Assistants parlementaires du FN : des documents compromettants…

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Assistants parlementaires :

un document compromet

la direction du FN

Le JDD

15h00, le 16 avril 2017, modifié à 15h06, le 16 avril 2017

Un tableau prouve qu’un expert a établi une simulation pour optimiser l’emploi des cadres du Front National au Parlement européen.

C’est un petit tableau assez grossier qui pourrait coûter cher au Front national… et à sa présidente. Il a été établi après 2014 par Charles Van Houtte, citoyen belge, administrateur au Parlement européen pour le compte du FN depuis près de trois ans. L’homme travaillait précédemment dans un cabinet d’expertise comptable de la région de Liège. En 2012, il officiait déjà pour le parti mais en tant que prestataire de services. Selon les informations du JDD, ce document a été présenté à plusieurs témoins dans le cadre de l’instruction sur les soupçons d’emplois fictifs du FN au Parlement européen confiée en décembre 2016 aux juges du pôle financier Renaud Van Ruymbeke et Claire Thépaut. L’enquête avait démarré en mars après un signalement de l’administration européenne à la justice française.

Avec le tableau Van Houtte, les suspicions sur la gestion de l’argent de l’Europe par le FN se renforcent. « On y voit les noms d’une vingtaine de députés, raconte l’une des personnes auditionnées. Pour chacun d’eux, il y a le niveau de crédit consommé à l’instant T sur son indemnité mensuelle de quelque 23.000 euros alloués pour l’emploi de ses assistants et enfin le solde disponible pour financer d’autres salaires. En face, il y a l’identité des collaborateurs en poste et ceux en attente d’affectation distingués par des points d’interrogation. »

Cette simulation attesterait que le FN a jonglé avec les fonds publics européens destinés à payer ses assistants parlementaires en circonscription et même à Bruxelles pour rémunérer des cadres employés par le parti. Reste à savoir si, en dehors de leur fonction au FN, ces derniers ont effectué un travail réel pour « leur » eurodéputé…

Des petites combines ayant pris un tour industriel

Dans le cas contraire, la découverte de cette pièce serait particulièrement gênante pour Marine Le Pen car sa chef de cabinet, Catherine Griset, apparaît en copie des mails échangés sur le sujet entre le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just, et Charles Van Houtte. Au terme de deux perquisitions successives au siège du FN, les enquêteurs ont en effet mis la main sur le contenu des ordinateurs des protagonistes du dossier. Marcel Ceccaldi, l’avocat du Front national, s’était alarmé de la récupération d’informations sans rapport avec l’affaire, comme l’agenda politique de la candidate. Sollicité par le JDD, il se refuse désormais à tout commentaire sur le fond. « Ces révélations successives et fantaisistes sont des coups tordus pour gêner la campagne de Marine Le Pen », répond-il.

« Ces révélations successives et fantaisistes sont des coups tordus pour gêner la campagne de Marine Le Pen

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Vendredi soir, l’AFP révélait que la justice avait également exhumé un courriel du 13 septembre 2012 adressé à Wallerand de Saint-Just ainsi qu’à une salariée du cabinet d’expertise – comptable de Nicolas Crochet à Paris, responsable de la gestion des salaires des assistants parlementaires européens. L’e-mail détaillait déjà des « vases communicants pour ne pas dépasser le budget de 21.209 euros de dotation mensuelle » par eurodéputé. A l’époque, le Front comptait trois élus à Bruxelles : Bruno Gollnisch, Jean-Marie et Marine Le Pen. Selon l’AFP, ce courriel mentionnerait le cas d’un CDI au nom de Yann Le Pen à imputer sur le compte de « BG [Bruno Gollnisch] à partir du 1/5/2012 ». La mère de Marion Maréchal-Le Pen était alors chargée des grands événements au FN. Son auteur précisant enfin « pas possible de la mettre sur autre contrat ». Si un système de détournement existe, il aurait été mis en place au cours de la législature précédente. En 2009, le FN n’avait envoyé que trois députés à Bruxelles contre 24 en 2014. Les petites combines auraient alors pris un tour industriel…

Il existe deux types d’assistant parlementaire à Bruxelles et Strasbourg : les accrédités (entre 1.500 et 2.000), payés directement par l’administration et dont le bureau est à Bruxelles ou à Strasbourg ; et les locaux, dont le nombre peut dépasser les 4.000. Ce sont ces derniers qui sont dans le collimateur de la justice. Ces assistants sont payés par un mandataire financier choisi par le député qui perçoit les indemnités versées par Bruxelles, établit les fiches de salaire et règle les cotisations sociales. Le travail de ces collaborateurs locaux est très difficile à évaluer et à contrôler. C’est pourquoi les juges s’attachent à démontrer l’existence d’une organisation centralisée des assistants, un système orienté davantage sur les besoins du parti que sur le travail parlementaire. Charles Van Houtte avait, par exemple, obtenu une procuration de la presque totalité des députés pour gérer leurs indemnités collaborateurs et entretenait, on l’a compris, une correspondance soutenue avec le trésorier du parti.

Une cinquantaine d’assistants suspectés par la police

Vendredi, les juges français désireux d’entendre Marine Le Pen et Marie-Christine Boutonnet ont demandé au Parlement européen la levée de leur immunité, celles-ci ayant refusé de se rendre à leurs convocations avant les législatives. Catherine Griset, une des plus proches collaboratrices de Marine Le Pen, et Charles Hourcade, assistant de l’eurodéputée Marie-Christine Boutonnet, ont déjà été mis en examen pour recel d’abus de confiance. Sans de solides explications, les deux députées encourent au minimum une mise en examen pour abus de confiance, voire détournement de fonds publics et même escroquerie.

En attendant de pouvoir interroger la présidente du parti, la police auditionne de nombreux témoins. Elle a établi une liste d’une cinquantaine de noms d’assistants dont elle met en doute l’effectivité du travail parlementaire ou dont le niveau des rémunérations – jusqu’à 10.000 euros pour un cadre par ailleurs patron d’une fédération départementale – paraît surprenant quand on sait que le salaire des assistants accrédités au Parlement se situe plutôt entre 2.000 et 4.000 euros.

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