Arrestations du 1er Mai : vaste opération de police ou vaste opération de com ?

liberation.fr

Par Willy Le Devin

Une grande opération de police partie pour accoucher d’une souris. Mercredi matin, au lendemain des violences commises lors de la manifestation du 1er Mai à Paris, les autorités annoncent des chiffres rutilants : pour 31 commerces et 16 véhicules dégradés, les forces de l’ordre ont procédé à 283 interpellations. Un chiffre très important, rarement atteint en pareille circonstance.

Sauf que, trois jours plus tard, le bilan judiciaire apparaît bien maigre. Magistrats comme avocats n’hésitent déjà plus à parler «d’un fiasco». Il est vrai qu’une simple constatation arithmétique permet de relativiser l’efficacité du coup de filet policier : sur les 283 personnes arrêtées, seules 103 ont été ensuite placées en garde à vue. Vendredi, 47 d’entre elles avaient été déférées. 19 doivent être jugées en comparution immédiate, alors que 14 s’en sont déjà sorties avec un simple rappel à la loi. Enfin, la 23chambre du tribunal correctionnel de Paris a prononcé ce vendredi en milieu d’après-midi une relaxe dans le premier dossier jugé et une condamnation – 1 000 euros d’amende pour un fumigène et deux bombes de peinture dans les poches.

«J’ai halluciné»

Ces chiffres faméliques illustrent de façon crue le témoignage d’une personne interpellée recueilli par Libération. Emmanuel (1), 29 ans, rejoignait sa mère mardi au moment où flambait le restaurant McDonald’s du boulevard de l’Hôpital. Après s’être réfugié dans un immeuble pour «se protéger des fumées aveuglantes», il ressort dans la rue quelques minutes plus tard. A cet instant, il se retrouve nassé, rue Buffon, dans le XIIIe arrondissement. Le début de vingt-six heures pénibles. «Dans la nasse, il y avait de tout, surtout des mineurs d’ailleurs, mais presque aucun auteur des dégradations», rit (jaune) Emmanuel. Après une période de flottement, des policiers l’allongent sur le sol, le fouillent et l’embarquent.

Direction le célèbre dépôt de la rue de l’Evangile, dans le XVIIIe arrondissement. Là, un policier lui décline ses droits : recours à un médecin, à un avocat – tout en précisant qu’il le fait «par politesse». Son collègue, un peu plus vachard, lance à Emmanuel : «Tu ne seras pas libéré avant vendredi soir.» Le musicien, peu familier des commissariats, demande alors à ce qu’un membre de sa famille soit prévenu de son arrestation. Stupeur, un policier se saisit immédiatement du téléphone, compose le numéro de son père, lâche «Bonsoir, votre fils a été arrêté mais on ne peut pas vous dire où il est», et raccroche. «J’ai halluciné, je me suis dit « Mais pourquoi il fait ça ». Au lieu de rassurer ma famille, il les inquiète deux fois plus !» s’emporte Emmanuel.

«Infraction fourre-tout»

Dans la nuit, le trentenaire est transferé au commissariat du XVIIe arrondissement. Sa cellule individuelle est immonde : «Il y avait des chiottes dont je n’osais m’approcher, avec plein de vomi, de sang et de merde à l’intérieur. J’ai réussi à dormir un peu, jusqu’à mon audition le lendemain vers 8-9 heures.» Selon lui, les policiers manquent alors cruellement d’éléments à charge. Dans son cas, ils sont d’ailleurs inexistants, au point qu’il sera relâché mercredi en début de soirée. Pour d’autres, les éléments collectés sont contestables.

Contacté par Libération, l’avocat Julien Pignon, qui a assisté plusieurs personnes interpellées, dénonce «une véritable offensive de communication orchestrée par le ministère de l’Intérieur». «Entre ce qu’on a vu à la télé et la réalité des coulisses, il y a un monde d’écart», peste l’avocat. De fait, une multitude de procédures ont été annulées pour des irrégularités, quand d’autres se sont écroulées pour des infractions insuffisamment caractérisées. «Du coup, observe Julien Pignon, dans de nombreux cas, le parquet n’a fondé ses poursuites que sur le chef de « participation à un groupement formé en vue de commettre des dégradations ». Il s’agit d’une infraction fourre-tout qui permet d’habiller des interpellations effectuées un peu au pif. C’est bien la preuve que l’accusation manque singulièrement d’éléments matériels.»

Ce vendredi matin, lors d’une conférence de presse destinée à détailler le dispositif policier déployé pour la manifestation de samedi – «la fête à Macron» organisée par les insoumis –, le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, s’est pourtant félicité : «La manifestation du 1er Mai a démontré la pertinence du dispositif de traitement judiciaire mis en place.»

(1) Le prénom a été modifié

Willy Le Devin

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Les tâcherons du clic…

monde-diplomatique.fr

par Thibault Henneton

(Le Monde diplomatique, décembre 2017)


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Lars Tunbjörk. — De la série « Office », 2001

Agence Vu

Le 23 septembre 2017, Microsoft et Facebook célébraient la pose de Marea, un câble sous-marin long de 6 600 kilomètres entre Bilbao et l’État de Virginie, destiné notamment à soutenir le trafic en provenance et à destination de l’Europe. Que le premier réseau social du monde investisse dans une telle infrastructure prouve son désir de maîtriser les tuyaux. Quand bien même Facebook n’existerait plus comme réseau social, il continuerait à traiter des big data ! Mais son modèle économique impliquerait un travail très différent de la part de ses deux milliards d’utilisateurs que celui dont il profite aujourd’hui. Ce labeur, largement invisible, s’accomplit plus ou moins bénévolement dès connexion à la plate-forme. Chaque trimestre, Facebook en récolte en moyenne 4,75 dollars de profits publicitaires par tête.

Le terme digital labor désigne ces activités. Mal cerné par la traduction « travail numérique » — à ne pas confondre avec le travail informatique —, il a bénéficié d’un soudain coup de projecteur grâce à… l’élection de M. Donald Trump. Cherchant hors de ses frontières (de préférence dans l’est de l’Europe) les raisons d’un tel coup de théâtre, une partie de la presse occidentale s’est émue de l’existence de « fermes de contenus » à Saint-Pétersbourg, capables de produire, en anglais, des propos sulfureux sur l’immigration, la race ou le port d’armes. Celles-ci payaient ensuite Facebook pour mettre en valeur ces contenus dans les flux d’actualités de millions d’électeurs.

Dans le même temps, une ville de 55 000 habitants en Macédoine, Vélès, voyait bourgeonner une centaine de sites au service de la communication du candidat républicain. Leurs auteurs, décrits comme de jeunes entrepreneurs, plagiaient des sites d’informations avant de diffuser dans des groupes de militants leurs vrais faux articles derrière de vrais faux profils Facebook. Achetés quelques dizaines de centimes chacun, deux cents profils leur permettaient de drainer quantité d’internautes électrisés par la campagne. Grâce à AdSense, la régie publicitaire automatisée de Google, qui rémunère au clic ou à l’audience les sites qui hébergent ses publicités calibrées, certains purent amasser de petites fortunes, jusqu’à 16 000 dollars les derniers mois de campagne (1) — dans un pays où le salaire mensuel moyen s’élève à 371 dollars, et le chômage des jeunes à 47 %.

Cibler des messages, acheter et vendre du trafic, des profils ou des abonnés sur les réseaux sociaux… Universelles au royaume des marques, ces pratiques n’ont pas commencé avec M. Trump. Mais, lorsque son équipe recrute une adolescente de Singapour via la plate-forme de microtravail Fiverr pour créer une présentation destinée à mobiliser les étudiants républicains sur les campus, c’est un gigantesque marché du travail qui se dévoile. À l’ombre de l’infoguerre numérique que se livrent les grandes puissances s’activent en effet des millions de « tâcherons du clic sous-payés », insiste le chercheur Antonio A. Casilli. Leurs missions incluent parfois des tâches complexes d’édition ou de graphisme, comme dans le cas de la Singapourienne. Mais les plus misérables s’emploient dans les fermes à clics de Dacca (Bangladesh), où les mille abonnés Facebook supplémentaires se monnayent entre 10 et 20 dollars. Eux touchent un dixième à peine de cette somme.

Les clients viennent d’Amérique du Nord ou d’Europe occidentale ; les producteurs vivent au Bangladesh, aux Philippines, en Malaisie, en Inde, en Colombie ou au Mexique. Pour Casilli, la géographie de ces ateliers reproduit les inégalités classiques Nord-Sud. D’autant qu’il ne s’agit pas d’un épiphénomène : semblables à Fiverr, Upwork compte douze millions de membres, Freelancer vingt-quatre millions (2). En tout, et même si l’on manque de données publiques, on compterait plus d’une centaine de millions de tâcherons dans le monde.

Les producteurs vivent au Bangladesh, aux Philippines, en Malaisie, en Inde ou au Mexique, et les clients en Amérique du Nord ou en Europe

Une activité permet d’obtenir une sorte de cartographie de la division internationale du travail et des conditions d’exploitation de cette nouvelle classe laborieuse enfantée par la mondialisation numérique : la modération. Toutes les tâches d’évaluation des contenus ne requièrent pas les mêmes qualifications. Les plus simples, comme reconnaître un objet dans une image pixelisée ou signaler un contenu offensant, sont volontiers déléguées à la foule des internautes. De fait, nous les exécutons souvent au cours de nos navigations, lorsqu’une image nous choque ou qu’un courriel indésirable nous ennuie. Autant de productions bénévoles qui sont ensuite triées dans des centres d’appels aux Philippines, où « ceux qui ne passent pas le test de l’anglais sans accent pour répondre au téléphone sont relégués à la modération de contenu (3)  ».

Toutefois, un empire comme Google a également besoin de modérateurs plus qualifiés. Soigneusement sélectionnés après avoir potassé un manuel de cent soixante pages, de jeunes dresseurs d’algorithmes sont donc sollicités via des sous-traitants installés sur le sol américain. Leapforce, Lionbridge, ou ZeroChaos recrutent des travailleurs indépendants, chargés d’évaluer, dans un temps limité, la pertinence d’un résultat de recherche, d’une reconnaissance vocale, d’une fonctionnalité de personnalisation. Pour le compte de Google, mais sans vraiment en faire partie. Payés au-dessus du salaire horaire minimum, ces OS (ouvriers spécialisés) modernes ont des conditions de vie éloignées de celles des employés des fermes d’Asie du Sud-Est. Ils n’en restent pas moins des tâcherons aux revenus incertains, vivant sous la menace permanente d’une déconnexion. En mars 2017, les employés de Leapforce ont appris par courriel qu’ils ne pourraient plus travailler que vingt-sept heures par semaine, contre quarante auparavant (4). Cette « flexibilité » rapproche ces modérateurs des coursiers microentrepreneurs de l’application Deliveroo qui se sont mobilisés au même moment à Marseille et à Lyon, notamment, à la suite d’une baisse inopinée de la tarification de la livraison. Google revendique 10 000 modérateurs, et Facebook 7 500, mais tous deux se gardent bien d’évoquer leurs sous-traitants locaux et étrangers.

La lutte des classes sur Internet

En rendant visible le travail souterrain qui permet aux géants du numérique de prospérer, le digital labor permet non seulement de mettre au jour la question des data que nous semons continuellement sur Internet (5), mais également de réunir virtuellement sous une même bannière les travailleurs dits « indépendants » du monde connecté. Car, dans leur grande diversité, ils ont un point commun : pratiquer en tant que microentrepreneur une activité morcelée, scindée en microtâches affectées (et parfaitement contrôlées) via des réseaux propriétaires, auxquels contribuent plus ou moins consciemment la masse des internautes lorsqu’ils se géolocalisent, cliquent, aiment, commentent, notent, signalent, évaluent. Du simple individu qui crée un profil sur une plate-forme au « cerveau d’œuvre » dont parle Alain Supiot (lire « Et si l’on refondait le droit du travail… »), en passant par le tâcheron, il y a une continuité. Et donc une solidarité possible. Sur cette base pourront émerger des collectifs transnationaux. D’ici là, c’est la lutte des classes sur Internet.


CAP 22 : Une machine de guerre contre le service public

LDH sarlat

Le Premier ministre Édouard Philippe a présenté le 13 octobre 2017 le Comité Action Publique 2022, le CAP 22. C’est l’expression, selon lui, d’une méthode « radicalement différente ». Mais de quoi ?

Vu l’allégeance au libéralisme du Président de la République et de son gouvernement une méthode certainement différente de celle qui conduirait à la valorisation du service public dans notre pays sur la base des principes républicains qui le fondent. Mais il faut sans doute l’entendre aussi comme différente de la démarche adoptée par Nicolas Sarkozy qui, quatre mois après son élection, avait appelé le 19 septembre 2007 à une « révolution culturelle » dans la fonction publique ; une attaque frontale contre le statut général des fonctionnaires. Il échouera néanmoins en raison de la crise financière qui se développera l’année suivante au cours de laquelle chacun se félicitera de pouvoir disposer en France d’un service public étendu jouant dans la crise le rôle d’un « amortisseur social » efficace.

Le gouvernement d’Édouard Philippe a tiré les leçons de l’expérience. Il met en place une stratégie d’application progressive. Les objectifs affichés sont d’une extrême banalité : il s’agit de tenir compte simultanément des intérêts des usagers (amélioration des services et de la confiance), des agents (modernisation des conditions de travail) et des contribuables (accompagnement de la réduction des dépenses publiques). Le Premier ministre met en garde contre trois écueils surprenants qui laissent pointer des intentions plus vraisemblables. La première mise en garde concerne une pratique trop comptable de l’action publique, ce qui ne peut manquer de surprendre concernant un gouvernement qui a placé la fonction publique dans le ministère des … comptes publics. Le deuxième avertissement critique des analyses qui seraient trop idéologiques ; on peut craindre que ce point vise les principes républicains fondateurs du service public et de la fonction publique (égalité, indépendance, responsabilité). Le troisième met en garde contre des visions trop théoriques ; on peut y voir une conception du service de l’intérêt général ramenée, comme il est dit, « à hauteur d’homme », c’est-à-dire d’un simple pragmatisme du New Public Management.

Le comité CAP22 comprend 34 membres dont la moitié d’anciens énarques. On y trouve, selon une récente analyse de Médiapart, de nombreux experts qui figuraient déjà dans la commission Attali réunie en 2008 par Nicolas Sarkozy, ainsi que plusieurs membres de l’Institut Montaigne connu pour ses publications ultralibérales. Il y a aussi des hauts fonctionnaires dont beaucoup ont eu des fonctions importantes dans le privé. Y figurent également des dirigeants d’importantes entreprises privées et de start-up. Quelques élus de droite ou socialistes ralliés en font également partie. En revanche, ne font pas partie, des experts indiscutables de la justice administrative, ,des institutions et de la recherche, des élus de l’opposition, des représentants des organisations syndicales. Le comité doit remettre un rapport fin mars 2018. C’est un délai trop court pour un travail sérieux sur l’ensemble de l’action publique et des structures administratives ce qui jette un sérieux doute sur la sincérité de l’opération. 21 domaines devront être explorés. Le comité disposera de 700 millions pour conduire son action sur le quinquennat.

Ces modalités apparaissent bien conformes avec ce que l’on sait des visions macroniennes. Emmanuel Macron avait, pendant la campagne présidentielle, jugé le statut général des fonctionnaires « inadapté », puis fustigé dans une interview au Point du 31 août 2017 les personnels à statuts, les insiders. C’est sans doute la députée LRM, vice-présidente de l’Assemblée nationale, Cendra Motin qui a exprimé le plus clairement la conception officielle, assimilant dans Le Monde du 4 août 2017 les fonctions publiques à autant d’entreprises d’un même groupe financier. Au delà de ces préliminaires il ne fait donc pas de doute que le pouvoir exécutif a déjà une idée précise des réformes qu’il a décidé d’entreprendre en ce qui concerne l’action publique et que le CAP 22 n’est là que pour préparer le terrain. La lettre aux différents ministres du Premier ministre en date du 28 juillet 2017est assez explicite, évoquant « des transferts au secteur privé, voire des abandons de mission ».

Considérant ce qui précède, la stratégie d’Emmanuel Macron pourrait comporter trois phases :

* Première phase : mise en place du CAP 22 dont la banalité des objectifs affichés est de nature à rassurer. Les travaux du comité se rallient aux mesures prédéfinies de réduction des missions du secteur public tout en mettant l’accent sur le caractère inapproprié de sa gestion par une intense communication.

* Deuxième phase : réduction du périmètre du secteur public par privatisations, économie mixte, dérégulation et délégation de service public. Développement des contrats de recrutement de droit privé négociés de gré à gré. La contractualisation des emplois devient dominante dans de nombreux domaines du service public.

* Troisième phase : réduction du service public aux seules fonctions régaliennes de l’État dont les agents sont seuls à être placés dans une position statutaire. Généralisation des conventions collectives dans le reste des activités de service public.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Deux facteurs sont de nature à faire échec à cette stratégie. D’une part la longueur du processus au cours duquel des aléas et le fait que la politique d’Emmanuel Macron sera de plus en plus contestée. D’autre part, la prise de conscience des agents du service public et plus particulièrement des fonctionnaires décidés à défendre la conception française du service public et de la fonction publique

Mais rien n’est acquis non plus …


« L’ Arme du Droit » contre la réforme du Code du travail

revue-partage.eu

– Revue PARTAGE

Robert Crémieux View all posts by Robert Crémieux →

Le Syndicat des avocats de France (SAF) a eu la bonne idée de mettre à disposition du mouvement social une série de vidéos présentant divers aspects des futures ordonnances préparées par le gouvernement.

On pourra prendre ci-dessous connaissance de la vidéo concernant plus particulièrement les chômeurs avec des arguments qui sont soumis au débat.

L’ensemble des vidéos du SAF sur le projet d’ordonnances est à consulter sur sa chaîne YouTube « L’Arme du Droit ».

Le 28 juin sera présenté en Conseil des ministres le projet de loi d’habilitation devant autoriser le gouvernement à prendre des « mesures pour la rénovation sociale ». Il a été transmis depuis le 14 juin au Conseil d’État.

Ce projet de réforme par ordonnances confirme les documents parus dans la presse avant les élections législatives étaient bien à prendre au sérieux…

Six pages, neuf articles, donnant plus de détails sur le programme de campagne d’Emmanuel Macron, et y ajoutant encore de mauvaises surprises… au détriment des salariés, des représentants du personnel et des chômeurs.

Quelques thèmes clés traités par les vidéos du SAF

    Barême des indemnités prud’homales

Sauf en cas de licenciement intervenu dans un contexte de harcèlement ou de discrimination, les juges seront tenus par un plancher et surtout un plafond à ne pas dépasser pour indemniser le préjudice des salariés licenciés abusivement.

    Licenciement économique facilité dans les filiales des groupes internationaux

Retiré du projet de loi El Khomri en 2016, c’est le retour de la réduction du périmètre d’appréciation du motif économique dans les groupes internationaux afin de faciliter les licenciements dans leurs filiales en France.

  Réduction des délais de recours des salariés

Déjà réduit à un an il y a quelques années, il est question de réduire de nouveau drastiquement le délai laissé aux salariés pour saisir le conseil des prud’hommes pour contester leur licenciement… et mettre ainsi plus vite les employeurs à l’abri du contrôle des juges.

   Vers la fin du CDI

Il est prévu « d’adapter par convention ou accord collectif de branche » les dispositions sur les CDD et l’intérim, ouvrant la voie à un assouplissement des motifs de recours, de leur durée, de leur succession sur un même poste ou avec un même salarié… Le recours aux CDI de chantier va être par ailleurs développé, faisant ainsi droit à une revendication patronale ancienne… . Et des dispositions seront prises aussi pour sécuriser et favoriser « le prêt de main-d’œuvre à but non lucratif entre un groupe ou une entreprise et une jeune entreprise ».

Élargissement du champ des accords d’entreprise

Dans l’exact prolongement de la Loi El Khomri, il est prévu d’étendre encore la « place centrale » de la négociation collective d’entreprise dans le champ des relations individuelles et collectives de travail qui va pour l’essentiel primer sur les accords de branche, sur la loi et même sur les contrats de travail, laissant la main aux entreprises pour forger leur propre droit du travail au service de leurs intérêts.

Référendum pour contourner les syndicats

Les employeurs seront autorisés à organiser des référendums d’entreprise s’ils ne parviennent pas à convaincre suffisamment de syndicats de signer les accords qu’ils proposent, alors que la Loi El Khomri avait réservé cette initiative aux syndicats.

    Fusion des instances représentatives du personnel

Les 3 instances de représentation du personnel élues (délégués du personnel, comité d’entreprise, CHSCT) vont être fusionnées en une seule, satisfaisant une revendication du Medef, pour réduire drastiquement le nombre de représentants du personnel, en ignorant la spécificité et l’importance des missions de chacune de ces instances.

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  • Ordonnance :

En droit constitutionnel français, une ordonnance est une mesure prise par le gouvernement dans des matières relevant normalement du domaine de la loi. Elle relève de la procédure législative déléguée.

Dans le cadre actuel de la Cinquième République, le gouvernement ne peut prendre des ordonnances que s’il y a été habilité par le Parlement, conformément à l’article 38 de la Constitution, ou autorisé par la Constitution s’agissant de certaines dispositions relatives à l’outre-mer (article 74-1).

Assimilées à des règlements, les ordonnances entrent en vigueur dès leur publication. Elles ne prennent toutefois valeur législative qu’après avoir été ratifiées par le Parlement dans un délai fixé.

La procédure des ordonnances prolonge la pratique des décrets-lois des IIIe et IVe République et reprend le principe de l’autorité législative exclusive des rois de France sous l’Ancien Régime.
(Wikipédia)

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Mylène Palisse menacée de sanction : communiqué de la LDH.

LDH sarlat

ldh-france.org

Mylène Palisse menacée de sanction : l’indépendance du fonctionnaire

et la liberté d’expression syndicale

attaquées

– Ligue des droits de l’Homme

Libertés/Démocratie
14.12.2016
Communiqué communLe conseil de discipline réuni ce mardi 13 décembre 2016, a émis un avis infligeant une sanction de 7 jours d’exclusion temporaire avec sursis à l’encontre de Mylène Palisse.

Pourtant, l’exercice du contradictoire et les éléments avancés par ses défenseurs CGT ont mis en lumière le caractère totalement injustifié et discriminatoire des poursuites disciplinaires engagées depuis 9 mois contre Mylène Palisse, notre collègue et camarade élue CGT. L’administration pénitentiaire, en dépit de ce dossier vide, persiste dans sa détermination à faire taire ses personnels !

Nos organisations remercient l’ensemble des personnels et citoyens qui se mobilisent massivement pour soutenir Mylène et pour défendre la liberté d’expression syndicale. Alors même que l’autorité judiciaire est gardienne des libertés syndicales, le Ministère de la Justice a voulu museler les professionnels exerçant dans les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation, à travers une de ses représentantes syndicales, et pourtant c’est tout le contraire qui se produit !

Il appartient désormais au Ministère de corriger son errement politique en infirmant l’avis du Conseil de discipline.

Nos organisations exigent l’abandon des sanctions disciplinaires et le respect de la liberté d’expression syndicale.

Jusqu’à ce que le Ministère entende raison, nos organisations appellent l’ensemble des personnels, citoyen-nes, fonctionnaires, à signer massivement la pétition « Respecter la liberté d’expression » qui a, en quelques jours, obtenu plus de 2 000 signataires.

Nos organisations appellent à poursuivre la mobilisation car seul un tel rapport de force a contraint aujourd’hui l’administration pénitentiaire à un premier recul !

Toutes et tous solidaires avec Mylène !

« Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de vous en affranchir, vous n’avez qu’à le vouloir. » 1791 Olympe de Gouges Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne – Postambule

Paris, le 14 décembre 2016

Organisations signataires : La CGT insertion probation, La CGT, La CGT Fonction publique, l’UD CGT 65, le SNJ-CGT, L’UGICT-CGT, SOLIDAIRES Fonction publique, La FSU, Le Syndicat de la Magistrature, La Ligue des droits de l’Homme, l’Observatoire international des prisons

Téléchargez le communiqué


La Sociale de Gilles Perret…

LDH sarlat

blogs.mediapart.fr

…documentaire d’utilité publique !

21 déc. 2016 Par Outils du soin

On applaudit à la fin de la séance ! Cela est déjà rare pour un film, alors pour un documentaire …

La Sociale est un formidable rappel des valeurs de solidarité et de progrès qui animaient les inventeurs de la Sécurité Sociale en 1946, valeurs qui ont petit à petit laissé la place à une approche essentiellement comptable, oubliant cette volonté politique qui visait à libérer les employés, salariés et leurs familles de l’angoisse de la maladie et de ses conséquences dévastatrices.

Bien sûr les temps ont changé, les urgences de l’après-guerre étaient sans doute plus vitales que les besoins d’aujourd’hui. Mais même si le contexte s’est grandement modifié, même si un effort constant doit permettre à cette organisation de tirer profit des évolutions des techniques et des outils de gestion modernes, l’exigence initiale de solidarité et de progrès devrait toujours inspirer la conduite de la Sécurité Sociale. En ces temps où l’accès aux soins de première nécessité risque d’être en partie remis en cause par des promesses électoralistes, ce documentaire rappelle entre autres, le formidable bond en avant de l’espérance de vie, seulement quelques années après la création de la Sécurité Sociale, dû au simple fait de prendre en charge la santé des populations quelque soit leur situation socio-économique.

Les figures qui illuminent « La Sociale ».

Tout d’abord celui qui en est le fil rouge, Jolfred Frégonara, 96 ans, militant CGT, chargé de la mise en place des premières caisses primaires en 1946 en Haute-Savoie. Pas une ride dans la voix. A voir comment il continue de défendre sa grande cause aujourd’hui, on imagine l’énergie du bonhomme il y a 70 ans, lorsqu’il a fallu s’organiser en quelques mois dans son département, quitte à bousculer un peu le patronat de l’époque. Il en a encore le sourire malin dans les yeux quand il en parle.

En surplomb, trône la figure historique mais passée aux oubliettes, d’Ambroise Croizat. Communiste et secrétaire général de la métallurgie CGT – ce qui, par la suite, a dû sans doute lui valoir de disparaître de la mémoire officielle – il devient ministre du Travail dans les gouvernements d’après-guerre et dirige, à partir de début 1946, la mise en place de l’ensemble du nouveau système de protection sociale : maladie, retraite, allocations familiales. Il s’appuiera sur les bataillons de militants CGT pour réussir le tour de force de faire émerger une structure opérationnelle en moins d’un an ! Il décède à 50 ans et son cercueil sera accompagné par près d’un million de personnes, majoritairement ouvriers, employés, militants, qui savaient au plus profond d’eux ce qu’ils lui devaient.

Michel Etievent, l’historien qui nous guide des aciéries de La Léchère en Tarentaise, où le père d’Ambroise Croizat menait les premières luttes syndicales, jusqu’au Ministère du Travail, où il retrouve, ému, le portrait de l’artisan de la Sécurité Sociale et où François Rebsamen, ministre du Travail lors du tournage du documentaire, étale toute son inculture et son inconséquence. Michel Etievent a consacré l’essentiel de son travail aux luttes ouvrières et à Ambroise Croizat en particulier. Il vibre, il est habité par son sujet et par le souci de rendre justice et leur place dans l’histoire à tous ces militants qui se sont battus pour l’amélioration des conditions de travail et de la protection sociale.

La formidable hépatologue de l’APHP, qui règle assez rapidement la discussion absurde sur les petits risques et les gros risques. Elle explique également de manière très simple et pédagogique, que le prix très élevé de certains médicaments, est beaucoup plus dû à la spéculation financière des laboratoires qui cassent leur tirelire pour en racheter d’autres à coup de milliards pour le futur profit de leurs actionnaires, qu’au réel coup de recherche et développement. Le soi-disant trou de la Sécurité Sociale serait-il en partie dû à la nécessité des laboratoires de rembourser rapidement leurs créanciers ? Qui doit-on accuser de mauvaise gestion alors ? Ces entreprises ont-elles le moindre souci de la santé publique ?

Bien qu’il soit en l’occurrence plutôt l’ange noir qu’une figure qui illumine le documentaire, il est impossible de ne pas relever la tirade de Denis Kessler lors du congrès du Medef en 2007. On se pince ; on pense qu’il est en train de lire une revendication du patronat de la fin du XIX ème siècle ; on sent la haine et le mépris dans chaque mot qu’il éructe. Et pourtant il s’agit de sa pensée, livrée sans filtre, où l’on sent la volonté d’une revanche qui bouillonne et semble prête à le faire exploser. On ne va pas souhaiter qu’il tombe gravement malade pour qu’il puisse bénéficier de la prise en charge totale de soins coûteux, et qu’il fasse amende honorable comme un autre chantre de l’ultra-libéralisme et du démantèlement de la Sécurité Sociale, Jean-Marc Sylvestre, qui après être passé à deux doigts de la mort il y a plus de 10 ans, avait écrit un article dans Les Echos se terminant par « Le système de santé français est formidable : il faudrait être sûr que tout le monde puisse en bénéficier… ». Rassurons ses amis libéraux, vu son article du 3 novembre dans Atlantico, il a oublié cet épisode douloureux …

Toujours le même mot d’ordre …

Le message que délivre les acteurs de ce documentaire continue de faire écho aux idéaux qui ont guidé les pionniers : progrès et solidarité. Avant d’être budgétaire, le choix est politique. Quelle vision a-t-on de la santé pour tout un peuple ? Les acteurs économiques n’ont-ils pas finalement intérêt à ce que l’ensemble de la population ait accès aux soins sans que ce soit au détriment d’autres besoins de base ? Quelle est cette soi-disant modernité qui conduit à une médecine à plusieurs vitesses ?

A voir l’énergie, l’élan, la « gnaque » que certains avaient il y a 70 ans, on rêve d’un sursaut ! Et que « La Sociale », immédiatement après sa carrière en salles, soit diffusée à la télévision à une heure de grande écoute pendant la campagne présidentielle.

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Un entretien essentiel avec un avocat sur le projet de loi réformant le code du travail

Section Sarlat ldhsarlat@gmail.com

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