Présidentielles : quels programmes pour les réfugiés-es ?

mediapart.fr

Au programme (6). L’accueil des réfugiés,

des propositions aux antipodes

Par Carine Fouteau

Face à l’afflux massif de réfugiés que connaît l’Europe depuis 2015, les candidats français à l’élection présidentielle se verraient-ils plutôt en Merkel, en Hollande ou en Orbán ? La chancelière allemande a ouvert les portes de son pays à plus d’un million de demandeurs d’asile en deux ans ; le chef de l’État français en a accueilli dix fois moins, malgré un discours plutôt généreux ; le premier ministre hongrois a ordonné leur détention illimitée le temps de l’examen de leurs dossiers.

Entre la liberté de circulation prônée par le NPA et LO, et la fermeture des frontières inscrite dans le programme du FN, les positions sont aussi variées que le nombre de prétendants à l’Élysée. À Marseille, sur le Vieux-Port, Jean-Luc Mélenchon a commencé son dernier meeting par une minute de silence hautement symbolique en mémoire des migrants noyés en Méditerranée. Mais pas question pour autant de saluer la politique menée, seule contre tous, par Angela Merkel. Pour le candidat de La France insoumise, accueillir les réfugiés « n’est pas la solution au problème », comme il l’a affirmé sur RTL en septembre 2015. « Le vrai réalisme, estimait-il, c’est de bloquer les causes du départ. Ce n’est pas d’empêcher les gens d’arriver, c’est de les dissuader de partir. »

Cette formule, il n’a cessé de la décliner depuis. Jean-Luc Mélenchon part du principe qu’« émigrer est toujours une souffrance » et que « la première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi ». Son horizon n’est donc pas de faciliter la mobilité, mais de faire en sorte que les personnes restent dans leur pays d’origine. La principale faiblesse de cette vision est qu’elle repose sur une condition inaccessible en l’état actuel des relations internationales : la paix dans le monde.

Les deux autres prérequis, « arrêter les accords commerciaux qui détruisent les économies locales et affronter le changement climatique », apparaissent moins hors de portée, mais ne produiraient de toute façon pas d’effets tangibles dans l’immédiat. Depuis le XIXe siècle, la croissance des déplacements de population n’a fait que s’accélérer avec l’industrialisation et le développement des moyens de communication. À contre-courant des idées reçues, les recherches universitaires montrent en effet que l’amélioration des conditions économiques et politiques dans les pays pauvres, loin de freiner les départs, se traduit dans un premier temps (qui se mesure en dizaines d’années) par davantage de migrations, les personnes accédant aux ressources leur permettant de partir s’installer ailleurs.

En attendant la fin de la guerre et de la misère, Jean-Luc Mélenchon ne resterait pas les bras croisés. En Europe, il affirme dans son programme vouloir renforcer les moyens civils de sauvetage en mer et refuser la « militarisation de la politique de contrôle des flux migratoires » ; il dénonce l’accord entre l’Union européenne et la Turquie, signé en mars 2016, autorisant le renvoi des demandeurs d’asile.

Mais il laisse à Benoît Hamon la paternité d’une des propositions les plus en phase avec les préconisations des associations investies sur le terrain dans l’accueil des réfugiés. Après un quinquennat au cours duquel François Hollande a renié ses principaux engagements – en priorité la fin de l’enfermement des enfants en rétention (lire notre article) –, le candidat socialiste promet d’instaurer un visa humanitaire facilitant l’accès au territoire français des personnes fuyant la guerre et la répression. Plutôt que de risquer leur vie en mer, ces exilés seraient autorisés à voyager en toute sécurité, munis de titres d’entrée et de séjour valides. Le dispositif existe déjà, mais il est si peu utilisé qu’il peut être considéré comme dormant.

En matière d’asile, Benoît Hamon propose par ailleurs de revoir le règlement de Dublin qui permet aux États membres de se renvoyer les demandeurs d’asile, au motif que le pays responsable est théoriquement le premier par lequel le réfugié est entré dans l’UE. Là encore, ce candidat exprime la demande de plusieurs ONG qui ont lancé une campagne d’information #stopdublin, mais son programme ne va guère plus loin en matière de soutien aux réfugiés. Il s’est même allégé au fil des jours : la mesure autorisant les demandeurs d’asile à travailler au bout de trois mois (et non neuf actuellement), pourtant essentielle en vue de leur intégration, a par exemple disparu de la mouture définitive du projet.

La politique migratoire la plus ouverte est soutenue par Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Ces deux candidats sont aussi les plus critiques à l’égard du mandat de François Hollande. « Hollande, Valls, Cazeneuve ont osé parler de la France comme d’une “terre d’accueil”. L’un des plus grands mensonges de ce gouvernement socialiste », s’exclame le représentant du NPA, qui considère que les centres d’accueil et d’orientation, vers lesquels sont orientés les demandeurs d’asile, sont « des centres de triage qui conduisent bon nombre de réfugiés à être expulsés ». Pas de demi-mesures pour Philippe Poutou : « Nous voulons la liberté de circulation et d’installation, une citoyenneté de résidence, c’est-à-dire l’égalité des droits complète dès que quelqu’un arrive sur le territoire. » L’objet est clair et net, les moyens pour y parvenir moins.

Nathalie Arthaud n’est pas plus précise. Mais elle aussi rappelle quelques vérités : « La démagogie contre les migrants est infecte et stupide ! Aucun mur, même hérissé de barbelés, ne pourra jamais empêcher des femmes et des hommes de chercher à fuir la guerre et la pauvreté. En refusant d’accueillir ces migrants d’une façon digne et humaine, les gouvernements européens ne font que leur rendre la vie plus insupportable encore, les condamnant à rester sous la dépendance des passeurs et à prendre toujours plus de risques, mettant leur vie en péril. »

Dans la logique internationaliste et ouvriériste, elle exhorte ses électeurs à montrer « qu’il y a des travailleurs qui ne se trompent pas d’ennemis ». « Affirmons que les travailleurs n’ont pas à se battre entre eux pour se partager la misère. Ils ont à imposer le contrôle sur les richesses qu’ils produisent, pour s’opposer à ce qu’elles soient confisquées par une minorité », poursuit-elle, avant d’en appeler à la « liberté de circulation et d’installation pour tous les exploités de cette terre ».

Malgré un démarrage de campagne aux accents progressistes, après avoir fait d’Angela Merkel sa référence en matière d’accueil des réfugiés, Emmanuel Macron s’en tient désormais à une plate défense du bilan de François Hollande, même s’il le dénie. Lorsqu’il affirme « nécessaire » d’accueillir « dignement » les réfugiés « qui ont droit à la protection de la France », il ajoute aussitôt que « les autres seront reconduits sans délai vers leur pays afin qu’ils ne deviennent pas des immigrés clandestins ». Son leitmotiv est de réduire les délais d’examen de la procédure d’asile : rien d’innovant, puisqu’il s’agit de l’objectif que se fixent invariablement les ministres concernés depuis une quinzaine d’années.

Face au porte-parole de François Fillon, Bruno Retailleau, sur France 2 le 6 avril, Emmanuel Macron assume son virage à droite, affirmant être « contre le multiculturalisme », reprenant une formule que l’on pourrait croire empruntée à Marine Le Pen. Lors de ses premières interventions publiques, les réfugiés lui ont servi à rabattre d’éventuels votes à gauche ; à quelques jours du premier tour de la présidentielle, tout à sa tactique d’élargissement de son électorat, le « devoir moral » consistant à les accueillir n’est plus affiché comme une priorité.

Si le candidat d’En Marche avance dans les pas de François Hollande, François Fillon suit les rails de Nicolas Sarkozy. Le candidat des Républicains reprend la rhétorique du « détournement du droit d’asile », réintroduisant le soupçon à l’égard de supposés faux demandeurs d’asile. Son programme est l’un des plus détaillés : il veut « obliger » les nouveaux venus à présenter une demande d’asile dans les 15 jours suivant leur entrée sur le territoire ; les demandes considérées comme « tardives » seraient examinées dans le cadre d’une procédure accélérée, qui réduit les droits des requérants ; comme Emmanuel Macron, François Fillon s’engage à réduire la durée d’examen des demandes ; les réfugiés « présentant un risque de fuite » seraient placés en rétention, ce qui est contraire à la Convention de Genève qui prohibe la privation de liberté des demandeurs d’asile ; afin de limiter les recours, les décisions de refus émises par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) vaudraient « automatiquement obligation de quitter le territoire ». Les personnes déboutées seraient « systématiquement » expulsées ; la durée de rétention serait portée de 45 jours à 6 mois.

Projetant de limiter drastiquement les entrées sur le territoire, Marine Le Pen affirme vouloir « revenir à l’esprit initial du droit d’asile » (lire notre article consacré à ce sujet). En réalité, la mesure qu’elle propose aurait pour conséquence de l’enterrer. Elle souhaite en effet que le statut de réfugié soit exclusivement accordé à la suite de demandes déposées dans les ambassades et consulats français situés dans les pays d’origine ou limitrophes. Or, sur les quelque 85 000 dossiers examinés en 2016 par l’Ofpra, seule une infime minorité (quelques centaines) bénéficie de cette procédure particulièrement fermée. Le feu ayant ravagé le camp humanitaire de Grande-Synthe (Nord) dans la nuit du 10 au 11 avril lui a fourni un prétexte, alors que sa campagne semble patiner, pour rappeler sa conception de l’hospitalité. Cet incident « est le signe du grand chaos migratoire qui bouscule notre pays depuis des années […]. L’ensemble des campements de migrants seront démantelés après mon élection si les Français m’élisent à la tête de l’État. Les clandestins et les déboutés du droit d’asile seront reconduits à la frontière […]. Nous réduirons drastiquement l’asile. Nos frontières nationales seront immédiatement rétablies ».

Les propositions de Nicolas Dupont-Aignan se situent à mi-chemin entre celles du candidat de LR et de la candidate du FN. Jacques Cheminade dit vouloir réduire la durée d’instruction des dossiers. Quant à Jean Lassalle et François Asselineau, ils n’évoquent tout bonnement pas la question dans leur programme.

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