La police accusée de falsification de document de mineur ??

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La police française accusée d’avoir falsifié les dates de naissance de deux migrants mineurs

Par L’Obs Publié le 12 avril 2018 à 19h02

L’histoire est à peine croyable. Selon des ONG italiennes, citées par le « Guardian » qui publie ce jeudi 12 avril un article à charge, des policiers aux frontières français auraient falsifié l’acte de naissance d’au moins deux migrants mineurs non accompagnés afin de leur refuser l’entrée sur le territoire. La Commission européenne et le ministère de l’Intérieur italien ont été saisis par sept associations transalpines.

« Nous avons vu les policiers »

Le droit européen garantit aux migrants mineurs isolés, voyageant seuls, une protection et la possibilité de rejoindre un membre de leur famille installé dans un des Etats membres. Les migrants doivent alors prouver leur identité et leur âge aux autorités du pays dans lequel ils se trouvent. S’ils ont moins de 18 ans, ils doivent pouvoir bénéficier des droits relatifs aux mineurs. Pour pouvoir refuser l’entrée du territoire français à au moins deux mineurs, des policiers français auraient ainsi falsifié leur date de naissance.

C’est à la frontière franco-italienne, dans la ville de Vintimille, que les deux mineurs qui tentaient de rejoindre la France ont été stoppés par la police. Daniela Ziterosa, juriste pour l’ONG Intersos, raconte au « Guardian » :  « Nous étions là par hasard et nous avons vu deux mineurs, que nous connaissions bien, se faire arrêter par la police française. »

La juriste poursuit :

« Nous avons alors vu les policiers écrire une date de naissance erronée sur le document ‘refus d’entrée sur le territoire’. Un des enfants a pris une photo du document, on peut y voir que la date de naissance d’origine a été modifiée. »Le mineur qui a pris la photo est né en Erythrée, en Afrique de l’Est, le 1er octobre 2001. La date inscrite sur le formulaire est celle du 1er janvier 2000.

Le jeune voulait passer par la France pour tenter de rejoindre la Suède, où son frère est installé.

L’ONG finit par faire le poids face à la police :

« Nous avons réussi à empêcher leur renvoi et les Français les ont finalement acceptées. »Selon le « Guardian », la police française n’a pas encore souhaité commenter l’affaire.


Péché d’orgueil…

…par Denis Sieffert

par Denis Sieffert

La question est de savoir si, dans un second temps, le blocage ne sera pas imputé à un gouvernement qui a ouvert les hostilités, et qui traite ses interlocuteurs avec un insondable mépris.

 

Le bras tremblerait-il enfin ? Après un long silence, voilà que le président de la République programme deux entretiens télévisés en l’espace d’une semaine. Une fois chez le très rustique Jean-Pierre Pernaut, une fois face à l’improbable tandem Bourdin-Plenel, heureusement plus dérangeant que l’inamovible présentateur du 13 heures de TF1. Jusqu’ici, Emmanuel Macron semblait vouloir illustrer la fameuse définition que donne Woody Allen de la démocratie : « Cause toujours ». Son gouvernement en était à additionner les « réunions » avec les syndicats pour exciper de son esprit d’ouverture : soixante-dix en deux mois ! Soixante-dix réunions pour ne rien dire. Et pour ne pas changer une virgule au projet initial qui a fini par arriver intact lundi devant les députés. Cette méthode a eu pour effet de cimenter un front syndical que l’on sait pourtant fragile.

Emmanuel Macron semble ignorer la recette de base de toute réforme libérale : mettre dans sa poche la CFDT. Même François Hollande l’avait compris. L’autre précepte à observer, c’est de donner aux syndicats ce que le regretté André Bergeron appelait du « grain à moudre ». Or, le gouvernement semble n’avoir pas prévu la moindre marge de manœuvre. Son offensive est globale. Sa méthode est autoritaire. Et son projet, non négociable. Aurait-il voulu imposer à moindres frais sa réforme de la SNCF qu’il aurait laissé de côté l’explosive question du statut des cheminots. Tout au contraire, il en a fait sa cible principale. On en vient à se demander pour quelle raison Emmanuel Macron se complique ainsi la tâche.

La réponse commence à devenir évidente pour beaucoup de nos concitoyens. Il ne veut pas seulement imposer à la SNCF des méthodes managériales, ni seulement soumettre un service public aux contraintes de la rentabilité, il veut aussi briser toute résistance, pour le présent et le futur. Il veut affaiblir ce qu’on appelle en démocratie les corps intermédiaires. Et qui sont précisément constitutifs d’une démocratie. Il y a décidément du Thatcher dans ce personnage. C’est une victoire quasi militaire qu’Emmanuel Macron veut remporter sur le mouvement social. En a-t-il les moyens, ou est-ce péché d’orgueil ? Nul ne peut prédire aujourd’hui l’issue de ce combat douteux. Mais on peut déjà en mesurer les risques pour notre société.

La guerre ouverte contre une catégorie professionnelle héritière d’une partie de notre histoire sociale a un grave inconvénient. Elle déchire notre pays. Pour parvenir à ses fins, le gouvernement doit beaucoup dénigrer les cheminots. Il doit dresser contre eux une partie de la population. Il reçoit pour cela le soutien zélé de certains médias. On voit chaque soir à 20 heures, et pour de longues minutes, les micros de la télévision se tendre en direction d’usagers exténués qui crient leur colère contre les grévistes. Car le premier réflexe est évidemment de s’en prendre à ceux qui ne montent plus dans leurs locomotives.

Se mêlent alors la grande misère d’une information qui se veut au plus près de la vie quotidienne des gens, et une idéologie ivre de discours sur le « changement » et le « mouvement », quels qu’en soient la direction et le coût social. Ce sont là les formes plus ou moins conscientes de l’adhésion d’une partie de notre métier au libéralisme. Ce renfort quotidien apporté au pouvoir lui suffira-t-il ? Pas sûr. La question est de savoir si, dans un second temps, le blocage ne sera pas imputé à un gouvernement qui a ouvert les hostilités, et qui traite ses interlocuteurs avec un insondable mépris. Mais un autre facteur risque de faire basculer l’opinion. C’est la multiplication des feux. Après les retraités et les universités, aux deux extrémités de l’âge, voilà que de nouvelles scènes de colère ont envahi nos écrans avec la tentative d’évacuation de Notre-Dame-Des-Landes. Le gouvernement mise sans doute sur la trompeuse simplicité des images. L’ordre noir des gendarmes mobiles contre le « folklore » d’une population bigarrée. Nous avons assez montré ici, à force de reportages, que la ZAD, c’était surtout des projets qui méritent infiniment plus de considération. Mais au total, l’accumulation des conflits pourrait bien produire à son tour une impression de désordre dont Emmanuel Macron finirait par endosser la responsabilité.

L’orgueilleux a peut-être présumé de ses forces. Son obstination révèle cependant un personnage animé par une flamme assez inquiétante pour notre démocratie. Ses projets vont au-delà de la politique. Sa représentation de la société semble captive de convictions intimes qui font décidément peu de cas de l’espace public. Un monde entièrement gouverné par la loi de l’entreprise, et une morale personnelle qui s’invite de façon intempestive dans les affaires de l’État. Son discours, lundi soir, devant les évêques de France est à cet égard éclairant. Cette évocation des « liens abîmés » entre l’Église et l’État, et qu’il faudrait « réparer », ouvre une brèche dans le principe de séparation entre public et privé. On comprend que le statut des cheminots et, plus largement, les valeurs collectives n’aient pas beaucoup de place dans cet univers-là.


Macron, laïcité: danger!

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Samy Johsua

Tout le monde a compris qu’il y avait dans le discours de Macron au Collège des Bernardins une portée politicienne, visant à parachever le marquage « à droite » du macronisme, en tentant de tirer le tapis sous les pas des identitaires à la Wauquiez. Mais les arguments avancés vont manifestement au-delà.

Les soutiens de Macron s’indignent qu’on ait extrait une seule phrase de son discours devant la Conférence des Évêques de France. Celle où il affirme, en notre nom à tous en tant que Président : « …nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer ». Certes cette phrase est d’une gravité exceptionnelle, et on va y revenir.

Mais la lecture du reste du discours aggrave le cas au lieu de l’atténuer. « …ne renoncez pas à la République que vous avez si fortement contribué à forger », dit-il aux évêques au mépris de toute vérité historique. Parce que le « vous », c’est bien l’Eglise catholique en tant que telle, et non la part des catholiques qui s’est trouvée du bon côté dans des occasions fondamentales. Quand Macron les cite, ces occasions, « (les) résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République », c’est non seulement pour les mélanger à d’autres, inverses, « l’Union Sacrée de 1914 », mais pour les attribuer à l’Institution en tant que telle. Il fallut pourtant attendre l’encyclique de Léon XIII, Au milieu des sollicitudes (Inter Sollicitudines), en 1892, pour voir enfin, un siècle après la naissance de la République, un timide ralliement à ses principes. Quant à l’attitude de l’Eglise sous Pétain, il faut vraiment détailler ?

Sacrée myopie encore quand Macron énonce « les mêmes associations catholiques et les prêtres accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles, des familles recourant à l’avortement, à la fécondation in vitro, à la PMA ». Qu’il y en ait, tant mieux, c’est heureux. Que ce soit la parole de l’Institution qui peut y croire une seule seconde ? Oubliées les imprécations contre la contraception et le préservatif en pleine épidémie de Sida ? Macron va de plus jusqu’à utiliser la formule scandaleuse, « familles homosexuelles » (au lieu de « homoparentales »), comme si on pouvait définir une famille (donc les enfants) par un choix sexuel des parents ! Sans faire de psychanalyse de bas étage, on devine les ravages idéologiques de « la manif pour tous »…

Et voilà, c’est là, dans l’Eglise catholique que serait « le réel » : « Nous écoutons une voix qui tire sa force du réel et sa clarté d’une pensée où la raison dialogue avec une conception transcendante de l’homme ». Clarté, c’est beaucoup dire. Pour qui se souvient que Macron fut l’élève de Ricoeur, et des trésors d’herméneutique dont le philosophe chrétien (protestant) dut faire preuve pour tenter de réconcilier un semblant de pensée rationnelle avec la glose biblique ! Mais c’est un autre débat, il est vrai.

L’idée de base ne fait pas de doute : asséner l’idée, encore et encore, quant aux « racines chrétiennes de la France »., avec des formules ciselées, comme la suivante « …la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation ». Racines qui s’étendent évidemment à l’Europe, avec cette autre formule : « …ne renoncez pas à cette Europe dont vous avez nourri le sens »

Et maintenant retour à la phrase qui a marqué les esprits, à très juste titre. Le lien entre l’Eglise et l’Etat aurait été abimé. Quand ? Par qui ? Comment ? Et « lien » ? Entre l’Eglise et l’Etat ? Enfin quand même, la Loi de 1905 ne vise t-elle pas explicitement à briser de tels types de « liens » ? En son article 2, ne dit-elle pas « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » ? Et de plus, entre ces cultes, Macron fait une hiérarchie en affirmant, de manière stupéfiante pour un Président de la République astreint à la discrétion en la matière : « Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. ». Pas des musulmans ou des juifs donc ? Et pas des non croyants, incapables d’avoir leur propre « vision transcendante de l’Homme » ? N’est-ce pas Sarkozy qui, déjà, en 2007 affirmait « L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur » ? Pas de morale sans Dieu, c’est ça ? Comme la vieille rengaine réactionnaire ? On voit le risque, mortel. Retisser « le lien » entre l’Eglise catholique et l’Etat, et c’est toute la vieille gadoue qui remonte à la surface.

Macron prétend qu’il s’agit là d’un débat sur la nature de la laïcité. Il affirme : « Je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens ». Non, effectivement. Et d’ailleurs la Loi de 1905 assure dans son article premier « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes ». On ne peut prétendre « garantir la liberté » et transformer l’Etat en arme contre cette liberté. Et il s’en déduit que cette liberté n’est pas limitée à la sphère privée. Le débat public, politique, idéologique se fait avec toutes les familles de pensée, y compris les pires réactionnaires de l’Eglise catholique (en donc il faudrait alors parler de combat plus que de débat). Et y compris de l’autre côté en alliance avec ses secteurs progressistes qui ont toujours existé, heureusement. Comme dans les autres religions. « Nous avons reçu la charge de l’héritage de l’homme et du monde » dit Macron. Mille pardons, « nous » n’avons aucun héritage commun, sauf des rivières de sang, avec les massacreurs de la Commune. Et nous en avons avec les chrétiens « porteurs de valise » du FLN. C’est si difficile à comprendre ?

Mais la garantie de cette liberté de conscience est justement la séparation entre les Eglises et l’Etat. Que l’on la remette en cause aussi gravement et c’est un danger mortel pour la paix civile entre citoyen-ne-s d’options différentes. C’est un siècle de retour en arrière. On voit bien, au-delà des tropismes propres à Macron et à son passage chez les Jésuites, une autre logique profonde de la chose. Le capitalisme, voilà un système vraiment « sans morale ». Et il en est de même avec le néo-libéralisme, avec l’option de la concurrence de tous contre tous. Equilibrer un tel amoralisme par le goupillon, c’est ce sur quoi peuvent compter par exemple les secteurs réactionnaires états-uniens. Et qui leur manque terriblement en France du fait de notre histoire. Mais justement : remettre en cause les bases de la Loi de 1905 pour y parvenir, ce serait allumer un incendie dont nul ne peut prévoir l’ampleur.

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Laïcité : la confusion des genres d’Emmanuel Macron

Communiqué LDH

En s’exprimant devant la Conférence des évêques, le président de la République entendait préciser sa pensée sur les rapports entre les églises, singulièrement catholique, et l’Etat, sur sa conception de la laïcité et sur, enfin, la crise de sens qui accompagnerait la modernité.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) tient à exprimer quelques inquiétudes sur des thèmes et des expressions qui méritent approfondissement ou clarification dans les débats futurs.

Ainsi, la volonté proclamée de « réparer » des liens « abîmés » avec l’Église catholique semble davantage relever d’un désir d’ordre privé, dont on saisit mal la portée réelle, plutôt que d’une responsabilité d’État. Garant suprême de la Constitution et des institutions, le président de la République inaugure, ce faisant, une lecture de la loi de 1905 qui n’est pas sans risque de confusion. Garant de la liberté de conscience et de culte, l’État n’entretient pas de lien avec les églises sur un pied d’égalité, encore moins en privilégiant l’une d’entre elles, fût-ce en invoquant l’« histoire » ou la « culture ».

Il est de même problématique de voir le président de la République se livrer à une sorte de « bilan » du religieux au regard des problèmes posés au corps social tout entier. Là encore, le risque de confusion est réel et non sans risque.

Il n’est pas neutre en effet de s’adresser aux citoyennes et aux citoyens en les assignant à leur identité catholique. Sans aucunement mépriser ou minoriser les identités religieuses, c’est la devise républicaine qui fonde les termes du débat public, dans l’égalité de toutes et de tous, des identités multiples, des aspirations à une fraternité exclusive de clivages discriminants.

La LDH se félicite que le président de la République ait rappelé les principes de la laïcité et de sa garantie par l’État du fait de sa neutralité et du principe de liberté de pensée et d’expression, aussi bien pour les croyances religieuses que pour les autres. La LDH réaffirme son attachement à la laïcité, qu’elle inscrit au cœur de ses combats pour des droits universels et indivisibles.

Paris, le 11 avril 2018

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Rassemblement contre la tuerie à Gaza à Périgueux…

COMITE DORDOGNE-PALESTINE
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Dix-sept morts et près de 1500 blessés : c’était le chiffre de l’effroyable tuerie commise par l’armée israélienne et ses « snipers » dans la bande Gaza contre une foule palestinienne pacifique, avec vieillards, enfants, femmes, jeunes, massée le long de la frontière dans la zone tampon imposée par Israël pour commémorer l’expulsion des Palestiniens de leur terre en 1948.

Une « marche du retour » non violente qui a rassemblé plus de 30 000 gazaouis venus simplement crier leur droit et planter leur drapeau.

Une audace et une détermination inacceptables pour Israël qui ne supporte pas la multiplication des manifestations pacifiques de résistance de la population palestinienne contre le blocus et l’étranglement de Gaza, et la progression de l’occupation, du pillage et de la colonisation de la Cisjordanie en violation du droit international.

Pour dire non à ces massacres et demander à la France, au Président Macron, à l’Union Européenne et à la communauté internationale une condamnation et une intervention urgente, le Comité Dordogne Palestine appelle les Périgourdins à un rassemblement ce mardi 3 avril à 18 heures devant le Palais de justice de Périgueux.

Richard Lavigne

France : le droit de manifester menacé


Depuis près d’un an, nous avons enquêté sur le respect du droit de manifestation pacifique en France. Le constat est sans appel : l’application de l’état d’urgence et un usage disproportionné de la force ont restreint ce droit fondamental de manière préoccupante.
Le droit de manifester est un droit fondamental, indispensable à la liberté d’expression, et à la possibilité de revendiquer ses opinions et ses droits. Il ne peut être restreint qu’à des conditions très strictes . Les autorités ont pour responsabilité de protéger tous nos droits fondamentaux, pourtant, ils sont de plus en plus présentés comme secondaires voire comme des menaces qu’il faudrait donc limiter.

L’état d’urgence détourné pour restreindre le droit de manifester

En France, sous l’état d’urgence, 155 manifestations interdites en 18 mois

Depuis novembre 2015 et les terribles attentats qui ont touché la France, l’état d’urgence a été instauré et renouvelé à cinq reprises. Alors que son objet est de prévenir de nouvelles attaques, les mesures de l’état d’urgence ont été utilisées pour interdire 155 manifestations. Tous les 3 jours environ, une manifestation est interdite en France sous ce prétexte. Par ailleurs, 639 interdictions individuelles de manifester ont été ordonnées par les préfectures en France, sous l’argument de prévenir les violences lors des manifestations, alors que le plus souvent il n’existait que peu ou pas d’éléments démontrant que ces personnes auraient participé à des violences.

Lire aussi : l’histoire de Joël, un militant écologiste constamment surveillé

L’Etat n’a pas été en mesure de prouver pour chacune de ces interdictions qu’elles visaient à prévenir une menace spécifique, qui ne pouvait être évitée qu’en limitant un droit pourtant fondamental. De telles mesures, sans lien démontré avec la lutte contre la menace terroriste, ont un impact démesuré sur le droit des personnes à exercer leur liberté d’expression pacifique.

Ainsi, de nombreuses personnes interdites de manifester avaient simplement été présentes lors de manifestations ayant donné lieu à des actes de violences par des manifestants, mais rien ne permettait de leur reprocher la participation aux dites violences.

639 mesures d’interdictions individuelles de manifester ont été prises contre des personnes dont 21 dans le cadre des manifestations liées à la COP21, et 574 dans le cadre des manifestations contre la loi travail

Des pratiques policières contestables

Les nasses, cette pratique qui vise à confiner des manifestants pour les empêcher de manifester ou de rejoindre une manifestation © Yann Lévy / Hans Lucas

Nous avons aussi pu constater un usage récurrent de certaines pratiques de maintien de l’ordre contraires au droit international.

Par exemple, la fouille systématique et la confiscation d’outils de premiers secours, tels que les sérums physiologiques, les lunettes qui ne peuvent pas être considérées comme des armes par destination, empêchent les personnes de se soigner. Le fait que du matériel de premier secours ait été confisqué aux street medics est aussi choquant, car ce matériel peut être indispensable pour prodiguer des soins de première urgence. :

À chaque fois on leur expliquait qu’on avait besoin de ce matériel pour prodiguer les premiers secours aux manifestants qui, par exemple, se sentaient mal à cause des lacrymogènes. Ils nous répondaient qu’on ne devait pas venir en manifestation si on avait peur que les lacrymogènes puissent être utilisés ».

Annaliese, une Street-Medic (secouriste) à Nantes

Des stratégies de maintien de l’ordre peuvent aussi mener à une hausse des tensions et limiter de manière disproportionnée le droit de manifester. Par exemple, l’usage fréquent et prolongé des nasses, cette pratique qui vise à confiner des manifestants pour les empêcher de manifester ou de rejoindre une manifestation, est une atteinte disproportionnée au droit de manifester, en particulier lorsque les personnes « nassées » sont des manifestants pacifiques. Pourtant, il existe des stratégies de maintien de l’ordre qui visent à diminuer les tensions plutôt qu’à les attiser.

Un usage disproportionné et arbitraire de la force

Notre recherche, confortée par l’observation de plusieurs manifestations, nous a permis de constater le recours par les forces de l’ordre à un usage disproportionné de la force. Selon des témoignages concordants recueillis auprès des streets medics, des bénévoles qui soignent les personnes blessées au cours de manifestations, plus de 1000 personnes auraient été blessées rien qu’à Paris lors des manifestations contre la loi travail. Bien sûr, les actes de violence de la part de certains manifestants à l’encontre des forces de l’ordre doivent aussi être condamnés. Toutefois, ils ne peuvent justifier une violence disproportionnée de la part des forces de l’ordre.

Ces pratiques d’usage de la force, outre qu’elles peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les personnes touchées, peuvent également, selon de nombreux témoignages, avoir un impact sur le droit de manifester en lui-même, les personnes ayant peur de revendiquer leurs droits en participant à des manifestations.

Je manifeste depuis mon jeune âge et je n’ai jamais vu une telle agressivité des forces de police. Je suis une femme de 50 ans, cadre dans le secteur privé et pacifique.

Sandrine, manifestante à Rennes.

Elle rajoute « et je veux démentir les autorités qui disent que la police ne s’en est prix qu’aux casseurs lors des manifestations du printemps 2016 ».

Plus de 1000 personnes auraient été blessées rien qu’à Paris lors des manifestations contre la loi travail © Yann Levy / Hans Lucas

Des journalistes intimidés et violentés

Les violences à l’encontre de journalistes et autres travailleurs des médias lors des récentes manifestations ont fait le tour de la presse.

L’usage de la violence de la part des forces de l’ordre contre des personnes filmant ou documentant des manifestations est particulièrement inquiétant car il remet en cause le droit à une information libre. Même en cas de violence, il est du devoir des autorités de permettre aux journalistes de mener à bien leur travail.

Je n’ai pas d’autres explications que d’avoir été visé volontairement car je filmais l’interpellation violente d’un manifestant. Il n’y avait pas d’autres manifestants autour de moi, ils étaient à au moins 20/30 mètres à l’arrière et ils étaient en train de se disperser.

Joël, réalisateur indépendant

Manifester est un droit, pas une menace

Une manifestation doit toujours être considérée comme légale a priori, à moins que l’Etat puisse avancer des éléments précis justifiant son interdiction.

De plus, les actes de violences commis pendant une manifestation ne peuvent être imputés qu’à leurs auteurs et ne suffisent pas à qualifier une manifestation de violente.

Ainsi, toute intervention des forces de l’ordre ne doit viser que les individus responsables des violences. Il est du devoir de l’Etat de reconnaitre que les manifestations sont un usage légitime de l’espace public et il doit justifier d’une certaine tolérance envers les éventuelles perturbations non violentes qui pourraient avoir lieu. Pourtant, depuis l’instauration de l’état d’urgence, un glissement dangereux s’est opéré : des stratégies de maintien de l’ordre sont mises en place qui impactent fortement des droits fondamentaux dans l’objectif de prévenir des risques qui pourraient avoir lieu, sans aucune preuve concrète et solide que des événements dangereux pour la nation vont en effet arriver et que la seule solution pour y faire face est la restriction d’un ou de plusieurs droits fondamentaux. Cette logique dangereuse est celle de l’état d’urgence.

Il est temps de mettre un terme à cette dérive : manifester est un droit, pas une menace.

Manifester est un droit, pas une menace !