Parcoursup : «Avoir un « oui » ne veut pas dire que l’élève a une formation où il veut aller !»

liberation.fr

Par Marie Piquemal

Depuis l’annonce des premiers résultats le 22 mai, la nouvelle plateforme Parcoursup, qui répartit les élèves de terminale dans les filières de l’enseignement supérieur, suscite critiques et inquiétudes surtout. Un tiers des élèves n’ont toujours aucune proposition d’affectation et angoissent. Beaucoup reprochent au gouvernement une réforme d’ampleur menée trop vite.

Depuis le début de l’année, «Libération» donne la parole à tous ceux qui sont en première ligne dans l’application de cette réforme. Elèves, étudiants en réorientation, profs de lycée, enseignants-chercheurs… Dans cette chronique, chacun raconte, avec ses mots et son ressenti, les changements vécus de l’intérieur.

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Aujourd’hui, un prof de sciences économiques et sociales de Seine-et-Marne (77)

«J’ai l’impression que Parcoursup a tous les travers d’APB, avec des défauts en plus, qui rendent le nouveau système encore pire que l’ancien. Je pense à cet effet « liste d’attente », par exemple. Dans le ressenti de nos élèves, cela renforce le sentiment de ne pas avoir les mêmes chances que les autres parce qu’ils viennent de Seine-et-Marne. Ils ont le sentiment de devoir attendre que les Parisiens fassent leurs choix. Eux passeront après, ils auront droit aux restes. En salle des profs, on en est venu à se demander si certaines facs n’avaient pas pris en compte un critère kilométrique, en partant du principe que plus un élève vient de loin, moins il a des chances de réussir. C’est la seule explication que l’on ait trouvée pour comprendre comment si peu de nos élèves ont les choix qu’ils voulaient. Pour nous, ils paient l’enclavement de la Seine-et-Marne.

«Le pire, c’est qu’on ne saura jamais si Parcoursup a bien fonctionné ou pas. Avec APB, on pouvait tirer un bilan : tant d’élèves ont leur premier vœu, tant leur douzième… Là, la seule donnée diffusée, c’est le nombre d’élèves ayant un vœu accepté. Mais cela ne veut pas dire que c’était la formation qu’il voulait ! Par exemple, dans ma classe, en tant que prof principal, j’ai incité fortement mes élèves à formuler au moins un vœu dans une formation où la place ne manque pas. Un vœu de secours, en quelque sorte. Du coup, beaucoup de mes élèves ont un « oui », mais c’est un « oui » par dépit.

«Autre chose aussi, c’est un détail mais qui agace tellement dans mon lycée… : l’hypocrisie avec laquelle les résultats sont présentés. Pour les demandes à la fac, les élèves ont systématiquement un « oui ». Certains ont d’abord cru être pris, mais dans la case d’à côté : la mention « en attente ». Plus le temps passe, plus le « en attente » s’apparente furieusement à un « non » ! Une telle hypocrisie, c’est vraiment se moquer d’eux. Imaginez-moi, en face, en tant qu’enseignant. Sur une ligne de crête : obligé de tenir un discours rassurant, mais sans vouloir non plus leur mentir et leur faire croire que tout va bien. Pour, en plus, s’entendre dire dans les médias que nous, les profs, et notamment les profs syndiqués [il est au Snes-FSU, ndlr], on stresse nos élèves inutilement. Le gouvernement joue avec nos nerfs.»

Marie Piquemal

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