« FN, le pire ennemi des salarié-e-s »

LDH sarlat
institut.fsu.fr

VISA « FN, le pire ennemi des salarié-e-s »

VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes) regroupe des militant(e)s de la FSU, de la CGT, de la CFDT et de Solidaires qui, depuis 1996 recensent, analysent, dénoncent les incursions de l’extrême droite et plus particulièrement du Front National sur le terrain social.

VISA la lutte des syndicats contre l’extrême droite

C’est un outil d’information et de réflexion à la disposition des forces syndicales pour lutter contre l’implantation et l’audience de l’extrême droite dans le monde du travail.

Car le combat contre les idées d’extrême droite fait partie intégrante du travail syndical, surtout dans un contexte où on constate, en France et en Europe, la montée de l’extrême droite et où on ne peut que s’inquiéter du score de Marine Le Pen aux présidentielles.

Les syndicats se doivent donc d’analyser et de déconstruire des discours qui surfent sur la crise et ses conséquences. Le Front National a toujours su s’adapter, d’où des programmes à géométrie variable. Ni gauche, ni droite, il se présente en défenseur du peuple, porte parole de la classe ouvrière et instrumentalise les peurs.

Peu importe la prise de distance avec la vérité (statistiques erronées souvent par exemple), Marine Le Pen cherche à dire ce que les gens ont envie d’entendre pour emporter l’adhésion des gens.

On peut, en analysant les programmes, voir qu’on peut trouver tout et son contraire. Les deux publications de VISA sont à destination des syndicalistes. C’est leur originalité de partir des questions traitées directement par les syndicats sans oublier le combat central pour les valeurs intimement liés quand on se bat pour la justice sociale et des droits pour tous.

La première publication s’attache ainsi à montrer combien le FN est « le pire ennemi des salariés » sur la question des retraites, les droits des salariés et des syndicats en proposant par exemple une « simplification du code du travail pour libérer le travail des entreprises de l’étatisme » ou pour limiter le droit de grève.

La seconde offre « un argumentaire syndical contre le programme du FN » en analysant les propositions du FN sur les questions économiques, sociales, sociales, éducatives, internationales…. Par son discours social, le FN entend séduire le monde syndical et l’arrivée de Marine Le Pen a fait bouger les lignes. On ne discutera pas de la même façon avec un frontiste convaincu et quelqu’un tenté par un vote contestataire car le discours qui se fait « le défenseur de la France des oubliés », tire dans toutes les directions. Ainsi, le 1er mai 2011, Marine Le Pen s’adresse à l’ensemble des catégories professionnelles.

La préférence nationale est une priorité. Le FN dénonce l’altermondialisme qui apporte de mauvaises réponses, agitateurs masqués d’une « idéologie réécrite » des pères fondateurs du communisme. Il désigne deux ennemis : le mondialisme et l’Islam. Le FN se veut la seule solution, le seul rempart à l’Europe apatride, à la mondialisation débridée. Il joue sur le repli xénophobe, identitaire, la peur de la perte du rang international de la France. Ainsi, il ne dit pas que la dette est illégitime mais veut la franciser. Proposition électorale : sortir de l’euro comme remède miracle à la crise. Sans analyse ni réflexion : les militants du FN s’en moquent et s’arrêtent aux slogans. Marine Le Pen se présente comme la championne d’un Etat fort qui doit réorienter l’économie, avec le retour du franc : le clivage gauche-droite est inopérant et dépassé.

Difficile pour le monde syndicaliste de faire abstraction de ce qui se passe en Europe. La montée de l’extrême droite, forte depuis le 11 septembre se polarisant sur la question de l’islam, est favorisée par les politiques d’austérité. En Hongrie, Bulgarie, Roumanie, les ultranationalistes font référence aux partis fascistes et un de leurs objectifs est la chasse aux Roms. En Grèce, certains sont entrés dans des gouvernements puis en sont sortis. Ils sont très liés à l’église orthodoxe (qui a refusé de participer aux efforts liés à la dette) et revendiquent un tampon indiquant la religion sur la carte d’identité. Les récentes élections ont marqué leur progression : 21 néo-nazis d’ « Aube Dorée » ont été élus. En France, leurs prétentions pour les élections législatives sont fortes Il faudrait rappeler l’échec de la gestion financière des municipalités (Vitrolle, Marignane, Toulon sous tutelle).

L’action prioritaire du FN se fait dans les quartiers : le maillage dans le Nord, par exemple, s’appuie sur ce que faisait le Parti communiste. Et, très présents, les militants, se déplacent pour aller voir une dame à qui on a cassé un carreau ou le vieux monsieur qui s’est fait insulter…

Les votes FN, chez les enseignants, sont faibles (entre 3 et 5%) mais en augmentation depuis que Marine Le Pen a pris la place de son père. Certains sont militants FN. Des digues ont cédé dans le monde enseignant. Comme dans d’autres domaines, le discours sur l’Ecole a changé. Le FN ne fustige plus les enseignants ni l’Ecole publique mais les flatte, les plaint. Il part du constat que l’Ecole est en crise grave, présente les établissements scolaires comme des zones de non droit et s’installe dans un discours démagogique vis-à-vis des enseignants malmenés, agressés et des parents inquiets de la réussite de leurs enfants… Marine Le Pen proclame que son programme vise à restaurer l’Ecole de la République et le Service Public.

Mais derrière le discours, le réel : l’exemple de l’Ecole montre la volonté de détruire le SP

La conception de l’Ecole « sanctuaire » accroche. Face à la crise de l’Ecole certains propos sont retenus. C’est un programme habile par rapport aux personnels .Le problème de la montée de la violence de l’échec scolaire est réel avec des solutions simplistes mais séduisantes. Le collège concentre toutes les difficultés ? Le FN propose la suppression du collège unique et la scolarité obligatoire réduite à 14 ans. Aucune organisation syndicale ne prône cela, mais on l’entend en salle des profs et c’est un vrai problème. Une partie des personnels réclame davantage d’autorité, et tous s’interrogent sur leur métier, leurs missions et réclament la revalorisation de leur statut.

Marine Le Pen se prononce pour une nécessaire péréquation pour assurer l’égalité sur le territoire, pour le maintien des collèges de moins de 200 élèves. Elle ne propose plus de supprimer les ZEP, mais de détruire les établissements « irrécupérables » pour les reconstruire ailleurs. L’université doit être un grand service public de l’enseignement supérieur. Sur la laïcité, elle se présente comme étant la seule qui défende liberté, égalité, fraternité, « valeurs chrétiennes sécularisées ». Mais c’est pour mieux pourfendre l’Islam.

Derrière ce discours qui peut séduire, les syndicats doivent analyser les textes du FN et dénoncer le double discours.

De fait, la première étape du programme du FN en matière d’éducation est de « séparer l’école de l’Etat ». Le FN compte donc casser l’école publique. Pour y parvenir, il propose un financement égal de l’école publique et de l’école privée mais surtout la création « d’établissements autonomes, libres de recruter des enseignants, libres de leur gestion, libres de choisir leurs élèves ». Se profile ainsi une école à plusieurs vitesses, une école de ségrégation sociale et raciale. En effet, ce système d’établissement autonome, mais également la suppression de la carte scolaire sont censés permettre aux parents « le libre choix de l’école de leurs enfants ». Si les parents pourraient effectivement choisir l’établissement de leur enfant, l’établissement aurait aussi la possibilité de le refuser si ses résultats ne sont pas suffisamment bons à son goût (« les établissements d’enseignement public et privé du primaire, du secondaire et du supérieur définiront librement les conditions pédagogiques d’admission des élèves »), ou si les parents ne sont pas suffisamment riches pour payer les frais d’inscription très élevés, ou s’il s’agit d’un immigré…

Le FN le dit lui-même : il est pour un enseignement « sélectif et différencié » qui rompe avec le « mythe de l’égalitarisme ». « Au plan pédagogique, pour rompre avec l’utopie égalitaire, on instituera une sélection pour entrer en sixième ». La ségrégation ne touche pas que la question du social : le Front National est bien évidemment pour appliquer le principe de LA « PREFERENCE NATIONALE » à l’école tant au niveau des enseignants que des élèves. Concrètement, cela signifie que les quelques profs étrangers qui resteraient en poste auraient des contrats à durée déterminée, avec de grandes chances de ne pas être reconduits. De même, le FN veut instaurer « un quota maximum d’enfants « immigrés » par établissement afin de permettre aux jeunes français de suivre un enseignement « normal ».

Le programme du FN entend aussi s’attaquer au contenu des enseignements accusés de « transformer des générations entières de petits Français en nouveaux barbares étrangers à leur propre culture » alors qu’au contraire le principale rôle de l’école devrait être, selon le FN, « d’apprendre à devenir Français ». Cette révision des programmes toucherait toutes les disciplines, y compris les scientifiques.

Ce sont des propositions qui rejoignent une conception réactionnaire de l’Ecole. C’est la famille qui doit éduquer. L’Ecole doit sélectionner les plus méritants (pas les plus riches ou les plus forts). Il faut recentrer l’enseignement sur le français, le calcul, l’histoire-géographie, la morale. La méthode syllabique est obligatoire. L’enseignement de l’histoire est strictement chronologique et centré sur la France. Sous couvert de défendre des idées nationales, les guerres coloniales seront revisitées, l’éducation aux droits de l’Homme et l’antiracisme sera supprimée car considérée comme « endoctrinement ».

Foin du « pédagogisme » L’Ecole publique a été détruite, gâchée par les pédagogues. Marine Le Pen accuse ces derniers d’avoir accru les inégalités sociales à l’Ecole. La pédagogie qui introduit des choix politiques à l’Ecole n’est pas laïque. Le FN veut rétablir l’autorité : le maître sait et n’a pas à être tutoyé par les élèves. Il est au-dessus de l’élève.

Pour le reste, le projet scolaire du FN est, de façon attendue, essentiellement sécuritaire. « Tolérance zéro » contre les violences scolaires et les atteintes aux professeurs, affirme le FN. Derrière ces slogans, qui peuvent faire mouche dans les établissements les plus ghettoïsés, pas grand-chose pourtant. Le FN propose ainsi d’équiper « même temporairement » les établissements de portiques détecteurs de métaux. En 2009, après l’agression violente d’une enseignante en Haute-Garonne, Xavier Darcos, alors ministre de l’éducation, avait avancé la même idée. Pure communication déjà, peu d’établissements étant demandeurs (coût des portiques, des heures de contrôle avant d’accéder en classe), la chose avait été rapidement oubliée. De même, lorsque le FN promet d’alourdir les peines pour ceux qui auraient agressé physiquement ou verbalement un enseignant de sanctionner financièrement les parents : là encore, rien de nouveau sous le soleil. L’arsenal législatif sur ce point existe déjà. Traiter les jeunes comme on traite les adultes : c’est la dernière réforme de la justice des mineurs.

Marine Le Pen veut le pouvoir, elle essaie de gagner des voix partout, discours pour tenter de séduire les classes moyennes et notamment les enseignants. Mais c’est toujours la même sauce idéologique.

Décortiquer les propositions du FN, les dénoncer mais aussi nécessité absolue, pour le syndicalisme enseignant, de refonder un projet unitaire démocratique pour l’Ecole Publique.

Le FN et les syndicats

Historiquement, l’extrême droite s’est toujours intéressée au syndicalisme (beaucoup plus tôt que l’inverse) car c’est un obstacle à son projet fondamental de créer un Etat fort avec un peuple uni derrière un chef, sans lutte des classes en promouvant l’ alliance du capital et du travail (expurgé des étrangers).
Quelques rappels historiques :
1993 : les 300 mesures du FN, premier programme « social » du Front National qui s’était rendu compte de l’évolution de son électorat. 1982 (politique de rigueur de Mitterrand) puis 1989 (effondrement du socialisme ) vont constituer un tournant décisif et déclenché un dérapage constant dans certaines municipalités. L’électorat populaire se réfugie dans l’abstention ou dans le vote Front National. Maigret a compris cela et a lancé ces 300 mesures. Lors des grands mouvements de grève, le discours est toujours double : compréhension à l’égard des manifestants ET dénonciation des syndicats qui entravent la liberté de circuler et appel à répression. A noter que c’est toujours après les grèves que le Front National prend des initiatives populaires, « sociales ».

1996 : création de syndicats liés au Front National : police, pénitentiaire, transports lyonnais, RATP, transports en commun. La réaction est immédiate et forte chez les organisations syndicales. Le Front National a aussi présenté une liste nationale CFNT aux prud’hommes dans 60 départements avec 206 listes et a rencontré quelques succès aussi dans le collège employeurs dans quelques villes.

Cantonales 2011 : après les grèves sur les retraites, on découvre des candidats Front National syndicalistes à FO, CGT, Solidaires, CFTC, CFDT.
Les syndicats ont rendu l’affaire publique et radié les militants concernés.. Important de mettre la chose sur la place publique mené un travail d’explication.

2012 : Offensive du Front National aux portes et dans les entreprises, qui a commencé en 2011. Peugeot-Citroën Aulnay : tractage annoncé sur internet ! Un comité d’accueil intersyndical important est sur place. Mais c’est rare que ce soit annoncé…Le tract FN dénonce les délocalisations et les organisations syndicales suppôts du patronat.

Le Front National s’intéresse aussi au patronat. Historiquement c’est une visée stratégique mais le grand patronat ne voit pas l’intérêt de s’acoquiner avec des crânes rasés qui marchent au pas. Il préfère discuter, négocier avec les syndicats, voire les acheter ! On n’est plus en 1933 en Allemagne (dès 1923, le parti nazi, groupuscule à l’époque, était déjà financé par une fraction de la bourgeoisie et de l’aristocratie munichoise). Mais actuellement, il faut étudier les relations au niveau européen. La crise et le refus de l’austérité par les peuples peuvent rendre intéressante une alliance avec le Front National. On peut, déjà, en relever des signes. C’est en Belgique, une occupation d’usine, « nettoyée » par les nervis avec battes de base-ball.

A l’inverse, en France, une fraction du patronat sensible au Front National et en réaction contre lui, le mouvement « ETHIC » s’est prononcé pour la régularisation des travailleurs sans-papiers, indispensables à l’économie.
Le FN dispose d’un potentiel de sympathisants grâce essentiellement au lissage du discours de Marine Le Pen, grâce aussi au discours xénophobe du gouvernement Sarkosy qui l’a, en quelque sorte banalisé, rendu républiquement compatible. Mais la bataille pour enrayer, réduire la progression des idées d’extrême droite peut se gagner. Il ne faut pas attendre les échéances électorales. La responsabilité du syndicalisme est importante pour discuter, argumenter, démasquer l’imposture et le danger du discours d’extrême droite. Au moment où le FN se rend aux portes des entreprises, les syndicats, dans ses sections d’entreprise, ses Unions Locales, bref, à tous les échelons doit porter le débat et animer les luttes.
Pr exemple, les luttes syndicales dans l’entreprise avec immigrés et non immigrés changent le climat de l’entreprise en rassemblant la communauté de travail et de lutte ce qui une arme redoutable contre le racisme.

Syndicalistes, il faut dire ouvertement que nous sommes antifascistes : eux n’ont pas peur de dire qu’ils le sont.
La jeunesse que nous souhaitons n’est pas une jeunesse divisée, suspicieuse et cloisonnée dans une culture française fantasmée. Une jeunesse, pour être riche et épanouie, doit être multiculturelle et éveillée. L’accès aux droits, à toutes les cultures, doit être permis à l’ensemble des jeunes !

Marylène Cahouet

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