proximité assumée avec l’extrême droite. Et des références appuyées à Claude Reichman, seule ‘personnalité politique’ dont le site Internet est recommandé.”

Claude Reichman a tenté de se présenter à la présidentielle de 2002. Faute de signatures, il a monté un cabinet fantôme, instauré un “ministre de l’Instruction publique et de la Civilisation”. Selon Libé, son programme est alors très proche de ceux du FN et du MNR de Bruno Mégret en matière d’éducation.

“Une vision systémique”

L’”interview exclusive” de Jean-Michel Blanquer apparaît comme un signal fort des liens qui unissent le nouveau ministre de l’Education nationale à SOS Education. Son titre: “Il faut avoir une vision systémique”. A l’intérieur, M. Blanquer explique qu’on assiste “depuis l’après-guerre [à] une dérive de l’éducation due au fait qu’elle a été trop saisie par la temporalité politique, par les effets d’alternance et de stop-and-go.” Pour y remédier, il explique qu’“il faudra donc passer par une dépolitisation – il faut dépasser le clivage droite-gauche – puis par une repolitisation, pour faire comprendre que l’éducation est le sujet le plus important.”

Après le constat, le méthode d’action. “Pour développer l’humain en l’homme et en l’enfant, il faut de la liberté et de la responsabilité. Il faut donc garantir l’autonomie des acteurs, qui sont à même de définir des solutions.” A la question de “Comment rendre ces propositions acceptables“, le ministre répond : “Il faut simplement une méthodologie de la réforme.” Qu’il développe ensuite :

“Pour commencer en douceur, il faut donner de la liberté à certains territoires, à certaines structures, sur la base du volontariat. Il faut faire réussir des initiatives à moindre échelle, avant de les généraliser.

Si on prend l’exemple de l’établissement autonome, on n’est pas obligé de le faire tout de suite à 100 %. Même en le voulant, de toutes façons, on n’y arriverait pas. Il faut commencer sur une petite base de 5 à 10 % d’établissements volontaires, montrer que c’est un jeu gagnant pour tout le monde, y compris pour les professeurs qui pourront choisir leur lieu de mutation. Par ailleurs, il faut aussi faire saisir qu’il y a des effets de système et que si un élément administratif est modifié, des éléments pédagogiques le seront aussi : si le recrutement des professeurs est modifié, leur formation le sera également, ainsi que le contenu des programmes. Tout se tient : il faut avoir une vision systémique, qui ne soit pas pyramidale et qui fasse confiance aux acteurs.”

“Aller vers des logiques de délégation”

Enfin, sur l’éventualité de voir apparaître “une offre scolaire autonome”, M Blanquier explique : “Sans aller vers des logiques de privatisation, on peut aller vers des logiques de délégation, qui permettent d’accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage les acteurs.”

Dans le milieu éducatif, l’interview commence à circuler. Paul Devin, inspecteur de l’Education national et secrétaire général SNPI-FSU (syndicat national des personnels d’inspection) s’en émeut :

Toute la journée du 18 et la matinée du 19, l’interview est encore consultable sur le blog de SOS Education, à cette adresse. Or aujourd’hui, elle ne renvoie plus vers “l’interview exclusive” mais vers une lettre ouverte de M. Mongin à Jean-Michel Blanquier. Celle-ci commence par :

Monsieur le ministre,
cher Jean-Michel Blanquer,

L’annonce de votre nomination a eu le premier mérite de faire grimacer la précédente locataire de la rue de Grenelle. Quelques minutes après avoir assisté à cette séquence télévisuelle réjouissante, j’ai reçu un message d’un ami professeur d’histoire, installé de longue date en Guyane : « Comme recteur de 2004 à 2007, il n’a laissé ici que d’excellents souvenirs. »

Cette lettre ouverte est datée du 17 mai 2017, jour de la nomination de M. Blanquier. Mais où se trouve donc l’interview donnée par le ministre ? Vendredi 19 mai, à 11 h 16, le site de SOS Education l’annonçait pourtant encore :

De plus, l’adresse internet du visuel annonçant la lettre ouverte de M. Mongin porte le nom de “interview Jean-Michel Blanquier”, comme vous pouvez le voir ici.

Grâce au cache internet, il est encore possible de lire “l’interview exclusive” donnée par M Blanquer à SOS Education, en cliquant ici.

D’après les informations du journaliste Luc Cédelle, spécialisé des questions d’éducations, cette interview ne date pas du 17 mai 2017 mais du mois de mars.

Pourtant, l’interview demeure introuvable sur le site de SOS Education, que ce soit à la date du 17 mai ou au mois de mars. Contacté, le service de presse du ministère de l’Education nationale n’a pas été mis au courant. Il nous est toutefois expliqué que les demandes d’interview du ministre ont commencé à être géré par les services de la rue de Grenelle à partir du 18 mai 2017 et que pour le moment, aucune demande venant de SOS Education n’avait été reçue.

Aucune réponse de la part de l’association

Contacté, le standard de l’association SOS Education botte en touche. Il nous a été confirmé qu’il s’agissait bien d’une interview ancienne “de plusieurs mois“. Il nous a été précisé que l’interview ne réapparaîtra pas sur le site internet. Toutefois, une demande pour une nouvelle interview sera faite “dans les prochains jours”. Aucune information ne nous a été donnée concernant la disparition de la revue Et si j’étais ministre de l’éducation sur le site internet de l’association. Le délégué général, M. Mongin était “en réunion” depuis le début de la journée et incapable de répondre à notre appel.

Il était pourtant plus communicatif il y a deux jours. L’image avait fait le tour du web ; en apprenant le nom de son successeur, Najat Valaud-Belkacem avait lâché une vilaine grimace. M. Mongin lui, dès l’annonce du secrétaire général de l’Elysée de la nomination de M. Blanquer, le 17 mai 2017, avait publié ces trois tweets :


Le vote FN des enseignants, une bulle médiatique ?

theconversation.com

Le vote FN des enseignants, une bulle médiatique ?

Laurent Frajerman

Une partie des enseignants est sensible aux sirènes du Front national. Le nombre de ses électeurs augmente dans cette profession, les syndicalistes signalent la banalisation de propos tendancieux contre les étrangers dans certaines salles des maîtres ou des professeurs, en lien avec les difficultés du métier. Le sujet d’une possible « lepénisation » des enseignants passionne, et l’on comprend que les médias s’en soient emparés.

Outre l’effet d’attraction/répulsion provoqué de façon générale par le FN, l’opinion est également très intéressée par le positionnement des enseignants de l’Education nationale. Leur travail auprès des jeunes joue en effet un rôle décisif pour l’avenir du pays, et on leur attribue volontiers un devoir d’exemplarité. Jusqu’où faut-il accorder de l’importance à la question du vote Front national parmi eux ?

Si le monde enseignant fait preuve d’originalité en matière politique, ce serait plutôt par une plus grande résistance à la pénétration des idées frontistes, comparé à d’autres catégories professionnelles. C’est le constat que l’on peut tirer des dernières enquêtes du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) sur les intentions de vote pour Marine Le Pen (graphique 1).

Graphique 1 : les intentions de vote pour Marine Le Pen en mars 2017. Vagues 11 et 11bis de l’Enquête électorale française, Cevipof, février et mars 2017

Or une recherche Google actualités avec les mots clés « enseignants Marine Le Pen » générait 106 000 résultats le 13 avril, contre seulement 57 500 avec « enseignants Emmanuel Macron », par exemple. Ce dernier recueille pourtant quatre fois plus d’intentions de vote dans la profession que la première. Un décalage révélateur.

Une fascination exagérée

Le chercheur en sciences politique Alexandre Dézé évoque une « lecture hyperbolique de la réalité frontiste » par les médias. Il déplore que l’analyse journalistique se réduise souvent « à un exercice d’anticipation consistant à prophétiser une évolution toujours plus spectaculaire du Front national ». Ainsi, en septembre 2016, RMC annonce un quadruplement du vote FN chez les enseignants. Le point de comparaison choisi est celui du sondage Cevipof donnant le chiffre le plus faible, en 2007. Notons, au passage, que le sondage de 2016 est doté d’une marge d’erreur confortable de 2,7 %. En choisissant d’autres bornes, la progression se révèle beaucoup moins impressionnante. De 5 % en 2002 à 7,5 % en 2017, les intentions de vote FN augmentent… de seulement 50 % en 15 ans.

À l’inverse, quand le Cevipof a donné Marine Le Pen en recul chez les enseignants, les intentions de vote passant de 9 à 7,5 % entre janvier et février 2017, le deuxième chiffre a été cité, mais la baisse n’a pas été relevée. La nouvelle ne cadrait pas, sans doute, avec la grille de lecture dominante.

Lorsque le FN tient sa convention sur l’éducation en septembre 2016 à Paris, il n’y a « qu’une centaine » de participants dans la salle, dont beaucoup d’étudiants. Aucun autre parti n’obtient une telle couverture médiatique quand il lance la simple branche départementale de son mouvement enseignant, par exemple dans le Nord en 2015. Nul besoin de présenter un large auditoire ; une conférence de presse avec les responsables locaux du FN, et un ou deux enseignants, généralement des élus du parti, suffisent.

Peu d’enseignants de terrain cités dans les médias

Faute de trouver des enseignants de terrain prêts à témoigner – même sous couvert d’anonymat, les journalistes donnent le plus souvent la parole au petit nombre de cadres du parti exerçant cette profession, qui ont ainsi accédé rapidement à la notoriété. À commencer par le responsable du collectif enseignants du FN, Racine, Alain Avello. Il est également secrétaire départemental du FN de Loire-Atlantique et conseiller régional. Ou encore Aymeric Durox, secrétaire départemental du FN de Seine-et-Marne et probable candidat aux élections législatives.

De nombreux reportages présentent l’engagement d’enseignants aux côtés du FN comme un évènement en soi. Historiquement, pourtant, l’extrême droite a toujours compté un petit nombre de professeurs dans ses rangs. Le FN avait d’ailleurs lancé dans les années 1990 une structure équivalente au collectif Racine, le Mouvement pour une éducation nationale.

Un milieu finalement peu réceptif à son discours

Incontestablement, les intentions de vote FN progressent chez les enseignants. Cependant, la vague est bien plus forte dans l’ensemble de la population. Ainsi, depuis 2002, la proportion du vote FN est entre 2,5 et 4 fois plus élevée dans la société française, comparée aux intentions de vote FN chez les seuls enseignants. Dans le cas d’une véritable percée de l’extrême-droite dans cette profession, on aurait vu cet écart diminuer. Or la comparaison des courbes montre un parallélisme des formes (graphique 2).

Graphique 2 : les intentions de vote Front national chez les enseignants et le vote FN des Français, selon les enquêtes Cevipof et le ministère de l’Intérieur.

Si les enquêtes récentes se confirment dans les urnes, les enseignants ne représenteront que 0,6 % de l’électorat du Front national au premier tour de l’élection présidentielle. En effet, en tablant sur 7,5 % de votants FN chez les 850 000 enseignants et une abstention de 20 %, ils donneraient 50 000 voix au FN sur un total de 7 800 000 voix attendues pour ce parti (pour un score de 25 %, avec une abstention lors du scrutin de 30 %). Signe que l’enjeu est avant tout symbolique.

Une autre source permet de relativiser l’influence des idées du Front national dans le milieu enseignant. Le sociologue Luc Rouban, directeur de recherche au Cevipof, a élaboré un indice de « libéralisme culturel », à partir de questions portant sur la peine de mort, le nombre d’immigrés et le sentiment que l’immigration soit, ou non, une source d’enrichissement culturel (note 14, mars 2016). Cet indice montre que, parmi d’autres catégories socioprofessionnelles, les enseignants sont les plus hostiles aux idées véhiculées par l’extrême droite (graphique 3).

Graphique 3 : indice de libéralisme culturel dans différentes catégories socioprofessionnelles, selon le Cevipof, mars 2016.

D’où viennent les nouveaux sympathisants du FN chez les enseignants ?

Luc Rouban a montré sur The Conversation que le vote frontiste enseignant aux élections régionales de 2015 est « clairement alimenté par les voix qui se portaient sur les candidats Les Républicains ou Union des démocrates et indépendants (UDI) » lors de la présidentielle de 2012.

La plupart des reportages omettent de rappeler cette origine du transfert de voix, insistant plutôt sur le passé chevènementiste des leaders du collectif Racine, guère représentatifs. Ce décalage montre à quel point la représentation de la vie politique française est imprégnée de mythes. De même que tous les ouvriers ne votaient pas communiste dans les années 1950-1970, les enseignants ne sont pas tous de gauche – une minorité de droite a toujours existé. La nouveauté est qu’une partie de ce camp se radicalise.

Un storytelling à succès

Pour expliquer l’intérêt des médias et des chercheurs pour ce phénomène, il faut revenir sur le débat sur la normalisation du FN. Alexandre Dézé note que la « dédiabolisation est ainsi devenue le principal angle de traitement du parti, l’étalon de mesure de son évolution en même temps qu’un support propice à sa scénarisation. » Dans l’imaginaire collectif, les enseignants restent les « hussards de la République », ses plus ardents défenseurs. Si même eux se mettent à voter FN, alors l’idée qu’il ne s’agit plus d’un parti défendant des idées racistes gagne en crédibilité. Le FN d’aujourd’hui, qui se positionne contre la privatisation des services publics, se différencie de celui des années 1980, très favorable à l’école privée. Il a abandonné le discours anti-étatiste de Jean-Marie Le Pen ; cela en fait-il, pour autant, un parti nouveau ?

Le doute est permis, à lire les commentaires publics du compte Facebook d’Alain Avello, membre du conseil stratégique de la campagne de Marine Le Pen, cités par le site Buzzfeed. Les féministes des Femen seraient des « putes dégénérées » dont il aimerait « défoncer le crâne à coup de pompes », écrit-il en 2013. À un ami qui évoquait Christiane Taubira, Alain Avello suggérait : « Tu devrais essayer la zoophilie, c’est nice ! » – une ancienne candidate du FN a été condamnée l’an dernier pour avoir comparé l’ex-ministre à un singe. Le chef du collectif Racine a assuré avoir été victime d’un piratage de son compte.

Paradoxalement, c’est aussi le doute sur la véracité de l’assimilation des valeurs républicaines par le FN qui renforce l’intérêt pour ses représentants. La figure du professeur d’extrême droite trouble. Comment enseigner à des élèves de toutes origines si l’on est raciste ? Peut-on assumer l’éducation de la jeunesse, développer son esprit civique et humaniste, quand on adhère soi-même à une idéologie de haine et d’exclusion de l’autre ? Ce cas de conscience est illustré par ce dessin d’Aurel pour Le Monde, reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Illustration d’un article consacré au collectif Racine, Le Monde, 11 octobre 2013. Aurel pour Le Monde.

L’existence transgressive d’enseignants votant Marine Le Pen interpelle tous les médias. Nul besoin que ces sympathisants de l’extrême droite soient nombreux pour que certains y voient un raz de marée. Au risque d’instaurer une prophétie autoréalisatrice, l’annonce répétée d’un vote fort des enseignants pour le FN encourageant les hésitants à franchir le Rubicon.


Lettre à la ministre de l’Éducation Nationale.

LDH sarlat

Madame Vallaud-Belkacem, aucun élève ne doit être chassé de l’école parce que sans papiers

Publié le 08-07-2016 à 16h39 – Modifié le 09-07-2016 à 14h52

Avatar de Richard Moyon

Par 
RESF

LE PLUS. Leïla et Megi, deux lycéennes du Gers, se sont vues refuser leur passage dans la classe supérieure après que le préfet leur a délivré une obligation de quitter le territoire français. Trois membres de Réseau éducation sans frontières (RESF) ont adressé une tribune à Najat Vallaud-Belkacem, lui demandant de s’engager pour qu’aucun élève ne soit chassé de l’école sur instruction d’un préfet.

Édité par Julia Mourri  Auteur parrainé par Hélène Decommer

Des lycéens, illustration (F. Durand/Sipa)

Cette tribune a été rédigée par Fabienne Vayrette (RESF Gers), Agnès Méric (RESF Gers) et Richard Moyon (RESF 92)

À Madame Najat Vallaud-Belkacem

Madame la Ministre de l’Éducation nationale
Vous avez récemment été interpellée à plusieurs reprises au sujet de deux élèves, Leïla et Megi, de lycées du Gers, (Académie de Toulouse), dont les chefs d’établissement avaient reçu de la Directrice académique du département l’ordre de ne pas procéder aux formalités nécessaires à leur passage dans la classe supérieure, le préfet leur ayant refusé le droit au séjour en France et leur ayant délivré une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
La Direction académique du Gers vient finalement de donner des instructions pour que, comme elle le souhaite, Megi soit admise en première pro Économie du bâtiment au Lycée du Garros, à Auch. C’est une première avancée. Nous ne saurions toutefois nous en satisfaire.

D’abord parce que, pour l’heure, Leïla, elle, n’a toujours pas obtenu le droit de s’inscrire en Terminale L au lycée Alain Fournier à Mirande.
Son exclusion serait un pas supplémentaire dans le sens d’une politique déjà inaugurée contre des milliers de mineurs isolés étrangers, non scolarisés par certains Conseils départementaux, pour faciliter leur mise à la rue à leur majorité. Une politique que nous voudrions voir fermement condamnée par la ministre de l’Éducation nationale.
Ensuite parce que, au-delà de la situation particulière de ces deux élèves, nous attendons une prise de position de principe du ministère de l’Éducation nationale. Il doit prendre l’engagement public qu’aucun élève ne sera chassé de l’école parce qu’il rencontrerait des difficultés administratives pour son droit au séjour et/ou sur instruction d’un préfet.

Un parallèle entre sans papiers et retour du djihad
Les décisions stupéfiantes prises dans le Gers ont provoqué de nombreuses protestations. Des enseignants, des parents d’élèves et des élèves se sont rassemblés le 30 juin devant la préfecture, où se tenait un Conseil départemental de l’éducation nationale (CDEN).

Les représentants de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) y ont lu, debout, une déclaration condamnant ces faits inadmissibles, co-signée par l’ensemble des représentants syndicaux.

Ils ont demandé au préfet la régularisation de la situation administrative de ces jeunes filles, et à la Directrice académique, le respect de leur droit de poursuivre leur parcours scolaires.
En réponse à cette interpellation, Madame la Directrice académique s’est risquée à un parallèle indigne entre la situation d’élèves sans papiers et celle de jeunes de retour du djihad.

« Effacer sans trembler les noms des bannis »

La FCPE, les syndicats enseignants UNSA-Éducation, Sud Éducation, SNES FSU, FERC-CGT, CGT-Éduc’action, les syndicats lycéens FIDL et UNL, l’UNEF et le RESF ont publié une déclaration commune vous demandant de rappeler à vos collègues ministres, et à ceux des fonctionnaires de l’Éducation nationale qui l’oublieraient, que « l’école est le lieu de l’éducation, de la culture et de l’enseignement des valeurs. Elle ne doit pas devenir celui de l’exclusion, de la délation et des arrestations. »

Aux arguments développés par les Secrétaires généraux de la FSU, du SNUIPP, de la FERC-CGT et de la CGT-Educ’action dans les courriers qu’ils vous ont adressés s’ajoutent les raisons morales, politiques et éducatives qui, il y a douze ans, ont conduit à la création du Réseau éducation sans frontières.
Les extraits, repris ci-dessous, de l’appel fondateur du RESF adopté le 26 juin 2004, conservent, hélas, toute leur actualité :

« Il est inconcevable d’imaginer nos élèves, nos camarades, les copains de nos enfants, menottés, entravés, bâillonnés et scotchés à leurs sièges d’avion pendant que leurs camarades étudieraient paisiblement Eluard (« J’écris ton nom, Liberté ») ou Du Bellay (« France, mère des arts, des armes et des lois ») ; et que, sans trembler, on effacerait des listes les noms et prénoms des bannis.

Il est du devoir des enseignants, des personnels des établissements, des élèves eux-mêmes et de leurs parents, mais aussi des associations (parents d’élèves, défense des droits de l’homme, antiracistes) et des organisations syndicales et autres, d’agir pour tirer ces jeunes de la situation qui pourrit leur vie.

Agir pour les élèves concernés eux-mêmes, déjà souvent malmenés par des existences chaotiques : exilés, ayant parfois perdu un de leurs parents et traversé nombre d’épreuves. Il ne faut pas ajouter aux tragédies que sont les biographies de certains d’entre eux, l’angoisse d’être expulsés d’un pays où ils avaient cru trouver un refuge.

Mais agir aussi pour faire la démonstration aux yeux de nos élèves et de nos enfants, que les discours sur les « valeurs » ne sont pas des mots creux. Il est du devoir de tous ceux qui ont une mission éducative, à commencer par les enseignants et les parents, de montrer à la jeune génération qu’on dit sans repères, que la justice, l’altruisme, la solidarité, le dévouement à une cause commune ne sont pas des mots vides de sens. Et que certains adultes savent faire ce qu’il faut quand des jeunes sont victimes d’injustice ou plongés dans des situations intolérables.

Agir, enfin avec les jeunes eux-mêmes. Qui, s’ils sont associés à des combats justes, renoueront avec des traditions de solidarité, de combat collectif qui leur permettront peut-être, leur vie durant, de faire en sorte que le monde dans lequel ils sont appelés à vivre soit ouvert à tous. »

Douze ans plus tard, quatre ans après l’élection d’un président de la République de gauche, nous regrettons de n’avoir pas une ligne à changer.

Des engagements fermes
Megi et Leïla restent sous la menace de leurs obligations de quitter le territoire. Celles-ci doivent évidemment être retirées et des titres de séjour doivent être délivrés à ces jeunes filles, pour leur permettre de poursuivre leurs études, puis leur vie en toute sérénité.

Nous savons que l’exclusion de ces élèves sans papiers risquerait d’ouvrir une voie dans laquelle ne manqueront pas de s’engager ceux des préfets désireux d’accélérer leur carrière, en misant sur le retour au gouvernement d’une droite très à droite.
Leur exclusion dans le but affiché de faciliter leur expulsion déshonore ses auteurs. Elle est à l’exact opposé des valeurs qui sont celles de l’école.
Nous attendons de vous, Madame la Ministre de l’Éducation nationale, des engagements fermes sur ces questions.


Conférence-débat avec Jean-François Mignard : « En finir avec l’état d’urgence » Mercredi 9 mars 20h à Sarlat Cinéma Rex

Section Sarlat ldhsarlat@gmail.com

Collectif contre l’état d’urgence et pour les libertés en sarladais

 

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06 41 89 41 22

ldhsarlat@gmail.com

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L’Ecole, un «sanctuaire»?

Blog Médiapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/191013/lecole-un-sanctuaire

Mercredi, Vincent Peillon a réclamé qu’on « sanctuarise l’école », et jeudi l’Elysée a annoncé que « l’école et le temps de vie scolaire pourraient être sanctuarisés » si le rapport d’enquête administrative sur l’affaire Léonarda le recommandait . Quid du sens de la thématique de l’Ecole « sanctuaire »?

 

Elle a été particulièrement bien établie en son temps, celui de l’implantation de l’Ecole républicaine et laïque, par le sociologue Emile Durkeim. L’Eglise a en quelque sorte ‘’inventé’’ l’Ecole sous une forme institutionnelle forte (à l’instar d’un ‘’sanctuaire’’), dit-il, parce qu’elle avait un projet d’emprise universelle sur les âmes, celui de la  »conversion ». Pour Durkheim, qui écrit à la fin du XIX° siècle et qui tient à percer le secret profond de l’Ecole, y compris et surtout de l’école laïque de la troisième République, l’histoire de l’Ecole est celle de la longue ‘’laïcisation’’ de ce projet de « conversion » dont le contenu (Dieu et l’Eglise, ou la République une et indivisible) importe moins que la forme (celle du ‘’sanctuaire’’). C’est pourquoi l’Ecole doit avoir un espace-temps spécifique, avec des règles spécifiques, « hors du monde » et protégé de lui, de ses vicissitudes et de ses violences . Cela implique « l’exterritorialité ».

Soyons clair. Sur le plan juridique au sens fort, il n’existe pas d’ « exterritorialité » en France en dehors des ambassades . La police peut intervenir en toute légalité dans les établissements scolaires (ou dans les lieux de culte). Même s’il peut exister des recommandations ou des circulaires administratives qui encadrent cette possibilité (mais c’est de l’ordre de l’administratif et non pas du juridique). Cependant, dans les représentations et dans l’ordre symbolique, il en va tout autrement, en particulier dans le cadre de la filiation historique avec la thématique de l’Ecole sanctuaire.

 

Cette filiation a été fortement renouée ces vingt dernières années avec notamment les interventions de François Bayrou . Le 20 mars 1996, le ministre de l’Education nationale François Bayrou présente au Conseil des ministres son plan de lutte contre la violence à l’Ecole. Il s’agit, selon ses propres termes, de  » travailler à resanctuariser l’Ecole  » :  » l’Ecole doit être un sanctuaire « . Evènement rare dans un Conseil des ministres ( qui est dans les faits une simple chambre d’enregistrement ), le président de la République Jacques Chirac prend immédiatement la parole et invite les chefs d’établissement à  » travailler avec le commissaire de police et le juge pour enfants du lieu « , en soulignant même que  » la police, dans certains cas, doit pouvoir entrer à l’école « .

 

Mais François Bayrou n’œuvrera pas dans ce sens car il est fortement allergique à la présence de forces de l’ordre dans l’enceinte scolaire, et pour des raisons de fond. Il les développera d’ailleurs quelques années plus tard très clairement lorsque Nicolas Sarkozy ( comme il l’avait déjà fait dès janvier 2004 lorsqu’il était ministre de l’Intérieur) proposera de nouveau à la Convention sur l’éducation tenue par l’UMP le 22 février 2006 l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande.

 

Dès le 11 mars 2006, la réplique de François Bayou est significative, et elle repose sur une toute autre conception de la ‘’resanctuarisation’’ de l’Ecole :  » Retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, car si nous acceptons l’idée que la loide l’école est la même que celle de la rue, alors l’école a perdu. Les valeurs de la rue, c’est trop souvent – hélas ! – la loi du plus fort. Et la police est là pour imposer la force de la loi aux caïds qui veulent prendre le dessus. Les valeurs de l’école ce n’est pas la loi du plus fort, c’est la loi du respect, le respect du savoir, le respect de l’éducation, et le respect de l’autre.Si l’on veut sauverl’école, il faut défendre son système de valeurs ! « . Et le 13 février, lors de son passage sur France II, François Bayrou persiste et signe : envisager la présence de forces de l’ordre dans l’Ecole est  » une erreur de la pensée, car la loi de l’école, ce sont les enseignants et les éducateurs ; si on met des policiers à l’école, c’est la défaite de l’éducation et ce sera la loi du plus fort « .

 

François Bayrou défend et développe une certaine pensée – classique – du  » sanctuaire  » scolaire. Celle (si l’on peut dire !) de Nicolas Sarkozy est tout autre. Et cela se voit très bien lors d’un épisode qui est proche de celui qui défraye la chronique actuellement. Dans les années 2003-2004, Nicolas Sarkozy a commencé à faire aller chercher des enfants à l’école, pour des reconduites à la frontière. Mais les réactions de collectifs d’enseignants, d’élus, de militants ont alors gagné en ampleur avec notamment la création du « Réseau éducation sans frontières ». Une circulaire du ministère de l’Intérieur du 31 octobre 2005 a alors recommandé aux préfets d’éviter toute démarche en vue d’une reconduite à la frontière « dans l’enceinte scolaire ou dans ses abords », avec l’attendu suivant : «  pour des raisons évidentes ». Quid ? « Pour des raisons évidentes » ?

 

Le ministre de l’Education Vincent Peillon et l’Elysée invoquent, eux, l’« Ecole sanctuaire », ou la « sanctuarisation de l’Ecole et du temps de vie scolaire ». On attend la suite .


Rythmes scolaires : le crash-test parisien..

http://www.mediapart.fr/journal/france/141013/rythmes-scolaires-le-crash-test-parisien

 

14 octobre 2013 | Par Lucie Delaporte – Mediapart.fr

 

Vitrine de la réforme Peillon, la ville de Paris a multiplié les initiatives pour remédier aux problèmes survenus depuis la rentrée. Pas convaincus, les enseignants se rassemblent ce lundi pour demander la suspension immédiate du dispositif. 

Depuis un mois et demi, la réforme des rythmes scolaires à Paris est sous le feu des critiques. Ville test – elle est l’une des seules grandes villes à appliquer la réforme dès cette année –, Paris aspirait aussi à être la vitrine de la réforme. Sur ce plan, bien qu’il soit trop tôt pour dresser un bilan complet, l’impression générale est que c’est un peu raté. Jugeant la rentrée « catastrophique », à l’instar du SNUipp FSU, syndicat majoritaire des enseignants du premier degré, une intersyndicale appelait ce lundi à un grand rassemblement devant l’Hôtel de ville, à l’occasion du premier conseil de Paris depuis la rentrée, pour demander l’arrêt du dispositif mis en place par la mairie et l’abrogation du décret sur les rythmes scolaires. Un an après une mobilisation historique des enseignants parisiens, la tension n’est pas retombée.

Menée au pas de charge et préparée dans un climat difficile, la mise en œuvre des nouveaux rythmes – retour de l’école le mercredi matin et journée raccourcie les mardi et vendredi avec une heure trente d’activités périscolaires – a provoqué un indéniable chaos dans les écoles. Ces dernières semaines, la ville de Paris, qui a engagé des sommes considérables – 24 millions d’euros pour 2014 – a déjà dû jouer les pompiers sur plusieurs sujets brûlants qu’elle n’avait manifestement pas vu venir.

Le plus évident, et le plus angoissant pour les parents a été la question de la sortie des enfants – étalée désormais de 15 heures (pour ceux, environ 15 %, qui ne restent pas aux activités périscolaires facultatives), ou 16 heures 30, jusqu’à 18 heures (pour ceux qui restent à l’étude). « Chaque mardi, chaque vendredi, il y a des enfants qui se retrouvent sur le trottoir alors qu’ils n’ont rien à y faire », assure ainsi Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp Paris. Difficiles à quantifier, les ratés ont effectivement été nombreux, surtout les deux premières semaines. La mairie reconnaît d’ailleurs avoir mal anticipé le problème. Les personnels référents de la ville pour le périscolaire (REV) devaient ainsi depuis la rentrée se partager parfois entre trois voire quatre écoles. Ce qui, à l’heure des sorties, devenait totalement ingérable. « Ça a été un cauchemar », nous confiait une directrice d’école maternelle de l’est parisien. Désormais, une personne par établissement est chargée de la gestion des sorties. « Nous allons mettre en place un cahier de liaison pour que l’information circule mieux », affirme aujourd’hui Colombe Brossel qui estime que sur ce plan le plus dur est passé. La question du contrôle des intervenants extérieurs (« Chez nous, on rentre comme dans un moulin », nous racontait une enseignante) a aussi nécessité de revoir les modalités de contrôles d’accès aux établissements.

 

La communication avec les parents a aussi été des plus minimales. Un mois après la rentrée, une mère d’élève nous confiait ne toujours pas comprendre le fonctionnement des ateliers de la mairie et ne surtout pas savoir auxquels était inscrit son fils. La mairie a certes mis en place un site internet, détaillant école par école les activités mises en place mais sur le terrain pratiquement aucun parent n’en a entendu parler. Des réunions d’information dans toutes les écoles devraient donc avoir lieu avant les vacances de la Toussaint, assure aujourd’hui la mairie. « Dans notre école, elle a déjà eu lieu mais comme les enseignants sont contre la réforme, ils n’ont pas fait passer le message ! » regrette une mère d’élève que nous avons rencontrée dans le XIe arrondissement. Certains parents parisiens se sont en outre émus de n’avoir pas leur mot à dire sur le choix de l’activité, puisque ce sont les enfants qui ont fait eux-mêmes leurs vœux – mais, là, la mairie assume et assure qu’ils changeront à chaque trimestre pour qu’ils puissent découvrir le plus d’activités possible.

« Écriture de scénario », « english at school », « découverte sensible de l’art moderne »… La ville de Paris a mis en place près de 8 000 ateliers dans les 663 écoles de la capitale. Derrière les intitulés prometteurs, certaines de ces activités se sont avérées parfois bien décevantes. « Des activités vasouillardes au titre pompeux », dénonce une directrice d’école. Plus embêtant, certains ateliers annoncés n’ont en fait jamais eu lieu. « Environ 250 ateliers ont été annulés juste avant la rentrée parce que les associations qui s’étaient engagées à les mener ont fait défection (souvent parce qu’elles n’avaient pas réussi à recruter le personnel nécessaire) et le même nombre environ s’est arrêté depuis la rentrée », admet Colombe Brossel, l’adjointe au maire de Paris chargée de la vie scolaire. Un raté qui révèle une précipitation générale mais aussi et surtout les immenses difficultés de recrutements.

« Cela fait des années que nous alertons sur nos difficultés à recruter du personnel aux heures de cantines. Alors là, recruter autant de personnes pour l’animation dans un laps de temps aussi court, on savait que ce ne serait pas possible ! » raconte une directrice d’école maternelle. « Ce sont des gens payés au lance-pierre qui font ça en attendant de trouver mieux, donc ils vous lâchent du jour au lendemain », explique une autre directrice de primaire soulignant un turn over difficile à gérer au quotidien. « Certains sont parfois en déshérence sociale et ne savent pas toujours faire avec les enfants ». Pour pallier les besoins, les ASEM, chargés normalement d’assister les enseignants de maternelle en rangeant le matériel, en accompagnant les enfants aux toilettes ou au ménage, ont aussi été mis à contribution pour assurer les ateliers périscolaires. « Ce sont parfois de petites jeunes qui ont été en échec scolaire et à qui on demande du jour au lendemain de présenter un projet pédagogique. Elles sont terrorisées ! » rapporte une directrice d’école. Depuis la rentrée, la mairie réalisant l’ampleur des problèmes posés par les absences des animateurs a commencé à constituer un volant de remplaçants.

Moins visible pour les parents mais, sur le terrain, réellement problématique, la question de l’hygiène des locaux a nécessité, là encore, de revoir l’organisation initiale. Du fait du changement des heures de services des personnes jusque-là chargées du ménage, la propreté des locaux était à peine assurée. Des agents ont donc été recrutés en urgence pour assurer le nettoyage mais, selon plusieurs témoignages de directeurs, ne sont visiblement pas tous encore arrivés dans l’ensemble des écoles où ces problèmes perdurent.

« Les ajustements ne suffiront pas. Il faut tout remettre à plat »

Colombe Brossel, qui a préparé depuis un an le passage aux quatre jours et demi, n’a pas de regrets sur cette série de ratages, et plaide l’ampleur du chantier : « Nous avons confronté un schéma théorique avec la réalité du terrain », un report d’un an de la réforme n’aurait pour elle rien changé. « On avance en marchant », philosophait un conseiller parisien pour défendre cette méthode. Si le SNUipp reconnait que des mesures d’urgence ont bien été prises pour faire face aux dysfonctionnements les plus immédiats, « pour nous, clairement, les ajustements ne suffiront pas. Il faut tout remettre à plat », estime Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp Paris qui appelle donc à manifester ce lundi devant l’hôtel de ville pour demander un arrêt immédiat du dispositif. « Le problème structurel, c’est une dégradation du climat scolaire », assure-t-il, rapportant des tensions grandissantes entre l’équipe enseignante et les animateurs, entre les enseignants et les parents…

Sur le terrain, les enseignants qui se sont beaucoup battus pour que cette réforme ne soit pas appliquée, sont en effet souvent très amers.  « On nous a volé notre école », nous lance une enseignante pour résumer sentiment. L’intrusion du périscolaire est vécu comme un envahissement, jusque dans la salle de classe qu’il faut parfois céder pour les ateliers de la mairie. « Nous n’arrivons plus à avoir de créneaux au musée, en bibliothèque. La priorité désormais, c’est le périscolaire ! » s’agace cette autre enseignante qui ira comme beaucoup de ses collègues manifester devant l’Hôtel de ville. « Ce sont des gens très investis qui font ce métier par passion. Là on leur a bien coupé les ailes. C’est triste à dire mais je dis à mes équipes: « Prenez de la distance », sinon tout le monde va être en dépression », nous explique une directrice d’école primaire. « Chez les enseignants je ressens soit de la colère soit une grande démobilisation. Avant on se retrouvait souvent autour d’un café un fin de journée pour discuter de l’école, des problèmes, des projets. Là ils me disent : j’ai fini à 15 heures et  je ne reste pas une minute de plus », renchérit une autre. « C’est la dynamique de notre école qui est cassée », souffle très dépitée cette directrice d’école de ZEP. La finalité de la réforme – mieux respecter les rythmes de l’enfant- s’est, à leurs yeux, totalement perdue en route. Tous ou presque décrivent des enfants plus fatigués par cette nouvelle organisation : « les enfants restent 50 heures en collectivité, à un moment c’est de la maltraitance », juge cette directrice.

« Les enfants sont fatigués, les collègues n’en peuvent plus, on ne va pas revenir là-dessus, on est tous d’accord ! La question, c’est : qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »  lançait mardi dernier un organisateur de l’assemblée générale qui a réuni mardi dernier les principales organisation syndicales du premier degré à la bourse du travail. A l’issue de plus de deux heures de débat, le principe d’une grève après les vacances de la Toussaint, le 12 novembre prochain, a été adopté à la quasi unanimité. Est-il vraiment réaliste de demander à la mairie de faire marche arrière ? Le cas de la commune de Crillon dans l’Oise qui a renoncé à la réforme après une mise en œuvre chaotique et un vote de rejet des habitants est à plusieurs reprises cité en exemple. La commune, seule à ce jour à avoir fait marche arrière, ne compte toutefois que 400 âmes.

Demander un arrêt immédiat du dispositif, n’est-ce pas aussi mettre en difficulté les quelque 1 500 personnels nouvellement embauchés par la mairie ? « C’est à la mairie de trouver des solutions ! C’est elle qui nous a mis là-dedans ! » rétorque une enseignante. Un autre rappelle qu’il faut surtout éviter le piège de l’opposition des personnels entre eux. L’Unsa animation, majoritaire chez les animateurs, n’a pas non plus souscrit à la demande d’abrogation du décret mais apppelle à la grève le 12 novembre pour une amélioration des conditions de travail des animateurs. Le SE Unsa, deuxième organisation syndicale chez les enseignants ne voulait pas non plus de ce mot d’ordre. Pour les enseignants mobilisés, le soutien des parents, aujourd’hui plutpot attentistes, sera donc déterminant. Le collectif « Prenons le temps pour nos enfants »,  est venu ce soir-là les assurer de son soutien mais la FCPE Paris, principale organisation de parents, a néanmoins réaffirmée ces jours-ci qu’elle défendait la réforme parisienne qui mérite , selon elle d’être « améliorée pas sabotée ». L’équation s’annonce difficile. A la mairie, on espère donc que le mouvement s’essoufle et, pourquoi pas, parvenir avec le temps à convaincre de l’utilité de la réforme.

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