En Afghanistan, Daech confirme son implantation…

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En Afghanistan, Daech confirme son implantation


Des assaillants déguisés en médecin ont attaqué mercredi 8 mars l’hôpital militaire de Kaboul. Daech, qui a émergé dans le pays en 2014, a revendiqué l’attentat.

Il n’y a plus beaucoup de sanctuaires en Afghanistan depuis l’émergence de Daech. Le groupe a lancé un assaut mercredi 8 mars contre le principal hôpital militaire de Kaboul avant d’ouvrir le feu sur les patients et le personnel. L’attaque, qui a pris fin après plusieurs heures de combats, a fait plus de trente morts et 66 blessés.

D’après des témoins, un kamikaze s’est d’abord fait exploser à l’entrée de l’établissement sécurisé. Profitant du chaos, trois hommes armés habillés en médecins ont ensuite pénétré à l’intérieur de cet hôpital de 400 lits situé dans le quartier des diplomates, près de l’ambassade des États-Unis.

Une série d’opérations meurtrières

L’attentat a rapidement été revendiqué par Daech qui multiplie les attaques à grande échelle depuis un an en Afghanistan. Le 23 juillet 2016, le groupe avait tué 80 personnes de l’ethnie Hazara lors d’une manifestation à Kaboul, avant de s’en prendre en novembre à une mosquée chiite de la capitale, massacrant 27 fidèles.

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Leur dernière opération sanglante remonte au 8 février 2017, jour où huit employés du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont été assassinés dans l’Est du pays, obligeant l’organisation humanitaire à mettre entre parenthèses ses programmes.

Au contraire des talibans qui se sont souvent distanciés par le passé d’opérations susceptibles de provoquer un lourd bilan humain parmi la population, Daech frappe sans distinction civils et militaires en faisant le plus de victimes possible, avec l’intention de marquer les esprits selon une stratégie déjà utilisée au Moyen-Orient.

Daech contre les talibans

L’émergence de Daech en Afghanistan remonte à 2014, date à laquelle un taliban historique incarcéré à Guantanamo, le mollah Abdul Rauf, a fait allégeance au califat autoproclamé d’Aboubakr al-Baghdadi. Ce dernier qui a déjà séjourné dans le pays au début des années 1990 aspire à récupérer l’héritage d’Al-Qaida en Afghanistan, là, où la première génération de djihadistes arabes a combattu contre les Soviétiques.

Très vite, Abdul Rauf entraîne derrière lui des combattants talibans déboussolés par la mort du commandant historique le mollah Omar et les divisions qui surgissent lors de sa succession. Depuis l’Irak, Daech fait parvenir également de l’argent pour soutenir l’émergence de sa franchise locale.

Chassé du Helmand par les talibans, très vite privé de son chef de file Abdul Rauf tué par un drone américain, Daech est parvenu néanmoins à s’installer dans la province orientale du Nangarhar, se constituant un sanctuaire duquel il peut lancer ses attentats.

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Contrôlant plusieurs passages vers le Pakistan, les djihadistes peuvent imposer des taxes sur le trafic de l’héroïne, première source de financement des guérillas afghanes, au risque de se heurter violemment avec les talibans.

Au-delà du leadership sur la rébellion et des différences idéologiques, – les talibans étant essentiellement un mouvement national tandis que Daech aspire à califat étendu –, les deux groupes djihadistes s’affrontent désormais pour le contrôle de l’argent de la drogue.

Olivier Tallès

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