Passeurs d’hospitalités..

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Mort d’une expulsion annoncée

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Passer à tout prix avant la destruction du bidonville (voir ici, ici, ici, ici, ici et ). Nous l’entendons dire tous les jours par des exilé-e-s.

L’un d’eux est mort samedi soir sur une voie ferrée, près de la rocade qui mène au port et d’une zone industrielle. Comme il n’y a pratiquement pas de circulation des camions pendant les week-ends, il n’y a normalement pas de tentatives de passage, sauf quand on cherche toutes les occasions possibles.

Un rassemblement a eu lieu hier dimanche devant le parc Richelieu, au centre de Calais, en hommage à ce nouveau mort de la frontière et en protestation contre les politiques homicides.

Il s’agit du treizième décès connu à la frontière britannique depuis le début de l’année. Le 10 février, le corps d’un exilé afghan disparu depuis plusieurs jours a été retrouvé dans le port. Le 2 mars, un exilé soudanais a été retrouvé mort dans sa tente dans le bidonville. Le 31 mars, un exilé afghan est mort sur l’autoroute, renversé par un camion qui ne s’est pas arrêté. Le 1er avril, des bénévoles britanniques ont annoncé la mort d’un exilé qui vivait dans le campement de Grande-Synthe. Il avait réussi à passer la frontière sur les essieux d’un camion, qui a eu un accident au Royaume-uni. Le 9 mai, un exilé pakistanais est mort sur la rocade d’accès au port, renversé par une voiture. Le 29 mai, un exilé afghan est mort sur l’autoroute A 16, renversé par un camion. Le 4 juillet, un exilé est mort sur la rocade. Dans la nuit du 11 au 12 juillet, Samrawit est morte renversée par un camion qui ne s’est pas arrêté, sur la rocade, alors qu’elle était bloquée à Calais suite à l’expulsion le matin même du campement de Steenvoorde (voir ici et ). Le 21 juillet, le corps d’un exilé a été retrouvé au bord de l’autoroute. Le 26 juillet, un exilé est mort d’un coup de couteau dans le bidonville. Le 27 juillet, un exilé est mort sur la rocade portuaire heurté par un véhicule dont le conducteur ou la conductrice ne s’est pas arrêté-e. Le 23 août, un exilés est mort dans une bagarre près des lieux de passage. Le 16 septembre, un enfant de 14 ans est mort sur la rocade, renversé par un véhicule qui ne s’est pas arrêté (voir ici et ).

 

Un président malvenu

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Il y a deux ans, les autorités, État et commune, ont annoncé la création d’une plate-forme de services de jour pour les exilé-e-s à l’écart de la ville (le centre Jules Ferry) et que les exilé-e-s seraient « toléré-e-s » sur le terrain voisin. Certaines associations ont cru et répété que le cycle des expulsions et destructions de squats et de campements qui durait depuis la fermeture du Centre de Sangatte en 2002 allait cesser, et qu’il serait ainsi possible d’améliorer les conditions de vie. Elles ont par conséquent accompagné l’expulsion et le déplacement forcé des personnes vers e site qui leur était imposé.

Depuis, quatre destructions partielles du bidonville qui s’est construit là ont eu lieu (voir ici et ), et sa destruction totale est annoncée d’ici à la fin de l’année. À la politique de déguerpissement à travers le Calaisis, les personnes expulsées se réinstallant un peu plus loin, a succédé le déguerpissement sur place, les personnes chassées de la partie détruite du site du bidonville se réinstallant dans la partie non détruite. Est annoncé maintenant le déguerpissement à travers la France, le déplacement forcé vers des centres dispersés sur tout le territoire, qui sera peut-être accompagné d’expulsions hors du territoire. Comme lors des expulsions avec dispersion dans toute la France, qui ont eu lieu antérieurement, les personnes dont le projet migratoire n’est pas de rester en France reviendront dans leur grande majorité à Calais.

À-peu-près les mêmes associations qu’il y a deux ans, plutôt que de prendre acte de leur échec passé, préfèrent le redoubler en se satisfaisant de la parole de l’État proclamant que l’expulsion n’aurait lieu que si une solution de relogement est assurée pour chacun-e-s des habitant-e-s du bidonville, et que la situation de chacun-e sera examinée. Alors que d’habitude c’est à la préfète qu’il revient d’annoncer le calendrier des expulsions, cette fois-ci c’est le président du Secours catholique du Pas-de-Calais qui le fait.

http://www.nordlittoral.fr/calais/calais-un-demantelement-de-la-jungle-avant-fin-octobre-ia0b0n345967

L’élaboration d’un projet éducatif pour chacun-e des plus de mille mineur-e-s isolé-e-s présent-e-s sur le site de Calais demande du temps, et une implication du mineur ou de la mineure, de l’équipe éducative travaillant à sa contact à Calais (pour l’instant inexistante) et de l’équipe éducative dans le département qui l’accueillera. Cette équipe éducative devra réunir des compétences linguistique (les jeunes ne connaissant généralement pas le français), juridique (pour ce qui concerne le droit d’asile, le regroupement familial et l’accompagnement ultérieur des jeunes majeurs pour l’obtention d’un titre de séjour), psychologique spécialisée (certain-e-s de ces jeunes ayant subi des traumatismes graves). Un projet d’accueil loin de Calais ne réussira que s’il y a adhésion de la personne mineure au projet.

L’examen individuel de la situation de dix mille personnes suppose un personnel compétent en suffisance et des ressources en interprétariat. L’accueil et l’intégration des personnes suppose des équipes compétences et motivées, une implication du tissu local et un accompagnement bienveillant de la préfecture. Après un an de fonctionnement, ces conditions ne sont réunies que de manière très variable dans les « centres de répit » ou Centres d’Accueil et d’Orientation lorsqu’ils accueillent des exilé-e-s volontaires voir ici, ici, ici et ). Pour la destruction finale du bidonville, il s’agit de créer des milliers de place à la hâte et les personnes y seront envoyées de force.

On est donc loin du compte, et la démonétisation de la parole politique entraîne la démonétisation de la parole des associations qui la reprennent.

Cette mise en ruine de la parole et de l’action politique ne touche pas seulement la situation des exilé-e-s mais celle de la ville en général. La population calaisienne n’est pas seulement touchée par le chômage, la pauvreté et le mal-logement, mais aussi par la régression des politiques de solidarité et le remplacement de la solidarité nationale par la mise en concurrence des territoires.

C’est dans ce contexte que quelques jours après Nicolas Sarkozy vient François Hollande, sans qu’on sache s’il s’agit du président de la république en exercice ou du candidat à sa propre succession.

Qu’importe la temporalité de cette campagne. C’est dans un temps plus long qu’il faut nous situer. Par Calais passent trente millions de passagers par an, par les ferries et par le Tunnel sous la Manche. Un certain nombre sont bloqués plus longtemps. C’est une partie de l’identité du territoire. C’est avec leur présence qu’il faut penser l’avenir, les liens de solidarité, la dynamique à retrouver.

C’est une durée dans laquelle il faut se situer, et une nécessité pour les personnes, groupes, associations impliquées dans le soutien aux exilé-e-s élargissent leurs perspectives, ouvrent les portes du ghetto, et sachent s’adresser à d’autres acteurs.

Si la solidarité doit être un avenir commun.

 

pieter_bruegel_the_elder_-_patiencePieter van der Heyden : Patience, d’après Pieter Brueghel l’Ancien.

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