Communiqué de Paris d’Exil…

A la suite de l’appel pour un changement radical de politique migratoire lancé par des associations et collectifs militant pour l’accueil et les droits des étrangers, une délégation avait été conviée – à la seule initiative d’Emmaüs International – à l’Elysée le 26 juin dernier, dont l’ambition était notamment de réagir au Plan Migrant, annoncée par G.Collomb 2 semaines plus tard.

Au sein de cette délégation comprenant le Gisti, la Cabane Juridique, Emmaüs International, Amnesty International, la CCFD, l’association Paris d’Exil ainsi que le collectif des p’tits dèjs de Flandres, et la Roya Citoyenne représentait les récentes associations citoyennes nées d’une pratique de terrain.

Or, Paris d’Exil s’est finalement retirée de la signature du texte de l’appel pour deux raisons :

Le 23 juin, entre un échange de mails, présentant l’ensemble de la délégation aux participants, et la conférence téléphonique survenant quelques heures après pour préparer la rencontre, un nouvel intervenant avait été invité à l’insu de tous : Thierry Kühn de Emmaüs France, ancien directeur de Emmaüs solidarité, association gestionnaire du centre pour migrant. Celui-ci proposa pendant la réunion préparatoire de féliciter le gouvernement du dispositif mis en place porte de la Chapelle, sans même proposer une dénonciation minimum  de ce que génère ce centre de tri.

Il réitéra au nom de la délégation ses félicitations dans une interview à Télérama le lendemain :

http://www.telerama.fr/monde/accueil-des-migrant-emmaus-adresse-un-defi-a-emmanuel-macron,159880.php#xtor=EPR-164-[newsletter_trasoiree]-20170623

Nous estimons que  toute dénonciation de la politique gouvernementale actuelle passe impérativement par une désolidarisation sans ambigüité du « modèle » du centre de la porte de la Chapelle, où des bénévoles,  s’échinent nuit et jour, convaincus de « faire le bien », sans doute en toute bonne foi, alors qu’ils participent d’un système menant les exilés vers des assignations à résidence et des expulsions.

Il est impossible pour l’association Paris d’Exil, de signer un appel initié notamment par Emmaüs France, mouvement étroitement lié à Emmaüs Solidarité, par le fait de son directeur, l’association assurant, pour le compte de la Mairie de Paris, l’intendance du centre, en étroite coordination avec les services de la préfecture qui y opèrent le tri des exilé-e-s dubliné-e-s ou non, et en fonction de leurs origines.. On cherchera vainement la moindre dénonciation de ces pratiques illégales par le mouvement Emmaüs France, ce qui aurait pu justifier sa présence.

Emmaüs Solidarité facilite purement et simplement la mise en œuvre par le gouvernement d’une politique assumée d’expulsion, qui consiste à appliquer le règlement de Dublin de façon extrêmement agressive et abusive. Le centre de la Porte de la Chapelle, véritable souricière à exilé-e-s, est l’un des rouages qui, avec le règlement de Dublin, fait tourner la politique d’expulsion de l’Etat français aujourd’hui. Comment peut-on participer passivement à son intendance le jour, et prétendre jouer les leaders d’une campagne de protestation et de dénonciation la nuit ? Il y a là une contradiction insurmontable, qui nous laisse perplexe quant aux motivations de la politique de communication d’Emmaüs aujourd’hui.

Non seulement l’association ne dénonce ni les tris, ni les expulsions au Soudan ou en Afghanistan de demandeurs d’asile, mais elle administre un système qui permet cette ignominie. Pour prendre un autre exemple, au Centre d’accueil des familles exilées à Ivry-sur-Seine ouvert en février 2017. Emmaüs n’a pas su mettre en place une permanence juridique qui aurait permis à des familles d’avoir des informations sur les risques et les conséquences de leur « dublinisation », leur permettre des recours, ou de faire le nécessaire pour avoir un enregistrement et un accès aux conditions matérielles d’accueil dans des délais décents, si ce n’est légaux. Or, plusieurs associations étaient prêtes à assurer cette  mission. La raison du  refus de coopération invoquée par la directrice du centre Aurélie EL HASSAK MARZORATI  : Il était trop compliqué de faire un choix rapide entre les différentes associations candidates. Résultat, des familles dublinées, sans informations et sans recours, sont régulièrement menacées d’expulsion. (cf. CP Paris d’Exil du 25/07/17 sur un jeune père afghan placé en CRA le 24/07)). Le déni d’information et d’accès au droit est le fait de l’association. Emmaüs aurait-elle des raisons de craindre la présence d’une association trop militante au sein de ses locaux ?

Voilà un mois que la proposition d’une concertation nationale est en travail, réponse à l’interpellation faite à l’Elysée précédemment. Elle mobilise un certain nombre de bénévoles, d’associations solidaires et militantes. En attendant, le « plan migrants’ est passé tranquillement, sans vague, sans communiqué de presse envoyé par les 250 signataires ici présents… Emmaüs France s’est engagé dans une protestation alors parfaitement inoffensive.

Pour rappel, le plan migrant  entend :

–       réduire  à 6 mois le délai de traitement des demandes d’asile, contre 14 aujourd’hui (cela coûtera moins cher en ADA, c’est judicieux, on déboutera et expulsera plus vite également)

–       créer 7 900 places supplémentaires (mais de quel ordre ? CHUM ou CADA ? les places en CADA promises en 2015 n’ont toujours pas été mises à disposition, et on peut rire de ce nombre dérisoire, alors que la France promettait d’accueillir plus de 20 000 personnes !)

–       Améliorer (et non garantir!) les conditions d’accueil des mineurs étrangers ….

Et surtout :

–       renforcer les contrôles aux frontières contre ces méchants envahisseurs (tout en fermant le service des visas à Kaboul)

–       Garantir l’exécution des obligations de quitter le territoire

–       Annonces budgétaire : 200M d’euros pour le sécuritaire, 40M d’euros pour le soutien à l’intégration…

Les assos et collectifs ont besoin de rassembler leurs énergies et de s’unir sur une base claire. Si les assises nationales de l’accueil et des droits des étrangers doivent se tenir, il est nécessaire que cela se fasse selon un cadre défini par les collectifs et associations de terrain, et avec la présence de personnes exilées. Il est nécessaire de ne pas nous en tenir au stade de l’indignation, mais de proposer un nouveau modèle de société, bien éloigné de ce qu’annonce pour l’instant le gouvernement.

Paris d’Exil

http://www.parisdexil.org
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