L’Europe solidaire a besoin d’un vote

blogs.mediapart.fr

Malik Salemkour

Les résultats des élections du 26 mai traduiront l’Europe que nous voulons, en envoyant un message politique à tous les gouvernants en place. Les personnes élues au Parlement européen agiront dans le mandat qu’il leur sera donné. S’exprimer par son vote est lourd d’enjeux.

Comment ne pas être inquiet de l’état démocratique et social des pays européens, comme de la France. L’Europe est le continent le plus prospère, avec une richesse et une puissance économique qui ont augmenté comme jamais. En même temps, la précarité et les inégalités s’accroissent. Trop sont laissés de côté, trop de territoires se sentent abandonnés, quatre-vingt-six millions d’Européens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Trop d’injustices perdurent. Devant leur incapacité à y répondre, la défiance envers les politiques est profonde, se traduisant par l’arrivée aux pouvoirs de forces nationalistes, populistes ou explicitement d’extrême droite.

De fait, les valeurs de l’Europe qui affirment le respect et la promotion de droits fondamentaux égaux pour toutes et tous sont aujourd’hui fragilisées ou bafouées. Ce sont par exemple les graves atteintes à l’Etat de droit et à la liberté de la presse en Hongrie ou en Autriche, aux droits des femmes, notamment l’accès à l’IVG et des personnes LGBTI comme en Pologne, aux droits et à l’égale dignité des minorités nationales comme des Roms en Europe centrale, et, plus largement, partout en Europe, avec des violences racistes et parfois institutionnelles comme en Slovaquie. Les futurs membres du Parlement européen doivent défendre ces droits et libertés essentiels et obtenir des sanctions ciblées, sauf à les laisser pouvoir être défaits demain, en France, aussi.

En 2017, toutes les instances européennes (Conseil, Commission, Parlement) ont adopté un Socle européen des droits sociaux (accès à l’éducation, l’emploi, la formation, à des salaires minima, égalité femmes/hommes, lutte contre toutes les discriminations…). Il reprend nombre d’objectifs que l’Europe s’était déjà assignés, sans y parvenir jusqu’ici. Ces déclarations de principe sont positives, mais il reste à les mettre en place par des mécanismes concrets de solidarité, en refusant un nivellement par le bas. Les droits n’existent que s’ils sont effectifs, ouverts à toutes et à tous sans discrimination, traduits en actes et en politiques volontaristes, et que des sanctions sont prévues s’ils ne sont pas respectés. Le vote du 26 mai peut aider à porter un engagement fort pour lutter contre la pauvreté, avec des garanties de ressources minimales permettant à chacune et chacun de vivre dignement partout en Europe, comme pour favoriser l’accès aux systèmes de santé pour toutes et pour tous et sur tous les territoires et notamment pour les plus précaires, et lutter plus efficacement contre les discriminations, en raison de l’origine, du sexe, de l’orientation sexuelle, du handicap…

Soigner un malade, accueillir un enfant à l’école, avoir un toit, vivre dignement dans un environnement sain sont des droits universels qui ne peuvent être soumis à condition. Ils fondent l’humanité même de chaque individu. La situation des réfugiés et migrants en Europe est insupportable, qu’on parle avec le cœur ou la raison. Ce qu’on leur fait vivre, qu’on les laisse mourir aux frontières ou dans la Méditerranée, qu’on les parque dans les pays limitrophes ou de leur arrivée, qu’on les enferme, même enfants, et expulse, est indigne, inefficace mais aussi dangereux. L’Europe forteresse est illusoire et menace sa sécurité à terme. C’est aussi réduire les droits de toutes et tous, car ce sont partout des contrôles au faciès, des violences policières, des actes xénophobes et racistes qui se multiplient, des politiques sécuritaires et une logique de surveillance et de suspicion généralisées. L’histoire et l’actualité montrent que cela commence par les étrangers, puis ce sont d’autres minorités, et, petit à petit, ce sont des droits fondamentaux mis sous conditions, des droits absolus qui deviennent relatifs, ouverts qu’à ceux qui en ont les moyens, qu’aux groupes majoritaires ou dominants.

S’abstenir le 26 mai, c’est laisser faire ceux qui prônent un égoïsme suicidaire, l’avidité, le repli nationaliste et autoritaire, la concurrence de tous contre tous. Voter, c’est pouvoir agir pour une Europe solidaire, fraternelle, plus sûre et prospère, forte de l’égalité réelle des droits et des droits sociaux effectifs qui redonnent confiance dans une démocratie qui traite chacune et chacun en égale dignité.

Malik Salemkour, président de la LDH

Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

L’auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.

Publicités

Des pressions inacceptables sur la presse

Communiqué LDH

Après l’invraisemblable tentative de perquisition dans les locaux de Mediapart, le procureur de la République multiplie les actes d’intimidation à l’égard de journalistes.

Si, comme l’a rappelé la porte-parole du gouvernement, les journalistes ne sont pas au-dessus des lois, la protection de leurs sources et leur déontologie impliquent qu’ils gardent le silence sur l’origine de leurs informations.

Dès lors, en convoquant à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour audition libre ces journalistes en raison des informations qu’ils ont publiées, le procureur de la République de Paris ne peut ignorer l’inutilité de cette démarche sauf à la qualifier pour ce qu’elle est, une tentative d’intimidation.

En ajoutant à ces manœuvres, la convocation du président du directoire du Monde, le procureur de la République s’essaie à une autre forme d’intimidation en s’en prenant au responsable du journal lui-même.

La LDH dénonce ces manœuvres du gouvernement et d’un procureur de la République qui lui doit sa nomination.

Elle appelle à la vigilance face aux pressions que subissent les médias. De leur liberté dépend, en effet, la nôtre.

Elle assure les journalistes et les médias concernés de sa solidarité et de son soutien.

Paris, le 24 mai 2019

Télécharger le communiqué au format PDF


Arrêté anti-mendicité à Périgueux : une demande d’annulation et une manifestation


La section locale de la Ligue des droits de l’homme demande au maire Antoine Audi d’annuler son arrêté et appelle les Périgourdins à manifester au pied de l’arbre de la Liberté ce jeudi 23 mai à 18 heures.

« Non à l’arrêté anti-mendicité ! » Pour protester contre l’arrêté municipal qui interdit les « sollicitations financières » du 15 mai au 31 août dans les rues du centre-ville de Périgueux, la section du Grand Périgueux de la Ligue des droits de l’homme appelle les Périgourdins à venir manifester au pied de l’arbre de la Liberté, à la jonction de la place André-Maurois et l’esplanade Robert Badinter, ce jeudi 23 mai à 18 heures (et non mardi 21 comme annoncé précédemment).

Lundi 20 mai, la Ligue a déposé une demande de recours gracieux auprès de la Ville de Périgueux. Elle demande l’annulation du texte. « Manifestement, Périgueux n’a pas connu de bouleversement lié à la mendicité ces trois dernières années », avance le courrier de demande d’annulation.

Demande de preuves

Le maire LR Antoine Audi fait état d’une hausse du nombre de mains courantes auprès de la police municipale concernant des faits de mendicité plus ou moins agressive. La Ligue demande au maire de lui fournir la totalité des 288 mains courantes déposées auprès de la police municipale dont les 156 qui concerneraient la mendicité. « La ligue des droits de l’homme ainsi que tous les citoyens concernés tireront les conséquences de cette communication ou de son absence », précise la section locale.

Pour l’instant, il n’est pas question de retirer l’arrêté, a souligné ce mardi midi Antoine Audi. Je me laisse le temps de la réflexion. Concernant la communication des mains courantes, on doit vérifier avec un avocat si cela est possible et légal car elles sont nominatives. »

En 2014 et 2015, le maire de Périgueux avait déjà pris un arrêté contre la mendicité. Après deux ans de batailles juridiques et de manifestations, il avait fini par être annulé par le tribunal administratif en juin 2016. Les juges ont estimé que, s’il appartient « au maire, en vertu des pouvoirs de police qu’il détient […] de prendre les mesures nécessaires pour assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique, les interdictions édictées à ce titre doivent être justifiées par les troubles, risques ou menaces qu’il s’agit de prévenir ».

Or, pour les magistrats, « il ne ressort pas des pièces du dossier que l’éventualité des troubles occasionnés […] présentait un degré de gravité tel que leur interdiction […] s’avérait nécessaire ».


Le droit d’asile malmené : le Conseil d’État appelé à se prononcer sur le refus des conditions d’accueil aux personnes « dublinées »

Communiqué commun CFDA, dont la LDH est membre, Avocats pour la défense des droits des étrangers, Saf et SM

Douze associations et syndicats ont déposé devant le Conseil d’État une requête en annulation, accompagnée d’un référé-suspension, contre le décret du 28 décembre 2018 (1) relatif aux conditions matérielles d’accueil (CMA), versées aux demandeur-e-s durant l’examen de leur dossier. Il s’agit de contester un système inique visant à couper irrévocablement le droit à l’hébergement et à une allocation aux personnes dublinées prétendue « en fuite ».

Ce décret met en application les dispositions de la loi du 10 septembre 2018 qui prévoient la fin des CMA pour plusieurs catégories de personnes en demande de protection, ainsi que la possibilité de les assigner à résidence ou de les placer en rétention dès la notification d’une décision défavorable de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Le décret prévoit également que l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) peut désormais refuser ou retirer automatiquement le droit à l’hébergement et à l’allocation notamment aux personnes dublinées placées « en fuite » ou à celles qui n’ont pas respecté l’orientation directive vers un hébergement ou une région de résidence.
Au cours de l’audience, qui s’est déroulée le 28 mars 2019, le juge des référés a pointé plusieurs difficultés dans le dispositif critiqué. Sa décision sur la suspension du décret, et donc de la loi, est attendue dans quelques jours.

En plus de cette requête, de nombreux contentieux individuels sont également en cours contre cette procédure-piège qui place les personnes dans l’extrême précarité. Depuis plusieurs mois, le nombre de personnes dublinées accueillies dans les permanences associatives, à la suite du retrait ou du refus de leur accorder des CMA au prétexte qu’elles ont été déclarées « en fuite » par les préfectures, ne cesse d’augmenter. Car en cas de « fuite », l’Ofii leur retire mécaniquement les droits sociaux sans leur notifier une décision motivée et individualisée. Le 5 avril 2019, le Conseil d’État va examiner la légalité de ces coupes claires de droits pratiquées par l’Ofii dans cinq dossiers individuels en appui desquels nos organisations ont déposé des interventions volontaires. Or l’Ofii a la main de plus en plus lourde : selon ses propres chiffres, plus de 15 417 décisions de suspension des CMA ont été prises en 2018, soit 5 fois plus qu’en 2017.

Les campements aux portes de Paris ou d’autres grandes métropoles abritent désormais une part importante de ces demandeur-e-s d’asile jeté-e-s à la rue parce que considéré·e·s comme « en fuite », alors que leur demande d’asile est en cours d’instruction devant l’Ofpra ou la CNDA. Sans aucune ressource, ni logement, leur état de santé physique et psychique se dégrade rapidement.

Nous contestons cette logique manifestement contraire au droit européen. La directive « accueil » (2) oblige en effet les États membres de l’UE à garantir aux demandeur-e-s d’asile « des moyens de subsistance permettant d’assurer la dignité des personnes ».

L’accueil des demandeur-e-s d’asile par la France est mis à mal depuis des années, la dernière loi « asile et immigration » renforce son caractère dissuasif et punitif, mettant des milliers d’exilé-e-s dans le dénuement le plus total.

4 avril 2019

 

Organisations signataires :
– Coordination française du droit d’asile
– Avocats pour la défense des droits des étrangers
– Syndicat des avocats de France
– Syndicat de la magistrature

La CFDA rassemble les organisations suivantes :
ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), Amnesty International France, Ardhis (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour), Centre Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique), La Cimade (Service oecuménique d’entraide), Comede (Comité pour la santé des exilés), Dom’Asile, ELENA (Réseau d’avocats pour le droit d’asile), Fasti (Fédération des associations de solidarité avec tout-e-s les immigré-e-s), GAS (Groupe accueil solidarité), Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s), JRS-France (Jesuit Refugee Service), LDH (Ligue des droits de l’Homme), Médecins du Monde, MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), Secours Catholique (Caritas France), SNPM (Service national de la pastorale des migrants).
La Croix-Rouge française et la représentation française du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés sont associées aux travaux de la CFDA
> http://www.cfda.rezo.net

(1) – http://www.gisti.org/spip.php?article6101

(2) – Directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale

 


Ils ne mouraient pas tous, mais tous rabougrissaient…

liberation.fr

Par Sylvain Prudhomme , Ecrivain

Cela se passait en des temps sans gloire, moroses et ternes. Les habitants du Vieux Continent à présent étaient fatigués. Ils avaient le dos coincé, la générosité grippée, la déprime sévère. Le cœur leur manquait. La grandeur leur manquait. Le bonheur leur manquait. Beaucoup de choses leur manquaient, en fait. Parfois, ils repensaient aux heures fières au cours desquelles, deux siècles plus tôt, leurs aïeux avaient eu l’audace de déclarer les hommes libres et égaux en droits. Ils essayaient de se représenter ces ancêtres épris d’universel. Ces idéalistes habitués à regarder par-delà les frontières, à rêver de fraternité entre tous les hommes. Cela leur semblait loin.

L’époque était vache désormais. Les hommes et les femmes du Vieux Continent n’avaient plus le temps. Beaucoup étaient riches. Beaucoup rabougrissaient lentement mais sûrement dans leur richesse. Beaucoup devenaient petits, fripés, froncés. Parfois, la conscience leur venait soudain de leur ratatinement. Ils songeaient à tout ce qu’ils avaient, à tout ce que d’autres n’avaient pas, et la tristesse les gagnait. Est-il possible que nous soyons ceux-là, pensaient-ils avec douleur. Est-il possible que ces humains fanés, vieillis, rétrécis, ce soit nous ?

Ils aimaient les histoires de courage. Ils raffolaient de héros. Ils allaient par millions voir au cinéma la vie de Schindler, la vie de Mandela, la vie de Martin Luther King. Ils lisaient des livres qui parlaient de courage et d’abnégation. Ils célébraient les résistants, les impavides, les généreux, les intègres. Ils admiraient Rosa Parks, l’abbé Pierre, Jean Moulin, Lucie Aubrac. Ils adulaient les braves et les justes, honnissaient les tyrans et les lâches. D’un bout à l’autre de la planète, ils dénonçaient, sermonnaient, vilipendaient, portaient aux nues, clouaient au pilori. Ils étaient grands donneurs de leçons et discoureurs patentés sur l’état du monde.

Et puis des bateaux arrivaient chargés d’hommes et de femmes simplement demandeurs d’un toit. Et aussitôt une grande fatigue les prenait. Leurs douleurs articulatoires se réveillaient. Une quinte de toux leur endolorissait les bronches. Ils se sentaient mal. Ils étaient obligés de s’excuser, il fallait qu’ils se reposent. Nous sommes vos frères humains, libres et égaux à vous en droits, soufflaient les nouveaux venus. Libres et égaux en quoi, qu’est-ce que vous dites, demandaient les habitants du Vieux Continent. Notre bateau va couler, disaient les embarqués. Votre bateau va quoi ?

Il était soudain tard, l’heure d’aller se coucher. Les habitants du Vieux Continent étaient affreusement gênés. Ça les attristait beaucoup, ce spectacle de semblables sur le point de couler sous leurs yeux. C’était désagréable. Ça faisait désagréablement désordre. N’était-il pas convenu avec les pays d’origine des embarqués que pareil spectacle devait à tout prix être évité. N’était-ce pas le but explicite des sommes allouées à leurs dirigeants : s’assurer qu’une police efficace empêche par tous les moyens ces parias d’arriver jusqu’ici. Quitte à les coffrer. Quitte à les fourguer aux oubliettes. N’importe quoi pourvu que ça se passe loin, et que nul ici n’en sache rien.

Le bateau attendait un peu, et puis il repartait. Un peuple un rien moins usé en voulait bien ailleurs, pour cette fois. L’horizon redevenait bleu. Dans les maisons, les hommes et les femmes rabougris plaignaient les embarqués. Tout de même est-ce que ce ne sont pas nos égaux en droits. Est-ce que nous n’aurions pas dû lever au moins le petit doigt. Est-ce que d’autres peuples ne nous ont pas aidés jadis, à l’époque où nous aussi avions besoin de partir.

Ils râlaient mollement contre leurs élus rabougris, les accusaient d’avoir manqué de cran, confessaient qu’ils revoteraient malgré tout pour eux. Et puis ils allumaient la télé. Retrouvaient leurs héros. Leurs braves. Des pilotes de course lancés à 200 à l’heure dans des déserts immaculés. Des franchisseurs d’océans à la rame. Des auteurs de retour d’un voyage subventionné de dix jours au Sahara. Des équipiers d’un jeu d’aventures tropical retransmis au même moment dans dix millions de foyers. Héros télégéniques, avenants, vivants. Pas comme ces faces fatiguées de types partis depuis quatre ans de chez eux, à demi morts de fatigue et de soif. Marathoniens sans même le savoir. Vrais recordmen pourtant de toutes les courses d’endurance. De tous les sauts de haies. De tous les défis d’orientation et de survie.

Cette chronique est assurée en alternance par Thomas Clerc, Camille Laurens et Sylvain Prudhomme.

Sylvain Prudhomme Ecrivain


Rallye Dakar en Arabie Saoudite : le groupe public France Télévisions doit dénoncer un partenariat devenu contraire à ses principes

 

Communiqué de la LDH et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)

Alors que le Rallye Dakar donnera demain une conférence de presse près de Riyad pour détailler l’organisation de la célèbre course automobile en Arabie Saoudite, nos organisations demandent au groupe public « France télévision » de dénoncer un partenariat contraire aux principes et valeurs de sa « charte des antennes ». L’argent public ne saurait contribuer à une nouvelle opération de séduction d’un État saoudien suspecté de crimes de guerre au Yémen, et menant une répression implacable contre les défenseurs et militantes des libertés.

Le 15 avril, le groupe Amaury Sport Organisation (ASO) annonçait que le célèbre rallye-raid se disputerait en Arabie Saoudite à partir de 2020 et pour les cinq éditions suivantes. Cette annonce intervient six mois après le meurtre du journaliste dissident Jamal Khashoggi, et alors que la coalition saoudienne est impliquée dans une guerre au Yémen où elle est soupçonnée de crimes de guerre.

Elle intervient également après de nouvelles révélations sur les mauvais traitements et actes de tortures infligés en prison (coups de fouets, chocs électriques, harcèlement sexuel) à des militantes des droits humains emprisonnées, dont Loujain Al-Hathloul. Actuellement détenue et jugée avec huit autres féministes par une cour spécialisée dans les affaires de terrorisme, Loujain risque vingt ans de prison.

Organiser une course automobile dans ces conditions témoigne d’un mépris absolu pour les problématiques de droits humains dans le pays, et est conforme à la stratégie de relations publiques du régime, qui a multiplié ces dernières années les contrats – notamment d’armement – et dépenses somptuaires pour redorer son image et s’assurer du soutien des chancelleries occidentales.

Dans sa charte, le groupe France Télévisions estime que « La télévision de service public a vocation à constituer la référence en matière de qualité et d’innovation des programmes, de respect des droits de la personne, de pluralisme et de débat démocratique »[1]. Il ajoute que « toute émission produite ou acquise à l’extérieur doit se conformer aux principes de cette charte ».

Alors que la dissidence pacifique est réduite au silence en Arabie Saoudite, que ses activistes sont assassinés, torturés, ou mis en prison, comment imaginer que les habituels reportages de fond diffusés sur les pays traversés par le Rallye dans les formats magazine de France Télévisions accompagnant habituellement la course, soient autre chose qu’une suite de belles images et de propos amènes sur l’histoire, la géographie et la culture du pays, à la grande joie de ses dirigeants ?

Les journalistes de France Télévisions pourront-ils continuer à faire leur travail de journalistes, investiguer, enquêter, choisir des angles incisifs en toute indépendance, alors que France Télévision sera liée par un partenariat à ASO, elle-même liée contractuellement à l’État saoudien ?

Pour toutes ces raisons, mais aussi par respect pour les femmes et les hommes emprisonnés en Arabie Saoudite, nous demandons au groupe France Télévisions de dénoncer immédiatement un partenariat indécent devenu contraire à ses principes et à sa charte.

Paris, le 24 avril 2019

 

[1]     Préambule p8  https://www.francetelevisions.fr/groupe/nos-valeurs/charte-des-antennes-93


Observer les pratiques policières : agir pour la défense des libertés publiques

L’actualité met régulièrement en avant les usages disproportionnés de la violence et des armes dites non-létales par les forces de l’ordre, notamment dans le cadre de la répression des mouvements sociaux. Nous l’avons vu très récemment à l’encontre des lycéens (Arago, Mantes-la-Jolie) et des gilets jaunes.

Ces répressions violentes peuvent prendre différentes formes – à la fois physiques, entraînant des blessures et traumatismes, et administratives et juridiques, avec la multiplication des arrestations, parfois à titre préventif – et ont des conséquences dramatiques sur celles et ceux qu’elles touchent. Chacune et chacun est susceptible de les subir.

Dans ce contexte, et chaque fois que des personnes seront violentées par les forces de l’ordre, chaque fois que les revendications sociales seront réprimées, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a un rôle essentiel à jouer. Seule, ou plus généralement avec des partenaires, elle s’est donc engagée dans des démarches d’observation citoyenne dans le cadre d’observatoires locaux. Vous en trouverez ici les derniers rapports.

Rapport du 19 janvier au 9 mars 2019 de la Legal team de Montpellier

Rapport du 15 décembre 2018 au 15 janvier 2019 de la Legal team de Montpellier

Rapport du 1er mai 2017 au 23 mars 2019 de l’Observatoire des pratiques policières de Toulouse

Rapport du 17 novembre 2018 au 16 février 2019 de l’Observatoire girondins des libertés publiques : sera rendu public le 29 avril prochain, lors d’une conférence de presse.