…des menaces de mort…

mediapart.fr

Affaires: des journalistes

et des magistrats ciblés

par des menaces de mort

Par Lénaïg Bredoux

Ce matin, sur les ondes de France Inter, François Fillon a réitéré ses menaces. Le candidat du parti Les Républicains entend poursuivre en justice, « le jour venu », « tous ceux qui sont à l’origine » de la révélation de l’affaire sur l’emploi présumé fictif de son épouse. « Cette opération a été montée, je le prouverai. J’ai les dates, les jours, les personnes qui ont communiqué ces documents. […] Ceux qui sont à l’origine de cette affaire ne dormiront pas bien à l’avenir. »

Depuis que l’affaire – révélée par Le Canard enchaîné – des emplois présumés fictifs de son épouse et de ses enfants a éclaté et lui a valu une mise en examen pour « détournement de fonds publics, complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux, et manquement aux obligations déclaratives à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique », François Fillon dénonce à longueur d’interviews comme de meetings, « un assassinat politique », « une machination » ourdie « dans les arrière-cuisines » d’« officines » et pointe du doigt les médias qui enquêtent sur ses déboires et les magistrats qui instruisent ses dossiers.

François Fillon l’ignorait au moment de prendre la parole au micro de France Inter mais Mediapart venait de recevoir un courrier de menaces assortie d’une balle de .22 Long Rifle, envoyé depuis Marseille et adressé à la « rédaction Médiapart (sic» ainsi qu’à Edwy Plenel, son président-fondateur. « La Vigilance et la Protection ne durent pas Ad Vitam… Ce jour-là/Nous serons là/pour Vous/ou/l’un de vos Proches », prévient ce courrier rédigé à l’aide d’un traitement de textes. Il est l’œuvre de l’autoproclamé « Collectif d’Epuration 2J » qui se choisit un logo représentant un cercueil sur lequel on lit les initiales « EP » pouvant correspondre à celles d’Edwy Plenel, et un slogan « Juges et Journalistes dans le même sac ». Une affirmation, en tout cas sa chute, qui pourrait être une référence au Service d’action civique (SAC), la police parallèle du gaullisme.

D’ordinaire, nous ne nous faisons pas l’écho de ce type de missives. Seulement, comme pouvait le laisser supposer l’association des métiers de journaliste et de juge et leur conjugaison au pluriel, Mediapart a appris que ce courrier avait été envoyé, toujours accompagné de munitions, également au

Canard enchaîné

ainsi qu’à quatre magistrats du pôle financier. Selon nos informations, il s’agirait d’Eliane Houlette, la patronne du parquet national financier, et des trois juges chargés d’instruire le dossier Fillon.

Contacté, Louis-Marie Horeau, le rédacteur en chef du Canard enchaîné, nous confirme avoir reçu un courrier similaire au nôtre, à la différence qu’il viserait l’ensemble de la rédaction sans désigner un seul journaliste. Sur le cercueil, là où Mediapart a le droit aux initiales de son président-fondateur, l’hebdomadaire écope d’un dessin représentant… un palmipède. « Nous n’avons pas porté plainte. On prend ce courrier avec précaution, on le signale à la police mais, pour nous, cela s’arrête là. » Le parquet de Paris a toutefois ouvert une enquête en flagrance pour « menaces de mort », confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de Paris. « En cette période électorale, beaucoup de courriers d’insultes nous arrivent mais, là, avec une munition, ce n’est pas anodin », souligne une source judiciaire.

Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions sur le ou les auteurs de cette lettre de menaces, déséquilibré(s), plaisantin(s) et/ou militant(s) encarté(s) dans un parti. Mais, au-delà des traditionnelles animosités entretenues à l’encontre de tel ou tel média, le fait de cibler des journalistes et des magistrats illustre un air du temps de la campagne présidentielle.

Le 2 mars, Mediapart avait raconté un meeting à Nîmes (ici) au cours duquel le candidat des Républicains martelait « 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, la machine à broyer, la machine à scoops, la machine à rumeurs a été mise en marche », tandis que la salle surchauffée huait et sifflait les journalistes, certains adressant des doigts d’honneur avant de porter les mêmes doigts à la bouche, mimant un vomissement… France Info a interrogé plusieurs reporters (à lire ici) et relayé les invectives – « nazis », « collabos », « sale race » – qu’ils subissent depuis que l’affaire Fillon s’est invitée dans la campagne présidentielle.

Vendredi, lepoint.fr révélait que Thomas Cazenave, le secrétaire général adjoint de l’Élysée, a déposé une plainte au commissariat du VIIIe arrondissement de Paris pour menaces de mort après avoir reçu un courrier stipulant : « Thomas CAZENAVE Gaspard GANTZLER [il s’agit de Gaspard Gantzer, le patron de la communication de l’Élysée] Vous êtes morts !… dans 1 semaine ?… dans 2 ans ? et qui de vos proches ? » Selon Le Point, Thomas Cazenave s’est plaint d’être la cible de rumeurs à l’instar de Gaspard Gantzer sur des sites internet, selon lesquelles ils seraient à l’origine des ennuis judiciaires de François Fillon. De source policière, les menaces visant le Canard enchaîné, Mediapart et les magistrats ne seraient pas liées avec celles ciblant des hauts fonctionnaires de l’Élysée.

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