Ils arrivent en France après un long parcours en Europe: les Afghans sont de plus en plus ballottés entre pays qui tentent de les renvoyer, mettant «des milliers de personnes en danger de mort», affirment jeudi Amnesty International et la Cimade.

Entre 2015 et 2016, le nombre d’Afghans renvoyés dans leur pays par des Etats européens «a presque triplé, passant de 3.290 à 9.460», souligne Amnesty dans son rapport «Retour forcé vers l’insécurité». La France aurait elle expulsé 640 Afghans l’an dernier, selon la branche française de l’organisation.

Or, en Afghanistan, «2016 a été une année record en termes de personnes civiles tuées et 2017 suit la même voie», soulignent les deux associations.

Les renvoyer est une «infraction au principe fondamental de non-refoulement» selon lequel «on ne renvoie pas des personnes vers un territoire où elles risquent d’être en danger», souligne Jean-François Dubost, d’Amnesty International France, pour qui il est «indispensable que le ministère de l’Intérieur décide un moratoire immédiat sur les renvois directs en Afghanistan».

A l’Intérieur, on indique que «si les personnes courent le risque, dans leur pays d’origine, d’être exposées à des traitements inhumains ou dégradants, cette circonstance fait obstacle à leur éloignement».

Farhad a 23 ans et son parcours est emblématique: arrivé en 2015 en Norvège, il est débouté de sa demande d’asile. Il passe alors en Allemagne, puis en France, qui essaient de le renvoyer. «Ils me disaient: vous devez retourner en Norvège», a-t-il expliqué lundi à Paris.

Le jeune homme, qui travaillait à Kaboul comme interprète, tombe en effet sous la «procédure Dublin» qui confie le traitement de la demande d’asile au premier pays européen où le migrant est enregistré.

Pour la Cimade et Amnesty, il est «urgent» de cesser ces transferts, rien ne garantissant que les autres pays ne renverront pas les migrants vers l’Afghanistan.

– «Fortes pressions» –

Pour les pouvoirs publics, il y a là un sujet compliqué. Les Afghans sont très nombreux dans les campements insalubres, notamment à Paris. «La majorité sont des dublinés», assure un bon connaisseur du dossier.

Et la demande d’asile afghane est forte en France: 5.700 dossiers (hors mineurs) l’an dernier, et 3.200 entre janvier et juillet 2017 selon l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

On est loin des niveaux de l’Allemagne, avec 127.000 demandes l’an dernier. Mais les chiffres ont chuté à 9.600 au premier semestre: Amnesty rappelle que Berlin a durci sa position avec 3.500 Afghans expulsés l’an dernier. Par ailleurs, l’asile est accordé à 50% des Afghans en Allemagne — contre 80% en France (et 57% en moyenne en Europe).

Début septembre, en promettant une loi sur l’immigration et l’asile, Emmanuel Macron avait donné l’Allemagne pour modèle. «Comme l’a rappelé le président de la République, la France doit faire mieux pour éloigner les personnes en situation irrégulière, notamment les déboutés du droit d’asile», indique-t-on à l’Intérieur.

Transférer les «dublinés» est une procédure laborieuse, qui n’aboutit que dans 10% des cas environ. Mais les autorités françaises comptent intensifier leurs efforts, comme le montre la première mouture de cette loi, que l’AFP s’est procurée, avec un placement des «dublinés» en rétention tôt dans le processus.

L’idée, que pourrait bloquer une décision récente de la Cour de cassation, inquiète les associations: de 382 en 2015, le nombre d’Afghans en rétention est passé à plus de 1.000 en 2016 «et déjà 1.600 depuis début 2017», selon David Rohi, de la Cimade.

Pour lui, «les centres de rétention sont utilisés dans l’illégalité pour vider les camps de Paris et Calais».

Passé par Calais, interpellé à Dunkerque, Farhad a échappé de peu à un transfert vers la Norvège et vient de demander l’asile en France.

D’autres ont préféré prendre l’«aide au retour», également poussée par les pouvoirs publics, avec un pécule récemment porté à 2.500 euros (voire 5.500 en comptant l’aide à la réinsertion). 663 Afghans l’ont réclamée depuis le début de l’année.

AFP