Derrière Marine Le Pen, Adolphe

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Derrière Marine Le Pen, Adolphe

10 févr. 2017 Par claude lelièvre

Qu’a-t-il dit déjà ? « Lire, écrire, compter, voilà ce qu’il faut apprendre ; quant au reste , cela est superflu[…]. Il faut restreindre cette extension démesurée de l’enseignement primaire […]. Je suis hardi, très hardi, j’en conviens, mais que voulez-vous ! Je considère les choses telles qu’elles existent ; je ne puis consentir à laisser mettre du feu sous une marmite sans eau ».

Il s’agit d’une déclaration datant de 1849 d’Adolphe Thiers (ancien ministre de Louis-Philippe et futur bourreau de la Commune). Un homme d’ « Ancien Régime ». On a les ancêtres qu’on peut…

Contrairement à une idée reçue, on est ainsi aux antipodes de la position du principal fondateur de l’Ecole laïque et républicaine, à savoir Jules Ferry. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que cette légende qui attribue à Ferry une fixation sur le « lire-écrire-compter » (et plus généralement une focalisation sur les « rudiments », sur un « primaire rudimentaire » ), alors qu’il n’a cessé de lutter en sens contraire.

En réalité, Jules Ferry tente d’inverser la hiérarchie entre les enseignement dits fondamentaux ( et traditionnels) et les enseignements dits « seconds », « accessoires ». C’est précisément dans ces enseignements dits « accessoires » que réside pour Ferry la rupture entre « l’ancien régime » et le « nouveau », une véritable révolution.

« C’est autour du problème de la constitution d’un enseignement vraiment éducateur que tous les efforts du ministère de l’Instruction publique se sont portés […]. C’est cette préoccupation dominante qui explique, rallie, harmonise un très grand nombre de mesures qui […] lorsqu’on n’en a pas la clef pourraient donner prétexte à des reproches d’excès dans les nouveaux programmes, d’accessoires exagérés, d’études très variées et qui ne paraissent pas, au premier abord, suffisamment convergentes : tous ces accessoires auxquels nous attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du ‘’lire, écrire, compter’’ : les leçons de choses, l’enseignement du dessin, les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel de l’atelier placé à côté de l’école, le chant, la musique chorale. Pourquoi tous ces accessoires ? Parce qu’ils sont à nos yeux la chose principale, parce que ces accessoires feront de l’école primaire une école d’éducation libérale. Telle est la grande distinction, la grande ligne de séparation entre l’ancien régime, le régime traditionnel, et le nouveau » ( Discours de Ferry au congrès pédagogique des instituteurs et institutrices de France, le 19 avril 1881)

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