Affaire Benalla : l’irresponsable sortie de Macron contre le «pouvoir médiatique»

liberation.fr

Par Jonathan Bouchet-Petersen, @BouchetPetersen

ÉditoIl faut avoir un sacré toupet dans la séquence actuelle pour marcher sur la presse, pardon le «pouvoir médiatique», comme Macron l’a fait mardi soir devant son clan LREM et une bonne part du gouvernement à la Maison de l’Amérique latine. N’hésitant pas à balancer : «Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité. Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire […], qui a décidé qu’il fallait fouler au pied un homme [Alexandre Benalla, ndlr] et avec lui toute la République.»

La veille, le porte-parole du gouvernement – et avec lui tout le chœur macronien – n’avait pas été plus aimable à l’égard de la commission d’enquête parlementaire, ce «tribunal politique». Or si on peut comprendre que les avocats d’Alexandre Benalla, dont le métier est de défendre leur client par tous les moyens légaux, puissent user de l’argument «cabale politique» contre Macron, il est irresponsable d’entendre de telles sorties dans la bouche du gardien des institutions.

Mais revenons à la croisade présidentielle contre ce pouvoir médiatique qui raconte des «fadaises» rien que pour lui nuire, sans égard pour la République. «Alexandre Benalla n’a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n’a jamais occupé un 300m2 à l’Alma [la désormais fameuse résidence du quai Branly, ndlr], Alexandre Benalla n’a jamais eu un salaire de 10 000 euros, Alexandre Benalla n’a jamais été mon amant». Dans cette énumération grossière, le chef de l’Etat met bout à bout, en toute mauvaise foi, des fake news circulant en ligne (la vie privée et les codes nucléaires) mais qui n’ont fait l’objet d’aucun article de presse, avec des questionnements journalistiques légitimes sur lesquels l’Elysée n’a pas jugé utile d’apporter de la transparence : on pense au salaire d’Alexandre Benalla et à sa demande de se voir attribuer un logement de fonction.

Lors de son audition mercredi par la commission des lois de l’Assemblée, Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, avait précisé avoir convenu avec le chef de l’Etat qu’il ne répondrait pas à ses interrogations. On se pince donc en entendant le président de la République, mais aussi le secrétaire d’Etat Mounir Madjoubi, qui a affirmé sans ciller : «Nous sommes nés dans la transparence et nous continuerons à transmettre toutes les informations souhaitées.»

« A tous ceux qui ne cherchent pas la vérité, ne cherchez pas non plus des fusibles ! Nous sommes nés dans la transparence et nous continuerons à transmettre toutes les informations souhaitées » @franceinfo pic.twitter.com/LhhToAu7gy

— Mounir Mahjoubi (@mounir) 25 juillet 2018

Sans les révélations du journal le Monde, le cas Benalla serait resté un dossier réglé en catimini à l’Elysée, dans un entre-soi peu propice à la sévérité ou à la transparence. On remarquera que la justice, après avoir eu connaissance des faits du 1er Mai, s’est illico saisie d’elle-même. Si l’enquête judicaire et celle de l’IGPN vont permettre de répondre à bien des questions qui restent en suspens, il serait bienvenu que d’ici là, ce président qui prive les Français de sa parole n’abîme pas trop les contre-pouvoirs qui sont eux aussi dépositaires de la République. Car la République, ça n’est pas un homme, c’est un tout.

Jonathan Bouchet-Petersen @BouchetPetersen

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