Il s’expliquait à la barre du tribunal correctionnel de Nice il y a exactement quinze jours. Déjà poursuivi pour aide à l’entrée, à la circulation et au séjour de personnes en situation irrégulière et dans l’attente d’un délibéré le mois prochain, Cédric Herrou a de nouveau été arrêté dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes) à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Nice.

«Il a été interpellé près de chez lui, au poste-frontière de Sospel, précise son avocat Me Zia Oloumi. Mon client est en garde à vue à Menton depuis 1 heure du matin pour aide à l’entrée et au séjour d’étrangers.» Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’agriculteur de 37 ans était au volant de son véhicule quand une compagnie de gendarmerie l’a intercepté. «Il tentait de faire passer, par des chemins détournés, le contrôle à trois personnes d’origine érythréenne», détaille le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre.

«Des gamins tapent à nos portes tous les soirs»

C’est la troisième fois que Cédric Herrou fait l’objet d’une arrestation dans la vallée de la Roya, enclave montagneuse coincée entre l’Italie et la France qui voit débarquer des migrants dans ses villages. Depuis plusieurs mois, ce producteur d’œufs, d’huile et de pâte d’olives revendique son aide. Il recueille, soigne et héberge des Erythréens et Soudanais, pour la plupart, dans des caravanes et des tentes accolées à sa maison.

Sa première arrestation remonte au mois d’août. Après plusieurs heures de garde à vue, Herrou avait finalement bénéficié d’une immunité humanitaire. Deux mois plus tard, dépassé par le nombre d’arrivées de migrants dans sa vallée, il ouvre illégalement un camp de transit à Saint-Dalmas-de-Tende. «Des gamins tapent à nos portes tous les soirs, attendent sur le bord des routes, risquent leur vie pour arriver en France. Cinq d’entre eux sont morts sur l’A8 ou la voie ferrée en passant la frontière. J’estime qu’il est de notre responsabilité de les protéger», explique-t-il en interpellant la presse et les pouvoirs publics. Lors de son audience, le 4 janvier, le procureur avait requis huit mois de prison avec sursis contre le militant azuréen pointant «un procès qui est une tribune politique». Le délibéré est attendu pour le 10 février. «L’interpellation de cette nuit est constitutive de nouveaux faits. Ça ne change pas grand-chose pour le dossier précédent», explique ce jeudi à Libération Jean-Michel Prêtre.

Plusieurs cas de désobéissance dans la vallée de la Roya

Si Cédric Herrou est devenu une figure emblématique de l’aide aux migrants, il n’est pas le seul à désobéir dans la vallée de la Roya. En novembre, c’est le chercheur au CNRS Pierre-Alain Mannoni qui était jugé pour les mêmes faits. Après sa relaxe, le parquet a fait appel. Le 7 janvier, quatre militants étaient arrêtés en tentant de faire passer des migrants entre Breil et Sospel. «Il y a quelques transferts car nous sommes coincés, explique Georges Faye, membre de l’association Roya citoyenne. A Saorge par exemple, plus de 10% de la population sont des personnes en situation irrégulière hébergées chez des habitants.» Cédric Herrou risque cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Adèle Sifaut