Des antisémites sous les gilets jaunes…


Parmi les « gilets jaunes » présents à Paris pour « tout bloquer » samedi dernier, une belle brochette de nationalistes et d’antisémites notoires, qui comptent bien récidiver samedi prochain…

Pas facile d’avoir un avis tranché et définitif sur le mouvement des « gilets jaunes », qui s’est exprimé pour la première fois samedi dernier. Certains, comme Jean-Pierre Anselme, veulent y voir « un mouvement d’ampleur, qui mobilise une large fraction des classes populaires les plus meurtries par les politiques gouvernementales néolibérales », dont les tentatives de récupération de la part de leaders nationalistes « n’atteste en rien de sa prétendue “nature” d’extrême droite ».

Photo : Serge d’Ignazio

D’autres, au contraire, comme nos camarades désabusé·es de Haute-Savoie, jugent ce mouvement plus sévèrement : « Sans perspectives révolutionnaires, les masses populaires qui cherchent la rébellion contre la morosité périurbaine se retrouvent prises dans les mailles du populisme, renforçant ainsi l’avancée du fascisme. »

Des gilets jaunes à Saint-Amand. Photo : marion lapeyre

Pour notre part, c’est plutôt avec scepticisme que nous observons ce mouvement, car sa revendication « franchouillarde » (la référence aux « Gaulois »), son anti-fiscalisme primaire (quid de la redistribution des richesses ?), et plus largement sa vacuité idéologique le rende plus facilement perméable aux idées d’extrême droite qu’à nos propositions d’émancipation sociale et de solidarité de classe, quelque soit la nationalité. L’avenir jugera, mais d’expérience, on sait que ce genre de mouvement spontané, n’ayant pour seule revendication que de « faire entendre le peuple » sans préciser ce qu’il a à dire, est soit voué à disparaître rapidement, soit à finir dans les filets des populistes professionnels, qui sont déjà à l’affût.

L’extrême droite en embuscade

D’ailleurs, les fafs ne s’y sont pas trompés, et les « vedettes » du milieu ont bien pris soin de faire un selfies avec des gilets jaunes, comme Dieudonné, Alexandre Gabriac et bien d’autres.

Gabriac et Dieudonné avaient sorti les gilets jaunes. Le PDF aussi…

Des fans de Faurissons sur les Champs Elysées

À Paris, un petit groupe s’était constitué dès 7 heures du matin sur le rond point des Champs Élysées, histoire d’être les premiers pour tenter de “bloquer” la célèbre avenue. Une vidéo de près d’une heure, réalisée par un certain Victor Diaz de Vivar, a circulé sur les réseaux sociaux : elle montre le groupe dirigé par  un certain Fred, entouré en rouge sur les photos ci-dessous, ainsi que son copain Kevin, filmé à plusieurs reprises en gros plan…

Source : Facebook

Or, dans cette petite équipe, on retrouve une belle brochette de nationalistes et d’antisémites parmi les plus radicaux, dont le “leader” autoproclamé de ces “gilets jaunes” parisiens.

Frédéric Jamet, à gauche en train de diriger des “gilets jaunes” dans Paris.

On peut ainsi reconnaitre sans peine sur la vidéo Frédéric Jamet. Entré dans la police en 1987, il sévit à la direction des renseignements généraux de la préfecture de police, tout en étant militant à l’Œuvre française (OF). Si on en croit le fondateur de l’OF, Pierre Sidos, dans une interview donnée à Hervé Ryssen, Jamet “corrigeait les rapports sur le plan français (correction, mise en forme) et plutôt que de mettre les documents dans le broyeur, il nous les fournissait.” En 1991, il rejoint la 12ème section de la direction, chargée du traitement de l’immigration clandestine. Or, à cette époque, Jamet faisait partie des militants de l’OF qui faisaient de l’entrisme au Front national. Dans le parti de Jean-Marie Le Pen, Jamet rejoint le syndicat Front national-Police[1] : il est même le rédacteur en chef du bulletin du syndicat frontiste.

Archives : La Horde

Suite à l’invalidation de ce syndicat frontiste en 1998, il rejoint alors le Syndicat professionnel des policiers de France (SPPF), dont il devient le secrétaire général, tout en restant au Front national ; mais la même année, Jamet, qui vient d’être nommé à l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants, est interpellé et mis en examen pour un braquage du restaurant Pétrossian, dans le carde d’une enquête sur un trafic d’explosifs. Il refuse de répondre au juge, évoquant le secret défense… Révoqué de la police nationale, Jamet passe en procès en 2004 pour association de malfaiteurs, tentative d’escroquerie en bande organisée et vol à main armée, et confirme à cette occasion qu’il était une « barbouze »… Un citoyen modèle !

Toujours proche de l’Œuvre française, Jamet était venu, en 2012, lors des élections universitaires à Assas, soutenir ses petits camarades du GUD. Si on en croit le journaliste Frédéric Haziza (ou plus précisément ses amis policiers) dans son livre Vol au-dessus d’un nid de fachos,  Jamet aurait également participé au financement du Crabe-Tambour, le bar du gudard Logan Djian ; Hervé Ryssen, dont il sera question plus loin dans l’article, est également de l’aventure. Enfin, le 29 septembre de la même année, il était présent au rassemblement des jeunesses nationalistes devant Notre-Dame, dont le site antifasciste REFLEXes avait à l’époque fait un compte rendu circonstancié. Là encore, Hervé Ryssen est présent.

Archives : La Horde et REFLEXes

En 2015, Frédéric Jamet crée sa propre organisation, le Mouvement Écologique National et Solidaire (MENS, pour « esprit » en latin, quel poète !), dont Jamet se désigne comme le « Stratège », sous le pseudonyme de Périclès… Un manque totale d’humilité qui n’a d’égal que l’anonymat complet de son mouvement, dont la seule activité connue est la publication sporadique de communiqués pour dénoncer pêle-mêle l’immigration, les abattoirs et les agressions « sionistes » contre la Syrie. En novembre 2017, le MENS, du moins son «Stratège », vient prêter main forte au « Comité Révolutionnaire International » de Franck Pucciarelli, un soutien inconditionnel de Kadhafi : la scène se passe au théâtre de la Main d’Or, alors le théâtre où s’exhibait Dieudonné, et en présence de Ginette Skandrani, soutien bien connue des négationnistes de tous poils.

Au théâtre de la Main d’or, Frédéric Jamet (A), Franck Pucciarelli (B) et Ginette Skandrani (C).

On est donc un peu moins étonné de voir Jamet lancer quelques mois plus tard, le 11 mai 2018, un appel à signature pour un « Pacte antimondialiste », qui entend rassembler tous ceux qui veulent « lutter contre l’oligarchie mondialiste qui orchestre le projet totalitaire de gouvernance mondiale aux fins d’asservissement de l’humanité » et « combattre l’axe sioniste générateur de conflits et de chaos »…

On est encore moins surpris d’avoir vu samedi dernier, aux côtés de Jamet, gilet jaune sur le dos, d’autres citoyens tout aussi « remarquables », en tout cas pour leur antisémitisme :

– Hervé Lalin, dit Ryssen, un ancien militant du FN, responsable du groupuscule nationaliste-révolutionnaire Unité Radicale en Ile-de-France au début des années 2000, s’est fait connaitre par l’organisation de l’agression du père Berger à la Basilique Saint-Denis le 15 septembre 2003, en raison de son soutien aux sans-papiers. C’est ensuite sous son nom de plume Hervé Ryssen qu’on le retrouve, publiant divers ouvrages tous plus antisémites les uns que les autres, dans lesquels il prétend analyser le « discours mondialiste juif » en faisant la part belle à la psychologie de bazar. Régulièrement invité à s’exprimer dans l’hebdomadaire pétainiste Rivarol, le bonhomme s’est rapproché assez logiquement de l’Œuvre française, jusqu’à sa dissolution. Ryssen, dans une vidéo aujourd’hui supprimée, se revendiquait lui-même “antisémite et raciste“.

Photo souvenir de la manif en l’honneur de Jeanne d’Arc, le 11 mai 2014 : de gauche à droite, Vincent Vauclin de la Dissidence française, Yvan Benedetti (ex-Œuvre française), Hervé Ryssen.

– un ami de Ryssen, connu sous le pseudo John Balder, qui considère sur les réseaux sociaux le négationniste Faurisson comme « un héros de la Résistance face à la dictature juive » :  Balder était d’ailleurs présent à sa dernière conférence en Angleterre la veille de sa mort, en compagnie de Pierre Dortiguier, Maria Poumier (deux soutiens connus des négationnistes) et Vincent Reynouard, catho intégriste et négationniste convaincu, ainsi que, bien entendu, quelques élu du Britsh National Party (BNP).

John Balder (A), Robert Faurisson (B), Maria Poumier (C) et Pierre Dortiguier (D).

Kevin Licata, une sorte de “Vincent Lapierre” aux petits pieds, animateur d’une chaine Youtube, “Chroniques de rue”, sur laquelle il a interviewé des personnalités connues pour leur “amour” de la communauté juive, comme le suprémaciste noir Kemi Seba, l’imposteur Alain Soral, le néonazi Daniel Conversano ou le directeur de Rivarol Jérôme Bourdon.

Tout ce petit monde se connait bien, et se retrouve aux différentes sauteries organisées par l’extrême droite radicale, comme par exemple à la “fête du pays réel” de l’organisation catholique intégriste Civitas : on notera au passage que la militante de Résistance helvétique qui les accompagne, Vanessa Inzaghi, est elle aussi une fan de Faurisson, qu’elle a rencontré à plusieurs reprises.

De gauche à droite : John Balder, la suisse Vanessa Inzaghi de Résistance helvétique, Hervé Ryssen et Kevin Licata.

Vanessa Inzaghi et son ami Faurisson.

Jean Lamour, discret militant de l’ex-Œuvre française, au sein de laquelle il se chargeait de l’anti-antifascisme virtuel : il aurait même cherché, mais en vain, à identifier les animateurs de la Horde… Désolé Jeannot, tu ne sais pas qui on est, mais toi on te connait !

Derrière la caméra, pour filmer ses copains, on trouve Victor Diaz de Vivar, alias Victor Lenta : passé par le Bloc Identitaire de Toulouse au début des années 2010, et logiquement s’engageant dans l’Oustal le local des Identitaires sur cette ville à cette époque, Lanta rejoint durant l’été 2012 le Lys Noir de Rodolphe Crevelle. En septembre 2012, sans même avertir personne et laissant une ardoise à l’Oustal, Victor quitte le Bloc et prend la tête des Jeunesses Nationalistes.

Victor Lanta protégeant ses militants lors d’une action des Jeunesses nationalistes en 2013.

En 2014, il lance le mouvement “Unité Continentale”, qui voulait regrouper des volontaires français pour combattre aux cotés des pro-Poutine dans le Donbass. Il part donc en Ukraine et au bout de 3 mois ils ne sont qu’une petite dizaine dont 3-4 français.

Victor (le moustachu) avec ses copain pro-russes dans le Dombass.

On avait récemment parlé de lui à propos d’une conférence sur la Russie où il était intervenant sous le pseudo de Victor Alfonso, et à laquelle était également invité Djordje Kuzmanovic, le conseiller pro-Poutine de Mélenchon.

Ce qu’on peut en conclure…

On imagine bien que les quelques dizaines de “gilets jaunes” qui suivaient les sinistres personnages ci-dessus samedi dernier ne partagent pas forcément leur antisémitisme, ni même ont la moindre idée de qui ils étaient. Et c’est bien le problème : car quand on ne sait pas vraiment où on va, on risque bien de suivre n’importe qui, et la petite expérience activiste de certains des militants cités pourraient bien suffire à en faire des leaders… Alors que les “gilets jaunes” se sont donnés rendez-vous à Paris le week-end prochain, Jamet et ses amis ont d’ors et déjà annoncé qu’ils seront de la partie : maintenant que leur parcours politique est connu, espérons davantage de discernement parmi celles et ceux qui voudront exprimer leur “ras-le-bol” le week-end prochain.

La Horde

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