Les démagogues volent en escadrille

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Bruno Le Maire et Nicolas Dupont-Aignan, candidats à la présidentielle, font monter les enchères en matière d’attaques démagogiques et indignes à l’encontre des citoyens condamnés à devoir faire appel à l’assistance pour survivre. Ils se livrent à ces petits numéros, persuadés d’obtenir un écho dans l’opinion publique et de n’être même pas combattus dans le débat politique.

Vivre mieux avec les aides sociales

Bruno Le Maire est venu dire sur un plateau de télévision (TF1) que « celui qui décide d’accumuler des aides sociales, pour vivre des aides sociales, va arriver à vivre mieux que celui qui travaille et vit au niveau du Smic« .

bruno-le-maire
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Si, pour certains, comme Bruno Le Maire, il n’y a pas de différence entre les revenus de l’assistance et le Smic, c’est parce que 300 ou 600 € c’est peanuts, tout juste leur argent de poche de la semaine. Il ne leur viendrait même pas à l’idée que peut-être le Smic est trop bas, ni non plus qu’on ne peut pas vivre avec 462 € de RSA pour une personne seule (forfait logement déduit). Par ailleurs, il est bien incapable de nous prouver qu’un seul salarié de ce pays, convaincu de vivre mieux au RSA, a délibérément rompu son contrat de travail pour relever de l’assistance.

Valeurs actuelles du 10 mars, publie un tableau fourni par l’IFRAP, qui n’hésite pas à rajouter 210 € à un couple avec deux enfants, assujetti au RSA, pour prendre en compte 4 cartes transports dans la région parisienne. Que ne ferait pas en matière de manipulation (ici en gonflant les revenus des assistés) Agnès Verdier-Molinié, patronne de cette officine qui roule pour le Medef. Valeurs actuelles se fait une joie de rapporter les propos d’AVM, qui, ne comprenant rien aux politiques sociales, a trouvé la solution : foin des « aides éparpillées« , il suffit de créer une « aide sociale unique centralisée« . S’il est vrai que le système est complexe, il importe de dire que cette complexité est en grande partie la conséquence de la nécessité de tenir compte de situations très variées : comment une allocation unique prendra en compte la personne âgée dépendante afin de lui permettre de rester à son domicile, le financement de l’adaptation d’un appartement pour un handicapé, les enfants à charge d’une famille, le sans-emploi en parcours d’insertion, des situations particulières exceptionnelles ? Sans nier que des simplifications sont toujours possibles et souhaitables, on sait bien que l’objectif à peine voilé de cette ultra-libérale de choc est de saboter le système de protection sociale pour qu’il soit réduit à sa plus simple expression.

Evidemment, le magazine de la droite extrême s’empresse de citer la fraude aux prestations sociales (amalgamant celle des assurés avec celle des professionnels de santé), mais se garde bien de faire la moindre allusion aux fraudes des employeurs ne déclarant pas leurs employés, fraude 40 fois supérieure.

« Économiser sur les dépenses d’assistanat »

Décidément, le feuilleton continue : après Bruno Le Maire, et tant d’autres auparavant (le chef de bande étant évidemment Laurent Wauquiez), Nicolas Dupont-Aignan, dirigeant d’un parti de la droite extrême (entre FN et LR), est venu également sur le plateau de TF1 le 15 mars pour dire qu’il était candidat à la présidentielle.

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Il annonçait d’emblée une augmentation de 10 % sur les salaires nets. Ah ! mais financée comment ? Réponse du démagogue : « en économisant sur les dépenses d’assistanat et en luttant contre la fraude fiscale« . Il n’en dit guère plus, sinon qu’il veut « botter les fesses aux faignants et aux profiteurs« . Évidemment, on est d’accord sur la lutte contre la fraude fiscale, mais ce politicard fait un amalgame entre « assistés » et fraudeurs et entre « assistés » et « faignants ». La masse salariale globale (secteurs privé et public) s’élevant à 1/3 du PIB, soit à 650 milliards d’euros : une augmentation de 10 % coûterait donc à l’État 65 Mds€. C’est le même individu qui hurle contre les dépenses publiques et le déficit du budget de l’État (qui est tout de même déjà de 75 Mds).

On sait que la propagande sur l’assistanat, en général, n’ose pas viser les « assistés » que sont les personnes âgées touchant l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) ou l’aide sociale en maison de retraite, les handicapés percevant l’Allocation d’Adulte Handicapé (AAH) ou la Prestation de Compensation du handicap (PCH), mais s’en prend surtout aux sans-emploi ouvrant droit au Revenu de Solidarité Active (RSA) : économiser sur l’assistanat, ça veut dire quoi ? Ne plus verser le RSA à nos concitoyens qui survivent « grâce » à cette allocation ? En réduire le montant, écarter les éventuels tricheurs ? Le coût global du RSA socle c’est 9 Mds€ (c’est la somme dépensée par les Français sur deux ans pour leurs animaux de compagnie) : que prélever sur cette somme, destinée à 2 millions de foyers démunis, pour permettre d’augmenter de 10 % les salaires de 22 millions de salariés ?

Culpabiliser les victimes de la crise

carl-meeus
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Carl Meeus, rédacteur en chef du Figaro Magazine (autre fleuron de la droite extrême), déclarait le 18 janvier sur C dans l’air (France 5) : « Si le Front National est très haut c’est à cause du chômage mais aussi à cause de l’assistanat. Ce que les gens disent, ce qu’ils ne supportent plus c’est que les gens qui travaillent, finalement, à la fin du mois, gagnent moins qu’une partie des gens qui sont assistés (tant mieux pour eux), qui ont des aides mais qui du coup sans sortent pas plus mal. Car dès que vous commencez à retrouver du boulot vous avez un certain nombre d’aides qui vont tomber, d’aides au logement, d’aides comme ça [sic], et finalement ça ne vous encourage pas à retrouver du travail ou à être dans cette société là [re-sic], c’est là le vrai problème« . Il cancane sans rien connaître des mesures d’intéressement prévu par le RSA pour ceux qui retrouveraient un emploi. Il s’en fout d’ailleurs : ce qui l’intéresse est de culpabiliser les gens qui sont victimes de la crise produite par les politiques économiques et financières qu’il prône lui-même par ailleurs, afin de détourner l’attention.Les Trump qu’on mérite
Finalement, la France ne démérite pas de l’Amérique : elle a ses Trump à elle ! Des démagogues « décomplexés » qui ne se retiennent plus pour insulter les malchanceux de la vie. Ils font monter les enchères puisqu’ils ne se contentent plus de dire que vivre au RSA c’est presque vivre au niveau du Smic, mais affirment désormais que c’est préférable.  Ils jouent avec culot mais sur du velours : pour des raisons diverses, que j’ai déjà abordées sur ce blog, la propagande a marqué des points, et, alors que bien souvent elle ne connaît pas grand-chose du sujet, l’opinion publique est troublée par ces déclarations, ne serait-ce parce qu’un plus grand nombre craint de tomber dans la pauvreté : alors le pauvre devient le bouc émissaire. Et les médias laissent dire, sans capacité ni envie de contester. Cela entre totalement dans l’idéologie libérale dominante chez les journalistes des grands médias. Mais plus grave : ces accusations répétées depuis quelques années, inconcevables auparavant à un tel niveau, ne sont même pas réellement combattues par ceux qui ne les approuvent pas. Comme si on craignait d’être sur un terrain glissant. Alors on défend un meilleur niveau du Smic (très bien), mais rien sur les minima sociaux.

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Cette propagande distille l’idée que les déficits publics sont dus essentiellement à l’assistanat. Comment le citoyen mal informé peut-il deviner que les dépenses sociales et de santé (près de 700 milliards d’euros) concernent principalement les retraites (300 Mds), la maladie (180), l’emploi (100), le logement (50), tandis que les dépenses d’aide sociale des départements s’élèvent à 32 Mds€ (dont « seulement » 9 pour le RSA) ?

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. Arte Desintox démonte l’inanité de l’affirmation de Bruno Le Maire. A voir sur le site de Libération : ici.

. Nicolas Dupont-Aignan : voir en début de vidéo du Petit Journal sur CanalPlus : ici

Billets récents sur ce sujet :

. RSA : recul sur le bénévolat obligatoire

. RSA : non au « bénévolat obligatoire » (sur lemonde.fr).

. Tous se plaignaient mais tous n’étaient pas frappés

 

Billet n° 253

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[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

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Billère, près de Pau, les facteurs sont en grève. La POSTE fait venir des cadres des bureaux avoisinants afin de les mettre sur les tournées des facteurs grévistes. Elle utilise aussi ses employés en CDD et comme cela ne suffit pas, elle met ses apprentis, fait également appel à MANPOWER où se trouve un « vivier » d’anciens CDD expérimentés de La Poste, que cette dernière n’a pu garder, car elle aurait été obligée de les embaucher en CDI. Un cadre supérieur de LA POSTE en séance pléniaire avec les syndicats, justifiant la mise en marche d’un énième « plan de Modernisation » a déclaré que le cerveau du facteur ou de la factrice n’était assez rapide, ni assez intelligent, pour éviter la perte d’une seconde par lettre: en effet, ces employés commencent par lire sur les enveloppes le nom du destinataire, alors qu’ils devraient porter leur regard sur l’adresse qui se trouve sur la seconde ligne avant de « mettre en case »…. Cette cadre a raison, une seconde perdue sur chacune des 13 milliards de lettres traitées par an, cela fait entre 600 et 700 emplois à temps plein que La Poste ne peut pas supprimer. Socialisme ou barbarie?
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