Non, Daech ne prendra pas la présidentielle en otage

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Non, Daech ne prendra pas

la présidentielle en otage


L’acharnement meurtrier de Daech contre la France masque mal une dégradation continue de ses capacités de frappe dans notre pays.

 

Les Champs-Elysées après l’attaque du 20 avril 2017

 La « campagne d’Europe » de Daech a pu frapper au cœur de Berlin, de Londres et de Stockholm. Mais la France demeure une cible de choix pour la planification terroriste, avec la volonté désormais affichée de peser sur le scrutin présidentiel.

DE LA TERREUR DE MASSE AUX ATTAQUES CIBLEES

 Le dernier attentat de masse perpétré par Daech sur le territoire français remonte au 14 juillet 2016, avec les 86 morts du carnage de la Promenade des Anglais, à Nice. Les assassins de Saint-Etienne du Rouvray, le 26 juillet 2016, ont tué le prêtre de cette église, avant d’être eux-mêmes abattus. Par ailleurs, les attaques ciblées contre les forces de l’ordre se sont multipliées depuis l’assassinat d’un couple de fonctionnaires de police, à leur domicile de Magnanville, le 13 juin 2016. Il y aura ensuite les tentatives d’assassinat contre un policier à Boussy-Saint-Antoine, le 8 septembre 2016, puis contre des patrouilles de l’opération Sentinelle, au Carrousel du Louvre, le 3 février 2017, et à Orly, le 18 mars suivant.

La fusillade des Champs-Elysées s’inscrit clairement dans cette séquence à la fois dégradée et ciblée. Dégradée, car les trois attaques contre les forces de l’ordre, perpétrées avant la tragédie du 20 avril 2017, n’ont pas fait de victime mortelle en dehors des terroristes. Ciblée, car Daech, après les massacres infligés en 2015-16, se replie sur la frappe de forces de sécurité déployées sur le territoire français et ainsi plus exposées. Ce ciblage correspond à un choix par défaut, lui-même imposé par la dégradation des capacités de projection terroriste du groupe.

LA DIALECTIQUE DE LA « CAMPAGNE D’EUROPE »

Les enquêtes en cours sur la cellule récemment démantelée à Marseille et sur la fusillade des Champs-Elysées révèleront sans nul doute des éléments précieux pour apprécier l’état de mobilisation des réseaux Daech en France. Il est cependant déjà possible de souligner le contraste entre la courbe déclinante des attentats dans notre pays depuis la fin de l’été 2016 et la série d’attentats qui ont frappé ces derniers mois Berlin, Londres et Stockholm, avec la technique du véhicule-bélier, déjà utilisée de manière sanglante à Nice.

Il semblerait donc que Daech ait réorganisé ses filières européennes du fait de coups très sévères portés à ses relais en France. Outre les différentes arrestations rapportées régulièrement par la presse, le travail patient des services de sécurité a permis d’accumuler une masse critique de données, essentielles à des opérations déjouant la commission d’attentat. Ont aussi pesé en ce sens, d’une part, l’élimination dans des frappes de la coalition anti-Daech de « donneurs d’ordres » français, dont Boubaker al-Hakim et Rachid Kassim, et d’autre part, la fermeture par la Turquie du « corridor » de circulation des jihadistes depuis et vers l’Europe.

DE LA « CAMPAGNE D’EUROPE » A LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE

L’irruption sanglante de Daech dans la campagne présidentielle correspond à la volonté constante des exécuteurs jihadistes d’endeuiller « les noces démocratiques de l’impiété et de la prostitution ». C’est ainsi que, dès 2005, Abou Moussab Zarqaoui, le fondateur d’Al-Qaida en Irak, elle-même matrice de Daech, qualifiait les élections irakiennes, alors troublées par des attentats meurtriers. Un scrutin de type pluraliste représente en effet l’horreur absolue pour la secte totalitaire qu’est aujourd’hui Daech, et encore plus dans un pays comme la France que des tueries répétées, sur une durée de plus de deux ans, ne sont pas parvenues à déstabiliser.

Résister au chantage jihadiste implique de ne pas tomber dans le piège tendu par Daech. Il faut naturellement balayer les dramatisations, et a fortiori les glorifications, d’un « commando » qui se serait infiltré derrière les lignes « ennemies ». Daech n’est pas une armée qui livrerait une guerre, c’est un groupe criminel qui perpètre des actes terroristes. Mais plus grave encore serait de suspendre la campagne présidentielle et d’avouer ainsi une défaite cinglante face à la menace jihadiste.

Or c’est précisément ce que François Fillon a proposé juste après la fusillade des Champs-Elysées. « Il n’y a pas lieu de poursuivre » la campagne présidentielle, selon le candidat LR, qui prétend ainsi marquer sa « solidarité avec les policiers » et « une population française de plus en plus inquiète par le terrorisme ». Ces propos, tenus en direct et sous le coup d’une émotion sincère, n’en valent pas moins capitulation symbolique devant l’ennemi jihadiste.

Non, Daech ne prendra pas en otage l’élection présidentielle.

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