Auteurs d’un journal satirique, des collégiens sont convoqués devant le TGI d’Albi

ladepeche.fr

ÉMILIE LAURIA

Cinq élèves du collège du Val-Cérou, à Cordes-sur-Ciel, dans le Tarn, ont été convoqués devant le tribunal de grande instance d’Albi suite à une plainte de deux membres du corps enseignant. Au cœur de la discorde : un petit journal satirique réalisé par les collégiens.

Peut-on encore rire de tout ? Des collégiens de l’établissement du Val-Cérou peuvent, pour leur part, répondre que non.

L’an passé, à la fin du mois de mai 2017, alors qu’ils se trouvent en permanence, des collégiens s’amusent à rédiger un journal satirique. Ils y parlent de politique, de sport ou de culture. Marine Le Pen en prend pour son grade, Emmanuel Macron aussi. L’équipe enseignante est également la cible de leurs critiques et est source d’inspiration pour les adolescents… « Des histoires de gamins », pour le père d’un garçon incriminé, de « l’humour potache », pour le maire de la ville, Paul Quilès.

Les collégiens ont présenté leurs excuses fin mai 2017

C’est alors qu’un des surveillants présents intercepte le canard et le photocopie. Le conseiller principal d’éducation (CPE) et le corps enseignant sont mis au courant. Certaines blagues ne passent pas, et les élèves se retrouvent aussitôt dans le bureau du principal, Pascal Précigou. Ceux-ci présentent leurs excuses, et l’un d’eux écrit même une lettre à ses professeurs. Ils assurent que l’exemplaire, unique de surcroît, n’avait pas été diffusé en dehors de leur cercle d’amis, ni publié sur les réseaux sociaux ou internet. Certains parents apprennent l’incident par leurs enfants et pensent alors que cela a été réglé par la réprimande du directeur. D’autres ne le découvriront que plus tard, en recevant la convocation des gendarmes.

« S’il y a un problème avec un gamin, la moindre des choses pour la direction c’est d’appeler les parents », déplore Frédéric Masselin, le père d’un des enfants convoqués, qui fustige le «manque de communication de la direction».

Une plainte déposée pour «injure non publique»

L’histoire aurait pu s’en arrêter là. Mais au lieu de cela, le CPE et sa belle-sœur, professeur d’allemand au collège, décident de porter plainte pour « injure non publique ». La machine est lancée.

À la fin du mois de juin 2017, les collégiens reçoivent des convocations à la gendarmerie de Cordes-sur-Ciel pour s’expliquer. Les militaires transmettent le résultat des dépositions au parquet. Et voilà que, près d’un an après, les enfants reçoivent de nouveau une convocation, cette fois du délégué du procureur. Avec pour certains, des rendez-vous la veille de leur examen du brevet.

Alors que l’affaire est révélée un mercredi par Le Canard enchaîné, un nouveau rebondissement intervient le lendemain.

« J’ai reçu une annulation de la convocation en date du 1er juin. J’ai appelé le tribunal pour savoir si c’était une annulation définitive ou si c’était juste un report, personne ne peut me répondre », regrette M. Masselin.

Alain Berthomieux, le procureur de la République d’Albi, explique, quant à lui, avoir fait « annuler les convocations car elles étaient à la veille d’un examen ». Et d’ajouter : « Ce dossier sera réexaminé ultérieurement ».

La direction de l’établissement n’a pas souhaité répondre à nos questions. L’inspection académique du Tarn ne communique pas encore.

Le syndicat des enseignants Unsa, au travers sa secrétaire départementale, Cécile Alibert, souligne que «les faits reprochés aux enfants sont assez graves».

Pour autant, relèvent-ils de l’injure non publique et donc, sont-ils constitués juridiquement ? C’est une autre histoire, dans la mesure où les personnes visées n’étaient pas censées lire le « journal » incriminé, qui n’avait pas pour but de les blesser.

Quoi qu’il en soit, l’émotion suscitée par sa découverte inopinée révèle au moins une chose selon la syndicaliste : « Il y a des collègues qui sont en souffrance.»


Ce qui a mis le feu aux poudres

Sur la fameuse double page rédigée par les jeunes, on pouvait par exemple lire : « La classe de 4e L fait un arrêt cardiaque général suite à l’exercice impossible de géographie ».

Un bulletin météo fait état « d’une sévère pluie de grêlons (sperme gelé) « qui » se serait abattue sur le Tarn suite à une éjaculation précoce du CPE ».

On y parle aussi d’une prof « analphabète » et d’Emmanuel Macron qui « a fait son premier caca à l’Elysée ».

Marine Le Pen, devenue « Marine Lapine » y est également évoquée dans une caricature qu’une légende précise : « Le peuple français a évité le pire. »


Qu’est-ce qu’une injure non publique ?

L’injure non publique est celle qui est :

– soit adressée par son auteur à sa victime sans qu’aucune tierce personne ne soit présente (par exemple, dans un SMS),

– soit prononcée par son auteur devant un cercle restreint de personnes partageant les mêmes intérêts, en la présence ou en l’absence de la victime.

Les membres de ce cercle restreint étant tous liés par un même élément, qui peut être la relation professionnelle, ou familiale, ne sont considérés comme des tiers par rapport à l’auteur de l’injure et à la victime. Par exemple, les injures entre conjoints au domicile familial, ou celles prononcées lors d’un comité d’entreprise ne sont pas publiques, car prononcées devant un nombre restreint de personnes appartenant à une même instance.

Dans certains cas, les injures prononcées sur un réseau social peuvent être considérées comme non publiques. Si l’injure a été diffusée sur un compte accessible uniquement à un nombre restreint d' »amis » sélectionnés par l’auteur des propos, il s’agit d’une injure non publique.

Source : www.service-public.fr

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L’école, l’uniforme et l’écran de fumée


Depuis quelques jours et des interventions médiatiques de Jean-Michel Blanquer, le débat sur l’uniforme à l’école semble être revenu sur le devant de la scène. Il faut dire qu’une consultation dans la ville de Provins est venue appuyer le propos du locataire de la rue de Grenelle puisque les parents de la commune – ou tout du moins ceux qui ont participé à la consultation – se sont prononcé majoritairement en faveur de la mise en place de l’uniforme dans les écoles de la ville. Invité sur le plateau de BFM TV dimanche dernier, le ministre de l’Education a adopté la position chère au macronisme, ce fameux en même temps.

Ne cessant pas de convoquer tous les fantasmes possibles et imaginables, la mise en place de l’uniforme serait selon certains de ces défenseurs un moyen de promouvoir plus d’égalité au sein des écoles afin de lutter contre les marques et les « phénomènes matérialistes un peu stupides » selon les termes de Monsieur Blanquer. Prenant bien soin de ne pas s’engager trop fortement, le successeur de Najat Vallaud-Belkacem a prestement expliqué qu’il ne faisait pas de cette question l’alpha et l’oméga de la politique éducative, que la question de l’uniforme s’insérait dans une logique bien plus large. Je suis pleinement en phase avec son propos et c’est précisément pour cela qu’il me semble urgent de déconstruire la mythologie qui se met en place autour dudit uniforme en même temps que d’essayer de montrer en quoi ce débat tout comme ceux sur la laïcité ou les téléphones portables que lancent le ministre sont constitutifs d’un écran de fumée pour mieux masquer les décisions qui sont prises.

Penser global

Cela surprendra sans doute certains mais je ne suis pas fondamentalement opposé à la mise en place de l’uniforme dans les écoles. Il est vrai que la profusion des marques et les conséquences que cela entraine notamment la discrimination de ceux n’en portant pas est un réel problème dans les écoles. En ce sens, la mise en place d’un uniforme pourrait participer à régler ce problème. Il serait toutefois naïf (ou inconséquent au choix) de croire que l’uniforme est signifiant en lui-même. Je suis en effet bien plus enclin à penser que la mise en place (ou pas) d’une telle mesure ne prendrait sens que dans un cadre beaucoup plus global. Il ne me semble pas en effet que l’uniforme soit porteur en lui-même d’une logique progressiste ou réactionnaire.

Si l’on accepte cet état de fait, je suis donc fondé à dire que c’est l’univers dans lequel une telle mesure prendrait place qui donnerait sa signification à la présence d’un uniforme. Il est évident que dans les débats actuels la question de l’uniforme est corrélée à une politique d’autorité au sein des écoles. Ainsi faut-il voir la coalition qui se met en place et nous explique qu’il faut interdire les téléphones portables ou encore agir contre les manquements relatifs à la laïcité. La logique qui est portée par toute cette galaxie dont Jean-Michel Blanquer n’est que la face émergée est, à mes yeux, rudement conservatrice. Elle peut bien se cacher derrière un supposé désir d’égalité – nous y reviendrons – mais la vérité est que cette question de l’uniforme est le cache-sexe d’une politique autoritaire au sein des écoles et fleure bon la naphtaline et la nostalgie d’un temps où l’autorité était pleine dans les écoles si on les écoute.

De la diversion

Il est une constante depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, la stratégie qu’a été la sienne et celle de son gouvernement d’ouvrir un nombre de fronts incalculables pour empêcher que l’opposition ne puisse arrimer la contestation à un projet. Il faut reconnaitre que jusqu’ici, le nouveau locataire de l’Elysée réussit avec brio sa stratégie. En forçant son opposition à courir plusieurs lièvres à la fois, en empêchant que les débats s’ancrent dans l’opinion et en adoptant la stratégie du bulldozer, il a jusqu’ici réussi tout ce qu’il a entrepris ou presque. En ce sens, il n’y a rien d’étonnant à voir Jean-Michel Blanquer rouvrir le débat sur l’uniforme ou sur les téléphones portables au moment même où la contestation à l’égard de Parcoursup croît.

A l’heure où des lycéens sont déférés devant la justice pour avoir simplement occupé un lycée, où le droit de manifester est remis en cause par le ministre de l’intérieur sans que cette remise en cause ne soit des paroles en l’air au vu des poursuites à l’égard des lycéens, Jean-Michel Blanquer décide de sortir du bois pour nous reparler d’uniforme, de téléphones portables et de laïcité (avec en ligne de mire le nauséabond débat sur l’accompagnement des sorties scolaires par les femmes voilées). On peut, c’est un choix, croire au concours de circonstances malheureux. Je suis bien plus enclin à y voir une stratégie de communication politique délibérée visant à déporter la lumière sur ces sujets plutôt que d’aborder la contestation à Parcoursup. La crise d’autorité du ministre n’est ni un hasard ni une coïncidence mais le fruit d’une stratégie politique murement réfléchie. Pendant que l’on pousse des cris d’orfraie sur l’uniforme, on oublie que l’on poursuit des lycéens. La stratégie est limpide, implacable.

L’hypocrite égalité

Le principal argument avancé pour défendre la mise en place de l’uniforme est l’égalité entre les écoliers. Il y aurait matière à franchement rire si la situation n’était pas si dramatique. Il y a en effet une forme d’indécence portée à son paroxysme dans cette argumentaire. Nous sommes en présence d’un gouvernement qui pousse les inégalités partout ou presque dans la société, qui ne fait rien pour lutter contre les inégalités d’un système scolaire faisant partie des systèmes scolaires les plus inégalitaires du monde et les plus en pointe dans la reproduction sociale mais qui nous explique sans sourciller qu’il agit pour plus d’égalité avec la mise en place de l’uniforme.

Plutôt que de s’attaquer à la racine du mal qui ronge notre société, le voilà qui, comme la mairie de Marseille d’ailleurs, affirme que c’est en agissant sur les symptômes que l’on guérira le mal. La mise en place de l’uniforme est finalement comparable, dans leur logique, au fait de casser le thermomètre pour dire que l’on a plus la fièvre, une forme de dissimulation odieuse et cynique de la réalité des choses, une manière d’imposer une nouvelle fois leur Réel par-dessus les conditions de vie les plus difficiles de la société. En introduction je parlais d’une mythologie à déconstruire à propos de l’uniforme. Et si finalement celui-ci s’apparentait bien plus à une forme de cheval de Troie ? Prenons garde à ne pas tomber dans le piège, c’est à ce prix et uniquement à ce prix que nous parviendrons à changer radicalement les choses pour l’école, loin des gesticulations.


Interdiction des portables au collège : regard d’un assistant d’éducation


Le 7 juin, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi interdisant aux élèves l’utilisation des téléphones portables dans les écoles et les collèges. Certains députés, parmi lesquels Fabienne Colboc, réclamaient même que l’usage des téléphones soit interdit aux personnels. Entretien avec un assistant d’éducation d’un établissement de Tours.

Quel regard portes-tu sur cette proposition de loi interdisant l’utilisation du téléphone portable dans les collèges ?

C’est une proposition de loi inutile, et c’est une proposition de loi qui, une fois de plus, ignore les réalités vécues sur le terrain. Inutile, puisque la loi prévoit déjà que l’utilisation d’un téléphone mobile est interdite aux élèves « durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur ». Un collège peut donc déjà interdire toute utilisation des portables dans son enceinte : c’était le cas d’un des établissements où j’ai travaillé. En annonçant cette mesure, tout en rouvrant le débat sur le port de l’uniforme, le gouvernement semble surtout vouloir flatter une frange conservatrice de l’électorat qui réclame toujours plus de discipline dans l’espace scolaire.

Ça signifie quoi, concrètement, interdire les téléphones portables dans les collèges ? Ça veut dire que les assistants d’éducation, qui sont souvent en sous-effectif [1], passent une bonne partie de leur temps à traquer les collégien-nes qui en font usage. Car il ne faut pas se leurrer, les élèves ne les laissent pas éteints au fond de leurs sacs. Donc, au lieu de se consacrer à d’autres besoins plus importants, il faut faire la chasse aux téléphones. C’est idiot, et c’est chronophage. Parce que chaque cas va donner lieu à une négociation : telle élève était au téléphone avec sa mère pour la prévenir qu’elle sortait plus tôt, tel autre annonçait qu’il faisait l’objet d’une punition, un autre enfin l’utilisait simplement pour écouter de la musique, etc. On n’est pas dans l’accompagnement éducatif des élèves, on est dans la traque et la punition. Punition qui sera souvent contestée par les parents qui ne peuvent plus joindre leur enfant…

Les auteurs de la proposition de loi invoquent différents problèmes pour justifier leur volonté d’interdiction : usages malveillants, cyberharcèlement, problèmes de concentration en cours… Qu’en penses-tu ?

L’une des caractéristiques du cyberharcèlement, c’est qu’il se poursuit une fois les élèves sortis de l’établissement. Les insultes et les menaces circulent sur les réseaux sociaux, et le harcèlement se poursuit en soirée, la nuit, s’étend parfois à plusieurs établissements de la ville… C’est un vrai sujet, mais l’interdiction du téléphone portable à l’intérieur des collèges n’y répond absolument pas. Quant aux prises de photos et de vidéos malveillantes, d’après mon expérience, les équipes éducatives sont généralement très vigilantes à ce sujet, font des rappels de la loi en vigueur aux élèves surpris en train de filmer des bagarres ou des moqueries… Et si l’objectif annoncé de protéger les élèves est louable, il faut quand même constater que les équipes éducatives sont très vite démunies face aux situations de harcèlement : on manque de moyens, de formations, de solutions adaptées pour protéger les élèves qui en sont victimes.

On a besoin de pognon pour l’éducation, pour financer des postes à la hauteur des besoins, pas de mesures comme celle-là, qui se limitent à de l’affichage. Je veux bien qu’on dise que « l’utilisation du téléphone portable par les élèves pendant les cours porte atteinte à leurs capacités d’attention et de concentration », ou qu’on explique que « l’usage des portables dans l’enceinte des établissements scolaires peut soulever de réelles difficultés (…) pédagogiques » [2], mais sur ces points il vaudrait mieux réduire le nombre d’élèves par classe, offrir un encadrement adapté aux élèves qui ont de gros troubles de concentration, et assurer le remplacement des personnels absents.

Fabienne Colboc, députée d’Indre-et-Loire, a présenté un amendement qui prévoyait carrément « d’étendre l’interdiction de l’usage du téléphone portable à l’ensemble de la communauté éducative ». Ton avis ?

Ça ne leur suffit pas d’infantiliser les élèves, ils veulent aussi infantiliser les personnels de l’éducation. Mais je n’ai pas de leçon à recevoir de Madame Colboc sur l’utilisation que je peux faire de mon téléphone sur mon lieu de travail, en particulier lorsqu’elle invoque la nécessité de « renvoyer à nos jeunes une image d’exemplarité ». Quand elle recopie mot pour mot des amendements écrits par des lobbys de l’industrie des pesticides, est-ce qu’elle fait preuve d’exemplarité ? Encore une fois, ce texte témoigne de la méconnaissance des parlementaires sur ce qui se passe dans les établissements scolaires. Avec mes collègues, on a besoin de nos téléphones pour s’organiser, se coordonner, se prévenir en cas de retard ou d’absence, pour pallier au manque de postes téléphoniques et informatiques. Ils imaginent quoi pour remplacer ça ? Un réseau de talkie-walkies ?

Je veux bien qu’on ait un débat national sur les téléphones portables, en particulier les smartphones, qui traiterait de leur impact sur la santé et sur la concentration – puisque cela fait partie des arguments avancés dans le cadre de cette proposition de loi –, ou sur leurs conditions de production, qui sont notoirement dégueulasses. Mais dans ce cas, que les députés s’attaquent à Free, à Orange ou à Bouygues, qu’ils s’attaquent à Apple et à Samsung, pas aux collégien-nes et aux personnels de l’éducation.

Illustration par Dirk Marwede (CC BY-ND 2.0).


Uniformité contre égalité

politis.fr

par Denis Sieffert

Si l’on veut plus d’égalité à l’école, il faut des moyens, pas des uniformes. Et cesser de faire accroire que l’école peut être à elle seule le creuset de l’égalité sociale au milieu d’une société de plus en plus inégalitaire.

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Voilà bien une vieille lune qui ressurgit : le port de l’uniforme à l’école. C’est le maire de Provins, « cité médiévale », qui en a relancé l’idée, allant jusqu’à demander l’avis des parents d’élèves, qui lui ont volontiers donné leur bénédiction. Ce qui n’est guère étonnant dans cette ville très marquée à droite qui eut longtemps pour édile le très réactionnaire Alain Peyrefitte, avant de tomber entre les mains de Christian Jacob, l’actuel président du groupe Les Républicains à l’Assemblée. Une ville où Marine Le Pen arriva en tête du premier tour de la présidentielle, tout juste devant François Fillon… La présidente du Front national – pardon, du Rassemblement national – a d’ailleurs été la première à applaudir cette mesure qui devrait entrer en application à la Toussaint.

On aurait pu ne voir là que manifestation de folklore local si le ministre de l’Éducation nationale n’avait pas immédiatement dit tout son intérêt pour cette uniformisation des gamins, de la maternelle à la fin du collège. Ce qui laisse à penser que l’ancienne capitale des comtes de Champagne est peut-être le laboratoire d’une mesure qui a vocation à s’étendre. Le comique dans cette affaire, c’est que l’argument utilisé par les partisans de l’uniforme, par ailleurs en partie à la charge des parents, est social. Le costume réglementé aurait des vertus égalitaires. Ce serait même une mesure anti-riches destinée à masquer les vêtements de marque. Ce qui peut séduire une certaine gauche qui n’a plus d’autres repères que républicains. Il y a là évidemment beaucoup d’hypocrisie. Tout le monde sait que les revendications de singularité peuvent être aussi le fait des gamins des cités.

S’il ne s’agit évidemment pas de tout accepter, comment ne pas voir que l’uniforme aura contre eux une charge symbolique particulière. À la différence, peut-être, de l’antique blouse, moins militaire et plus « ouvrière ». Depuis que l’on sait que l’habit fait le moine, on sait aussi qu’il induit une police des comportements. Et, surtout, qu’on ne vienne pas nous servir l’argument du Royaume-Uni. Autre tradition, autres mœurs. Ni même le contre-exemple des Antilles françaises, si dépendant de notre histoire coloniale. Tout ça, en vérité, fleure bon la nostalgie d’une époque où l’uniformité ne venait pas tant de l’habit que d’origines ethniques et religieuses communes.

Pas besoin, donc, de forcer notre imagination pour deviner que derrière cette affaire d’uniforme point la tentation d’une nouvelle bataille identitaire. Paradoxalement, les croisés de l’anti-communautarisme sont toujours prompts à exalter toutes sortes de communautés. C’est leur contradiction ! Ils rêvent, au nom d’une communauté nationale fantasmée, de coller les grands principes au plastron des enfants, ou l’écusson du collège pour exacerber leur sentiment d’appartenance. Tantôt un appel au patriotisme, tantôt une initiation à la compétition et au monde de l’entreprise ! L’uniforme est donc d’abord détestable pour des raisons morales. Il l’est aussi pour des raisons plus directement politiques. Car ce débat est relancé au moment où la plateforme Parcoursup est mise en cause pour son caractère socialement discriminatoire.

Les enseignants et les parents des zones d’éducation prioritaire constatent que leurs jeunes ont bien du mal à accéder aux filières de leur choix. Ils soupçonnent un déclassement des lycées de banlieues. L’établissement d’origine constituerait un critère de sélection caché. C’était une des craintes des syndicats d’enseignants. C’est aujourd’hui une réalité qui commence à se dessiner, comme résultat d’un système trop subjectif, et par conséquent trop arbitraire. Et voilà que l’une des rares promesses intéressantes du candidat Macron dans le domaine scolaire, la prime accordée aux enseignants des ZEP, ne serait finalement attribuée qu’à de multiples conditions.

Il n’y a pourtant pas de secret : si l’on veut plus d’égalité à l’école, il faut des moyens, pas des uniformes. Et il faut cesser de faire accroire que l’école peut être à elle seule le creuset de l’égalité sociale au milieu d’une société de plus en plus inégalitaire, et alors que des réussites aussi folles qu’exceptionnelles sont montrées en exemple à des jeunes gens qui n’en peuvent mais. Il est vain d’assigner à l’école des missions qu’elle n’a pas les moyens de remplir. Aidons plutôt les enseignants qui héritent chaque jour de toutes les conséquences de l’injustice sociale. Aidons-les en les revalorisant, dans tous les sens du mot. Accessoirement, l’intérêt de notre ministre de l’Éducation nationale pour l’uniforme révèle un homme habité par le « c’était mieux avant » (un « avant » qui, en l’occurrence, n’a jamais existé). On peut craindre que les nostalgies de Jean-Michel Blanquer, moins sociales qu’identitaires, ne soient pas les bonnes.


Parcoursup : «Avoir un « oui » ne veut pas dire que l’élève a une formation où il veut aller !»

liberation.fr

Par Marie Piquemal

Depuis l’annonce des premiers résultats le 22 mai, la nouvelle plateforme Parcoursup, qui répartit les élèves de terminale dans les filières de l’enseignement supérieur, suscite critiques et inquiétudes surtout. Un tiers des élèves n’ont toujours aucune proposition d’affectation et angoissent. Beaucoup reprochent au gouvernement une réforme d’ampleur menée trop vite.

Depuis le début de l’année, «Libération» donne la parole à tous ceux qui sont en première ligne dans l’application de cette réforme. Elèves, étudiants en réorientation, profs de lycée, enseignants-chercheurs… Dans cette chronique, chacun raconte, avec ses mots et son ressenti, les changements vécus de l’intérieur.

Dernier épisode :La maire d’Aubervilliers et sa cellule municipale «SOS Parcoursup»

Aujourd’hui, un prof de sciences économiques et sociales de Seine-et-Marne (77)

«J’ai l’impression que Parcoursup a tous les travers d’APB, avec des défauts en plus, qui rendent le nouveau système encore pire que l’ancien. Je pense à cet effet « liste d’attente », par exemple. Dans le ressenti de nos élèves, cela renforce le sentiment de ne pas avoir les mêmes chances que les autres parce qu’ils viennent de Seine-et-Marne. Ils ont le sentiment de devoir attendre que les Parisiens fassent leurs choix. Eux passeront après, ils auront droit aux restes. En salle des profs, on en est venu à se demander si certaines facs n’avaient pas pris en compte un critère kilométrique, en partant du principe que plus un élève vient de loin, moins il a des chances de réussir. C’est la seule explication que l’on ait trouvée pour comprendre comment si peu de nos élèves ont les choix qu’ils voulaient. Pour nous, ils paient l’enclavement de la Seine-et-Marne.

«Le pire, c’est qu’on ne saura jamais si Parcoursup a bien fonctionné ou pas. Avec APB, on pouvait tirer un bilan : tant d’élèves ont leur premier vœu, tant leur douzième… Là, la seule donnée diffusée, c’est le nombre d’élèves ayant un vœu accepté. Mais cela ne veut pas dire que c’était la formation qu’il voulait ! Par exemple, dans ma classe, en tant que prof principal, j’ai incité fortement mes élèves à formuler au moins un vœu dans une formation où la place ne manque pas. Un vœu de secours, en quelque sorte. Du coup, beaucoup de mes élèves ont un « oui », mais c’est un « oui » par dépit.

«Autre chose aussi, c’est un détail mais qui agace tellement dans mon lycée… : l’hypocrisie avec laquelle les résultats sont présentés. Pour les demandes à la fac, les élèves ont systématiquement un « oui ». Certains ont d’abord cru être pris, mais dans la case d’à côté : la mention « en attente ». Plus le temps passe, plus le « en attente » s’apparente furieusement à un « non » ! Une telle hypocrisie, c’est vraiment se moquer d’eux. Imaginez-moi, en face, en tant qu’enseignant. Sur une ligne de crête : obligé de tenir un discours rassurant, mais sans vouloir non plus leur mentir et leur faire croire que tout va bien. Pour, en plus, s’entendre dire dans les médias que nous, les profs, et notamment les profs syndiqués [il est au Snes-FSU, ndlr], on stresse nos élèves inutilement. Le gouvernement joue avec nos nerfs.»

Marie Piquemal


Aucune expérimentation ne valide la méthode du ministre


« Aucune  expérimentation  n’a  validé  la  méthode  promue  par  le  ministère  et  aucune comparaison internationale n’a conclu à sa supériorité », affirme Roland Goigoux dans une lettre adressée à ses étudiants rendu publique le 9 mai. Le chercheur démonte l’argumentation « scientifique » du guide d’enseignement de  lecture et de l’écriture au CP publiée par le ministre. Il montre les dangers de le suivre à la lettre.

Des conclusions abusives

« Le guide formule des conclusions abusives et comporte des oublis  importants,  par  exemple  sur  l’écriture  et la compréhension.  Ses  rédacteurs  convertissent imprudemment de simples hypothèses de recherche en recommandations.  La  planification  de  l’étude  des correspondances  graphèmes-phonèmes  présentée pages 55 à 61, par exemple, est fondée sur un analyse linguistique  rigoureuse  mais  elle  n’a  jamais  été expérimentée en classe de manière probante. Elle n’est, de  surcroit, pas  cohérente avec  celle  proposée  par  le manuel valorisé dans le guide quelques pages plus loin. Les  chercheurs  doivent  donc  mettre  en  garde  les enseignants,  les  formateurs et  les  inspecteurs  contre certaines affirmations péremptoires non étayées sur des résultats  scientifiques, notamment  sur  la  méthode syllabique  radicale », affirme Roland Goigoux.

 » Les interdictions  de  faire  mémoriser  des mots  entiers,  de procéder  par  analogie et de  prendre  appui  sur  le contexte conduiraient les maitres à brider la curiosité et le raisonnement de  leurs élèves, c’est-à-dire à faire  le contraire  de  ce  que  les  sciences cognitives recommandent unanimement », poursuit-il.

Une stratégie politique

Il met en cause J Dauvieau :  » La  seule  recherche  dont  dispose  le  ministère  pour justifier  son  choix  est  celle  de  Jérôme  Deauvieau,  un sociologue  membre  du  conseil  scientifique  de l’Éducation  nationale (CSEN) et  proche  collègue  des auteurs  du  manuel préconisé.  Mais  cette  étude présente de si graves défauts méthodologiques qu’elle n’a jamais été publiée par une revue scientifique ».

Il met aussi en cause Y Cristofari, chef de service de l’instruction publique et de l’action pédagogique à la Dgesco :  » La  direction  de  « L’instruction  publique  et  de  l’action pédagogique » coordonnée par  Yves  Cristofari  ancien membre du cabinet de Gilles de Robien a choisi de cliver plutôt  que  de  renforcer  les consensus établis  par  les conférences du CNESCO sur la lecture et sur l’écriture. En sciences  politiques,  on  parle  à  ce  sujet  de  stratégie disruptive relayée  par  une  intense communication médiatique ». Une stratégie qui avait été celle de G de Robien, dont JM BLanquer était directeur de cabinet adjoint. Et qui ne lui avait pas réussi.

Fragiliser les enseignants

R. Goigoux invite les inspecteurs à agir avec discernement.  » Si les inspecteurs de l’Éducation nationale n’agissent pas avec discernement en observant les pratiques en classe et s’ils en restent au seul critère du choix de manuel, on peut craindre que de nombreux professeurs  soient  inquiétés,  notamment  ceux  qui utilisent  des  manuels  non  étroitement  syllabiques et ceux qui n’utilisent pas de manuel. Ce serait un terrible  gâchis : fragiliser  une  majorité  d’enseignants  qui  travaillent sérieusement pour aider une infime minorité à remettre un peu d’ordre dans leur méthodologie… sous silence. Nous avons montré, par exemple, que les professeurs  des  écoles  qui  utilisaient  un  manuel syllabique n’avaient pas de  meilleurs résultats  que les autres enseignants expérimentés. Et qu’il n’y avait pas non  plus  de  différence  significative  avec  ceux  qui enseignaient  sans  manuel,  toutes  choses  égales  par ailleurs. Parmi les 18 enseignants les plus efficaces dans le domaine de la maitrise du code alphabétique, c’est-à-dire  parmi  ceux  qui  faisaient  le  plus  progresser leurs élèves (différence significative au sein d’un échantillon de  131  enseignants  expérimentés), on  en  trouvait 2 utilisant un manuel syllabique, 1 un manuel phonique, 8 un manuel que le ministère qualifierait de « mixte » et 7 sans  manuel.  Ces  derniers  (15  sur  18), aujourd’hui félicités par leur hiérarchie, seront-ils demain fragilisés et disqualifiés aux yeux des parents d’élèves ?

Le contraire des neurosciences

 » Chacun  sait  que  les  neurosciences étudient les mécanismes cognitifs d’individus isolés, pas les pratiques d’enseignement des professeurs face à une classe et qu’elles n’ont pas vocation à prescrire le travail enseignant », ajoute-il. Ce guide, incluant une « leçon-modèle » très détaillée, laisse  entrevoir  un  retour  aux  pratiques de formation des  écoles  normales  d’instituteurs  et d’institutrices dont la fonction était précisément de dire la norme. Le métier de professeur des écoles n’en sort pas grandi ».

F Jarraud

Le texte de R Goigoux

Notre dossier sur les instructions Blanquer


Données personnelles des élèves…

sudouest.fr

Enseignement : les données personnelles des élèves sont-elles suffisamment protégées ?


La Cnil a appelé le ministère de l’Education nationale à garantir « de façon effective et contraignante » la protection des données scolaires, dont beaucoup sont liées aux élèves, en raison de « l’utilisation croissante des services numériques » à l’école.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) juge dans un communiqué reçu mercredi « plus que jamais nécessaire » de fixer un cadre de régulation « qui protège de manière effective les données personnelles des élèves et des enseignants ».

Elle souligne « le développement des offres de services numériques dans l’éducation, proposés en particulier par les grands fournisseurs du web », sans citer un nom de groupe en particulier.

La Cnil qualifie d’ »intéressante » l’élaboration d’une charte de confiance à l’initiative du ministère de l’Education, qui doit voir les fournisseurs du web et ceux de services-éditeurs de logiciels éducatifs s’engager dans une offre « respectueuse des droits des personnes ».

Des données sensibles

Mais elle « considère que compte tenu de la sensibilité des données en jeu, cette charte devrait se traduire par un encadrement juridique contraignant » qui garantirait « la non utilisation des données scolaires à des fins commerciales, l’hébergement de ces données en France ou en Europe » et « l’obligation de prendre des mesures de sécurité conformes aux normes en vigueur ».

Cette charte, annoncée au printemps 2016, n’est pas encore finalisée.

Dans un entretien en avril à EducPros (groupe l’Etudiant), la présidente de la Cnil Isabelle Falque-Pierrotin soulignait que « le secteur de l’éducation est extrêmement sollicité par les acteurs économiques, très intéressés par ces données scolaires ».

« Il est temps de mettre un cadre à toutes ces offres économiques faites auprès de l’institution scolaire »

La direction nationale du numérique du ministère dit « confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du web », dans un courrier aux enseignants révélé la semaine dernière par le site spécialisé Café pédagogique.

Mais ce courrier a semé le trouble chez certains acteurs. La FCPE, première fédération des parents d’élèves, se dit « alertée ».

La sécurisation des données doit rester « un principe intangible », de même que « la souveraineté des données scolaires, à savoir le stockage de ces données sur des serveurs en territoire national ».