Auvergne, Aquitaine…

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Auvergne, Aquitaine… les régions

qui ont accueilli le plus de migrants

depuis un an


« Le Monde » a obtenu les chiffres de la répartition des migrants dans les Centres d’accueil et d’orientation (CAO) en France, région par région.

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Mathilde Damgé

Au centre d’accueil et d’orientation pour migrants de Saint-Brévin-les-Pins.
Au centre d’accueil et d’orientation pour migrants de Saint-Brévin-les-Pins. LOIC VENANCE / AFP

A la fin d’octobre 2016, l’Etat démantelait la « jungle » de Calais et transférait, en quelques jours, les 7 400 migrants qui s’y trouvaient vers 450 Centres d’accueil et d’orientation (CAO), dans diverses régions. L’ouverture de ces centres avait eu lieu un an plus tôt pour essayer de désengorger la « jungle ». La fermeture du bidonville calaisien à l’automne 2016 avait été accompagnée d’une abondante communication des pouvoirs publics, assurant que la dispersion de migrants sur le territoire était une question « humanitaire ».

Un an plus tard, il est possible de faire un bilan de cette vaste opération. Combien de migrants ont été accueillis dans ces centres ? Dans quelles régions sont-ils allés ? Le ministère de l’intérieur a accepté de transmettre des chiffres inédits sur ce sujet politiquement sensible — l’opposition accusait le gouvernement de l’époque de vouloir créer des « petits Calais » partout en France.

Plus de 11 000 migrants pris en charge

Ces données montrent que, sur l’ensemble du territoire, plus de 11 000 migrants ont été pris en charge par des CAO depuis le 1er janvier : ces centres étant ouverts à tous les demandeurs d’asile, ce chiffre englobe une bonne partie des migrants évacués de Calais (sachant qu’un certain nombre d’entre eux n’y sont pas restés), mais aussi des migrants issus d’autres « points de fixation », comme Paris (les évacués de la porte de la Chapelle, par exemple).

Ces données dessinent une carte de la « France, terre d’accueil » répartie dans onze régions, et non treize, car l’Ile-de-France est saturée, et les transports en Corse seraient « une source considérable de complexité », selon le ministère. En réalité, la Corse souffre surtout d’un climat de tension vis-à-vis des étrangers, selon plusieurs spécialistes de la question.

La région AuvergneRhône-Alpes (et la métropole lyonnaise) est aujourd’hui l’une des plus plébiscitées par les migrants et celle qui héberge le plus grand nombre de structures d’accueil. Son président, Laurent Wauquiez (LR), avait pourtant dit qu’il « n’acceptera [it] pas » l’objectif du gouvernement, une « folie » qui risquait de « multiplier des Calais partout en France ».

La répartition devait se faire selon un « critère démographique pondéré par les efforts faits par chaque région ». Elle dépend surtout des préfets, qui peuvent imposer des sites « sans que soit au préalable recherché l’accord avec des élus locaux ».

La région Nouvelle-Aquitaine confirme sa capacité d’attraction, malgré sa proximité avec l’Espagne. Selon Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), certains migrants craignaient d’aller dans les régions frontalières avec l’Espagne et l’Italie, de peur d’être expulsés plus facilement, en vertu de la procédure Dublin, qui autorise les Etats membres de l’Union européenne à renvoyer les demandeurs d’asile dans le pays où ils ont été enregistrés à leur arrivée en Europe. Or, ces pays sont le plus souvent l’Italie, la Grèce et l’Espagne.

Le Grand Est profiterait, lui, d’après le directeur de l’OFII, du voisinage avec l’Allemagne, terre d’asile envisagée par de nombreux migrants.

Une autre des principales raisons avancées par les migrants dans leur choix d’une région précise (ceux évacués de Calais avaient le choix entre deux propositions des autorités) est l’aide que des associations peuvent apporter pour les guider dans le dédale administratif du droit d’asile et l’obtention d’un travail (une fois obtenu le statut de réfugié).

Lire le reportage (édition abonnés) :   Il y a un an, l’évacuation de la « jungle » de Calais

Le nombre de CAO réduit de moitié

Concernant le nombre de centres d’accueil, il a été réduit de moitié entre 2016 et 2017, soit 230, selon la Cimade, principale association d’accueil de migrants en France, qui recense au niveau local tous les types de structures d’accueil.

La raison de cette baisse peut être pour partie liée à des fusions de centres et aussi à la suppression des centres d’accueil et d’orientation pour mineurs (Caomi). Dans l’urgence, le gouvernement avait créé, en octobre 2016, plus de soixante-dix Caomi pour les deux mille mineurs de la « lande » de Calais. Il ne s’agissait toutefois que de structures temporaires, dont la quasi-totalité a fermé en juillet.

Des données de la Cimade, il ressort que les régions où le nombre de CAO est le plus important coïncident avec les destinations préférées des migrants : Grand Est, Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes.

Les chiffres fournis par le ministère sur les capacités d’accueil au 31 août apparaissent en regard de ceux de la Cimade, au survol de la carte.

La carte des CAO actuels peut être comparée avec celle publiée il y a un an par le ministère de l’intérieur : Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine ont confirmé leur capacité d’accueil en CAO, tandis que les Hauts-de-France et l’Occitanie ont vu le nombre de structures divisé par respectivement deux et trois.

https://twitter.com/Place_Beauvau/status/790542204058083329

Une mosaïque d’hébergements

Pour compléter la carte des CAO, destinés au premier accueil, il faut savoir que d’autres structures existent :

  • le programme d’accueil et d’hébergement de demandeurs d’asile (Prahda — en grande partie des places dans d’anciens hôtels Formule 1, rachetés au groupe Accor, qui viennent compléter les CAO ;
  • les dispositifs nationaux des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) et des centres AT-SA (accueil temporaire – service de l’asile) ;
  • l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile (HUDA), un dispositif régional très développé en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est ;
  • les centres provisoires d’hébergement (CPH), qui accueillent des bénéficiaires de la protection internationale.

L’Ile-de-France finance un dispositif spécifique : le centre d’hébergement d’urgence migrants (CHUM), créé pour résoudre la question des campements parisiens de migrants. L’accueil est conditionné à un examen de la situation administrative du requérant par la préfecture de police et à un relevé d’empreintes.

Si l’on considère l’ensemble des places proposées dans toutes ces structures, l’Ile-de-France reste encore largement en tête, suivie d’Auvergne-Rhône-Alpes et du Grand Est.

En dépit de l’ouverture de centaines de nouvelles places chaque semaine, les capacités restent sous-dimensionnées pour certaines associations. Le dispositif d’accueil français compte entre 75 000 et 80 000 places, estime la Cimade. Or « le nombre de demandeurs d’asile en cours d’instance est proche de 110 000 personnes », relève l’organisation, qui pointe un autre problème : comme une partie des places (environ 20 %) reste occupée par des personnes qui ne sont plus des demandeurs d’asile (délai d’enregistrement de la demande d’asile dépassé, demande refusée, protection internationale…), seuls 50 % à 60 % des demandeurs sont hébergés.

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Etat des lieux dispositif accueil demandeurs asiles France

lacimade.org

État des lieux du dispositif

d’accueil des demandeurs d’asile


 39 800 places de CADA

Au 1er juillet 2017, le dispositif national d’accueil compte 39 800 places  autorisées de centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Le parc est principalement situé en Ile- de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est. Cependant,  ce sont les régions Pays de la Loire, Bretagne, Nouvelle Aquitaine et Occitanie qui ont connu le plus grand nombre de créations. Le principal opérateur est ADOMA devant COALLIA, FTDA, Forum réfugiés-Cosi. A l’occasion des appels à création de l’année 2015 et 2016, le groupe SOS et France Horizon ont développé un réseau important.

En 2017, l’Etat prévoit la création de 2 150 places supplémentaires dont 700 en Nouvelle-Aquitaine, 600  en Occitanie, 500 en Bretagne et 350 dans les Hauts de France. Le dispositif devrait compter environ 40 500 places. En 2018,  1 500 places supplémentaires sont prévues.

Plus de 6 000 places d’AT-SA

A coté de ce dispositif de CADA, l’Etat a mis en place des centres AT-SA (accueil temporaire Service de l’Asile) .  A vocation nationale, le dispositif géré par ADOMA comprenait 2 160 places début 2015. Avec le plan migrants de juillet 2015, 4 000 places ont été créées par divers opérateurs et dans de nouvelles régions  pour un prix de journée de 15.65€.

15 000 places d’HUDA

Pour pallier le manque de places de CADA,  un dispositif d’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile (HUDA) s’était développé au cours de la décennie 2000. Contrairement aux places AT-SA, ce dispositif est essentiellement régional. Il est très développé en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est.

Plus de 2 300  places de CPH

historiquement, première forme de lieu d’accueil lié à l’asile, le centre provisoires d’hébergement accueille des bénéficiaires de la protection internationale. Limité pendant vingt ans à 1 083 places, le dispositif a connu un doublement avec la création de 1 000 places supplémentaires. 3 000 places supplémentaires vont être créées en 2018

De nouveaux dispositifs : CAO, CHU(M),  PRAHDA , DPAR CAES

Mis en place pour orienter des personnes vivant dans le campement de la Lande à Calais et développé pour son démantèlement, le dispositif des centres d’accueil et d’orientation (CAO) compte selon le ministère de l’intérieur 10 700 places dont 2 000 ont été dédiés à des mineurs entre novembre 2016 et mars 2017.

Ce dispositif a été rattaché budgétairement depuis 2017  aux crédits de la mission asile et immigration (BOP 303). Il est utilisé aujourd’hui pour orienter les personnes qui sont hébergées dans les centres de premier accueil de Paris. Les personnes peuvent y être admises sans que leur demande d’asile soit enregistrée. Contrairement aux personnes venant de Calais, ces personnes peuvent y être assignées à résidence pendant la procédure de transfert. Le dispositif devrait compter environ 5 000 et être intégré dans le DNA.

Bien que financé par la préfecture de région Ile-de-France au titre de l’hébergement d’urgence, le dispositif CHUM (centre d’hébergement d’urgence migrants) partage beaucoup de caractéristiques avec le précédent. Créé pour résoudre la question des campements parisiens de migrants, le dispositif est principalement utilisé pour orienter des personnes sortant du centre d’accueil de Paris.  L’accueil dans ces lieux est conditionné à un examen de situation administrative par la préfecture de police. Elle procède à un relevé d’empreintes pour détecter d’éventuelles demandes d’asile dans un autre Etat-membre et entame une procédure Dublin. L’Etat dispose de 10 000 places . Les personnes accueillies sont tenues de se rendre à des rendez-vous pour faire le point sur leur situation administrative. Les personnes y sont assignées à résidence pour un éventuel transfert Dublin.

Pour assigner à résidence les personnes déboutées, le Gouvernement a mis en place un nouveau dispositif intitulé Dispositif de préparation au retour (DPAR) . Expérimenté à Vitry sur Orne puis à Lyon, de tels centres ont ouverts  en région parisienne et à Marseille.

Le ministère de l’intérieur a également décidée de créer 5 351 places dans le cadre d’un programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (PRAHDA). Lancé par appel d’offres en septembre 2016 remporté pour tous les lots par ADOMA, il consiste en grande partie en des places situées dans  d’anciens hôtels formule 1, rachetés au groupe Accor.   Ces places, gérées par l’OFII,  accueillent pour moitié des personnes isolées, qui ont demandé l’asile ou qui souhaitent le faire et qui n’ont pas été enregistrées. Comme dans les CAO, les personnes peuvent y être assignées à résidence pendant la procédure Dublin.

En Ile de France, s’est développé un dispositif spécifique de places d’hébergement dédiées à l’assignation à résidence des Dublinés  (CARDA) que le plan immigration prévoit de développer dans toutes les régions.

Enfin , à la suite d’un discours présidentiel, ont été mis en place des centres d’accueil et d’examen de situation administrative (CAES)  ou de pré-orientation (CPO en Ile de France) qui ont pour objectif de combiner un hébergement et un examen administratif dans les plus brefs délais avant une orientation rapide  dans d’ autres lieux d’hébergement en fonction de la situation administrative.

En tout le dispositif d’accueil dédié compte  entre 75 000 à 80 000 places. Cependant il reste en-deça des besoins d’hébergement car le nombre de demandeurs d’asile en cours d’instance est proche de 110 000 personnes. Comme une partie des places  (environ 20%) est occupée par des personnes qui ne sont plus des demanderesses d’asile (demandes d’asile non enregistrés en raison du délai d’enregistrement, bénéficiaires de la protection internationale ou déboutées), entre 50 à 60% des demandeurs sont hébergés.

Le gouvernement a prévu la création en 2018  de 1  500 places de CADA,  3 000 places de CPH et de  2 500 places d’autres formes. Cependant le dispositif CAO serait transformé dans d’autres formes

Schémas régionaux d’accueil pour demandeurs d’asile

Auvergne-Rhone-Alpes

Bourgogne-Franche-Comté

Bretagne

Centre–Val-de Loire

Grand Est

Hauts-de-France

Ile-de-France

Normandie

Nouvelle-Aquitaine

Occitanie

Pays-de-la-Loire

Provence-Alpes-Côte d’Azur