Commémoration – Grande Guerre…

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…pourquoi la chanson de Craonne n’a pas été interprétée au lycée Bourdan à Guéret

Centre France

A l’occasion de la commémoration du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, une cérémonie officielle a été organisée ce vendredi devant le monument aux morts du lycée Pierre-Bourdan, à Guéret. Les lycéens devaient interpréter « La chanson de Craonne ». Ce chant des mutins de 1917 n’a finalement pas été entonné pour ne pas froisser les Anciens combattants. Il sera interprété au lycée mercredi prochain, en plus petit comité.

Cette chanson contestataire, qui tire son nom d’un village de l’Aisne détruit lors des différentes batailles du Chemin des dames, dérange encore, cent ans après la fin de la Grande Guerre.

Elle témoigne de la lassitude des soldats et d’un mouvement de contestation né au sein de l’armée après les terribles pertes humaines de l’offensive du Chemin des Dames, menée à l’initiative du général Nivelle en avril 1917.

Le chant a été interdit par le commandement militaire en raison de ses paroles antimilitaristes.

La polémique a rebondi il y a quelques jours dans l’Indre. Des élèves de Tournon-Saint-Martin devaient entonner la chanson des mutins de 1917 lors des cérémonies du 11 novembre. Le directeur académique des services de l’Éducation nationale s’y est opposé.

Indre : la Chanson de Craonne indésirable le 11 Novembre

A Guéret, ce n’est pas le directeur académique qui a demandé à ce que les jeunes n’interprètent pas ce chant. Laurent Fichet a au contraire encouragé les initiatives de commémoration de l’Armistice de 1918 dans les lycées de Creuse.

Centenaire de l’Armistice, monument aux morts du lycée Pierre-Bourdan

Le proviseur du lycée Pierre-Bourdan, Eric Gougeaud, a décidé que la chanson de Craonne serait entonnée mercredi 14 novembre, avec la lecture d’autres textes, et non lors de la cérémonie officielle de vendredi où les Anciens combattants étaient présents. « Je souhaitais une cérémonie la plus consensuelle possible, propice à aucune source de polémique, indique-t-il. J’ai programmé la chanson de Craonne à un autre moment pour que ça ne soit pas polémique. »

Claude Gueniou, le président de l’Union nationale des combattants de la Creuse, estime que ça aurait été « un affront » d’interpréter cette chanson lors de la cérémonie. « Un chant antimilitariste ne peut pas s’admettre devant un monument aux morts, tranche-t-il. Il faut connaître le sens de ces paroles, c’est provoquant. Il faut chercher l’apaisement, pas la haine ».

Catherine Perrot

Les paroles de la chanson

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s’en va là-haut en baissant la tête

Refrain : Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Refrain

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs là

Refrain

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

 

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