Ils sont salariés mais vivent à la rue

Mediapart.fr

27 août 2014 |
Par Thomas Saint-Cricq
Suite à un divorce, Rachid loge d'hôtel en hôtel avant les centres, puis la rue.
Suite à un divorce, Rachid loge d’hôtel en hôtel avant les centres, puis la rue. © MP/TSC

Ils gagnent entre 800 et 1 800 euros de salaire par mois. Et pourtant, ils dorment à la rue, en centre d’urgence ou dans des squats. Six travailleurs sous contrat et qui sont SDF racontent à Mediapart leur quotidien à la recherche d’un logement. Selon une étude de l’Insee, un sans-abri sur quatre connaîtrait cette situation.

Travailler le jour, galérer la nuit. En France, près de 16 000 sans domicile fixe posséderaient un emploi régulier. Cette estimation est tirée d’une enquête de l’Insee auprès des personnes ayant fréquenté un centre d’hébergement géré par une association, soit 66 000 personnes en 2012.

Cette situation de mal-logement est encore plus criante à Paris. Dans l’agglomération parisienne, un SDF sur trois est en contrat de travail, affirme une étude complémentaire publiée en juin 2014 avec l’APUR (l’Atelier parisien d’urbanisme). Des chiffres confirmés par les services de communication de l’association Emmaüs concernant les personnes accueillies dans leurs structures.

Parmi cette population de travailleurs, 40 % d’entre eux indiquent être en CDI. Ce sont donc plusieurs milliers de personnes, aux revenus et à l’emploi stables qui dorment chaque soir dans un centre d’hébergement ou dans les rues de la capitale. Les 50 000 logements sociaux construits dans l’agglomération parisienne depuis 2001, soit près de 4 000 appartements chaque année, n’ont pas permis d’accueillir cette population qui est restée stable depuis dix ans d’après l’étude.

Selon l’APUR, les prix du mètre carré dans le marché privé ont quadruplé à Paris entre 1998 et 2012, poussant davantage les classes moyennes à se tourner vers le parc locatif social. Avec désormais plus de 140 000 demandes annuelles, le nombre de logements sociaux à offrir chaque année se réduit considérablement. La mairie estime aujourd’hui à sept ans les délais d’attribution d’un logement social dans la capitale. Des délais énormes qui provoquent la frustration des populations les plus fragiles.

« Quand on élabore une demande de logement avec une personne dans la rue, on doit tout prendre en compte : les besoins, les ressources, les charges, la situation sociale. Mais les services à qui on transmet le dossier, eux, ne peuvent faire qu’en fonction des places disponibles… et aujourd’hui il y a saturation. Ça peut créer un sentiment d’injustice ou de manque d’écoute chez les personnes accueillies », déplore Ingrid Albert, assistante sociale de l’association les Enfants du Canal.

Pour remédier à ces situations de détresse, le gouvernement a mis en place, début 2007, le droit au logement opposable (DALO). Le dispositif oblige, dans chaque département, le préfet à proposer un logement dans un délai de six mois aux personnes dont le dossier est considéré comme prioritaire, et parmi elles de nombreux sans domicile fixe. À Paris, en 2013, sur 6 009 décisions jugées prioritaires, 5 494 personnes restaient encore à reloger.

Comment gère-t-on l’attente, la lourdeur administrative, ou tout simplement le regard des collègues quand on est un travailleur à la rue ? Six employés, rencontrés en tête-à-tête au cours de l’été, ont accepté de raconter leur quotidien. Témoignages.

  • Hamidou, 51 ans, agent en restauration, en CDI, loge depuis 5 ans en centre d’hébergement. Gagne 1 300 euros par mois. Sénégalais.
Hamidou est cuisinier au SAMU social.
Hamidou est cuisinier au SAMU social. © TSC/MP

« J’ai déjà eu un HLM. Un 14 m2. Au regroupement familial, on m’a conseillé d’emménager dans un appartement plus grand et de le meubler pour que ma femme et mes deux enfants me rejoignent depuis Dakar. Ça faisait depuis 1999 que je les attendais. Alors je me suis empressé, j’avais un contrat, je me suis dit qu’en France, c’était facile d’avoir des crédits. Je me suis endetté pour acheter des meubles, et j’ai emménagé dans un T3 à Montreuil.

Quand les crédits se sont accumulés et que le loyer est passé à 600 euros par mois, l’OMI (NDLR : l’Office des migrations internationales) m’a dit que mes revenus étaient trop faibles pour que ma demande soit acceptée. Quand j’ai su la nouvelle, ça a été comme un énorme coup de massue. Ça m’a traumatisé la tête (sic). J’ai laissé les clés, les meubles, et je suis parti sur un coup de tête. Après un mois de rue, j’ai trouvé une chambre partagée en centre d’hébergement avec l’armée du salut, que je paye 275 euros par mois.

Je n’ai jamais accepté le chômage ou les Assedic, pour moi, c’était de la charité. C’est ça le plus dur quand tu travailles : te sentir sous-évalué par les autres. Quand tu rentres du boulot et que tu te diriges vers la porte du centre, les gens que tu croises dans la rue font un petit écart sur le trottoir. Après, tu passes devant une grande affiche (NDRL on y voit un sans-abri assis sur un trottoir) dans le hall tous les jours, qui te met le moral en l’air. Tu te dis, ce n’est pas moi.

Tes collègues t’invitent chez eux, on mange, on palabre, mais en centre tu n’as pas le droit de les recevoir en retour. Ici, tu ne peux pas te faire d’amis mais que des camarades. Il faut le vivre pour le comprendre. J’aimerais m’abonner à Canal + ou à Internet pour voir du football à la télévision, installer un micro-ondes, toutes ces petites choses du quotidien qui te rendent vivant, on te les prive. Alors au bout d’un moment tu te sens mal, et tu vas voir les assistants sociaux. C’est comme ça depuis 5 ans.

Depuis 15 ans que je suis en France, j’ai fait des économies et bientôt remboursé mes dettes mais quand tu poses un dossier dans une agence avec l’adresse du centre, on te répond toujours la même chose « Ah, vous êtes à l’armée du Salut ? Désolé monsieur il n’y a rien de disponible pour le moment ». Ça fait cinq ans que je fais des demandes d’HLM, j’ai saisi le DALO depuis un an et demi, mais toujours rien. Les logements sociaux dans la rue d’à côté je les ai vus se construire depuis ma chambre de 9 m2. On m’a toujours dit que les logements sociaux, c’était pour les cas sociaux, pourtant je n’y vois que des belles bagnoles, des couples bien habillés. »

Trop fragile pour signer un CDI

  • Martial, 47 ans, maçon et coffreur dans le BTP, en CDD depuis un an et demi. 1 700 euros par mois. Vit en centre d’hébergement. Français.

« J’ai l’impression que plus on travaille, plus on nous cherche des poux dans la tête. Je pars le matin à 6h30 et je reviens à 19h30, je ne vois pas comment je pourrais aller pleurer à la mairie d’arrondissement pour avoir mon logement. Par contre, ceux qui ne bossent pas, qui se déchirent la tête, passent en priorité parce qu’ils sont malheureux. Mais si on est ici, c’est qu’on a tous un problème. Moi j’ai fait des bêtises avec l’alcool. Je buvais et devenais agressif. Je me suis séparé de ma femme et de mes deux gamins il y a trois ans, j’étais plaquiste et je gagnais 2 000 euros par mois. Je pars en sevrage deux mois cet été, à mon retour fin septembre, si tout va bien, j’aurai un CDI. Mes patrons sont au courant de mes problèmes, ils me soutiennent, disons que je les intéresse beaucoup le matin, moins l’après-midi…

En ce moment, je bataille avec mon dossier au tribunal pour le droit de garde de mes enfants. Le seul logement que l’on m’a proposé, c’est un 20 m2. Comment voulez-vous que j’y loge mes enfants ? J’ai dû décliner car dès qu’on accepte, on n’est plus prioritaire, et on attend des années. Pour moi, l’aide sociale est insuffisante, on manque de personnels, ça change sans arrêt, je suis sûr qu’ils se mélangent les dossiers. Le fait d’être en sevrage, de ne pas pouvoir dialoguer avec qui que ce soit, d’être en chambre seul, ça donne le cafard… Je suis obligé d’aller à l’hôpital Fernand Vidal pour discuter avec des médecins. Je trouve ça dégueulasse.

Si ça continue, je ne vois pas l’intérêt de continuer à travailler. Je vais devoir me mettre au chômage pour trouver le temps de régler toutes ces démarches. Et une fois que j’y serai, on me refusera un logement parce que je ne travaillerai plus. On tourne en rond, c’est une spirale infernale. »

  • Hamid, 43 ans, chauffeur de taxi. Loge en centre d’hébergement d’urgence depuis 2013. Marocain.
Chauffeur de taxi, Hamid louait jusqu'en 2013 un pavillon à 800 euros par mois
Chauffeur de taxi, Hamid louait jusqu’en 2013 un pavillon à 800 euros par mois © TSC/MP

« De l’extérieur on se dit que la France, basée sur un système social de cotisation, est incapable de mettre des gens dehors. La vérité, c’est que le système d’accès au logement est écœurant. Je suis arrivé ici en 1995 après avoir eu un contrat d’acrobate dans un cirque en Allemagne. J’ai travaillé au marché de fruits et légumes, je faisais des déménagements, vivais dans un squat. À cette époque, j’existais, mais j’étais invisible.

Je me suis marié en 1999 avec une Française. Le soir même où j’ai eu ma carte de séjour, on m’a embauché dans une station-service. En trois semaines j’étais en CDI. Au bout de deux ans, je me suis endetté pour prendre une licence de taxi. Après mon divorce en 2005, je me suis laissé aller, je travaillais moins régulièrement, je ne payais plus mes factures. L’année dernière, je n’arrivais plus à joindre les deux bouts et j’ai fini par tomber à la rue. Même si j’avais travaillé pendant plus de dix ans et cotisé plus de 100 000 euros à l’État, il a fallu repartir de zéro. Ma carte de séjour n’était plus valide. Avec un cabinet de juristes associatifs, j’ai mis cinq mois à obtenir un rendez-vous en préfecture, puis un an et demi à rassembler tous les documents.

Quand je suis arrivé en préfecture, la conseillère m’a dit qu’il me fallait un « acte de mariage récent ». Comment ça, un acte récent ? On se marie tous les jours ? J’ai cru devenir fou. Avec la lenteur de l’administration il y a de quoi péter un câble… Quand je me suis marié en 1999, il fallait 45 minutes pour renouveler un passeport. Maintenant il faut presque deux ans pour pouvoir retravailler légalement. On a coupé tous les robinets dans la gestion du social, il n’y a plus de personnels administratifs. La France prend la voie des États-Unis, c’est tu marches ou tu crèves. Pour le logement, je n’y crois même plus. Dès que je recommence mon activité, je chercherai dans le privé par du piston, je me suis même prêt à payer sous la table un courtier, si c’est la seule solution. »

  • Kardiatou, 40 ans, agent de service hôtelier en maison de retraire. En CDD depuis un an. 1 300 euros par mois. Loge en centre d’hébergement depuis 7 mois. Mauritanienne.

« Je suis arrivée en France en 2007 et j’ai obtenu mes papiers il y a un peu plus de trois ans. Dès le début j’ai pu trouver du travail comme femme de chambre : je fais le ménage, je prépare le petit-déjeuner. J’ai travaillé dans plusieurs hôtels privés à Paris, et même à Disneyland. J’enchaîne les petits boulots et les CDD depuis sept ans. Avant d’être en centre d’hébergement, j’ai été trimballée de studio en studio où je logeais avec deux ou trois compatriotes, mais c’était trop éprouvant. J’ai pris une sous-location et passé quelques nuits dehors le temps de trouver une place dans un centre.

Le plus dur, ce n’est pas de trouver du travail mais d’être en mesure de le garder. Je sais que ce n’est pas normal d’enchaîner autant de contrats, mais mon unique préoccupation, c’est d’avoir un peu d’argent pour avoir un loyer à moi et me reposer. Tout ce que je demande c’est un logement à moi, même 5 m2 j’accepterai. Dans le privé c’est impossible, ils vont exiger une caution, un CDI, alors j’attends.

Du travail il y en a, en maison de retraite, on m’appelle même mes jours de repos. Le problème, c’est que je suis tellement fatiguée que je n’ose pas démarcher des entreprises pour un CDI. Dans ma situation, j’ai peur de craquer à cause de la fatigue et de perdre définitivement mon emploi. Je préfère continuer les contrats temporaires, celui que j’ai en ce moment finira en 2015, et si jamais je suis à bout je me mettrai au chômage le temps de me reposer. C’est le plus grand problème ici : le repos. On est souvent réveillé par l’alarme à 3 heures du matin, ou par des gens qui crient. Quand je travaille jusqu’à 12 heures par jour, je reviens tard et le self est fermé. Étant donné qu’on ne peut pas faire sa cuisine, je suis obligée d’aller au McDo dans ces cas-là. C’est très difficile à supporter : je ne suis pas autonome, je ne mange pas bien, j’ai perdu 5 kilos ces derniers mois. Ce que je ne comprends pas, c’est que des gens au RSA ont pu avoir accès à une résidence sociale, et moi qui travaille, non. »
——————————-
*Contactée avant la publication du reportage, l’association Emmaus affirme que Kardiatou bénéfice désormais d’une résidence sociale, c’est-à-dire un logement autonome encadré par une assistance sociale. Son « cas particulier » a été mis en priorité auprès des services compétents (le SIAO) après l’interview fin juillet.

« L’impression d’être un numéro »

  • Jérôme, 44 ans, agent d’accueil social. En CDD depuis 6 mois. 840 euros par mois. Vit dans un squat. Diplômé DEUG de maths et licence d’histoire. Français.
Jérôme a déjà connu la rue après ses études, toujours après une séparation.
Jérôme a déjà connu la rue après ses études, toujours après une séparation. © TSC/MP

« Travailler quand on est à la rue, c’est avant tout une question de personnalité. Mon histoire, c’est le schéma classique : un divorce, une dépression, puis on plonge dans l’alcool, puis l’héroïne. C’est arrivé il y a cinq ans. Je tenais un bar en co-gérance à Belleville. Au début, tu loges sur les canapés des amis, tu continues à lutter. Mais tout me rappelait ma vie d’avant, ma femme, mon fils. En deux semaines, j’ai quitté mes amis, mon bar avant de mettre tout le monde mal à l’aise avec ma dépression. Là, tu restes à la rue et tu regardes les arbres et tu te demandes comment tu vas pouvoir t’y accrocher. Tu laisses tout aller, tes papiers, ta situation sociale. Je n’avais même pas la force de pousser la porte de Pôle Emploi pour toucher mes indemnités.

Au bout de plusieurs mois, j’ai repris le boulot. J’ai caché ma situation à tout le monde. C’est le mieux, car un employeur est rebuté par le fait que tu vives dehors. Il a peur de ne pas pouvoir compter sur toi, de te voir pas opérationnel. Pour y arriver, il faut d’abord être clean. Pour sa laver à Paris, c’est tout à fait jouable, mais à partir de 9-10 heures du matin. Je m’étais inventé une adresse : je disais que je louais un studio à Clamart. J’avais repéré le code d’un immeuble, et à l’intérieur je me suis fabriqué une boîte aux lettres avec mon nom dessus. Les gens font tellement peu attention à leurs voisins… Comme ça, j’ai pu trouver des boulots d’électricien dans le BTP, puis d’assistant d’accueil dans un centre d’hébergement.

Depuis j’ai été embauché à mi-temps par les Enfants du Canal. Je modifiais les dates dans mon CV pour masquer mes périodes dehors, mais au fil de l’entretien j’ai compris que c’est surtout mon vrai parcours qui les intéressait pour accueillir et conseiller les personnes de la rue. Je vis depuis en squat. Dans un pavillon en banlieue, déclaré en mairie, avec deux colocataires et un petit potager. Le but ultime, c’est d’obtenir du tribunal la garde alternée de mon fils, sa mère est même d’accord. Mais d’abord il faut se reconstruire, me prouver à moi-même que je suis capable d’assumer mon emploi. Ensuite je penserai à d’autres formations dans le social, puis à un logement.

Quand tu as connu l’errance, tu ne peux pas tout solutionner à la fois. Il y a tellement de petits freins administratifs que ça me paraît aujourd’hui impossible. Je suis en reconstruction mais je n’ai rien à jour. Dans mes périodes d’errance, j’ai par exemple accumulé près de 10 000 euros d’amendes auprès de la SNCF et de la RATP. Si je mets tous mes papiers en règle, ils vont me tomber dessus. J’attends de toucher le Smic dans mon emploi pour avoir du répondant, économiser pour au moins leur montrer ma bonne foi et leur proposer une partie de la somme. Si je veux prétendre à un logement et à la garde de mon fils, il faudra d’abord que je solde ça. »

  • Rachid, 51 ans, chauffeur routier. En CDI depuis 18 ans. 1 800 euros mois. Logé dans une tente dans un parc du XIVe arrondissement. Français.
Suite à un divorce, Rachid loge d'hôtel en hôtel avant les centres, puis la rue.
Suite à un divorce, Rachid loge d’hôtel en hôtel avant les centres, puis la rue. © MP/TSC

« Je préfère dormir sous la tente. Je viens d’une famille nombreuse de 19 enfants. Quand tu as connu la DASS, les foyers durant ton adolescence, c’est impossible de se réadapter à nouveau à la vie en centre social. Je suis resté deux ans en centre d’hébergement d’urgence, j’ai vu des mecs mourir dans leur chambre à cause de l’alcool. J’ai préféré partir. Je demande un trois-pièces en HLM depuis 2012 pour recevoir mes enfants. J’ai fait une demande auprès de Paris Habitat (NDLR, le principal bailleur social de pairs) et du DALO mais je n’ai aucune réponse. Le problème, c’est qu’on se base uniquement sur mes salaires. Je travaille depuis 18 ans comme chauffeur routier, je touche 1 800 euros par mois, ça peut monter bien plus haut avec les primes quand je pars en Allemagne ou en Espagne… Sauf que je suis divorcé et j’ai deux enfants.

Actuellement, je dois verser 300 euros de pension à mon ex-femme, je paye son loyer et participe aux fournitures scolaires. Le week-end quand je vois mes enfants, je loue un hôtel et ça monte vite à 300 euros par week-end, plus mes dettes. Ces frais, on ne les prend pas en compte dans mes demandes de logement. Au final, il ne me reste plus que 800 euros par mois pour vivre. Là, par exemple, je suis à découvert, j’ai dépensé près de 1 500 euros pour les vacances de mes deux enfants. Je préfère leur dire « Ramène-moi des bonnes notes et vous aurez des cadeaux » plus que « Papa dort dans la rue… ». Mais ça, tout se paye. La misère aussi a un coût.

Mon patron connaît ma situation, on a commencé ensemble comme ouvrier à la fin des années 1980. Il me fait des acomptes régulièrement. Quant tu cherches à te loger, j’ai parfois l’impression qu’on est un numéro, on te dit « T’as une chambre, ferme ta gueule et attends ». Bien sûr, on n’est pas des enfants de chœur, on a tous accumulé des dettes ou des conneries derrière soi mais on ne prend jamais en compte notre avis. Je me sens mieux dehors, en attendant de trouver un petit cocon grâce à des amis ou mon patron. »

La boîte noire :Les personnes interrogées dans ce recueil d’entretiens ont été rencontrées en tête-à-tête du 15 juillet au 22 août 2014, grâce à l’accueil des associations Emmaüs, Armée du Salut et les Enfants du Canal, qui disposent toutes les trois d’équipes de maraudes et de centres d’hébergement et de réinsertion dans la capitale.

Les personnes interrogées ont été contactées à nouveau avant publication via les associations qui les accompagnent pour connaître une éventuelle modification de leur situation sociale.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/270814/ils-sont-salaries-mais-vivent-la-rue
Publicités