Assistants parlementaires du FN : des documents compromettants…

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Assistants parlementaires :

un document compromet

la direction du FN

Le JDD

15h00, le 16 avril 2017, modifié à 15h06, le 16 avril 2017

Un tableau prouve qu’un expert a établi une simulation pour optimiser l’emploi des cadres du Front National au Parlement européen.

C’est un petit tableau assez grossier qui pourrait coûter cher au Front national… et à sa présidente. Il a été établi après 2014 par Charles Van Houtte, citoyen belge, administrateur au Parlement européen pour le compte du FN depuis près de trois ans. L’homme travaillait précédemment dans un cabinet d’expertise comptable de la région de Liège. En 2012, il officiait déjà pour le parti mais en tant que prestataire de services. Selon les informations du JDD, ce document a été présenté à plusieurs témoins dans le cadre de l’instruction sur les soupçons d’emplois fictifs du FN au Parlement européen confiée en décembre 2016 aux juges du pôle financier Renaud Van Ruymbeke et Claire Thépaut. L’enquête avait démarré en mars après un signalement de l’administration européenne à la justice française.

Avec le tableau Van Houtte, les suspicions sur la gestion de l’argent de l’Europe par le FN se renforcent. « On y voit les noms d’une vingtaine de députés, raconte l’une des personnes auditionnées. Pour chacun d’eux, il y a le niveau de crédit consommé à l’instant T sur son indemnité mensuelle de quelque 23.000 euros alloués pour l’emploi de ses assistants et enfin le solde disponible pour financer d’autres salaires. En face, il y a l’identité des collaborateurs en poste et ceux en attente d’affectation distingués par des points d’interrogation. »

Cette simulation attesterait que le FN a jonglé avec les fonds publics européens destinés à payer ses assistants parlementaires en circonscription et même à Bruxelles pour rémunérer des cadres employés par le parti. Reste à savoir si, en dehors de leur fonction au FN, ces derniers ont effectué un travail réel pour « leur » eurodéputé…

Des petites combines ayant pris un tour industriel

Dans le cas contraire, la découverte de cette pièce serait particulièrement gênante pour Marine Le Pen car sa chef de cabinet, Catherine Griset, apparaît en copie des mails échangés sur le sujet entre le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just, et Charles Van Houtte. Au terme de deux perquisitions successives au siège du FN, les enquêteurs ont en effet mis la main sur le contenu des ordinateurs des protagonistes du dossier. Marcel Ceccaldi, l’avocat du Front national, s’était alarmé de la récupération d’informations sans rapport avec l’affaire, comme l’agenda politique de la candidate. Sollicité par le JDD, il se refuse désormais à tout commentaire sur le fond. « Ces révélations successives et fantaisistes sont des coups tordus pour gêner la campagne de Marine Le Pen », répond-il.

« Ces révélations successives et fantaisistes sont des coups tordus pour gêner la campagne de Marine Le Pen

« 

Vendredi soir, l’AFP révélait que la justice avait également exhumé un courriel du 13 septembre 2012 adressé à Wallerand de Saint-Just ainsi qu’à une salariée du cabinet d’expertise – comptable de Nicolas Crochet à Paris, responsable de la gestion des salaires des assistants parlementaires européens. L’e-mail détaillait déjà des « vases communicants pour ne pas dépasser le budget de 21.209 euros de dotation mensuelle » par eurodéputé. A l’époque, le Front comptait trois élus à Bruxelles : Bruno Gollnisch, Jean-Marie et Marine Le Pen. Selon l’AFP, ce courriel mentionnerait le cas d’un CDI au nom de Yann Le Pen à imputer sur le compte de « BG [Bruno Gollnisch] à partir du 1/5/2012 ». La mère de Marion Maréchal-Le Pen était alors chargée des grands événements au FN. Son auteur précisant enfin « pas possible de la mettre sur autre contrat ». Si un système de détournement existe, il aurait été mis en place au cours de la législature précédente. En 2009, le FN n’avait envoyé que trois députés à Bruxelles contre 24 en 2014. Les petites combines auraient alors pris un tour industriel…

Il existe deux types d’assistant parlementaire à Bruxelles et Strasbourg : les accrédités (entre 1.500 et 2.000), payés directement par l’administration et dont le bureau est à Bruxelles ou à Strasbourg ; et les locaux, dont le nombre peut dépasser les 4.000. Ce sont ces derniers qui sont dans le collimateur de la justice. Ces assistants sont payés par un mandataire financier choisi par le député qui perçoit les indemnités versées par Bruxelles, établit les fiches de salaire et règle les cotisations sociales. Le travail de ces collaborateurs locaux est très difficile à évaluer et à contrôler. C’est pourquoi les juges s’attachent à démontrer l’existence d’une organisation centralisée des assistants, un système orienté davantage sur les besoins du parti que sur le travail parlementaire. Charles Van Houtte avait, par exemple, obtenu une procuration de la presque totalité des députés pour gérer leurs indemnités collaborateurs et entretenait, on l’a compris, une correspondance soutenue avec le trésorier du parti.

Une cinquantaine d’assistants suspectés par la police

Vendredi, les juges français désireux d’entendre Marine Le Pen et Marie-Christine Boutonnet ont demandé au Parlement européen la levée de leur immunité, celles-ci ayant refusé de se rendre à leurs convocations avant les législatives. Catherine Griset, une des plus proches collaboratrices de Marine Le Pen, et Charles Hourcade, assistant de l’eurodéputée Marie-Christine Boutonnet, ont déjà été mis en examen pour recel d’abus de confiance. Sans de solides explications, les deux députées encourent au minimum une mise en examen pour abus de confiance, voire détournement de fonds publics et même escroquerie.

En attendant de pouvoir interroger la présidente du parti, la police auditionne de nombreux témoins. Elle a établi une liste d’une cinquantaine de noms d’assistants dont elle met en doute l’effectivité du travail parlementaire ou dont le niveau des rémunérations – jusqu’à 10.000 euros pour un cadre par ailleurs patron d’une fédération départementale – paraît surprenant quand on sait que le salaire des assistants accrédités au Parlement se situe plutôt entre 2.000 et 4.000 euros.


Immunité parlementaire : Marine Le Pen sera convoquée début mai

lemonde.fr

Immunité parlementaire :

Marine Le Pen sera convoquée

début mai au Parlement européen

La commission des affaires juridiques du Parlement européen souhaite convoquer la candidate « à la première date possible en mai », pour débattre de la levée de son immunité parlementaire de député européenne.

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 15.04.2017 à 13h36 • Mis à jour le 15.04.2017 à 17h27

Le Parlement européen a déjà sanctionné Marine Le Pen pour avoir rémunéré comme assistante parlementaire européenne Catherine Griset, à une époque où cette dernière était la secrétaire, puis la chef de cabinet de la dirigeante du Front national.
Le Parlement européen a déjà sanctionné Marine Le Pen pour avoir rémunéré comme assistante parlementaire européenne Catherine Griset, à une époque où cette dernière était la secrétaire, puis la chef de cabinet de la dirigeante du Front national. Christian Hartmann / REUTERS

À huit jours de l’élection présidentielle, le calendrier des affaires judiciaires continue de se télescoper avec la campagne. La commission des affaires juridiques du Parlement européen pourrait convoquer Marine Le Pen avant le second tour de la présidentielle pour débattre d’une éventuelle levée de son immunité dans le dossier des assistants parlementaires européens du Front national, selon des déclarations de la vice-présidente, Laura Ferrara, samedi 15 avril.

La veille, les juges français chargés de cette enquête avaient demandé au Parlement européen la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen et d’une autre représentante du Front national (FN), Marie-Christine Boutonnet. Elles sont soupçonnées d’avoir fait salarier par le Parlement européen des assistants qui travaillaient en réalité pour le FN. Marine Le Pen, député européenne, avait fait valoir son immunité parlementaire en refusant de se rendre aux convocations de la police en février et de juges d’instruction en mars.

Lire aussi :   Les six affaires qui menacent Marine Le Pen et le Front national

« La commission des affaires juridiques du Parlement européen a convenu que (Marine) Le Pen soit convoquée pour une audition à la première date possible en mai », a dit samedi à l’agence Reuters Laura Ferrara, membre du Mouvement 5 étoiles (M5S – parti eurosceptique italien) et vice-présidente de cette commission. Elle a précisé que cette audition pourrait se tenir dès la première semaine de mai, soit avant le second tour, prévu le dimanche 7 mai. Laura Ferrara a ajouté que Marine Le Pen pourrait refuser d’être entendue par cette commission.

La procédure de levée de l’immunité parlementaire d’un eurodéputé, qui s’étale généralement sur quelques mois, passe par un examen en commission puis en séance plénière.

Lire aussi :   Levée de l’immunité parlementaire pour les eurodéputés : quelle procédure ?

« Sous réserve des résultats de l’élection présidentielle »

Rodolphe Bosselut, l’avocat de la candidate, a rappelé samedi que Marine Le Pen s’était engagée à « se présenter devant les juges après les législatives, sous réserve des résultats de l’élection présidentielle ». Ceci alors que le Front national dément avoir mis sur pied un système frauduleux et dénonce ce qu’il qualifie d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Le Parlement européen a toutefois déjà sanctionné Marine Le Pen pour avoir rémunéré comme assistante parlementaire européenne Catherine Griset, à une époque où cette dernière était la secrétaire, puis la chef de cabinet de la dirigeante du Front national.

L’immunité parlementaire de la candidate d’extrême droite a en outre déjà été levée le 2 mars dans un dossier distinct, celui de la publication sur Twitter par Marine Le Pen de photographies d’exécutions par le groupe Etat islamique (EI).


Linky vendra les données de votre vie…

reporterre.net

Linky vendra les données de votre vie

L’âge de faire publie Sexy, Linky ?, un livre qui explique ce qui se cache derrière les nouveaux compteurs : questions sanitaires, enjeux industriels, problématique environnementale, etc. Nous en publions ici un extrait consacré au recueil d’informations.


Au départ, les communicants de la boîte étaient sacrément fiers des nouvelles possibilités offertes par Linky, comme en témoigne ce dossier de presse daté de juillet 2015 : « ERDF a bâti un système évolutif utilisant des technologies de pointe, capables de gérer de très importants flux de données. Nous ne sommes encore qu’aux prémices de l’exploitation de toutes les potentialités de ce compteur : Big Data, usages domotiques, objets connectés… » Et Philippe Monloubou, patron d’Enedis-ErDF, de confirmer début 2016 : « Nous sommes déjà, à l’heure où je vous parle, un opérateur du Big Data. »

Le Big Data (littéralement « grosses données ») n’est pas un fantasme pour auteur de science-fiction. Quoique discrète, c’est une révolution qui a déjà bouleversé l’économie mondiale, comme l’explique Solange Ghernaouti, experte internationale en cybersécurité et membre de l’Académie suisse des sciences techniques. « Le nouvel eldorado numérique est lié à la collecte massive d’informations. Tous les modèles économiques sont basés sur l’exploitation des données. Nous ne sommes plus dans une économie de service, mais dans l’économie de la donnée. Le but est d’en avoir le plus possible et de les exploiter. » Plus on en a, plus on est puissant, plus on gagne d’argent en s’assurant un avenir radieux : Google, Facebook, Amazon, Apple possèdent à eux quatre 80 % des données personnelles mondiales.

Toute cette collecte va servir à faire du profilage. Elle va permettre de mesurer, classifier, quantifier, faire rentrer des personnes dans des catégories pour mieux les cibler, mais aussi de croiser les informations, déduire, interpréter, prédire et influencer.

Toutes ces données, tous ces profils, se monnaient ensuite sur un marché mondial florissant. Exemple : une entreprise peut connaître votre âge-adresse-sexe pour 0,007 $, savoir si vous avez un projet de mariage (0,107 $), un projet d’enfant (0,187 $), une maladie du cœur (0,447 $) ou si vous envisagez de faire du sport pour maigrir (0,552 $). Avec Linky, ErDF pourra dire à ses partenaires commerciaux si vous buvez beaucoup de café, si vous êtes plutôt casanier, si vous êtes un couche-tard, si vous regardez beaucoup la télévision ou si vous ne vous douchez qu’une fois par mois… Pour avoir une vague idée du jackpot que représentent ces données personnelles, il suffit de savoir qu’au niveau mondial, le marché du Big Data se calcule en milliers de milliards d’euros.

Des données incontrôlables

Enedis-ErDF, de l’aveu même de son patron, souhaite y prendre sa place. On retrouve d’ailleurs avec Linky le processus assez classique d’un outil conçu pour le Big Data, comme l’a noté Solange Ghernaouti.

A chaque fois, l’intérêt premier pour l’utilisateur est mis en avant : payer moins cher, consommer mieux… C’est un jeu de dupe, un peu comme avec les cartes de fidélité. Quand vous achetez quelque chose, c’est enregistré et exploité à votre insu, mais vous obtenez un bonus. Au début, on peut trouver cela attrayant et avantageux. Le problème est qu’à plus long terme, cette collecte d’informations permet de surveiller et donc de contrôler les comportements, les déplacements, les activités des consommateurs. Linky va même bien au-delà car les données recueillies sont celles issues de l’intimité des foyers, des activités privées.

Car évidemment, ce n’est pas votre courbe de charge en tant que telle qui intéresse Enedis-ErDF, mais tout ce qu’on peut en déduire. Au lancement du Linky, l’entreprise laissait entendre qu’on pourrait savoir tout ce qui se passe chez vous grâce à ce nouveau compteur. Face aux critiques que n’a pas manqué de susciter cette intrusion dans la vie privée de chacun, Enedis-ErDF a changé son fusil d’épaule, en tentant comme toujours de brouiller les pistes. Ainsi, le 1er avril 2016, Bernard Lassus déclarait sur BFM TV que « Linky est un compteur qui mesure des courants électriques et qui ne sait pas reconnaître l’électron qui vient de la machine à laver, de la télévision, de votre fer à repasser ou autre… » Il aurait pu ajouter que Linky n’avait pas d’yeux et ne pouvait donc rien voir, ça aurait été du même tonneau.

Les compteurs Linky sont techniquement capables de recueillir les index journaliers et la courbe de charge, c’est-à-dire un relevé de la consommation électrique de l’abonné, avec un pas de mesure de 10 minutes. Ces données permettent de déduire des informations sur les habitudes de vie des consommateurs.

Donc, oui, Enedis-ErDF pourra tout connaître de vos habitudes de vie. La Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a tout de même obtenu que, avant de transmettre ces données, ErDF devra avoir obtenu l’accord du client. Cela dit, ce dernier pourrait ne pas avoir tellement le choix : pour lui concocter une offre alléchante, les fournisseurs d’énergie lui réclameront immanquablement toutes ses données. S’il les fournit, on lui promettra de petites économies. Sinon, on lui expliquera qu’il est impossible de trouver l’offre correspondant à son profil. Le choix du consommateur de transmettre ou non ses données pourrait donc être plus compliqué qu’il n’y paraît. Surtout pour les petits budgets.

Faites confiance au « marché »

Dès que vous aurez donné votre accord, Enedis-ErDF aura vos données personnelles – si ce n’était pas déjà le cas – ainsi qu’un ou plusieurs fournisseurs d’énergie (il est toujours préférable de demander plusieurs devis, non ?). Comment s’assurer, alors qu’elles sont déjà entre les mains d’au moins deux acteurs, que vos données ne seront pas exploitées autrement que pour vous préparer une offre tarifaire ? Ou revendues, même discrètement, à d’autres sociétés ? La Cnil explique qu’elle sera particulièrement attentive à ce que « ces données ne soient communiquées qu’aux sociétés spécifiquement désignées par les personnes concernées et uniquement pour les finalités souhaitées par les abonnés ». On lui souhaite bien du courage !

Et puis, vous connaissez les zigotos du gouvernement : cela fait cinquante ans qu’ils courent après la sacro-sainte « croissance », et il y a malheureusement peu de chance que cela change dans un avenir proche. Alors, si cela peut « libérer la croissance », il se trouvera assurément des ministres « volontaristes » pour changer les règles et ainsi permettre à Enedis-ErDF de disposer à sa guise de toutes vos données.

Votre réfrigérateur consomme trop d’électricité ? Cela se verra certainement en analysant la courbe de charge. Vous risquez alors d’avoir la visite d’un commercial en électroménager. Ces démarchages ciblés gonflent tout le monde. Ce n’est pourtant que le côté « gentil », presque désuet, de l’utilisation d’informations. Car avec le Big Data, on stocke dès aujourd’hui des quantités inimaginables de données, sans forcément savoir à quoi elles serviront demain. Et pour ne rassurer personne, on confie tout ça au « marché », comme l’a expliqué Philippe Monloubou : « Linky ouvre tout un écosystème qui, lui, élargit un champ presque infini. Après, c’est le marché lui-même qui va décider des possibilités. » Le marché, Dieu du XXIe siècle, auprès duquel il est inutile de se confesser : il sait déjà tout sur vous.


Nicolas Bérard est l’auteur de Sexy Linky, édité par L’Âge de faire


Présidentielles : quels programmes pour les réfugiés-es ?

mediapart.fr

Au programme (6). L’accueil des réfugiés,

des propositions aux antipodes

Par Carine Fouteau

Face à l’afflux massif de réfugiés que connaît l’Europe depuis 2015, les candidats français à l’élection présidentielle se verraient-ils plutôt en Merkel, en Hollande ou en Orbán ? La chancelière allemande a ouvert les portes de son pays à plus d’un million de demandeurs d’asile en deux ans ; le chef de l’État français en a accueilli dix fois moins, malgré un discours plutôt généreux ; le premier ministre hongrois a ordonné leur détention illimitée le temps de l’examen de leurs dossiers.

Entre la liberté de circulation prônée par le NPA et LO, et la fermeture des frontières inscrite dans le programme du FN, les positions sont aussi variées que le nombre de prétendants à l’Élysée. À Marseille, sur le Vieux-Port, Jean-Luc Mélenchon a commencé son dernier meeting par une minute de silence hautement symbolique en mémoire des migrants noyés en Méditerranée. Mais pas question pour autant de saluer la politique menée, seule contre tous, par Angela Merkel. Pour le candidat de La France insoumise, accueillir les réfugiés « n’est pas la solution au problème », comme il l’a affirmé sur RTL en septembre 2015. « Le vrai réalisme, estimait-il, c’est de bloquer les causes du départ. Ce n’est pas d’empêcher les gens d’arriver, c’est de les dissuader de partir. »

Cette formule, il n’a cessé de la décliner depuis. Jean-Luc Mélenchon part du principe qu’« émigrer est toujours une souffrance » et que « la première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi ». Son horizon n’est donc pas de faciliter la mobilité, mais de faire en sorte que les personnes restent dans leur pays d’origine. La principale faiblesse de cette vision est qu’elle repose sur une condition inaccessible en l’état actuel des relations internationales : la paix dans le monde.

Les deux autres prérequis, « arrêter les accords commerciaux qui détruisent les économies locales et affronter le changement climatique », apparaissent moins hors de portée, mais ne produiraient de toute façon pas d’effets tangibles dans l’immédiat. Depuis le XIXe siècle, la croissance des déplacements de population n’a fait que s’accélérer avec l’industrialisation et le développement des moyens de communication. À contre-courant des idées reçues, les recherches universitaires montrent en effet que l’amélioration des conditions économiques et politiques dans les pays pauvres, loin de freiner les départs, se traduit dans un premier temps (qui se mesure en dizaines d’années) par davantage de migrations, les personnes accédant aux ressources leur permettant de partir s’installer ailleurs.

En attendant la fin de la guerre et de la misère, Jean-Luc Mélenchon ne resterait pas les bras croisés. En Europe, il affirme dans son programme vouloir renforcer les moyens civils de sauvetage en mer et refuser la « militarisation de la politique de contrôle des flux migratoires » ; il dénonce l’accord entre l’Union européenne et la Turquie, signé en mars 2016, autorisant le renvoi des demandeurs d’asile.

Mais il laisse à Benoît Hamon la paternité d’une des propositions les plus en phase avec les préconisations des associations investies sur le terrain dans l’accueil des réfugiés. Après un quinquennat au cours duquel François Hollande a renié ses principaux engagements – en priorité la fin de l’enfermement des enfants en rétention (lire notre article) –, le candidat socialiste promet d’instaurer un visa humanitaire facilitant l’accès au territoire français des personnes fuyant la guerre et la répression. Plutôt que de risquer leur vie en mer, ces exilés seraient autorisés à voyager en toute sécurité, munis de titres d’entrée et de séjour valides. Le dispositif existe déjà, mais il est si peu utilisé qu’il peut être considéré comme dormant.

En matière d’asile, Benoît Hamon propose par ailleurs de revoir le règlement de Dublin qui permet aux États membres de se renvoyer les demandeurs d’asile, au motif que le pays responsable est théoriquement le premier par lequel le réfugié est entré dans l’UE. Là encore, ce candidat exprime la demande de plusieurs ONG qui ont lancé une campagne d’information #stopdublin, mais son programme ne va guère plus loin en matière de soutien aux réfugiés. Il s’est même allégé au fil des jours : la mesure autorisant les demandeurs d’asile à travailler au bout de trois mois (et non neuf actuellement), pourtant essentielle en vue de leur intégration, a par exemple disparu de la mouture définitive du projet.

La politique migratoire la plus ouverte est soutenue par Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Ces deux candidats sont aussi les plus critiques à l’égard du mandat de François Hollande. « Hollande, Valls, Cazeneuve ont osé parler de la France comme d’une “terre d’accueil”. L’un des plus grands mensonges de ce gouvernement socialiste », s’exclame le représentant du NPA, qui considère que les centres d’accueil et d’orientation, vers lesquels sont orientés les demandeurs d’asile, sont « des centres de triage qui conduisent bon nombre de réfugiés à être expulsés ». Pas de demi-mesures pour Philippe Poutou : « Nous voulons la liberté de circulation et d’installation, une citoyenneté de résidence, c’est-à-dire l’égalité des droits complète dès que quelqu’un arrive sur le territoire. » L’objet est clair et net, les moyens pour y parvenir moins.

Nathalie Arthaud n’est pas plus précise. Mais elle aussi rappelle quelques vérités : « La démagogie contre les migrants est infecte et stupide ! Aucun mur, même hérissé de barbelés, ne pourra jamais empêcher des femmes et des hommes de chercher à fuir la guerre et la pauvreté. En refusant d’accueillir ces migrants d’une façon digne et humaine, les gouvernements européens ne font que leur rendre la vie plus insupportable encore, les condamnant à rester sous la dépendance des passeurs et à prendre toujours plus de risques, mettant leur vie en péril. »

Dans la logique internationaliste et ouvriériste, elle exhorte ses électeurs à montrer « qu’il y a des travailleurs qui ne se trompent pas d’ennemis ». « Affirmons que les travailleurs n’ont pas à se battre entre eux pour se partager la misère. Ils ont à imposer le contrôle sur les richesses qu’ils produisent, pour s’opposer à ce qu’elles soient confisquées par une minorité », poursuit-elle, avant d’en appeler à la « liberté de circulation et d’installation pour tous les exploités de cette terre ».

Malgré un démarrage de campagne aux accents progressistes, après avoir fait d’Angela Merkel sa référence en matière d’accueil des réfugiés, Emmanuel Macron s’en tient désormais à une plate défense du bilan de François Hollande, même s’il le dénie. Lorsqu’il affirme « nécessaire » d’accueillir « dignement » les réfugiés « qui ont droit à la protection de la France », il ajoute aussitôt que « les autres seront reconduits sans délai vers leur pays afin qu’ils ne deviennent pas des immigrés clandestins ». Son leitmotiv est de réduire les délais d’examen de la procédure d’asile : rien d’innovant, puisqu’il s’agit de l’objectif que se fixent invariablement les ministres concernés depuis une quinzaine d’années.

Face au porte-parole de François Fillon, Bruno Retailleau, sur France 2 le 6 avril, Emmanuel Macron assume son virage à droite, affirmant être « contre le multiculturalisme », reprenant une formule que l’on pourrait croire empruntée à Marine Le Pen. Lors de ses premières interventions publiques, les réfugiés lui ont servi à rabattre d’éventuels votes à gauche ; à quelques jours du premier tour de la présidentielle, tout à sa tactique d’élargissement de son électorat, le « devoir moral » consistant à les accueillir n’est plus affiché comme une priorité.

Si le candidat d’En Marche avance dans les pas de François Hollande, François Fillon suit les rails de Nicolas Sarkozy. Le candidat des Républicains reprend la rhétorique du « détournement du droit d’asile », réintroduisant le soupçon à l’égard de supposés faux demandeurs d’asile. Son programme est l’un des plus détaillés : il veut « obliger » les nouveaux venus à présenter une demande d’asile dans les 15 jours suivant leur entrée sur le territoire ; les demandes considérées comme « tardives » seraient examinées dans le cadre d’une procédure accélérée, qui réduit les droits des requérants ; comme Emmanuel Macron, François Fillon s’engage à réduire la durée d’examen des demandes ; les réfugiés « présentant un risque de fuite » seraient placés en rétention, ce qui est contraire à la Convention de Genève qui prohibe la privation de liberté des demandeurs d’asile ; afin de limiter les recours, les décisions de refus émises par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) vaudraient « automatiquement obligation de quitter le territoire ». Les personnes déboutées seraient « systématiquement » expulsées ; la durée de rétention serait portée de 45 jours à 6 mois.

Projetant de limiter drastiquement les entrées sur le territoire, Marine Le Pen affirme vouloir « revenir à l’esprit initial du droit d’asile » (lire notre article consacré à ce sujet). En réalité, la mesure qu’elle propose aurait pour conséquence de l’enterrer. Elle souhaite en effet que le statut de réfugié soit exclusivement accordé à la suite de demandes déposées dans les ambassades et consulats français situés dans les pays d’origine ou limitrophes. Or, sur les quelque 85 000 dossiers examinés en 2016 par l’Ofpra, seule une infime minorité (quelques centaines) bénéficie de cette procédure particulièrement fermée. Le feu ayant ravagé le camp humanitaire de Grande-Synthe (Nord) dans la nuit du 10 au 11 avril lui a fourni un prétexte, alors que sa campagne semble patiner, pour rappeler sa conception de l’hospitalité. Cet incident « est le signe du grand chaos migratoire qui bouscule notre pays depuis des années […]. L’ensemble des campements de migrants seront démantelés après mon élection si les Français m’élisent à la tête de l’État. Les clandestins et les déboutés du droit d’asile seront reconduits à la frontière […]. Nous réduirons drastiquement l’asile. Nos frontières nationales seront immédiatement rétablies ».

Les propositions de Nicolas Dupont-Aignan se situent à mi-chemin entre celles du candidat de LR et de la candidate du FN. Jacques Cheminade dit vouloir réduire la durée d’instruction des dossiers. Quant à Jean Lassalle et François Asselineau, ils n’évoquent tout bonnement pas la question dans leur programme.