Insérés par la mairie, les Roms passent désormais inaperçus à Sénart

La Gazette des communes

Par La Rédaction, A. l’AFP

Publié le 08/11/2013

Salariés, ils paient leur loyer et scolarisent leurs enfants. Les années d’errance, de campements sauvages en squats illégaux, sont du passé pour une poignée de Roms qui ont bénéficié d’un projet-pilote d’insertion initié il y a quinze ans à Sénart, en Seine-et-Marne.

Un père de famille, portant un gilet jaune fluo, range des caddys sur un parking de supermarché. Un autre est employé municipal en charge des espaces verts. Plusieurs travaillent dans des sociétés de nettoyage. Les femmes restent plus souvent à la maison, dans des intérieurs impeccables remplis de bibelots en porcelaine et d’imprimés fleuris.

Alors que la présence en France des Roms ne cesse de nourrir de violentes polémiques, tous; ici à Sénart, n’aspirent qu’à une chose: passer inaperçus.
« Mon mari travaille, mon petit-fils est à la maternelle. Ca se passe très bien avec les voisins », assure une Rom dans son appartement coquet. « Mais ne dites pas mon nom: personne ne sait qu’on a vécu en caravane, je ne veux pas qu’on se moque ».

La solution de la sédentarisation – Partie de la région de Timisoara en 1995, elle a pourtant vécu des années de « galère », brinquebalée d’un terrain à l’autre. « Je n’ai aucune idée du nombre de fois où on a été expulsé, dit-elle. Je me souviens juste qu’on se cachait pour ne pas être renvoyé en Roumanie ». Ce nomadisme forcé a pris fin pour elle, comme pour une trentaine de familles embarquées dans un projet pionnier mené sur la Ville nouvelle de Sénart à partir de 1998.

Cette année là, des caravanes se sont installées dans le centre de la commune de Lieusaint, tout près de l’église. L’extrême précarité de ces Roms émeut ou dérange, les problèmes sanitaires inquiètent. Sous l’impulsion d’un préfet volontaire, du maire (PS) de Lieusaint et d’associations se monte alors un projet qui emporte l’adhésion des élus de toute la Ville nouvelle de Sénart (8 communes, dont Lieusaint), gauche et droite confondues.
Son concept: sédentariser sur un terrain viabilisé un petit nombre de familles sélectionnées pour une période transitoire jusqu’à ce qu’elles retombent dans « le droit commun ».

‘On a été naïf’ – Dans un premier temps, les efforts patinent. « On avait été naïf et on n’avait pas assez mis de moyens sur l’accompagnement social », se rappelle Michel Bisson, toujours maire de Lieusaint. « Ces familles étaient tellement éloignées de nos repères, elles vivaient en monde clos. Certains ne savaient même pas poster une lettre ».

De plus, des familles exclues du dispositif se massent sur le petit terrain et la situation devient ingérable.
En 2002, les partenaires remettent tout à plat et signent une convention sur cinq ans, qui fixe les responsabilités de chaque acteur.

80% de réussites – A hauteur d’environ 200.000 euros par an, la mairie de Lieusaint finance les salaires d’un gardien et de trois travailleurs sociaux qui aident les Roms dans leurs démarches. Les communes voisines prennent une partie des enfants dans leurs écoles et, à terme, dans leur parc social.
La préfecture fournit des permis de séjour indispensables pour travailler. Elle trie également les familles avec plusieurs critères: absence de casier judiciaire, notions de français, volonté de travailler.

De leur côté, les Roms s’engagent à respecter la loi, scolariser leurs enfants, chercher un emploi. Faute de quoi, elles risquent l’expulsion.
A l’issue de la convention, en 2007, sur les 33 familles (139 personnes) suivies, seules quatre ont été exclues. Les 29 autres étaient logées et les pères avaient tous un emploi.

‘Je n’en entends plus parler’ – « Leur intégration s’est faite sans difficulté. On les a suivies au début mais aujourd’hui, je n’en entends plus parler », assure Guy Geoffroy, député-maire UMP de Combs-la-Ville.
Depuis 2007, un homme a été mis en cause dans une affaire de proxénétisme et expulsé.

« D’autres ont pu perdre leur travail et sont au chômage, mais les équations économiques sont difficiles pour tout le monde », ajoute Michel Bisson. Au final, « on a à peine sauvé les parents. Mais je pense qu’on a sauvé les enfants », dit-il, à la fois « hyperfier » et « très humble » sur ce bilan.

Scolarisés, les enfants s’intègrent –  « L’action sociale avec des gens très défavorisés, c’est toujours comme ça », estime Patrick Pincet, alors directeur du cabinet du préfet de Seine-et-Marne, qui a ensuite repris le concept à Strasbourg. « Il n’y a jamais 100% de réussite mais, même si vous n’en sortez que 20%, c’est déjà une grande réussite, dit-il. D’autant qu’il y a un effet générationnel: si vous arrivez à traiter la question de la scolarisation, les enfants s’intégreront ».

Depuis l’initative de Sénart, d’autres expériences ont été menées comme les « villages d’insertion » d’Orly, les « logements passerelles » de Montreuil, ou le projet Andatu de Lyon.
Aucun n’a jamais réuni l’ensemble des ingrédients de Sénart: une union sacrée entre droite et gauche; un partenariat fort entre élus, préfectures et associations; un soutien social renforcé; la délivrance de papiers.

« Au début des années 2000, le contexte économique était plus favorable, les acteurs locaux ont été en mesure de mettre les Roms en lien avec des employeurs », souligne aussi Olivier Legros, enseignant-chercheur à l’université de Tours et membre du réseau Urbarom. « Surtout, les Roms étaient moins perçus comme des indésirables », dit-il. « En les virant toutes les cinq minutes, on les a davantage marginalisés en les repoussant vers des réseaux mafieux. Et on a donné l’impression qu’ils sont de plus en plus nombreux, même si ce sont les mêmes qui tournent ».

Chiffres-clés

  • Environ 17.000 Roms vivent dans 400 campements précaires, un chiffre stable depuis quelques années, selon des estimations officielles.
  •  Le démantèlement des camps s’est lui accéléré avec un record de près de 11.000 personnes déplacées au premier semestre 2013, selon Amnesty International.
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