Les ennuis judiciaires du micro-parti de Marine Le Pen..

LDH sarlat
mediapart.fr

Le micro-parti de Marine Le Pen visé par une nouvelle enquête judiciaire

Par La rédaction de Mediapart

C’est un quatrième front judiciaire qui menace la présidente du Front national et son entourage. Après l’enquête sur sa déclaration de patrimoine ouverte en janvier 2016, celle sur le financement des législatives de 2012 renvoyée en procès, et celle sur les soupçons de fraude du FN au parlement européen, au tour de son micro-parti, Jeanne, d’être à nouveau visé.

Selon des informations obtenues par Mediapart, le parquet de Paris a ouvert le 26 octobre une information judiciaire contre X pour « escroqueries », « recels d’escroquerie », « abus de biens sociaux », « recels d’abus de biens sociaux » et « blanchiment » de ces infractions présumées. Cette enquête a été ouverte sur la base d’un signalement reçu le 9 juin du service antiblanchiment Tracfin. Elle a été confiée au juge Renaud Van Ruymbeke – déjà chargé, avec Aude Buresi, de l’enquête sur le financement des campagnes frontistes de 2012, renvoyée en procès en octobre.

Plusieurs personnes morales et physiques sont concernées par ce signalement. Parmi elles, l’association Jeanne et ses deux trésoriers successifs : l’actuel, Axel Loustau, récemment promu dans la cellule « finances » du FN pour la campagne 2017, et l’ancien, Olivier Duguet, gérant de plusieurs sociétés. Un autre proche de Marine Le Pen est également visé : Frédéric Chatillon, prestataire phare du Front national en 2012 avec son agence de communication Riwal, mais aussi son groupe ERER, ainsi que la société Unanime, également prestataire du FN en 2012, et dirigée par l’une de ses proches, Sighild Blanc. La société de développement et d’exploitation des eaux de sources (SDEES), gérée par Olivier Duguet, et dont Mediapart avait révélé les coulisses, est aussi mentionnée.

Une série de flux financiers suspects a attiré l’œil de Tracfin, qui a transmis à la justice des éléments portant sur la période allant de janvier 2014 (lors des campagnes municipales et européennes) à avril 2016. Les enquêteurs ont constaté que les flux impliquant Jeanne, Riwal et des sociétés du réseau avaient explosé en deux ans. Ils ont notamment mis au jour des flux créditeurs de plusieurs millions d’euros sur le comptes de Jeanne et de Riwal, mais aussi des flux débiteurs extrêmement importants.

Ces structures ont un point commun, elles sont toutes liées à la « GUD connection », ce cercle d’anciens militants du Groupe union défense (GUD) reconvertis en chefs d’entreprise et qui entourent Marine Le Pen depuis de longues années. À la tête de ce réseau, Frédéric Chatillon, un proche de Marine Le Pen, chef du GUD dans les années 1990 devenu le patron de l’agence de communication Riwal. Avant d’être interdit par la justice de commercer avec le Front national dans le cadre des élections, Riwal réalisait le matériel de propagande électorale du parti (affiches, tracts, sites internet). Le nom de Frédéric Chatillon est par ailleurs apparu dans les « Panama Papers » du Monde, révélant un vaste système de « dissimulation d’avoirs financiers » entre Hong Kong, Singapour, les îles Vierges britanniques et le Panama, grâce à des sociétés offshore. Depuis leur rencontre à la fin des années 1980, à l’université de droit d’Assas, Marine Le Pen et l’ex-Gudard entretiennent une amitié jamais démentie malgré les ennuis judiciaires du chef d’entreprise.

Joint, Axel Loustau, trésorier de Jeanne, affirme n’avoir « aucun commentaire à faire sur une enquête dont [il] n’étai[t] pas informé ». « Je ne vais pas vous donner l’état des comptes de Jeanne… Ce que je peux vous dire c’est que Jeanne a des fournisseurs, qu’elle règle au fur et à mesure. Des signalement Tracfin sur Jeanne, il y en a eu d’autres, et on a vu ce que ça a donné… ». 

« Il n’y a aucun flux suspect sur les comptes de mes sociétés qui sont attentivement surveillés depuis bien longtemps et soumises au contrôle d’un Commissaire aux comptes ! », s’insurge Frédéric Chatillon, contacté par Mediapart, en indiquant n’avoir « pas connaissance de cette hypothétique procédure qui est opportunément portée à votre connaissance au début de la campagne électorale ». Sollicités, Marine Le Pen et Olivier Duguet n’ont eux pour l’instant pas donné suite.

Au service de Marine Le Pen, le micro-parti Jeanne a été créé fin 2010, en amont de son élection à la tête du Front national. L’association avait pour but de constituer une autonomie financière à la future présidente du FN, face au parti d’une part, et à Cotelec, le micro-parti de son père, d’autre part. Si Marine Le Pen n’apparaît pas elle-même dans les statuts de l’association, elle en a laissé les manettes à de très proches, issus de la « GUD connection ». Notamment Axel Loustau, à qui elle a confié la trésorerie de son association de financement.

Loin d’avoir écarté ses amis radicaux, Marine Le Pen n’a cessé de les promouvoir. Frédéric Chatillon et Axel Loustau étaient à nouveau présents aux « Estivales » du Front national, en septembre, à Fréjus, déambulant même dans les coulisses lors de son discours de clôture. Frédéric Chatillon n’a pas caché aux journalistes qu’il aimerait jouer un « rôle technique » dans sa campagne présidentielle. Pour l’inauguration du QG 2017, le 16 novembre, l’entrepreneur avait fait le déplacement depuis Rome, où il réside.

Quant à Axel Loustau, élu conseiller régional d’Île-de-France en décembre 2015, Marine Le Pen l’a placé en 2014 à la tête de « Cardinal », un cercle frontiste regroupant des petits patrons, puis promu patron de la fédération frontiste des Hauts-de-Seine en mars 2016, avant de l’intégrer au trio des trésoriers qui pilotent la cellule financière du parti.

Et ce malgré leurs mises en examen. Car les deux structures que Loustau et Chatillon dirigent, Jeanne et Riwal, ont déjà fait l’objet d’une enquête. Au printemps 2013, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire, après avoir été saisi par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), l’organe indépendant chargé de vérifier les comptes annuels des partis politiques.

Comme Mediapart l’avait révélé, la Commission avait tiqué sur le système de prêts accordés par Jeanne aux candidats du FN, au taux particulièrement élevé de 6,5 %. Pour les magistrats, il s’agissait de réaliser une marge, aux frais de l’État. Cela permettait en effet au micro-parti d’emmagasiner des intérêts importants, ensuite remboursés par l’État lorsque les candidats ont recueilli plus de 5 % des voix. Ce fonctionnement a été lucratif : en 2012, Jeanne a encaissé 9 millions d’euros, et Riwal a perçu 1,6 million d’euros pendant la campagne présidentielle (presque un cinquième des dépenses déclarées par la candidate).

En avril 2014, le parquet ouvre une information judiciaire. Pendant deux ans, les enquêteurs se penchent sur un vaste montage mêlant Jeanne, l’agence Riwal et le Front national. Car outre cette « astuce » des taux d’intérêts, les « kits de campagne » vendus aux candidats frontistes attirent l’attention. Réalisés par Riwal et revendus 16 650 euros pièce aux candidats par Jeanne, ce matériel électoral est ensuite lui aussi intégré aux dépenses de campagne remboursables.

Les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi soupçonnent les responsables de Jeanne et son prestataire Riwal d’avoir ainsi mis sur pied un système d’enrichissement illégal, avec de l’argent public. Ils estiment à 10 millions d’euros les sommes détournées par Jeanne et Riwal. Marine Le Pen n’a pas été mise en examen dans cette affaire, mais elle avait été entendue le 5 janvier 2016 comme témoin assisté – après avoir refusé à deux reprises de se rendre chez les juges. L’enquête a été clôturée en janvier 2016.

Le 5 octobre 2016, le Front national et Jeanne ont été renvoyés en correctionnelle, ainsi que huit autres personnes physiques et morales, dont Riwal, le trésorier du FN Wallerand de Saint-Just ; l’un des vice-présidents du parti, Jean-François Jalkh et plusieurs proches de Marine Le Pen. Son parti a interjeté appel.

Marine Le Pen « n’est pas du tout inquiétée », avait relativisé le trésorier du FN, Wallerand de Saint Just, auprès de l’AFPLes juges, ça, au moins, ils l’ont compris, qu’elle était en dehors du circuit. Elle n’a pas participé à l’organisation des législatives », affirmait-il. De son côté, la présidente du FN estime que son parti est « victime d’une persécution profondément injuste ». « Enquêtes, informations judiciaires, perquisitions, le pouvoir socialiste ne manque pas d’imagination face à son opposition politique », avait-elle déjà dénoncé en 2014, lors de l’ouverture de cette première enquête. Si elle se dit « extrêmement sereine », la patronne du FN ne s’est jamais exprimée publiquement sur le fond de l’affaire, se contentant de dire que son parti n’avait « rien à se reprocher » et que la commission nationale des comptes de campagne avait vérifié ses comptes « à cinq reprises, cinq élections différentes ».

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