DES ENFANTS MEURENT À CALAIS..

LDH sarlat

mediapart.fr

Monsieur le président, des enfants réfugiés meurent à Calais!

Par Carine Fouteau

Comment peut-on dormir tranquillement alors que chaque nuit, qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il tonne, un millier d’enfants dorment dans la « jungle » de Calais ? Un millier d’enfants, selon l’estimation de l’association L’Auberge des migrants, livrés à leur triste sort. Un millier d’enfants sans parents, sans oncle, ni tante, qui se débrouillent comme ils peuvent. Un millier d’enfants dont certains ont à peine dix ans. Combien de fois faudra-t-il répéter ce chiffre pour qu’il soit entendu ?

Qu’imagine-t-on qu’il leur arrive pour ne rien faire ? Faute d’être mis à l’abri par les pouvoirs publics, ils sont confrontés de manière démultipliée aux violences du bidonville. La solidarité qu’ils fabriquent n’empêche pas la malveillance de ceux qui cherchent à profiter de leur jeune âge. Le danger vient de partout : de l’intérieur du campement, mais aussi de l’extérieur. Des passeurs « mafieux » et des riverains « exaspérés ». Que dire des innombrables grenades lacrymogènes envoyées à l’aveugle par les forces de l’ordre ? Les policiers ont-ils conscience que des mineurs dorment sous les tentes ?

Combien de fois faudra-t-il répéter qu’ils sont victimes d’esclavage, de prostitution, voire de viols, pour que la justice soit saisie de cas de traite d’êtres humains ? Pour que les responsabilités soient désignées : car la fatalité n’est pour rien dans cette affaire. Leur situation relève de la compétence partagée de l’État et du département. C’est donc vers eux qu’il faut se tourner pour obtenir réparation.

Et plus précisément vers lui, le gouvernement, qui s’accorde avec les autorités britanniques pour construire un mur anti-migrants de plusieurs millions d’euros pour empêcher les réfugiés de rejoindre illégalement la Grande-Bretagne. Mais qui ne trouve pas le moyen de faciliter le passage de ceux qui y ont droit légalement. Comme l’illustre le cas tragique des deux enfants syriens décrit par Mediapart (lire notre article), des mineurs qui ont de la famille en Angleterre sont freinés dans leurs démarches, alors qu’ils disposent de tous les documents nécessaires à leur réunification. Pourquoi les laisser prendre le risque de mourir étouffés dans un container, alors qu’ils auraient le droit d’être accompagnés en toute sécurité en Eurostar ?

Les solutions sont connues : mise à l’abri immédiate des moins de 18 ans et mise en œuvre de la réglementation de Dublin, qui leur permet de demander l’asile dans le pays de l’Union européenne où ils ont des proches, ainsi que de l’amendement Dubs qui autorise l’accès au sol anglais aux plus vulnérables d’entre eux.

Quels mots faut-il inventer pour que la loi soit appliquée ?

Comment mettre un terme au silence assourdissant qui entoure ce drame ? Les responsables politiques, de droite comme de gauche, sont trop occupés à se servir de Calais comme décor pour faire valoir leur politique répressive. Après Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Bruno Le Maire et Marine Le Pen, entre autres, François Hollande prévoit de se rendre sur place lundi 26 septembre : aura-t-il la décence d’évoquer la mémoire des réfugiés décédés en cherchant à rejoindre la Grande-Bretagne ? Chaque nuit, des dizaines d’enfants montent dans les remorques des camions, au péril de leur vie. Il y a quelques jours, à l’aube, un Afghan de 14 ans est mort sur la rocade menant au port de Calais : il a été écrasé sous les roues d’une voiture qui ne s’est pas arrêtée après avoir lâché prise. Ce décès, rapporté par le Guardian, est le treizième cette année, le troisième d’un enfant.

Le président de la République saura-t-il proposer les réponses qui s’imposent ? Ou, comble du cynisme, justifiera-t-il la fermeture des frontières en affirmant vouloir ainsi « protéger » les migrants, selon la rhétorique de l’opposition ?

Tout le monde ne se tait pas. Des bénévoles anglais et français remuent ciel et terre. Le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’homme s’élèvent contre cette indignité. Mais pour quels résultats ? En vue de la destruction imminente de la « jungle », l’Unicef, Médecins du monde et Médecins sans frontières s’inquiètent (ici et ) de ne rien voir venir concernant la prise en charge des mineurs. Alors qu’il est prévu de proposer aux migrants de se rendre dans les centres d’accueil et d’orientation (CAO) dispersés partout en France, ces organisations font remarquer que ces lieux ne sont pas habilités à recevoir les moins de 18 ans et que les dispositifs de protection de l’enfance sont saturés. Sans leurs rappels à l’ordre constants, qui se soucierait des épreuves rencontrées par ces jeunes en transit ?

La seule lueur d’espoir provient de récentes avancées juridiques. À plusieurs reprises au cours des derniers mois, la défaillance des pouvoirs publics a été constatée par des juges administratifs à Lille et Paris. Ces magistrats ont rappelé solennellement que les refus d’examen des dossiers au guichet des préfectures constituaient une violation du droit d’asile et que la non-mise à l’abri d’enfants contrevenait au droit « de ne pas subir de traitements inhumains et dégradants ».

La perspective de payer des amendes à répétition pourrait inciter les autorités à débloquer la situation. Pour la première fois, l’État vient d’être condamné, le 20 septembre, par le tribunal administratif de Lille, à verser 5 500 euros à l’oncle d’un enfant victime d’un refus d’examen de demande d’asile en France, peine à laquelle s’ajoute une astreinte de 3 000 euros par jour tant que le tort n’est pas réparé. Cette décision pourrait encourager de nombreuses familles de réfugiés à porter plainte. Face à la menace financière, il est à espérer que l’administration modifie sur-le-champ ses pratiques, dont elle ne semble pas mesurer la violence.

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