Qu’on le dise une bonne fois pour toutes : le 23 avril, il y aura un bulletin de vote «Jean-Luc Mélenchon» et un autre au nom de «Benoît Hamon». Ceux qui appellent, dans un camp comme dans l’autre au «retrait» de l’un derrière l’autre ou de l’autre derrière l’un ne servent aucun des deux candidats. A trois semaines du premier tour, le cas de figure est impossible : ce serait un suicide politique et financier.

Prenons le cas de Benoît Hamon. Désormais décroché dans les sondages, certains partisans de Jean-Luc Mélenchon ou quelques éditorialistes lui conseillent de jeter l’éponge pour s’éviter une humiliation historique et donner une chance à la «vraie gauche» de l’emporter. D’abord, ils le font sur la base d’intentions de vote qui ne disent pas le vote final puisque plus de la moitié des électeurs ne sait pas encore pour qui voter. Ensuite, que dirait-il aux deux millions d’électeurs de la primaire organisée par le PS ? Ils ont pris le temps fin janvier de se déplacer pour voter, ils ont dépensé 1 ou 2 euros pour choisir un candidat parce qu’ils ont cru à cet exercice démocratique pour aider la gauche à se relancer. Tout comme le soutien de Manuel Valls à Emmanuel Macron, un retrait du député des Yvelines serait pris par ses électeurs comme une trahison.

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Différend européen

Enfin, c’est oublier qu’Hamon et Mélenchon, s’ils sont proches sur les questions écologiques et sociales, ont une différence majeure : l’Europe. Le leader de la France insoumise ne croit plus au projet européen et regarde davantage vers le bassin méditerranéen. Il n’a aucune confiance dans les dirigeants allemands, ne veut pas d’une Europe de la Défense qui, selon lui, «prépare la guerre», et accepte l’idée de discuter de la question des frontières européennes avec la Russie. Le socialiste, lui, propose toujours de «refonder» l’UE avec des projets d’une Europe à plusieurs vitesses (Parlement de la zone euro, défense, énergie…), s’oppose à la rediscussion des frontières en Europe et estime que Mélenchon entraînerait la France vers une sortie de l’UE. Hamon derrière Mélenchon, c’est laisser seul Macron sur la défense de l’UE dans sa version la plus libérale. Mélenchon derrière Hamon, c’est laisser la critique de l’Europe à la seule Marine Le Pen et sa vision nationaliste – que fustige le candidat de la France insoumise.

Mercredi, Hamon a pourtant demandé de nouveau à son ancien camarade socialiste de se ranger derrière lui. Au nom de quoi ? De sa «position centrale», a-t-il justifié. Mais, de même, que dirait Mélenchon aux milliers de personnes qui se pressent, font la queue dans le froid pour venir le soutenir et aux millions qui ont prévu de voter pour lui ? Mélenchon a pour lui sa cohérence : usant de la personnalisation politique que demande la VRépublique pour en fonder une VIe, il se tient à l’écart, depuis 2012, des socialistes restés au PS. Pourquoi, alors qu’il est en dynamique dans cette campagne, détruirait-il, tout d’un coup, l’architecture politique qu’il échafaude depuis sa sortie du PS en 2008 ? Pourquoi se rangerait-il au dernier moment derrière un candidat issu d’une primaire à laquelle il a refusé de participer ? Hamon le sait et son appel à le rejoindre était un prétexte destiné à obtenir un «non», servi par Mélenchon le soir même dans son meeting du Havre, pour se prévaloir ensuite d’être le seul en capacité de «faire l’unité» à gauche et tenter de retrouver un peu de dynamique.

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Trop tard pour une alliance

Enfin, une autre raison majeure interdit tout désistement : l’argent. Si un des candidats se retire au profit de l’autre, qui lui remboursera ses frais de campagne déjà engagés ? S’ils restent à sa charge, son parti – voire lui-même – est ruiné. La France insoumise n’a pas les moyens de rembourser le PS et on voit mal Solférino payer les factures des meetings de Mélenchon. D’autant plus que, dans une telle hypothèse, il est fort probable que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques décide d’inscrire alors les frais du candidat retiré avec ceux du candidat resté en piste… au risque de faire exploser le plafond de dépenses autorisées pour ce dernier.

Les électeurs de gauche peuvent le regretter mais il est trop tard pour une alliance. Pour cela, il aurait fallu se mettre autour d’une table bien plus tôt. Travailler ensemble à un programme commun puis décider du candidat. Certains, comme les communistes, l’ont réclamé. C’était impossible. Ni Mélenchon ni les amis de Benoît Hamon ou d’Arnaud Montebourg ne le souhaitaient. Chacun ayant en tête, d’abord, de battre son voisin pour obtenir la première place à gauche. Même si, à la fin, c’est le libéralisme version Macron qui est en passe de l’emporter.

Lilian Alemagna