Promesses non tenues envers les migrants de Calais..

LDH sarlat
lacimade.org

Sur la route entre Calais et Rennes,

les promesses du ministre de l’Intérieur

se sont égarées

Dans le cadre du démantèlement du bidonville de Calais, le ministre de l’Intérieur s’est engagé auprès des personnes étrangères qui ont accepté de quitter la jungle pour se rendre dans les centres d’accueil et d’orientation – CAO – répartis sur l’ensemble du territoire français qu’elles ne feraient pas l’objet de procédure « Dublin » ;

c’est à dire qu’elles ne seraient pas renvoyées vers les autres pays européens dans lesquelles elles ont pu être enregistrées au cours de leur parcours d’exil jusqu’à Calais, comme le prévoit pourtant la réglementation européenne.

Bernard Cazeneuve :

« Je ne souhaite pas qu’à partir des CAO on procède à des opérations de ‘dublinage’ ». « Ceux qui sont dans les CAO ont vocation à être accompagnés vers l’asile dès lors qu’ils relèvent de ce dispositif », a-t-il assuré, estimant que « 85 % de ceux qui se trouvaient à Calais relevaient du statut de réfugié en France ».

Ouest-France – 28 octobre 2016

Cette promesse a été déterminante pour nombre de migrants qui hésitaient à poursuivre les tentatives de passage en Angleterre ou à demander l’asile en France.

Malgré cet engagement du ministre, aujourd’hui, en Bretagne, les personnes étrangères en provenance de Calais qui sont hébergées dans les CAO se voient notifier par la préfecture des placements en procédure Dublin, avec des convocations en préfecture cette semaine pour « mise à exécution ».

C’est le cas de 24 des 47 migrants hébergés dans le CAO du centre ville de Rennes. Ils ont rédigé un communiqué des migrants erythréens, soudannais et somaliens du CAO de Rennes dans lequel ils relatent qu’à Calais, des responsables leur ont assuré qu’ils ne seraient pas renvoyés dans un autre pays européen s’ils demandaient l’asile en France, et concluent qu’au regard des papiers qu’on leur a remis à la préfecture, « c’est faux ».

De plus, lors d’une réunion publique à Fougères le 17 novembre dernier, le préfet de la région Bretagne a annoncé que parmi les 542 personnes accueillies dans les CAO de Bretagne, 224 étaient « Dublinées ».

Selon lui, l’engagement du ministre de l’Intérieur signifie « ne pas utiliser de mesures coercitives » pour renvoyer les personnes concernées dans les pays européens où elles sont réadmissibles et « ne pas mettre les procédures Dublin à exécution maintenant ».

Au début du mois de novembre, la préfecture d’Ille et Vilaine a interpellé et placé en rétention à Rennes un ressortissant afghan hébergé au CAO de Beaucé (à côté de Fougères) titulaire de la protection subsidiaire en Italie. Cette personne n’avait rien à faire en rétention. Quand le juge des libertés l’a libéré, la préfecture a fait appel…

Dans ces conditions, et sans plus de garanties, nous ne pouvons qu’être inquiets du sort de plusieurs personnes étrangères aujourd’hui hébergées dans les centres d’accueil et d’orientation de Bretagne.

Photo : Anne Guillard

Publicités

Les ennuis judiciaires du micro-parti de Marine Le Pen..

LDH sarlat
mediapart.fr

Le micro-parti de Marine Le Pen visé par une nouvelle enquête judiciaire

Par La rédaction de Mediapart

C’est un quatrième front judiciaire qui menace la présidente du Front national et son entourage. Après l’enquête sur sa déclaration de patrimoine ouverte en janvier 2016, celle sur le financement des législatives de 2012 renvoyée en procès, et celle sur les soupçons de fraude du FN au parlement européen, au tour de son micro-parti, Jeanne, d’être à nouveau visé.

Selon des informations obtenues par Mediapart, le parquet de Paris a ouvert le 26 octobre une information judiciaire contre X pour « escroqueries », « recels d’escroquerie », « abus de biens sociaux », « recels d’abus de biens sociaux » et « blanchiment » de ces infractions présumées. Cette enquête a été ouverte sur la base d’un signalement reçu le 9 juin du service antiblanchiment Tracfin. Elle a été confiée au juge Renaud Van Ruymbeke – déjà chargé, avec Aude Buresi, de l’enquête sur le financement des campagnes frontistes de 2012, renvoyée en procès en octobre.

Plusieurs personnes morales et physiques sont concernées par ce signalement. Parmi elles, l’association Jeanne et ses deux trésoriers successifs : l’actuel, Axel Loustau, récemment promu dans la cellule « finances » du FN pour la campagne 2017, et l’ancien, Olivier Duguet, gérant de plusieurs sociétés. Un autre proche de Marine Le Pen est également visé : Frédéric Chatillon, prestataire phare du Front national en 2012 avec son agence de communication Riwal, mais aussi son groupe ERER, ainsi que la société Unanime, également prestataire du FN en 2012, et dirigée par l’une de ses proches, Sighild Blanc. La société de développement et d’exploitation des eaux de sources (SDEES), gérée par Olivier Duguet, et dont Mediapart avait révélé les coulisses, est aussi mentionnée.

Une série de flux financiers suspects a attiré l’œil de Tracfin, qui a transmis à la justice des éléments portant sur la période allant de janvier 2014 (lors des campagnes municipales et européennes) à avril 2016. Les enquêteurs ont constaté que les flux impliquant Jeanne, Riwal et des sociétés du réseau avaient explosé en deux ans. Ils ont notamment mis au jour des flux créditeurs de plusieurs millions d’euros sur le comptes de Jeanne et de Riwal, mais aussi des flux débiteurs extrêmement importants.

Ces structures ont un point commun, elles sont toutes liées à la « GUD connection », ce cercle d’anciens militants du Groupe union défense (GUD) reconvertis en chefs d’entreprise et qui entourent Marine Le Pen depuis de longues années. À la tête de ce réseau, Frédéric Chatillon, un proche de Marine Le Pen, chef du GUD dans les années 1990 devenu le patron de l’agence de communication Riwal. Avant d’être interdit par la justice de commercer avec le Front national dans le cadre des élections, Riwal réalisait le matériel de propagande électorale du parti (affiches, tracts, sites internet). Le nom de Frédéric Chatillon est par ailleurs apparu dans les « Panama Papers » du Monde, révélant un vaste système de « dissimulation d’avoirs financiers » entre Hong Kong, Singapour, les îles Vierges britanniques et le Panama, grâce à des sociétés offshore. Depuis leur rencontre à la fin des années 1980, à l’université de droit d’Assas, Marine Le Pen et l’ex-Gudard entretiennent une amitié jamais démentie malgré les ennuis judiciaires du chef d’entreprise.

Joint, Axel Loustau, trésorier de Jeanne, affirme n’avoir « aucun commentaire à faire sur une enquête dont [il] n’étai[t] pas informé ». « Je ne vais pas vous donner l’état des comptes de Jeanne… Ce que je peux vous dire c’est que Jeanne a des fournisseurs, qu’elle règle au fur et à mesure. Des signalement Tracfin sur Jeanne, il y en a eu d’autres, et on a vu ce que ça a donné… ». 

« Il n’y a aucun flux suspect sur les comptes de mes sociétés qui sont attentivement surveillés depuis bien longtemps et soumises au contrôle d’un Commissaire aux comptes ! », s’insurge Frédéric Chatillon, contacté par Mediapart, en indiquant n’avoir « pas connaissance de cette hypothétique procédure qui est opportunément portée à votre connaissance au début de la campagne électorale ». Sollicités, Marine Le Pen et Olivier Duguet n’ont eux pour l’instant pas donné suite.

Au service de Marine Le Pen, le micro-parti Jeanne a été créé fin 2010, en amont de son élection à la tête du Front national. L’association avait pour but de constituer une autonomie financière à la future présidente du FN, face au parti d’une part, et à Cotelec, le micro-parti de son père, d’autre part. Si Marine Le Pen n’apparaît pas elle-même dans les statuts de l’association, elle en a laissé les manettes à de très proches, issus de la « GUD connection ». Notamment Axel Loustau, à qui elle a confié la trésorerie de son association de financement.

Loin d’avoir écarté ses amis radicaux, Marine Le Pen n’a cessé de les promouvoir. Frédéric Chatillon et Axel Loustau étaient à nouveau présents aux « Estivales » du Front national, en septembre, à Fréjus, déambulant même dans les coulisses lors de son discours de clôture. Frédéric Chatillon n’a pas caché aux journalistes qu’il aimerait jouer un « rôle technique » dans sa campagne présidentielle. Pour l’inauguration du QG 2017, le 16 novembre, l’entrepreneur avait fait le déplacement depuis Rome, où il réside.

Quant à Axel Loustau, élu conseiller régional d’Île-de-France en décembre 2015, Marine Le Pen l’a placé en 2014 à la tête de « Cardinal », un cercle frontiste regroupant des petits patrons, puis promu patron de la fédération frontiste des Hauts-de-Seine en mars 2016, avant de l’intégrer au trio des trésoriers qui pilotent la cellule financière du parti.

Et ce malgré leurs mises en examen. Car les deux structures que Loustau et Chatillon dirigent, Jeanne et Riwal, ont déjà fait l’objet d’une enquête. Au printemps 2013, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire, après avoir été saisi par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), l’organe indépendant chargé de vérifier les comptes annuels des partis politiques.

Comme Mediapart l’avait révélé, la Commission avait tiqué sur le système de prêts accordés par Jeanne aux candidats du FN, au taux particulièrement élevé de 6,5 %. Pour les magistrats, il s’agissait de réaliser une marge, aux frais de l’État. Cela permettait en effet au micro-parti d’emmagasiner des intérêts importants, ensuite remboursés par l’État lorsque les candidats ont recueilli plus de 5 % des voix. Ce fonctionnement a été lucratif : en 2012, Jeanne a encaissé 9 millions d’euros, et Riwal a perçu 1,6 million d’euros pendant la campagne présidentielle (presque un cinquième des dépenses déclarées par la candidate).

En avril 2014, le parquet ouvre une information judiciaire. Pendant deux ans, les enquêteurs se penchent sur un vaste montage mêlant Jeanne, l’agence Riwal et le Front national. Car outre cette « astuce » des taux d’intérêts, les « kits de campagne » vendus aux candidats frontistes attirent l’attention. Réalisés par Riwal et revendus 16 650 euros pièce aux candidats par Jeanne, ce matériel électoral est ensuite lui aussi intégré aux dépenses de campagne remboursables.

Les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi soupçonnent les responsables de Jeanne et son prestataire Riwal d’avoir ainsi mis sur pied un système d’enrichissement illégal, avec de l’argent public. Ils estiment à 10 millions d’euros les sommes détournées par Jeanne et Riwal. Marine Le Pen n’a pas été mise en examen dans cette affaire, mais elle avait été entendue le 5 janvier 2016 comme témoin assisté – après avoir refusé à deux reprises de se rendre chez les juges. L’enquête a été clôturée en janvier 2016.

Le 5 octobre 2016, le Front national et Jeanne ont été renvoyés en correctionnelle, ainsi que huit autres personnes physiques et morales, dont Riwal, le trésorier du FN Wallerand de Saint-Just ; l’un des vice-présidents du parti, Jean-François Jalkh et plusieurs proches de Marine Le Pen. Son parti a interjeté appel.

Marine Le Pen « n’est pas du tout inquiétée », avait relativisé le trésorier du FN, Wallerand de Saint Just, auprès de l’AFPLes juges, ça, au moins, ils l’ont compris, qu’elle était en dehors du circuit. Elle n’a pas participé à l’organisation des législatives », affirmait-il. De son côté, la présidente du FN estime que son parti est « victime d’une persécution profondément injuste ». « Enquêtes, informations judiciaires, perquisitions, le pouvoir socialiste ne manque pas d’imagination face à son opposition politique », avait-elle déjà dénoncé en 2014, lors de l’ouverture de cette première enquête. Si elle se dit « extrêmement sereine », la patronne du FN ne s’est jamais exprimée publiquement sur le fond de l’affaire, se contentant de dire que son parti n’avait « rien à se reprocher » et que la commission nationale des comptes de campagne avait vérifié ses comptes « à cinq reprises, cinq élections différentes ».


Les trois visages du vote FN

monde-diplomatique.frLDH sarlat

Les trois visages du vote FN

Une victoire du Front national (FN) aux élections régionales de décembre 2015 dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur illustrerait la géographie électorale du parti d’extrême droite. Celle-ci n’a guère évolué depuis les élections européennes de 1984, auxquelles le FN obtint environ 10 % des voix : elle oppose un arc oriental allant du Nord aux Pyrénées-Orientales à une moitié occidentale bien plus rétive. Pourtant, le lieu commun d’un FN du Nord, social et populaire, qui séduirait les ouvriers, opposé à un FN du Sud, identitaire et économiquement libéral, davantage tourné vers les retraités, a fait florès ces dernières années (1). Cette opposition est loin d’être pertinente.

La carte électorale du FN ne correspond à aucune forme d’héritage historique. On pourrait penser que, dans la moitié méridionale du pays, les bons scores du parti à partir de 1984 actualisent un potentiel qui s’était déjà exprimé avec le phénomène poujadiste, en 1956, et surtout en faveur de Jean-Louis Tixier-Vignancour, défenseur de l’Algérie française et candidat à la présidentielle de 1965. Le développement frontiste profiterait ainsi d’une structure sociale favorable — poids de la petite bourgeoisie patronale et commerçante — et de l’importante présence de rapatriés d’Algérie. Cette idée doit être nuancée.

Trois sociologies électorales du Front national

Trois sociologies électorales du Front national

Avant 1984, l’implantation militante du FN est faible sur le littoral méditerranéen. La section de Marseille n’est par exemple créée qu’en 1983, soit onze ans après la naissance du parti, et la fédération des Alpes-Maritimes ne se développe elle aussi que de manière tardive (2). En 1984 et après, la carte électorale frontiste dans le sud de la France ne se confond ni avec le vote poujadiste de 1956 ni avec celui pour l’Algérie française de 1965 (qui recoupe largement l’implantation des rapatriés). Il en va de même dans le Nord, où l’essor du FN dans les années 1980 ne se confond pas avec le reflux de la gauche, et en particulier du Parti communiste (3).

Des parachutages réussis

Son développement rapide après 1984 s’accompagne, sur le plan électoral, d’une différenciation spatiale. Si les électeurs frontistes de Marseille ou de Nice ne sont pas exactement les mêmes qu’à Lille ou Roubaix, le parti, lui, continue de fonctionner de manière extrêmement centralisée, l’impulsion politique provenant de ses instances nationales, selon une habitude prise dès sa création. Surtout, les territoires les plus favorables sont pensés essentiellement comme des apanages : les dirigeants de premier plan viennent y chercher des terres d’élection favorables, même lorsqu’ils ont antérieurement construit un fief politique ailleurs. La région PACA joue ce rôle. MM. Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret, de même que Jean-Pierre Stirbois, bien qu’ils vivent tous trois en région parisienne, vont ainsi tenter de se faire élire dans les Bouches-du-Rhône en 1988.

Plus récemment, les parachutages de Mme Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, en 2007, et de Mme Marion Maréchal-Le Pen à Carpentras, en 2012, répondent à la même logique : attribuer les territoires les plus favorables aux dirigeants nationaux plutôt que promouvoir des militants de terrain qui se livrent à un patient travail d’ancrage local. Il est vrai que, désormais, cette implantation semble durable, contribuant au développement du potentiel frontiste sur ces territoires. Dans ces conditions, il existe un jeu permanent entre le centre partisan et ses périphéries.

La division entre FN du Nord et du Sud ne permet pas non plus d’expliquer la géographie du vote frontiste, pour laquelle il convient de distinguer plusieurs échelles : celle des régions, qui oppose principalement l’Est et l’Ouest, et celle des agglomérations, où l’adhésion s’organise selon le « gradient d’urbanité » (4). On pourrait donc également parler d’une opposition entre Front des villes et Front des champs (ou entre Front des immeubles et Front des pavillons ?). Par exemple, lors des élections européennes de 2014, en Picardie, le FN rassemblait en moyenne 12,1 % des inscrits dans les centres-ville et 19,4 % dans les communes rurales. Une part importante des malentendus et des controverses autour de la qualification de ce vote vient probablement de la difficulté à penser l’articulation entre ces niveaux géographiques.

Dans le cadre de précédents travaux (5), nous avons établi — sur la base de données agrégées — une estimation de la proportion de votes FN (rapportée aux inscrits) de chaque catégorie socioprofessionnelle (en utilisant une nomenclature assez fine en 24 catégories) dans chaque département, lors de chaque élection présidentielle de 1995 à 2012. Si ces estimations demeurent bien sûr imparfaites, elles permettent de dégager une typologie des départements et de distinguer trois grandes catégories de vote FN (6).

La première correspond principalement à ses terres de mission, qui lui sont plutôt rétives : Ouest, Sud-Ouest — à l’exception de la vallée de la Garonne —, une large partie du Massif central et au-delà, jusqu’à la Nièvre et la Saône-et-Loire. Il faut y ajouter les Hautes-Alpes, Paris, les départements de la petite couronne ainsi que la Corse. Dans ces régions, ceux qui votent néanmoins pour le FN appartiennent moins aux classes populaires, sont moins souvent ouvriers et inactifs. Proportionnellement, les indépendants ou cadres retraités, les employés de commerce, les professions intermédiaires du secteur privé y sont surreprésentés. Là où le FN est plus faible, donc, il l’est surtout parce qu’il ne parvient pas à séduire le noyau dur de son électorat au niveau national : les ouvriers (entre 4 et 6 points de moins que la moyenne du pays en 2012) et les inactifs (essentiellement des femmes au foyer et des étudiants — environ 5 points de moins en 2012).

La deuxième catégorie rassemble des départements tous situés au sud de la Loire. A l’exception des Bouches-du-Rhône, tous les départements littoraux de la Méditerranée en font partie. On y retrouve également les départements de la vallée de la Garonne, et certains du sillon rhodanien. Il s’agit de départements plutôt urbanisés, dont certains formaient naguère le « Midi rouge ». Ici, le vote FN est surreprésenté parmi les salariés du secteur privé : ouvriers, employés, professions intermédiaires et cadres supérieurs. Il s’agit donc, au-delà des oppositions de classe, des mondes du travail qui vivent dans des territoires dont l’économie fragile, déconnectée des grandes métropoles inscrites dans la mondialisation, se situe essentiellement dans les services et dépend pour beaucoup du tourisme, des prestations sociales (en particulier les retraites, mais aussi le chômage, les allocations familiales, etc.) et de la fonction publique. Un tableau qui a peu à voir avec celui d’un « FN des bourgeois » que véhicule parfois l’idée de « FN du Sud ».

Enfin, la troisième catégorie correspond pour l’essentiel au grand quart — et même tiers – nord-est de la France (hors Paris et petite couronne). Il faut y ajouter une bonne partie de la région Rhône-Alpes (deux Savoies, Isère, Rhône), les Alpes-de-Haute-Provence et surtout les Bouches-du-Rhône. Si les ouvriers y votent plus FN qu’ailleurs (d’environ 4 à 5 points en 2012), c’est surtout parmi les inactifs que le parti réalise ses meilleurs scores. C’est vrai des retraités des classes populaires, mais aussi des autres inactifs : femmes au foyer, étudiants, etc. La préférence frontiste serait alors le symptôme de territoires dévitalisés économiquement, victimes de la désindustrialisation, qui conduit ceux qui sont déjà écartés de l’activité économique ou qui risquent de l’être (les ouvriers) à manifester ainsi leur désespérance.

L’agrégat des « électeurs du Front national » est donc hétérogène. Les intérêts sociaux que ce parti représente ne sont pas convergents ; parfois même, ils divergent franchement. On le voit notamment avec la redistribution économique : les actifs du secteur privé ont intérêt à ce qu’elle soit la moins importante possible, quand les inactifs et les fonctionnaires en dépendent pour leur survie.

Avant tout opposés à l’immigration

On ne peut pas dire que l’effort d’adaptation des dirigeants frontistes aux réalités locales soit très poussé : pour l’essentiel, la production de programmes et de supports de communication est centralisée et contrôlée par la direction nationale du parti. Mais certains dirigeants comme Mme Maréchal-Le Pen, M. Louis Alliot ou M. Florian Philippot développent au sein même du parti un discours, une ligne, correspondant à ce qu’ils considèrent — plus ou moins à juste titre — comme leur base sociale dans leur territoire d’implantation. Mme Maréchal-Le Pen articule ainsi une offre politique favorable aux petites entreprises et un discours stratégique visant à opérer l’« union des droites » autour d’elle.

Les différences sociologiques du vote FN tendent à s’estomper. Alors même que résonne l’antienne des « deux Front national », la direction néofrontiste cherche à homogénéiser le parti en faisant son miel de la désaffection croissante des classes populaires à l’égard des partis installés.

Cette unification passe par un discours qui, quelles que soient les différences sur lesquelles on se livrera, légitimement, à de minutieuses exégèses, reste structuré — peut-être plus que jamais — par la question migratoire (7). Toutes les études montrent que les électeurs frontistes se distinguent de tous les autres par l’absolue priorité qu’ils accordent à cet enjeu. Le discours « social-populiste (8) » du néo-FN doit ainsi être analysé pour ce qu’il est : un moyen de lever les obstacles au vote FN des groupes sociaux qui accordent encore une importance à la question sociale, abandonnée par la gauche.