Calais, une très difficile évacuation..

mediapart.frLDH sarlat

Les préparatifs de l’évacuation

de la «jungle» de Calais

se compliquent

Par Daphné Gastaldi et Mathieu Périsse

Quels sont les risques de l’opération ? Outre les « actions des No Border », l’État justifie le recours massif aux forces de l’ordre par le « risque » que le démantèlement provoque des « résistances ». Lors de la destruction de la zone sud de la « jungle » à partir du 29 février 2016, des affrontements avaient eu lieu avec les policiers, des tentes avaient pris feu et des exilés iraniens s’étaient cousu les lèvres, en signe de protestation. « On ne peut pas exclure des explosions de colère, d’anxiété », nous dit-on, tout en assurant que les migrants « ne seront pas emmenés de force ». Par ailleurs, le gouvernement veut aller vite pour créer une « dynamique » et éviter les effets de dissuasion si certains migrants revenaient déçus des centres d’hébergement. Du côté du ministère du logement, on estime avoir appris des multiples évacuations s’étant déroulées à Paris. En une journée, le 22 juillet 2016, plus de 2 600 personnes installées sous le métro aérien à Jaurès avaient été « mises à l’abri » lors d’une seule opération de 6 heures à 20 heures.

Où seront conduits les migrants ? Vers des centres d’hébergement disséminés partout en France. L’objectif est de les encourager à demander l’asile. Le dispositif des CAO n’est pas nouveau, il existe depuis un an : 164 ont déjà ouvert leurs portes dans 84 départements. Il pourrait y en avoir plus de 200 à l’issue du démantèlement. L’État a demandé aux préfectures de répertorier les installations disponibles – annexes d’hôpitaux, centres de vacances d’EDF ou de la SNCF, voire lieux privés comme des hôtels – et s’est dit prêt à aller jusqu’aux réquisitions. Représentant 3 000 places au total, ces centres ont accueilli 6 000 personnes (en raison des allées et venues), selon les chiffres du gouvernement. L’accueil y est inégal d’une structure à l’autre : correct par endroits, il se est déplorable ailleurs.

En l’absence de diagnostic réalisé en amont, c’est à leur arrivée que les migrants seront « triés » en fonction de leur situation administrative : ont-ils entamé des démarches, si oui lesquelles, si non veulent-ils le faire ? Promesse a été faite aux associations que l’État ne renverrait pas celles et ceux dont les empreintes auraient été enregistrées dans un autre pays européen selon la réglementation de Dublin. La durée de l’accueil est incertaine : mais seules les personnes engageant une procédure d’asile sont invitées à rester, le temps que leur soit proposée une place dans un hébergement dédié.

Les campagnes françaises vont-elles s’entredéchirer ? Pendant un an, l’accueil des migrants s’est déroulé sans difficultés majeures dans les villes et villages concernés. Les divisions ont éclaté au plein jour depuis que plusieurs élus de LR et du FN font monter les enchères, principalement à la suite de la publication par Le Figaro du « plan de Cazeneuve pour répartir les migrants ».

Que restera-t-il à Calais ? Rien dans un premier temps. En conduisant les migrants dans des CAO, les services de l’État espèrent empêcher que des campements ne voient le jour un peu partout autour de Calais comme cela avait été le cas après la fermeture de Sangatte en 2002. Mais les associations estiment que cette perspective est illusoire. Elles reprochent ainsi au gouvernement de vouloir tout démanteler, comme l’a affirmé le président de la République lors de sa visite du 26 septembre, y compris les installations en dur créées à proximité de la « jungle » (le centre d’accueil et d’orientation et le centre Jules-Ferry). Cette décision est aberrante, selon Christian Salomé de L’Auberge des migrants, qui souligne que Calais restera quoi qu’il arrive un lieu de transit pour les migrants en partance vers la Grande-Bretagne. Lors d’une réunion place Beauvau le 11 octobre, les représentants de l’État auraient tenté de rassurer les associations en affirmant qu’ils ne toléreraient plus de bidonville, mais qu’ils ne laisseraient pas non plus les personnes en errance, en mettant en place un nouveau dispositif d’accueil (ni au même endroit ni selon les mêmes modalités). Ils ne se sont vraisemblablement pas montrés suffisamment convaincants.


un référé contre le démantèlement de la « jungle »

LDH sarlat

lemonde.fr

Des associations déposent

un référé contre le démantèlement

de la « jungle » de Calais

LE MONDE | 12.10.2016 à 22h39 • Mis à jour le 13.10.2016 à 06h42 | Par Maryline Baumard

Prévu pour le lundi 17 octobre, le démantèlement de la jungle a été retardé.
Prévu pour le lundi 17 octobre, le démantèlement de la jungle a été retardé. PHILIPPE HUGUEN / AFP

Un référé-liberté vient d’être déposé devant le tribunal administratif de Lille contre le démantèlement de la « jungle » de Calais (Pas-de-Calais). D’abord prévue le lundi 17 octobre, et reportée aujourd’hui d’une semaine, cette évacuation n’est pas contestée sur le fond, mais sur la forme.

Les habitants du bidonville et les associations qui viennent de déposer leur contestation devant le tribunal souhaitent « obtenir que différentes mesures de protection soient prises, sans délai, par l’autorité préfectorale au bénéfice des occupants de la partie nord du bidonville dit de “la Lande” de Calais ». Ils demandent aussi la suspension « de la décision par laquelle la préfète du Pas-de-Calais décide de procéder à l’expulsion des occupants » de cette zone.

Les avocats – Me Julie Bonnier, du barreau de l’Essonne, et Me Lionel Crusoé, du barreau de Paris, portent tous deux cette requête qui s’appuie sur les mêmes arguments que défendait ces derniers jours le Secours catholique pour s’opposer à l’évacuation précipitée de ce lieu où résident plus de 6 000 migrants.

L’association déplore qu’un état des lieux digne de ce nom ne puisse être fait, que les populations les plus vulnérables ne soient pas traitées à part et que le « nettoyage » du lieu soit mené à marche forcée alors que commence à s’engager la campagne pour la présidentielle du printemps 2017.

Mobilisation des humanitaires britanniques

Le Secours catholique figure donc en bonne place parmi les requérants. Mais l’association est loin d’être la seule. Des structures locales d’aide aux exilés, comme L’Auberge des migrants, Le Réveil voyageur, La Cabane juridique ou Utopia 56 sont aussi demandeuses d’une autre approche de cette opération que Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur, présente comme « humanitaire » sans les convaincre.

Ces humanitaires locaux se retrouvent au côté d’organisations nationales comme le Gisti, Emmaus France ou EliseCare, qui refusent elles aussi la « précipitation » dans laquelle s’organise ce démantèlement.

Alors que le référé déposé lors de l’évacuation de la zone sud de la jungle, en février, avait été soutenu par les seules associations françaises, cette fois, les structures britanniques présentes à Calais se mobilisent aussi. Care4Calais, Help Refugees, Refugee Youth Service, toutes trois très présentes auprès des populations au quotidien dans le bidonville, sont aussi engagées dans la procédure.

Le référé a été déposé mercredi soir auprès du tribunal administratif de Lille. Il sera enregistré jeudi matin. Le tribunal dispose ensuite de quarante-huit heures pour donner sa réponse ; ce qui devrait conduire à un jugement avant minuit samedi.

Le nombre de places trouvées en centre d’accueil et d’orientation (CAO) reste un peu juste – même si l’espoir est maigre d’en trouver plus – et le ministre de l’intérieur aimerait convaincre les Britanniques de prendre les mineurs présents dans la lande. Ces deux points sont les explications pour le recul opéré par la Place Beauvau par rapport à son calendrier initial.

Avant de déposer son texte à Lille, ce mercredi, Me Bonnier a enregistré un succès sur le dossier du campement voisin de Norrent-Fontes. Le tribunal de grande instance de Béthune avait en effet communiqué quelques heures auparavant son refus que soit évacué le petit campement de cette ville voisine de Calais, alors même que l’administration garantissait une place en CAO pour chacun. Le référé de vendredi sera étudié par une autre juridiction, dans une autre ville, mais il laissait hier un petit espoir aux requérants.