Les arguments de campagne de Marine Le Pen passés au crible


Europe, immigration, sécurité… A quelques jours du débat d’entre-deux tours, retour sur les principaux arguments de la candidate, vérifiés au fil de la campagne.

Immigration

Dans son programme, Marine Le Pen dénonce une « immigration totalement incontrôlée ». Elle envisage ainsi de limiter le nombre d’entrées légales sur le territoire à 10 000 par an. La candidate propose également de rétablir les frontières nationales et de sortir de l’espace Schengen, de rendre impossible la régularisation ou la naturalisation des étrangers en situation illégale, de supprimer le droit du sol, etc. Son cheval de bataille : instaurer la « préférence nationale*». Pour cela, elle s’appuie sur plusieurs arguments : les Français auraient moins de droits en France que les étrangers, les logements sociaux seraient prioritairement occupés par l’immigration, les clandestins voyageraient gratuitement en Île-en France. En réalité, ces trois affirmations sont fausses.

En février dernier, invitée dans l’Émission Politique, elle expliquait que selon elle, « on accorde la nationalité beaucoup trop facilement depuis déjà un certain nombre d’années ». Elle souhaite donc supprimer le droit du sol. L’acquisition de la nationalité française deviendrait possible uniquement par la filiation ou la naturalisation et les conditions d’obtention seraient plus exigeantes. Elle envisage également de mettre fin « à l’acquisition automatique de la nationalité française par mariage ». Dans les faits, la naturalisation par mariage n’est pas automatique, contrairement à ce qu’affirme Marine le Pen. Elle est effective après seulement quatre ans de mariage, voire plus dans certaines conditions.

Europe

Marine le Pen s’est toujours montrée très critique envers le projet européen. Si elle est élue, elle compte renégocier les traités puis organiser un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne. Pour étayer sa proposition, la candidate loue les mérites d’une sortie de l’UE et de l’euro. Elle affirme que « les Britanniques, avec le Brexit, peuvent se féliciter de la forme insolente de leur croissance », ou encore que « depuis 2007, la Suède, qui n’est pas dans l’euro, a eu une croissance de 15 % tandis que celle de la Finlande est de 0 % ». Deux assertions fausses. Elle prétend également qu’« au moment du passage à l’euro, certains prix ont explosé. » En réalité, le passage à l’euro a eu des effets très limités sur l’inflation.

Selon elle, la France a perdu sa souveraineté monétaire, législative, territoriale, économique. Preuve en est, « l’Union européenne prévoit de ponctionner les comptes bancaires pour sauver les banques » et « le Conseil d’Etat a imposé les OGM en France au nom du droit européen », dit-elle. Là encore, les arguments avancés par la candidate frontiste sont faux.

Education

En termes d’éducation Marine Le Pen souhaite « rétablir une véritable égalité des chances*». Durant sa campagne, elle a pointé du doigt le nombre d’étudiants issus de milieux modestes dans les grandes écoles. Selon elle, « dans les années 1960, dans les grandes écoles, il y avait 25 % de fils d’ouvriers et d’employés. Aujourd’hui, c’est 5 % ». Son estimation est fausse car le nombre d’enfants d’ouvriers et d’employés stagne à 10 % dans les grandes écoles. Dans le volet de l’enseignement supérieur, Marine Le Pen souhaite « relever le numerus clausus d’accès aux études de santé pour éviter le recours massif aux médecins étrangers*». Elle a souligné le contraste entre le nombre d’étudiants inscrits en médecine et le nombre de médecins en France. La candidate du Front national affirme à raison que « le nombre de candidats en première année de médecine n’a jamais été aussi élevé ».

Dans ses propositions, Marine Le Pen envisage de remettre en cause la gratuité de la scolarité pour les enfants de ressortissants étrangers. Pour justifier cette mesure, la candidate affirme que « la scolarité d’un enfant coûte en primaire 4 000 euros par an et 6 000 ou 7 000 euros au lycée », un chiffre en réalité sous-estimé. Selon elle, la gratuité de l’école est un privilège Français : « Très peu de pays mettent en place la gratuité totale de l’école pour les enfants », affirme-t-elle. Pourtant, ce principe est inscrit dans les conventions internationales.


Emploi

En ce qui concerne l’emploi, Marine Le Pen s’attaque au Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) mis en place par François Hollande, en affirmant qu’« il n’a pas créé de postes ». Un argument faux au regard des études menées à ce sujet qui estiment la création d’emploi allant de 50 000 à 100 000, entre 2013 et 2014. Si elle est élue présidente, elle transformera le CICE en allègement de charges sociales pour les TPE et PME, sous condition d’un maintien de l’emploi.

La candidate qui envisage de ramener la retraite à 60 ans, affirme que « la moitié des départs à la retraite concerne des chômeurs », une estimation également fausse car, en 2013, 17% des assurés au régime général sont passés par du chômage dans l’année qui précède leur départ à la retraite.

Pour les agriculteurs, Marine Le Pen souhaite « simplifier leur quotidien en encourageant l’installation des jeunes, par le biais de défiscalisations durant les premières années.*» Elle affirme à tort que « la moitié des agriculteurs gagnent moins de 300 euros par mois ».

Sécurité

Si elle est élue, Marine Le Pen entend bien « rétablir l’ordre républicain et l’État de droit partout et pour tous*». D’après elle, la France a eu une politique trop laxiste en matière de justice et n’aurait pas déployé assez de moyens pour lutter contre l’insécurité. Elle affirme qu’aujourd’hui, « on ne peut pas incarcérer des gens qui sont condamnés à moins de cinq ans de prison ». Dans les faits, plus des trois quarts des personnes détenues purgent une peine inférieure à cinq ans. Enfin, selon la candidate FN, « 54 000 postes de militaires ont été supprimés sous le quinquennat de Sarkozy », alors qu’en réalité, c’est nettement moins.

>> Lire également notre article sur les intox d’Emmanuel Macron pendant la campagne.

Cet article ne reflète ni l’intégralité des arguments de la candidate, ni les choix éditoriaux de Factoscope. II recense les principaux propos évalués comme étant vrais ou faux, entre septembre 2016 et mai 2017 par les médias hexagonaux.
Retrouvez tous les arguments des candidats à la présidentielle vérifiés par les rédactions des médias nationaux sur
Factoscope 2017.


* ces propos sont issus du programme de la candidate : http://www.marine2017.fr

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