Et revoilà la modification de la Constitution. En laissant François Bayrou présenter son paquet de mesures pour moraliser la vie publique, le chef de l’Etat s’attaque à un Everest législatif de la Ve République. Emmanuel Macron connaît trop bien son histoire politique pour ignorer qu’on ressort rarement de cette ascension dans l’état où on y est entré. C’est le quitte ou double. En 2008, Nicolas Sarkozy avait failli échouer à deux voix près (dont celle de Jack Lang), pour faire passer sa modernisation du travail parlementaire. François Hollande n’a pas eu ce privilège : sa réforme, qui prévoyait notamment l’indépendance du parquet, la suppression de la Cour de justice de la République ou la révision du statut pénal du chef de l’Etat – autant de sujets consensuels et soutenus par l’opinion publique – n’a même pas eu l’honneur d’être présentée aux deux assemblées. Faute de soutien à droite. Sans le dire, Emmanuel Macron reprend donc une partie de la feuille de route de son prédécesseur là où il l’avait laissée. En plus du non-cumul des mandats dans le temps, Macron veut ajouter la réforme du Conseil supérieur de la magistrature et peut-être d’autres mesures d’ici à la rentrée. En se lançant avec appétit dans cette course d’obstacles au tout début de son mandat, il compte sur son capital de popularité pour réussir là où son mentor a calé.

En France, on ne modifie pas la Constitution à coups de menton ou d’ordonnances. Pour faire passer son texte, le gouvernement va devoir le faire voter à l’identique par les deux chambres : l’Assemblée nationale et le Sénat. C’est la première haie. Si le président peut espérer une majorité au Palais-Bourbon sur ce texte, assez consensuel, notamment à gauche, le passage au Palais du Luxembourg sera beaucoup plus délicat. Aujourd’hui, le Sénat, à droite et surtout très conservateur sur ces questions, pourrait être tenté de faire tomber le jeune Macron. A moins que le gouvernement n’attende pour présenter son texte la fin septembre, après le renouvellement de la moitié de la chambre haute, avec l’espoir d’y faire entrer des sénateurs En marche. Jeudi, lors de sa conférence de presse, François Bayrou a laissé cette question stratégique du calendrier ouverte pour ne pas insulter l’avenir. Un ancien conseiller de François Hollande décrypte : «Le Sénat c’est l’ancien monde. Même si Macron réussit à se constituer un groupe En marche, les sénateurs d’où qu’ils viennent ne sont pas en faveur du non-cumul dans le temps.» Le même prédit un scénario du pire : «L’effet de souffle présidentiel va se heurter sur le Sénat.» Sans compter que même en cas d’adoption au Sénat, il faudra encore passer la deuxième haie : celle des trois cinquièmes des élus des deux chambres, réunis en Congrès. Mais si la voie parlementaire finissait en impasse, Macron pourrait toujours passer par un référendum. «Ce n’est pas forcément un mauvais calcul pour Macron, poursuit l’ex-conseiller de Hollande. Le Sénat fait obstruction et lui va au référendum sur un sujet éminemment populaire.» Et là, c’est la consécration ou l’humiliation.

Grégoire Biseau , Laure Bretton